Marc Webb ajoute son interprétation
2012. SORTIE : 26 NOVEMBRE. -12

Quand Chris Nolan a tiré la franchise Batman du trou, les huit ans entre les sorties des films suffisaient à peine à effacer les neurones qui avaient gardé toute mémoire du maniéré fluo de Batman & Robin. Marvel, société qui ressuscite, redesigne et redessine habituellement ses personnages imprimés, n’a pas perdu de temps à rebooter son héros de poster. Après tout, Spider-Man 3, c’était il y a à peine cinq ans. Étant donné que la suite de Sam Raimi n’a pas vraiment sorti la tête de l’eau avec un passage malavisé dans le genre musical, est-ce qu’un reboot hâtif est une idée vraiment aussi terrible que cela ? Le tintement du tiroir-caisse de 750 millions $ du box office suggère qu’il y aura des suites, et l’histoire d’origine de Marc Webb s’envole avec de la promesse, mais au bout du compte, c’est une affaire qui ressemble à Peter Parker – passionné, juvénile, occasionnellement maladroit, tout en faisant tomber quelques murs de briques au passage.

Alors que l’approche résolument intensifiée de fan de Raimi avait Spider-Man qui balançait directement des panneaux de Marvel, le film de Webb va jusqu’à avoir son arachno-garçon “planté dans un univers pratique et réaliste”. C’est un mantra que l’on peut voir en fonction tout au long du reboot, des tireurs de toile mécaniques sujets aux pannes, le style de combat de type parkour, les visuels moins consciemment bande dessinée et, plus notamment, ses personnages plus riches et plus profonds. Si ce Spider-Man a une super force, c’est dans Andrew Garfield, dont la présence timide, enfantine et voûté en fait un Peter Parker bien plus crédible que le geek nerveux qui raconte des blagues de Tobey Maguire. En fait, ce pourrait bien être le premier film de super-héros à mieux fonctionner sans le costume qu’avec. Webb, qui a réalisé la comédie romantique culte (500) jours ensemble, consacre beaucoup de temps et de soin à mettre en avant les interactions émotionnelles de Parker, que ce soit entre Garfield et le pétillant Oncle Ben de Martin Sheen ou sa tentative de romance adolescente avec la chérie du lycée Gwen Stacy, rendue extra-acidulée par une fougueuse Emma Stone. Certainement, en tant que soap de super-héros sensible, c’est un succès satisfaisant.

Pourtant, à moins que vous ne possédiez un écran plasma 3D de la taille d’une falaise, les séquences d’action du film, dont une caméra qui suit le point de vue de Spidey spécialement fabriquée pour la dimension à lunettes, sont malheureusement plus bof que géniales, retenues par une musique chorale typique de James Horner qui veut réveiller, pas exciter. Le principal problème, cependant, se trouve dans son méchant. Spider-Man a toujours compris des méchants compromis, poussés vers des méfaits épiques et la mégalomanie contre la volonté rongée par la culpabilité de leurs alter-egos plus sains d’esprit. Le scientifique fou Dr Curt Connors, alias le Lézard, rentre parfaitement dans la signature de la saga Méchant mais pas trop, mais la menace paraît être sur une petite échelle, la motivation moite. Ce n’est pas retirer quoi que ce soit à Rhys Ifans, dont l’interprétation grandiose semble avoir canalisé la voix de Peter O’Toole dans le corps de Peter Cook. C’est la transformation de Connors en images de synthèse en un vélociraptor vêtu d’une blouse de laboratoire qui manque d’impact, menace distance qui, de près, trop souvent, le fait ressembler à un Pac-Man incrusté de mousse. Ce qui vous pousse à vous demander : quelle quantité de la queue du Lézard est restée à gigoter sur le sol de la salle de montage ? La réponse se trouve dans les bonus exhaustifs du disque…

Bonus Des 11 scènes coupées ici, le gros appartient au Lézard. Quelques sketchs amusants s’élèvent à des débris désinvoltes (Ifans terrorisant des écolières avec un baiser avec la LANGUE vicelard ; private joke Freddie Krueger piquant) ; le reste ajoute une chaleur absente à un personnage au sang froid – son rôle subordonné à Omnicorp, la douleur existentielle de sa transformation en gecko-garou, l’introduction du fils Billy Connors dont il était séparé, et un discours génial “Construisez vos propres cathédrales” qui soutient sa relation sous-développée avec Parker. Que de bonnes choses et suffisantes, si Webb ressente jamais le besoin, pour être régénéré en version longue. Quant au reste, il y a un gros “Making of”, un commentaire du réalisateur/producteur papotant et révélateur et les chiffres qui tombent de la technomation (Webb sur les séquences en 3D, des documentaires sur les effets spéciaux, un diaporama embêtant de conception de personnages qui arrive finalement à un prototype “mais à quoi pensiez-vous ?” du Lézard portant des lunettes à la Two Ronnies). Notre choix spécial ? Vous poussant la tête la première dans une leçon douloureuse de ténacité, les répétitions des cascadeurs ouvrent un aperçu à vous tirer les larmes dans les séquences d’action avant que les images de synthèse n’y soient vaporisées. Spécialement héroïque : le double de parkour de Garfield qui bondit sur un parcours d’obstacles tel un ferret en feu.

Simon Crook

Films 3/5 Bonus 3/5

Traduction : 8 janvier 2017

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