Le groupe qui se réinvente

Par Danny Eccleston

Grâce à un rôle arrogant dans les méchantes histoires de la Britpop des années 1990, les quatre hommes de Blur sont hantés par des représentations d’eux alors qu’ils étaient le plus ennuyant et le plus caricatural. Mais regardez en arrière – dans le chaos punk du Seymour pré-Blur, et encore plus loin, dans les illuminations adolescentes stimulées par les Jam, les Specials et New Order, dans l’environnement hippie du chanteur/compositeur Damon Albarn (son père Keith a managé Soft Machine) et son apprentissage dans le théâtre musical – et l’âme d’un phénomène pop fascinant et universel émerge.

En tant que jeune groupe indé montant, entre 1988 et 1991, Blur étaient tels des chiots chahuteurs. Les rythmes étaient une guerre entre l’agitation tête baissée du batteur Dave Rowntree et les lignes de basse mutines elastopops d’Alex James. Les guitares de Graham Coxon pouvaient compter sur la surprise – ses riffs grésillants sur le single “Syd Barrett se met au baggy”, There’s No Other Way, étaient une carte de visite tueuse – tandis que son ancien camarade de Stanway Comprehensive à Colchester, Damon Albarn, écrivait les chansons et chantait avec des “S” sifflants.

Ils aimaient être énervants, surtout soûls, mais leur grand pari, sur de la pop très anglaise à l’apogée, a payé. L’alignement suivant de la culture pop britannique derrière eux leur est monté à la tête, ou les a zigouillés, ou les deux, mais c’est tout à leur honneur qu’est venue la musique nourrie de crash qui portait les cicatrices, dans la vague de descente discordante de Blur, les fortes envies déconstructives de 13, et au-delà, dans les projets solos idosyncratiques.

Ils ont inclus le supergroupe à la chanson de foot de la tête de linotte James, Fat Les, et les cris du cœur à la Jilted John lacérés de guitare de Coxon. Pendant ce temps, Albarn prenait d’assaut les citadelles classiques et dansait sur des grooves afro au Lagos et au Mali. Depuis 2001, ses albums de Gorillaz storyboardés avec imagination et parfaitement ciblés se sont vendus à pratiquement 14 millions d’exemplaires.

Et Blur continuent à vivre. Ils font des concerts cette année, tandis que l’élégiaque single de l’année dernière, Under The Westway suggérait qu’il y avait toujours une vie créative dans le vieux Chien de l’Essex.

10. Blur Think Tank
Vous dites :
“Le Blur à 3 pattes apprend à marcher”.
Mark Ogden, par e-mail

Étant donné le départ au milieu du projet de Graham Coxon (au moins il a laissé les nuages de guitare vertigineux du morceau de fermeture épique, Battery In You Leg), c’est une victoire des griffes de la défaite. Enregistrant à Londres et Marrakech, avec l’aide de Norman Cook, et combat Rock du Clash dans la tête d’Albarn, Blur a accueilli une fusion multi-ethnique sur leur album le plus insouciant depuis le porte-drapeau de la Britpop, Parklife, avec le punk marocain taré de We’ve Got A File On You et le péan à la drogue façon Black Grape Brothers And Sisters équilibrant la pop mélancolique transfigurante de Out Of Time. Une vibration démos légèrement rafistolées ajoute du charme mais – surprise – il manque quelque chose. Voilà : Graham Coxon.

9. Damon Albarn Dr Dee
Vous dites : “Bizarre sur le plan sonore et bizarrement beau”.
David Brooks, par e-mail

Le premier album d’Albarn sous son propre nom – à moins que vous ne comptiez Democrazy de 2003 uniquement en vinyle – est la bande originale d’un opéra sur le mathématicien/alchimiste élisabéthain John Dee et son imbroglio politique byzantin (rock’n’roll !). Fusionner sa propre esthétique pop, les formes musicales de la Renaissance et l’instrumentalisation africaine contemporaine risquait d’aliéner à la fois les intellectuels et les moins intellectuels, et cela n’a pas plu à tout le monde. Mais abandonnez-vous dans son incompréhensibilité, ses nuances envoûtantes de John Dowland et Thomas Campion, et – surtout – le chant de Anna Dennis et la kora de Madou Diabate sur The Moon Exalted et c’est un voyage. L’anglicité, l’empire, le cosmos et, au milieu, un génie maltraité : qu’est-ce que Albarn essayait de dire ici ?

8. Gorillaz Gorillaz
Vous dites : “Un classique”.
Eric de Vries, mojo4music.com

La visite anonyme d’Albarn sur le Deltron 3030 du producteur de hip-hop Dan The Automator a semblé lui avoir donné une pensée : moi, je peux faire cela. Et avec des machines, des beats et des samples, qui a besoin d’un groupe ? Enrôlant son ancien colocataire Jamie “Tank Girl” Hewlett pour dessiner le “groupe virtuel” a greffé une mythologie espiègle et un bonbon marketing sur la musique minimale groovante, tandis que le rap intelligent de Del Tha Funkee Homosapien sur la souple et torchée Clint Eastwood a branché Albarn instantanément dans la musique la plus populaire mondiale, bien que des titres de chanson sans conviction – 5/4Man Research (Clapper) – suggèrent que les grosses ventes étaient loin de son esprit. Fun Boy Three – qu’il a vus sur Top Of The Pops adolescent – ont pu avoir semé cette graine.

7. Blur Modern Life Is Rubbish
Vous dites :
“Leur album l plus consistent et créatif”
Sander Varusk, par e-mail

Plus vrai à l’âme art-punk de Blur que leur premier album nébuleux, Leisure, il pourrait encore avoir été leur dernier souffle sans l’intervention de l’axe Andy Ross/David Balfe souvent néfaste du label Food. Leur demande pour des singles a donné naissance à Chemical World et le douloureux For Tomorrow, les premières conceptions mûres d’Albarn. Pendant ce temps, Modern Life… regarde en arrière, dans l’hommage de Colin Zeal à Went Crazy de Teardrop Explodes, et vers l’avant dans les pré-échos de End Of A Century dans Starshaped, et Coxon déchire plus que sur n’importe quel autre album de Blur. Bonus : la réédition 2 disques de 2012 vous donne l’essentiel Popscene. Albarn était perdu sur le Westway, pas pour la dernière fois.

6. Graham Coxon Happiness In Magazines
Vous dites : “Le meilleur album solo de Graham… de grands sons de guitare”.
John Vine, par e-mail

Love Travels At Illegal Speeds (2006) est plus habile, mais ces bords bruts et ton frénétique fait de Happiness… l’apogée punk à guitare hérissé de Coxon. L’irascibilité du guitariste contre la culture commerciale rustre (People Of The Earth est une dénonciation de génie fou de tout, exprimée par des aliens faisant du punk garage), l’horreur devant sa propre incompétence, et la fixation sur des chaussures sont évacués partout, tandis que les Skids, les Jam, The Fall et Dr. Feelgood surgissent, et des lignes comme “tout le monde glisse et se suicide lentement” suggèrent un moment bien passé dans le soi-disant “abri capitonné” de Coxon. Freakin’ Out est l’axe central tacheté de postillons, mais il y a une beauté mélancolique dans Ribbons And Leaves, aussi.

5. Blur 13
Vous dites :
“J’aime vraiment sa nature expérimentale”.
J Paul Chobaniuk, mojo4music

À la fin des années 1990, la consommation de drogue expérimentale a fait virer Albarn vers la texture, le groove et l’âme de la musique, tandis que le remix de William Orbit de Movin’ On extrait de l’album Blur a convaincu le groupe d’utiliser de l’électronica. Orbit produira 13, ouvrant le capot de Blur et exposant leurs entrailles – le stress brut de la séparation d’Albarn d’avec sa conjointe Britpop Justine Frischmann y compris. Du gospel-folk lourdaud (Tender) et de la pop noueuse (Coffee & TV) rencontre ainsi de l’indie-dub (Battle) et du prog opiacé (Caramel) dans un voyage vers l’espace intérieur et le cosmos. La tristesse et la bizarrerie se combinent dans la dernière chanson dévastatrice No Distance Left To Run et dans Trailerpark, les racines de Gorillaz commencent à se voir.

4. Blur Blur
Vous dites : 
“Exercice de comment regagner ses références artistiques en continuant d’avoir des tubes”.
Anthony Kerr, mojo4music

Le patient sur le brancard de la pochette pourrait être Blur eux-mêmes, ravagés par l’excès de la Britpop et l’accrochage pyrrhique avec Oasis. À la suite de cela, Graham Coxon, mécontent du Parklife redux trop travaillé qu’était The Great Escape, a eu ce qu’il voulait : un Blur ré-indifié complet avec éraflure lo-fi et un cœur des ténèbres (son You’re So Great pourrait être du Dinosaur Jr.). Et pourtant les tropes du Classic Blur™ percent à travers cela : des tactiques pop intello/crétines comme Song 2 et M.O.R. ; des connotations Ghost Town dans le morceau qui tue la Britpop, Deat Of A Party ; le côté Hunky Dory de Strange News From Another Star. Simultanément l’album de Blur le plus épuisé et pourtant facile.

3. The Good, The Bad & The Queen The Good, The Bad & The Queen
Vous dites :
“Éloge funèbre actuelle de génie à Londres et notre petite île grincheuse”.
Colin Staplehurst, mojo4music

La capacité d’Albarn à suivre la musique, plutôt qu’une formule préconçue – tout ce qu’il a appris, en d’autres termes, du fiasco de The Great Escape – est illustré ici. TGTB&TQ a commencé au Lagos comme exploration Afrobeat conduite par le batteur de Fela Kuti, Tony Allen, et a fini en cycle de chansons brumeux et plein de smog à propos d’un Londres psycho-historique tiré par la marée de basse de Paul Simonon. Tout “un peu Roi Lion a été purgé par le producteur Danger Mouse. Ce qui est resté était des moments magiques et mélancoliques comme HerculeanGreen Fields et A Soldier’s Song.

2. Blur Parklife
Vous dites :
“Vue d’ensemble folle de joie de l’histoire pop britannique, avec des vignettes music-hall qui changent d’humeur pour prendre son pied”
Dan Troy, mojo4music

Tout ce que ceux qui détestent Blur détestent chez eux, avec son titre phare marche de loubard sorte de flambeau pustulant qui attire le mépris. Mais ne tenez pas Parkife responsable de l’époque qu’il a présagé avec son effronterie rusée et sa palette pop-art (un peu comme Alf Garnett – vous avez vu l’ironie d’avertissement, ou pas). Admirez à la place la disco alternative enivrante de Girls & Boys, la fanfaronnade ultra-Kinks de End Of A Century et la mélancolie elgarienne de This Is A Low : éléments clés dans un discours sur l’état de la nation accidentel mélangé à du brio, des déguisements stylistiques et de bonnes chansons. Parfois, les disques ont du succès parce qu’ils sont géniaux. Celui-là en fait partie.

1. Gorillaz Demon Days
Vous dites :
“La meilleure réussite pop d’Albarn”.
Ben Rust, par e-mail

Aussi parfaitement complet et prescient à sa manière que Parklife – avec son monde sonore post-hip-hop aux yeux tristes ajoutant des pléthores d’“aujourd’hui” – le deuxième album de Gorillaz a attiré des collaborateurs stars (Dennis Hopper, Shaun Ryder, De La Soul) pour servir une sorte de parabole bretchtienne d’apocalypse mondiale imminente. Chaque morceau promeut l’action tout en parlant pour soi : (encore !) le côté Ghost Town de Kids With Guns qui évoque des visions cauchemardesques d’enfants ouest africains porteurs d’armes ; Feels Good Inc avec ses échos de Outkast fait de la pop dialectique scintillante ; le titre phare est une épopée d’orchestre soul. Une boîte de délices infinis.

* * *

MAINTENANT CHERCHEZ-CELA

Tous les étudiants de la culture alt pop des années 1990 doivent regarder Starshaped (Parlophone DVD), le film petite souris/vomi sur l’objectif de Matthew Longfellow sur Blur qui se dirigeaient vers leur premier crash, entre 1991 et 1993. Aussi bon, mais plus posé, No Distance Left To Run (Parlophone DVD, 2010), documentaire complet de Will Lovelace et Dylan Southern, où la projection honnête d’eux-mêmes – l’arrogance de Damon, les névroses de Graham, la désinvolture d’Alex – vous donnera envie de leur faire des câlins et de leur donner des coups de poing en même temps. En creusant vraiment profond, le coffret 21 comprend 22 disques de Blur, dont 60 inédites/raretés.

Traduction – 18 septembre 2015