Où en étions-nous ? Ah oui, Peter Jackson expliquait ce qu’il avait en tête pour les deux prochains épisodes (pas suites) du Hobbit

“J’ai aimé les deux derniers jours”, dit-il avec l’air d’un homme qui vient récemment de sortir en titubant des tunnels froids, humides et mal éclairés du premier film pour fixer, en clignant des yeux, la promesse ensoleillée du prochain. “J’ai commencé à monter le deuxième film, s’enthousiasme-t-il. C’est comme un bol d’air frais. Tout à coup, c’est, Waou, c’est étrange, c’est un film complètement différent”. L’un des plaisirs de faire des trilogies, encore plus que des films en deux parties, c’est obtenir trois expériences cinématographiques différentes pour le prix d’une histoire (avec les ajouts utiles des Appendices). Juste au moment où la fatigue de un Voyage inattendu se fait sentir, la Désolation de Smaug vous redonne la pêche.

Précisément, Jackson fixait la physionomie décorée de Stephen Fry dans le rôle du Maître, officiel désagréable de la municipalité flottante de Lacville, avec l’ancien de Hollyoaks Ryan Gage dans le rôle d’un officier modeste nommé Alfrid. “Je n’ai pas commencé au début du deuxième film”, admet Jackson, amusé par ses propres excentricités. “Je voulais juste faire des trucs au milieu. Je n’ai pas vraiment aucune raison quand je monte, je fais en quelque sorte les bouts que j’ai envie de faire”.

Dan Hennah, chef décorateur sur le Hobbit, décrit Lacville, également connue sous le nom de Esgaroth, comme “la ville de commerce centrale de leur région, avec entre deux et cinq milles habitants. C’est une grande ville”. Son studio peut se vanter de posséder une magnifique maquette à l’échelle de l’habitat hautement combustible qui se tient sur le lac sur de costauds pilotis – fouillis organisé de toits qui se chevauchent et de bâtiments qui se blottissent les uns aux autres, avec une pointe d’oriental dans son style. De manière intéressante, c’est le premier lieu au cours du voyage de Bilbon où il rencontre de véritables hommes (rappelez-vous : Beorn est un changeur de peau et les Magiciens des Istari), et aux côtés du Maître et d’Alfrid, c’est ici que nous retrouvons Bard l’Archer (Luke Evans) qui a un rôle significatif à jouer dans le drame. Ce qui, à sa manière, reflète le Deux Tours – après les montagnes, les cavernes et les bois : le monde des hommes. “C’est vrai, s’accorde Jackson. Bard, le Maître et les humains de Lacville sont nos premiers véritables humains”. Bien que, pour Jackson, la plupart des similitudes entre d’autres épisodes des deux trilogies s’arrêtent ici. Là où Rohan était mythique, Lacville maintient le sens de la fantaisie du Hobbit. “Stephen Fry joue un personnage particulièrement sordide”, dit-il avec un sourire suffisant.

Si le livre se chiffre à simplement 289 pages (avec les illustrations), à quoi devons-nous nous attendre à retrouver dans les films deux et trois ? Mirkwood et ses Araignées et Elfes hautains seront dans le deuxième film, ainsi que la descente des tonneaux le long de la Rivière de la Forêt jusqu’à Lacville, tandis que la Montagne Solitaire sera plus probablement dans le troisième (pic singulier comparable à la Montagne du Destin). Radagast le Brun (Sylvester McCoy), le Magicien écolo que Tolkien a fondé sur St François d’Assise et lui-même, tirera sa révérence durant le premier film. “Ouais, on l’établit, confirme Jackson. On voit où il vit, dans la partie Sud de Mirkwood. Il ne fait pas partie de la Compagnie, bien sûr, il va et vient dans l’histoire à certains moments clé”. Lui, avec Gandalf, Saroumane, Galadriel et Elrond, constituent le Conseil Blanc (pas un mot sur Círdan le Charpentier des Navires) qui est mis en marche au cours de l’investigation du sombre occupant de Dol Guldur. Radagast sent le déclin de Mirkwood dans le nuisible. McCoy, une lueur joyeuse dans l’œil, révèle qu’il y a une scène dans le deuxième film “où les Magiciens sont ensemble, au combat, pas entre eux mais contre un mal”.

Les Wargs repensés arrivent définitivement dans un Voyage inattendu. Ceux qui ont écouté son commentaire sur le DVD des Deux Tours se souviennent peut-être que Jackson se plaignait des Wargs “ratés” de ce film et il a saisi la chance d’améliorer les anciennes bêtes cousines des hyènes. “Elles ont une apparence plus vicieuse, explique-t-il de sa nouvelle espèce, “plus comme des loups, mais plus grand qu’un loup. Ce sont essentiellement le véhicule des Orques au travers le film”. Ils reviendront avant la fin. Jackson promet également que nous allons bien voir le Smaug de Benedict Cumberbatch dans le deuxième film (son nom est dans le titre – voir l’encadré, ci-dessous). Les trois films ont été fermement planifiés, mais il demeure évasif quant aux exactes divisions. Les débuts et les fins sont des choses sensibles.

En étendant deux films en trois, Boyens a remarqué qu’ils réparaient, en fait, une erreur. Avec le Seigneur, la géographie s’avère tomber très bien avec l’histoire émotionnelle. Les moments les plus sombres de la Communauté a tendance à se passer dans les endroits les plus sombres : la Moria, Emyn Muil, les passages obstrués de toiles d’araignée du Repaire de Arachne. La séparation de la Communauté est drapée dans le chagrin automnal de Amon Hen et l’Anduin sépare littéralement le groupe en morceaux. La géographie suggère l’émotion.

“Ce n’est pas ce qui arrive dans le Hobbit, affirme Boyens, ni ce qu’on a trouvé. Quand on a pris notre première décision pour trouver les deux films, on a décidé de faire la séparation à un lieu géographique (pour info : les tonnneaux) plutôt qu’à un lieu émotionnel pour les personnages, si ça veut dire quelque chose. C’était une bonne leçon à apprendre, que ce n’est pas là où tu finis sur la carte de la Terre du Milieu, mais là où les personnages se retrouvent”.

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“On va faire, je sais pas, des scènes relais, je suppose”, dit Martin Freeman de ce qu’attend son retour à Bilbon en mai. En attendant, il pourrait tourner tout le dernier Pub avant la fin du monde de Edgar Wright. “Je veux dire, honnêtement, je ne sais pas…”

La plupart de la distribution principale doit revenir en Nouvelle Zélande au début du mois de mai pour ce qui a été nommé “tournage supplémentaire”, mais avec les ressources que des productions entières rêveraient d’avoir. La seule chose dont chacun est sûr, c’est qu’ils ne se sont pas vraiment attaqués à la Bataille des Cinq Armées avant que la photographie principale se soit conclue en juillet, alors elle jouerait forcément un grand rôle dans la production à venir. “J’ai une image claire de la forme de cette bataille selon moi”, offre l’imaginatif Richard Armitage, qui, dans le rôle de Thorin, sera un participant sur le front de la guerre inter-espèces. “Tous les Nains doivent jouer leurs histoires sur le champ de bataille. Je pense que ce sera assez émouvant”.

A-t-il tournée sa scène la plus poignante déjà ? “Non, pas encore”, répond-il solennellement, c’est évidement dans sa tête.

Armitage révèle que le crescendo tonitruant de la trilogie inclura une première pour les aventures chez Tolkien de l’avide historien de la première guerre mondiale Jackson – une bataille aérienne entre les Aigles et les chauves-souris vampires mentionnées dans le groupe. Des combats aériens sur la Terre du Milieu ? Juste cela vaut le coup d’étendre à trois films.

“Je suis impatient d’y retourner”, dit l’enthousiaste James Nesbitt. “Est-ce que je veux remettre les prothèses ? Non, je ne veux pas remettre ces putains de prothèses. Mais je suis impatient de me remettre dans le rôle et de retourner dans le pays”. Cela doit sembler comme une histoire sans fin.

Pour Jackson, il n’y a aucun retour ; il ne part jamais. Donner naissance à trois films signifie qu’il devra vivre et respirer de la Terre du Milieu pendant un an et demi au mois (sans parler des éditions Blu-ray étendues potentielles à venir). Est-ce possible même de penser à la vie au delà – un point où finalement, sûrement, il laissera ce monde derrière lui ? “J’ai d’autres projets dans lesquels j’étais impliqué au début du développement quand GDT allait faire le Hobbit”, dit-il des films mystérieux remisés au placard depuis que del Toro lui a tendu son herbe à pipe. “Alors, tu sais, quand je passerai la trappe, je pourrais voir un peu de lumière au bout du tunnel”, dit-il aimant sa métaphore. Cela semble être un endroit si lointain. Il doit tourner toutes ses fins d’abord.

Le Hobbit : un Voyage inattendu sort le 14 décembre.

Ian Nathan

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APPENDICITE !

Tracer les ajouts de la trilogie au Hobbit (des spoilers veut suivre…)

LE CONSEIL BLANC est la raison pour laquelle Galadriel, Radagast et Saroumane ont été enrôlés dans le Hobbit de Jackson. Avec Gandalf et Elrond, ils prennent la décision d’expulser la menace sombre du Nécromancien de son bastin Dol Guldur.
sources : Contes et légendes inachevées, Seconde partie : chapitre IV (“L’histoire de Galadriel et Celeborn”), Troisième partie : chapitre IV (“La quête de l’Anneau”), Quatrième partie : chapitre II (“Les Istari”).

DAIN II PIED D’ACIER (Billy Connolly) apparaît dans le Hobbit à la Baitaille des Cinq Armées. Bien que la présence du grand Orque Azog (Manu Bennett) suggère que nous verrons également de l’action de Dain cent ans plus tôt à la Bataille de Nanduhirion et la Bataille de Azanulbizar…
source : Le Seigneur des Anneaux, Appendice A : Section 3 (“Les Gens de Durin”).

THRAIN II (Mike Mizrahi) est le père de Thorin, et celui qui lègue la carte montrant l’entrée secrète de la Montagne Solitaire de Smaug, et également le possesseur de l’un des Anneaux de pouvoir des Nains, qui le corrompt peu à peu. Gandalf le rencontre à Dol Guldur (et nous avons possiblement vu un perçu de cela dans la première bande annoncé..)
source : Contes et légendes inachevées, Troisième partie : chapitre III (“L’Expédition d’Erebor”).

FRODON SACQUET se case dans le Hobbit en tant que système d’encadrement, via le Livre rouge de la Marche de l’Ouest : les mémoires de Bilbon. “Il y avait un gros livre recouvert de cuir rouge… il y avait de nombreux feuillets couverts de la main fine et errante de Bilbon, mais la plupart était remplis de l’écriture ferme et fluide de Frodon…”
source : Le Seigneur des Anneaux, Livre VI : Chapitre IX (“Les Havres Gris”).

LEGOLAS (Orlando Bloom) fera une apparition dans le deuxième film, une fois que l’action passera dans le domaine du Roi des Elfes Thranduil (Lee Pace). Que ce sera un caméo ou une apparition étendue demeure à être vue.
source : Aucune, en fait. Mais il est juste de présumer que Legolas est un membre mentionné de la cour de Thranduil dans le chapitre “Tonneaux en liberté” du Hobbit.

Owen Williams

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LE DRAGON DE PETE

Un mot sur le Wyrm

Donne-nous un mot pour décrire Smaug, implore Empire. “Un mot ?” dit un Peter Jackson déconcerté en riant. Malgré les traits exacts du grand méchant du Hobbit (décrit par Tolkien comme un “vaste dragon rouge doré” et “tel une immensurable chauve-souris”) étant sur une base strictement confidentielle, en véritable manière de Magicien, le réalisateur révèle quelques détails flous quant à la nature précise du personnage. “Il est grand, sournois, très intelligent et très malin”.

“Un dragon est un dragon”, considère Joe Letteri, responsable des effets spéciaux chez Weta Digital, de la manière dont l’apparence de Smaug sera un challenge de mélange du familier et de l’unique. “Il n’y a pas grand chose à faire avant qu’il ne ressemble plus à un dragon”. Cependant, c’est plutôt comme dire que Gollum devait ressembler à un Hobbit…

Jusqu’ici, ils ne s’étaient pas concentrés sur le problème du dragon, étant donné qu’ils n’ont vraiment besoin de lui que dans les films deux et trois. “On a un bref aperçu ou deux dans ce premier film, taquine Jackson, mais, même après que les plans de ce films seront finis, on continuera probablement à la peaufiner, ajoutant plus de détails, et le préparant pour le deuxième film”. Effectivement, comme Gollum a évolué durant le cycle du Seigneur.

Les similitudes avec Gollum ne s’arrêtent pas ici. Car Smaug, sous la forme de Benedict Cumberbatch, est en motion capture. Comme l’explique Letteri, ce n’est pas tant une question de Cumberbatch qui bat des ailes comme pour s’envoler, mais des choses subtiles, comme décider de tourner la tête rapidement quand quelque chose attire son attention. “Vraiment, c’est la performance qui donne la personnalité au personnage”, dit-il.

À part Cumberbatch, aucun acteur n’a pu même jeter un coup d’œil à leur adversaire couvert d’écailles. Cela n’a pas empêché Richard Armitage d’imaginer sa menace fantôme. “J’ai commencé avec le dessin de Tolkien dans ma tête – un dragon classique tel un Wyrm, dit-il, et quand on filmait, toutes sortes de choses me sont venues à l’esprit : parfois il était doré et une énorme bête en surpoids et parfois il était très noir et tel un serpent. Évidemment, Peter va jouer avec le public comme Spielberg l’a fait avec les Dents de la mer…”

“Ce que j’aime chez lui, c’est que ce n’est pas un monstre, c’est un personnage”, insiste Jackson, et il y a eu beaucoup d’intrigue sur internet quant à comment le scénario pourrait joindre les bouts entre Smaug et le Nécromancien. En d’autres termes, Smaug est un joueur : “Une grande partie de son pouvoir n’est pas juste le fait qu’il soit une énorme bête”, conclut Jackson, pour le monde. “C’est qu’il a une obstination qui le rend plus formidable…” Formidable – voilà un mot pour lui.

Ian Nathan

Traduction – 26 juillet 2015