4/5 Cela valait la peine d’attendre…

Avez-vous déjà vu le gentil prendre une balle dans le derrière ? Et que dire de s’accroupir sur la tête d’un méchant pour l’humilier ? Ou chanter Careless Whisper ? Faire un cauchemar avec Liam Neeson ? Porter un masque de Hugh Jackman ? Tous ces cadeaux – et bien plus – sont offerts par Deadpool, le dernier super-héros en costume en caoutchouc en date à arriver sur le grand écran. En fait, revenons en arrière : “Je peux être super, mais je ne suis pas un héros”, nous dit-il, dans un méli-mélo de moments irrévérencieux et grossiers où il brise le quatrième mur.

Même le générique d’ouverture se fout de tout le monde. Pas de noms – juste “Un méchant britannique”, “Une adolescente maussade”, “Un personnage en images de synthèse”, “Un caméo gratuit” (tous sont vrais, au fait), “Réalisé par un crétin surpayé”. Le “crétin” en question, Tim Miller, a créé un sacré film de super-héros (désolé Deadpool, c’est ce que c’est) malade et tordu, avec les auteurs de Bienvenue à Zombieland Rhett Reese et Paul Wernick et le producteur/acteur Ryan Reynolds. Saluez le public, messieurs.

Nous commençons près de la fin, avec le Deadpool de Reynolds dans un taxi en route pour trouver Francis – ou Ajax (Ed Skrein) comme il préfère qu’on l’appelle. Arrive un énorme carambolage sur l’autoroute, tandis que le vengeur acrobate élimine de nombreux larbins aux Uzis avec juste une douzaine de balles et deux couteaux. Sur le point d’embrocher Francis, il se fait interrompre par deux X-Men, la montagne de métal le Colosse (voix de Stefan Kapicic) et Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand).

Perdus ? Ne vous inquiétez pas. Deadpool aime narrer sa propre histoire, retournant en arrière ou allant dans l’avenir jusqu’à ce que nous nous retrouvons à ce moment. Revenant juste un peu plus d’un an en arrière, nous rencontrons son ancien personnage, le bon à rien Wade Wilson, ancien des Forces Spéciales, “un mauvais garçon qui est payé pour foutre en l’air des gars pires”. Mais ensuite il a rencontré Vanessa (Morana Baccarin, star de Firefly/Homeland/Gotham), prostituée dont il tombe amoureux et qu’il demande en mariage. Elle accepte – il s’avère rapidement qu’il est atteint d’un cancer en phase terminale.

Perdre la face
Puis un gars louche vêtu d’un costume fait une proposition à Wade : donnez-nous votre corps pour l’expérimentation et nous vous guérirons et vous transformerons en super-héros. Qu’est-ce qu’il a à perdre ? Comme il s’avère, que sa liberté et son physique. Faisant l’expérimentation, nous découvrons Ajax, assisté avec compétence par la super-forte Angel Dust (Gina Carano), tous deux vétérans de ce programme de mutation de l’ADN qui semble impliquer de la torture jour et nuit (bains de glace, passages à tabac, électrocution).

Il s’avère que ces deux-là veulent créer une race de super-esclaves à revendre au plus fort acheteur. Perdant patience, Ajax prive alors Wade de l’oxygène de son cerveau, faisant frire son ADN et le transformant en mec bien louche. Ressemblant “à un avocat qui aurait baisé un plus vieil avocat”, comme l’ami serveur de Wade, la Fouine (T.J. Miller), le dit plus tard, son visage est “ce qui fabrique les cauchemars”. Alors ce n’est pas étonnant s’il ne peut pas retourner dans les bras de Vanessa, même après qu’il s’enfuisse du laboratoire d’Ajax.

Suivant les conseils de porter un masque, Wade devient Deadpool – nommé ainsi parce que le bar où travaille la Fouine tient une cagnotte sur lequel de leurs habitués va mourir en premier. Par vengeance, Deadpool doit retrouver Ajax, qui pourrait être la seule personne à pouvoir réparer son visage balafré. Mais ce n’est pas vraiment un film où l’intrigue a trop d’importance. Ce sont les boutades et les apartés qui poussent vraiment ce bébé, désobéissant aux règles de super-héros avec tout de gags sur Star Wars et Matrix à des clins d’œil à l’ennemi juré de Marvel, DC.

Tranchant
Un jeu où Reynolds est une cible particulière, ce sont les private jokes. “S’il vous plaît, ne faites pas le costume de super-héros vert”, dit-il, avant sa transformation en Deadpool, clin d’œil délibéré à son Green Lantern risible. Encore mieux, les piques politiquement incorrectes de Reese et Wernick (“Aujourd’hui, c’était aussi marrant qu’un god en papier de verre”) concordent avec le penchant de l’ancien expert des effets spéciaux, Miller, pour la violence excessive/stylée et l’horreur (voir Deadpool se couper la main et la voir repousser).

Taillé sur un mélange éclectique de hip-hop, soft rock et de classiques des années 1980, l’action est rapide et la narration encore plus ; le tout allant crescendo vers une confrontation tapageuse dans une décharge. Grandement recouvert soit d’un masque ou de prothèses, Reynolds est génial, savourant la sale nature frénétique de tout cela. Baccarin rend réelle sa putain avec un cœur potentiellement clichée, tandis que Carano et Skrein sont tous les deux plus que capables de remplir leurs devoirs d’action. Quant à Hildebrand et son crâne rasé (ou “Ripley d’Alien³”, comme l’appeller Deadpool), elle réussit bien le rôle de l’adolescente maussade. Oh, et le “caméo grauit” de Stan Lee est un bijou classé X.

Seul le Colosse déçoit un peu, les images de synthèse pratiquement aussi lourdes que lui. Mais c’est cherche la petite bête, étant donné combien Deadpool remplit bien sa mission principale – piquer les super-egos des blockbusters hollywoodiens adaptés de comics. Ce ne sera pas du goût de tous – ce qui est d’ailleurs l’intérêt – mais il met son argent là où se trouve son mercenaire à grande gueule.

James Mottram


LE VERDICT Bruyant, obscène, ingénieux et outrageux, Deadpool est un régal. Tout lme crédit à Reynolds et compagnie pour avoir les couilles d’acier d’aller aussi loin.


Certifié À confirmer Réalisateur Tim Miller Avec Ryan Reynolds, Gina Carano, Ed Skrein, T.J. Miller, Morena Baccarin Scénario Rhett Reese, Paul Wernick Distributeur 20th Century Fox Durée 106 minutes


REGARDEZ LE SI VOUS AVEZ AIMÉ…

Bienvenue à Zombieland 2009
Les auteurs de Deadpool s’échauffent avec ce film d’horreur comique, caméo gratuit et tout.

X-Men Origins: Wolverine 2009
La première interprétation de Deadpool par Reynolds, bien qu’avec la bouche cousue. Késkecékecebinz ?

Kick-Ass 2010
Le seul film de super-héros à pouvoir rivaliser Deadpool sur le plan des injures et de la violence.

Traduction : 9 janvier 2017

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