Si leur premier album exposait le terrain émotionnel des SMITHS, Meat Is Murder fournissait un manifeste radical d’une période troublée, éclipsée par la “violence, l’oppression et l’horreur” de Margaret Thatcher. Trente ans plus tard, Uncut retrouve les membres du groupe, des associés intimes, des contemporains (même Neil Kinnock !) pour nous raconter toute l’histoire d’un groupe au moment le plus soudé et aventureux de sa carrière… Un récit de fraternité, de mariage, de “sons de guitare boute-en-train et coléreux”, de moments maladroits dans des Little Chef, de courses de voitures avec OMD et l’usage de saucisses comme arme d’attaque. “Des garçons turbulents qui ne veulent pas grandir” ?

La distance parcourue par les Smiths à la fin de l’année 1984 peut être mesurée, à un certain degré, en trajets en voiture. En route avec le reste des Smiths de leurs maisons respectives à Manchester vers les Amazon Studios à Kirby durant l’hiver 1984, Morrissey était assis derrière, pour profiter au mieux de tout le bienfait du chauffage central de la voiture. Le véhicule – une Mercedes blanche extra-longue des années 1970 louée de R&O Van Hire, à Salford – avait été précédemment utilisée pour des mariages. Désormais, elle était utilisée pour un autre type de célébration. Les Smiths – avec leur co-producteur débutant, Stephen Street – se dirigeaient vers Amazon pour enregistrer leur deuxième LP, Meat Is Murder. “On avait l’impression que les grands avaient déserté et il nous incombait de briser des règles et de s’amuser”, a dit Johnny Marr à Uncut. Malgré la météo, les trajets journaliers à faire des allers-retours de Kirby se déroulaient dans la bonne humeur, caractérisée par un air d’anticipation de ce qu’allait apporter les sessions. L’intérieur de la voiture comprenait deux rangées de sièges, se faisant face comme dans un taxi. Morrissey et Johnny Marr s’asseyaient sur les sièges qui étaient dans le sens de la marche, tandis que Andy Rourke et Mike Joyce prenaient place en face d’eux, dans le sens inverse de la marche. S’il y avait des désaccords entre les membres du groupe, cela avait habituellement à voir avec le chauffage – dont Morrissey se plaignait qu’il n’était pas monté assez haut. “Amazon se trouvait sur un complexe industriel au milieu de nulle part, explique Andy Rourke. C’était le grand froid de l’hiver. On s’arrêtait pour une tasse de thé dans ce kiosque et l’emportait en studio. C’était notre routine pendant deux ou trois semaines”.

Un complexe industriel à Kirby, à la périphérie de Liverpool, au plus profond de l’hiver, semble à peine être le cadre le plus propice pour y prendre d’assaut la citadelle. Malgré tout, le travail démarré ici par les Smiths sur Meat Is Murder était autonome et stimulant. “C’était très excitant, reconnaît Stephen Street. On avait l’impression que toutes les étoiles étaient alignées, tout semblait fonctionner”.

Bien qu’historiquement les chansons de Morrissey s’étaient attardées sur une vision nostalgique d’après-guerre de l’Angleterre – une de délinquants juvéniles, de filous sous-terrains et de “responsable de garde-manger parvenu” – Meat Is Murder présentait un côté différent et hautement politisé du groupe. Les chansons de l’album abordaient des thèmes puissants et contemporains dont les droits des animaux et la violence domestique et institutionnalisée.

“Les Smiths étaient partis tous seuls, dit Paul Weller à Uncut. Je les trouvais similaires aux Jam, vraiment. Ce n’était pas un truc de ligne du parti, et les paroles n’étaient pas toujours ouvertement politiques. Mais ils semblaient toujours refléter ce qui se passait dans la vie des gens”.

“Les questions qu’ils abordaient dans les chansons sur Meat Is Murder étaient socio-politiques, rajoute Billy Bragg. Ma politique était plus idéologique, mais les Smiths étaient plus impliqués dans des questions plus larges ; on vivait à une époque où ces questions à l’avant-plan du débat”.

“La politique du jour a eu un grand effet sur la musique et les paroles de Morrissey, admet Andy Rourke. C’est sur quoi on écrivait des chansons : nos expériences. Ça transparaît dans la musique, aussi”.

Si Meat Is Murder a contribué à établir les Smiths comme force radicale, il avait d’autres implications, tout aussi considérables, pour leur carrière. C’était une époque fluide en évolution rapide pour le groupe : depuis la sortie de leur premier single, Hand In Glove, en mai 1983, leur ascension avait été rapide et exaltante, construite sur une suite de singles palpitants et, en février 1984, un album éponyme. Meat Is Murder, cependant, est mieux caractérisé comme un échange d’idées à un plus haut niveau. Il faisait avancer leur histoire de manière crédible, leur donnant leur unique album numéro un, faisant bouger ainsi Born In The USA de Springsteen du sommet des charts albums britanniques. Il représentait également un moment où Morrissey et les Smiths étaient le plus soudé. “Morrissey a toujours voulu faire partie d’un gang”, dit Richard Boon, alors directeur de production de Rough Trade Records. “Il ne l’a jamais été parce qu’il était tellement un personnage solitaire. Je me souviens d’être dans le van du groupe une fois quand on descendait à Londres. Ils portaient tous des t-shirts blancs parce que ça nous démarquait et ils voulaient se démarquer. Au moment de Meat Is Murder, les Smiths s’étaient consolidés en gang.

“Tout s’est passé très rapidement, réfléchit Rourke. Surtout à cette époque, les choses repartaient encore plus, et les disques ont commencé à se vendre mieux qu’avant. Je pense que ça a toujours continué vers le haut, mais au moment de Meat Is Murder, on est définitivement passés à la vitesse supérieure. C’était une époque folle et trépidante”.


Quand on repense au milieu des années 1980, quand il était leader du parti travailliste, Neil Kinnock se souvient comme si c’était hier du paysage social et politique de l’époque. “On était dans des conditions de tourmente politique et industrielle, il commence. Avec un fort taux de chômage, l’accroissement de la pauvreté pas vu depuis la guerre et des communautés entières poussées à l’abandon par des changements non seulement à la suite des grèves des mineurs mais également par la grève des sidérurgistes du début des années 1980. L’impact rapidement du changement industriel imprévu et sans fondement était évident”.

“Il y avait quelque chose dans l’air durant cette période, 1984-1985, acquiesce Billy Bragg. C’était incroyablement intense. On doit voir Live Aid à certains égards comme une réflexion de ça, parce que c’était tous les groupes qui ne voulaient pas se salir les mains avec les mineurs. Mais comme moi et les Smiths, on a percé en 1984, on était vraiment des gens de cette époque. On n’était pas seuls, mais en termes de discussion de questions, les Smiths étaient à l’avant-plan”.

“C’est quelque chose que je trouve assez étonnant aujourd’hui, combien les années 1980 étaient politiques”, admet Stephen Morris de New Order, qui ont joué lors d’un concert au profit de la mairie de Liverpool avec les Smiths. “Greenham Common. Des femmes qui campaient dehors, à arrêter les missiles de croisière. C’était excellent. On prenait les choses plus au sérieux à l’époque. On s’est fait beaucoup de bénéfices, mais tout le monde s’en est fait. Je pense que peut-être que c’était une continuation du punk, le Rock contre le Racisme”.

“Il y avait des gens dans l’industrie du divertissement qui étaient très perturbés par ce qui se passait, continue Kinnock. Quand la période de Margaret Thatcher en tant que premier ministre s’est transformé en Thatchérisme – à la suite de la guerre des Malouines quand le terme a commencé à être utilisé – c’est devenu un centre assez naturel d’antagonisme pour les gens qui devenaient proéminents dans la culture pop”.

“Les Smiths étaient des gars du Nord avec une tradition d’opposition ouvrière têtue, mais tenue d’une manière très sympathique et attirante, note Richard Boon. Ce n’était pas monter sur les barricades à crier. C’était plus subtil. L’intention était de toucher les gens qui se sentaient privés de droits”.

“Tout le monde était politique à un certain degré, parce que tout le monde était uni dans son opposition à Thatcher”, dit le guitariste Ivor Perry, ami de Morrissey dont le groupe Easterhouse a fait la première partie des Smiths sur la partie écossaise de la tournée Meat Is Murder. “Des groupes comme nous et les Redskins étaient bien plus explicitement politiques parce qu’on était attachés à des idéologies et des programmes de changement. Mais les Smiths étaient plus sur la politique du style de vie. C’était important – mais le végétarisme et le système scolaire ne sont pas de la politique dure, comme l’économie ou l’Impérialisme, ou l’assujettissement de l’Irlande ou l’apartheid. Puis on avait la très forte opposition de Morrissey à Thatcher, aussi”.

En effet, les opinions de Morrissey à propos de Margaret Thatcher étaient ardemment exprimées dans les interviews de l’époque. “Toute l’histoire de Margaret Thatcher en est une de violence, d’oppression et d’horreur”, a-t-il dit à Rolling Stone en juin 1984. “Je prie juste qu’il y ait un Sirhan Sirhan [l’assassin de Robert Kennedy] quelque part. C’est le seul remède pour ce pays en ce moment”. En octobre 1984 – le même mois où les Smiths ont commencé à travailler sur Meat Is Murder à Amazon – l’IRA a bombardé un hôtel durant la conférence annuelle du parti conservateur à Brighton, poussant Morrissey à exprimer son “chagrin” au Melody Maker que “Thatcher s’en est échappée saine et sauve”.

“Morrissey a toujours été très franc dans les interviews sur Thatcher et la famille royale, se rappelle Andy Rourke. Est-ce que ses commentaires me mettaient mal à l’aise ? Non, pas pour mes propres sentiments. J’avais 18, 19 ans. Je paniquais sur ce que mon père pouvait lire. Moi, ça me dérangeait pas. En tant que groupe, on montrait beaucoup de solidarité et on se tenait derrière Morrissey et toutes ses croyances. On devait tous avoir les mêmes croyances”.

“Le reste des Smiths n’était pas politique, dit Perry. Ils aimaient se défoncer, fumer de l’herbe et boire. Personne ne s’asseyait pour lire la politique. Morrissey lui-même était à fond dans le féminisme et les écrivains provocateurs. C’était radical, mais d’une manière, ça n’allait pas affecter le gars moyen dans la rue, un mineur en grève ou peu importe”.

“C’était des gens politiquement idéalistes, jeunes, assez militants à une époque où le pays traversait beaucoup de tourmente”, se souvient John Featherstone, technicien lumière des Smiths. “Beaucoup de groupes développent un personnage en tant que groupe, ce qui est une entité séparée de leurs propres croyances individuelles. Mais les Smiths ont agi de cette manière parce qu’ils étaient le groupe, et le groupe, c’était eux. Ils étaient grandement managés par eux-mêmes à cette époque, aussi. Alors il n’y avait pas de manager pour dire, Vous ne voudrez pas dire ça sur l’attentait de l’IRA contre Thatcher. Par conséquence, la manière dont ils ont agi ainsi, c’était la manière dont ils pensaient et parlaient. Des choses comme Meat Is Murder étaient en gros la manière dont pensaient Morrissey et Johnny.


Stephen Street se souvient de la première fois qu’il est devenu conscient des Smiths. “Je les ai vus sur Top Of The Pops, interprétant This Charming Man, dit-il. “Je travaillais à Island comme ingénieur en interne. Il y avait une session prévue pour le weekend, alors ils voulaient quelqu’un qui était prêt à venir. Une fois que j’ai entendu que c’était les Smiths, j’ai dit, J’aimerais définitivement faire ça. On pouvait dire que le groupe était excité. Ils étaient très soudés, ils venaient de beaucoup tourner alors ils étaient en grande forme… vraiment chauds”.

La session avec Street – en mars 1984 pour Heaven Knows I’m Miserable Now – a marqué le début d’une longue et fructueuse relation avec le groupe. Quelques mois plus tard, Street a reçu un coup de fil de Geoff Travis de Rough Trade. “Il a dit que le groupe veut faire un disque qu’ils veulent produire eux-mêmes, et ils veulent travailler avec un ingé-son qu’ils aiment et en qui ils ont confiance – ça te dirait ? Alors on a commencé les sessions à Amazon. On pouvait dire que le sentiment au sein du groupe était très positif. Ils savaient qu’ils étaient sur quelque chose de bon. Tout volait. On nous prenait à 9h30-10h du matin à Manchester. On arrivait à Amazon à environ 11h, on travaillait jusqu’à environ 20h, peut-être 21h et on nous ramenait à la maison”.

“On a pensé, pourquoi avoir un producteur et se faire imposer son opinion quand on peut le faire parfaitement nous-mêmes ? explique Andy Rourke. C’était une question de contrôle. On aimait vraiment Stephen”.

“J’avais littéralement le même âge que Morrissey, dit Street. Je suis du même groupe d’âge que le groupe. Morrissey était le plus vieux, puis c’était moi. Alors c’était un groupe de mecs réunis. On expérimentait”.

“J’explorais ce que je pouvais”, a dit Johnny Marr à Uncut en 2008. “Je suppose que je me sentais libéré sur ce deuxième album. La première partie était finie – se faire connaître, apprendre à jouer sur scène, obtenir un label, une relation avec le public et puis ça a fonctionné. Et puis je me suis juste relevé les manches en pensant, Voyons ce qu’on peut faire !

“J’ai l’impression qu’ils étaient assez bien préparés pour celui-là – plus que pour les autres albums qu’on a faits ensemble, reconnaît Street. Ils avaient eu un peu de temps pour jouer ces chansons en répétition ou lors de soundchecks. Barbarism Begins At Home remonte assez loin”.

“On avait environ 80% des chansons en main, se souvient Andy Rourke. On a toujours travaillé de la même manière. Johnny, Mike et moi, on posait un morceau brut avec Johnny qui jouait de la guitare en live, juste de manière à avoir ça en référence. On revenait tous en arrière et Mike posait la batterie correctement, en écoutant la guitare de Johnny, et puis je mettais la basse par-dessus. Puis Johnny étalait toutes ses guitares. Enfin, Morrissey faisait sa magie au sommet de tout ça”.

Pour la majeure partie, Rourke révèle, Morrissey était en studio avec le reste du groupe même si on n’avait pas spécifiquement besoin de lui pour l’enregistrement. “Puis il entrait dans la salle d’enregistrement, avec son carnet et ses paroles. Il ne les montrait à personne avant. C’était toujours un moment excitant ! On entendait les paroles pour la première fois quand il les chantait sur le morceau”.

Écrivant avec enthousiasme à propos des session dans Autobiography, Morrissey se rappelle, “On avançait sur les nouvelles chansons à la suite en mettant la pâtée pour voir – juste comme ça – où tout ça nous mènerait… De là coulait la pile électrique à fond caractéristique des Smiths”. Parmi les chansons enregistrées à Amazon entre octobre et novembre 1984, Morrissey a décrit The Headmaster Ritual comme “un son de guitare boute-en-train et coléreux qui prend tout le monde ; l’instant de domination de basse sur Rusholme Ruffians ; la batterie plus lourde sur I Want The One I Can’t Have. Les Smiths commençaient à se tenir droits”.

Rourke, pour sa part, décrit les sessions comme “vraiment marrantes à enregistrer”, tandis que Street déclare avoir été “scié la première fois qu’il a entendu The Headmaster Ritual. Je l’ai trouvée fantastique, et quand j’ai entendu les paroles aussi, j’ai trouvé qu’elles sonnaient tellement… Morrissey ! C’était sensationnel”.

The Headmaster Ritual, morceau d’ouverture de l’album, présentait l’inventaire du groupe. Inspirée par les propres jours malheureux de Morrissey à St Mary’s Secondary à Stretford, la furie de la chanson était dirigée à des coups violents balancés par les professeurs – “pervers belligérents – laissant des écoliers terrifiés avec “des bleus plus grands que des assiettes”Barbarism Begins At Home, pendant ce temps, abordait le mauvais traitement familial : “les garçons turbulents” et “les filles turbulentes”, chantait Morrissey, “Ils doivent être pris en main” – expression nauséeuse et ambiguë qui impliquait à la fois une discipline correctionnelle sévère mais également l’agression sexuelle. Morrissey répète la ligne “une claque sur la tête” huit fois au cours de la durée de la chanson, criant à un moment comme s’il souffrait. Rusholme Ruffians, pendant ce temps, décrivait des coups de couteau et une tentative potentielle de suicide. Les chansons qu’ils ont enregistrées débordaient de violence, mais également de désir (“Je veux celle que je ne peux avoir”), de romance (“Ma foi en l’amour est toujours dévouée”) et le mélodrame de la jeunesse (“C’est ma position finale”).


Le trajet d’une heure deux fois par jour aller-retour vers les Studios Amazon sur l’autoroute M62, a rapidement fait place à un autre voyage et une voiture de location de luxe différente. Après trois semaines à Amazon, le groupe a déménagé à Ridge Farm, studio d’enregistrement résidentiel près de Horsham dans le Surrey. De là, le chauffeur du groupe, Dave Harper, se souvient qu’ils allaient à leurs rendez-vous et réunions de presse dans une limousine noire. “Elle ne semblait pas avoir de clé pour l’allumage, note Harper. C’était un peu louche. Tu mettais un long tournevis, un grand, dans l’allumage et c’est comme ça qu’on la démarrait. Le capot n’avait rien pour le garder ouvert, alors on mettait un balai. C’était à l’origine une voiture de cortège funéraire de Hollande. Morrissey m’a une fois demandé l’histoire du véhicule. Il était assis derrière moi. Il était dans l’une de ses humeurs bavardes. J’ai répondu, Elle était utilisée comme voiture de cortège funéraire en Hollande. Il a dit, J’aurais aimé que tu ne me le dise pas. Il ne m’a plus parlé du reste du voyage”.

À Ridge Farm, le groupe a fini de travailler sur Meat Is Murder. Le titre éponyme était une chanson dans cette dernière fournée. “C’était moi, Mike et Johnny dans un bœuf sur ce riff répétitif très doux, se rappelle Andy Rourke. C’est juste arrivé organiquement. Morrissey avait déjà les paroles”.

“Il n’y a pas eu de démo, ajoute Stephen Street. Les accords sont assez étranges avec cette chanson et ils voulaient créer une atmosphère. Alors Johnny a esquissé les accords, puis on l’a marquée avec une piste rythmique, on y a posé du piano, et renversé les premières notes pour créer cette sorte opprimante d’obscurité. Morrissey m’a tendu un album d’effets sonores de la BBC en disant, Je veux que tu essaies de créer le son d’un abattoir. Alors me voilà avec un album de vaches qui font meuh joyeusement dans un champ. C’était un défi, mais je l’ai vraiment apprécié. J’ai trouvé des bruits de machine et je les ai mis dans un harmoniser en descendant le ton pour qu’ils sonnent plus sombres et plus profonds. J’ai fait la même chose avec les vaches, pour les rendre effrayantes. C’était comme un collage sonore. Le groupe a appris à la jouer live après qu’on l’ait enregistrée”.

“Le moment inspirant, c’est le titre éponyme, a écrit Morrissey dans Autobiography. Chaque notation musicale est une image, le sujet lâché dans l’arène pop pour la première fois, et je savoure jusqu’aux larmes cette chance de donner une voix aux millions d’êtres qui sont massacrés chaque jour”.

Morrissey était devenu végétarien à environ 11 ou 12 ans”, a-t-il dit à PETA, l’organisation des droits des animaux, en 1985. “Ma mère était une végétarienne convaincue autant que je me souvienne. On était très pauvres et je pensais que la viande était une bonne source de nutrition. Puis j’ai appris la vérité. Je pense que je pourrais dire que je me repentis pour toutes ces années maintenant”.

Les questions du végétarisme et des droits des animaux avaient été mises brusquement en relief quelques années auparavant avec la sortie d’un documentaire, The Animals Film [voir encadré]. “L’allumette qui a enflammé les droits des animaux dans le mainstream au Royaume-Uni a été quand Channel 4 a diffusé The Animals Film en novembre 1982”, explique Dan Matthews, vice-président de PETA. “Il existait des groupes actifs depuis des décennies auparavant, mais ce film a apporté les images perturbantes aux masses. Cela se connectait au climat politique plus large, en particulier la lutte des classes au Royaume-Uni, étant donné que les questions animales comme la fourrure, la chasse à cour et le foie gras étaient liées aux classes supérieures”.

“C’était les questions de l’époque, ajoute Billy Bragg. Si tu étais à court de manifestations, il y avait toujours les activistes des droits des animaux qui étaient là, peu importe pourquoi on manifestait. C’était partie intégrante de ce que la gauche abordait à l’époque”.

Par conséquent, si Morrissey était un végétarien pratiquant, il était normal que ses collègues adoptent un régime similaire. “Tu ne peux pas enregistrer un album intitulé Meat Is Murder et t’échapper prendre un burger, observe Andy Rourke. Après avoir utilisé Ridge Farm, tous nos autres enregistrements ont été faits dans des studios résidentiels. C’était génial. On pouvait faire son propre agenda. On travaillait, puis on déjeunait, des sandwiches, à peut-être 14h, puis à 18h ou 19h, c’était le dîner. On avait notre propre chef là-bas, qui faisait de la nourriture géniale. On pensait toujours avec nos estomacs”.

À Ridge Farm, Stephen Street se souvient que le menu était “sans viande et sans poisson. C’était un fait accompli. Je savais qu’Andy et Mike craquaient de temps en temps. Mais certainement, quand ils étaient ensemble en studio, personne ne mangeait de viande. Leur régime était sacrément horrible. C’était du chocolat et des chips. Je me souviens de penser que Johnny paraissait si menu. Ce n’est pas étonnant, il mangeait quasiment rien”.

”À un moment, on s’est arrêtés à une station service pour le petit-déjeuner, dit Andy Rourke. Tout le monde a commandé des œufs brouillés ou des œufs au plat. J’ai commandé un petit-déjeuner à l’Anglaise. Quand il est arrivé, Morrissey a quitté la table. Puis Johnny a quitté la table. Puis Mike a quitté la table. Alors j’étais là seul avec ce petit-déjeuner anglais me sentant très mal à l’aide. Je suis devenu végétarien après ça”.

“Durant l’un de nos nombreux voyages, on s’est arrêtés à une station service avec un Little Chef”, ajoute Dave Harper, comme Rourke aussi fan du petit-déjeuner traditionnel anglais. “À cette époque, si on commandait un petit-dej’, il était servi dans une assiette décorée d’une scène de ferme. Alors tu avais la joie de manger du bacon et des saucisses sur une assiette avec des cochons dessus. Je trouvais ça marrant, en particulier manger ça devant Morrissey. Il n’a pas fait d’esclandre, il a juste dit, Pourquoi tu fais ça ? J’ai répondu, Je ne sais pas de quoi tu parles. Fait quoi ? Il ne m’a pas sermonné, ni ne m’a jamais pardonné pour avoir mangé de la viande. Ce n’était pas le bon environnement pour commencer à parler de politique. Ce n’est jamais venu. Mais c’était une grande chose : que mange Morrissey ? Des biscuits, du gâteau, de la glace…


Peu avant le début de l’enregistrement de Meat Is Murder, Morrissey et Marr étaient tous les deux revenus à Manchester après un temps passé à vivre à Londres. “J’avais l’habitude de déposer Morrissey à cette grande maison cauchemardesque gothique style Scooby-Doo qu’il avait acheté à Hale Barns, dit Harper. Il a mis sa mère dedans. C’était le type de maison une vieille personne vivrait dedans ; si tu rendais visite à tes grand-parents et qu’ils avaient plutôt bien réussi et qu’ils aimaient avoir une clôture en cuivre poli et une porte médiévale avec de la quincaillerie cloutée dedans. Johnny était à Hale. Il a acheté le vieux presbytère”. Harper transportait le groupe de part et d’autre de l’autoroute M6, de chez eux à leurs rendez-vous à Londres. “Si c’était tous les quatre, Morrissey et Johnny s’asseyaient derrière moi. Andy et Mike étaient plus loin. Ça se tortillaient beaucoup, ça bavardait beaucoup, ça riait beaucoup et ça écoutaient beaucoup de cassettes. Si c’était Morrissey tout seul, c’était une autre histoire. Il avait son propre statut à maintenir. Il commençait au fond, puis au fur et à mesure du trajet, il s’ennuyait de plus en plus, alors il passait devant pour avoir quelque chose à observer”.

Au cours de l’année 1984, les Smiths avaient sorti trois singles ainsi que deux albums – leur premier en février, suivi par Hatful Of Hollow, compilation de sessions à la BBC, en novembre. Tandis que 1985 s’ouvrait, leur production déjà prolifique s’est brusquement compliquée. En janvier – 14 jours avant la sortie de Meat Is Murder – Rough Trade a ressorti tardivement l’ancienne face B How Soon Is Now? en single face A à part entière. Le morceau a plus tard été inclus sur l’édition américaine de Meat Is Murder. “Tout était un peu chaotique, confirme Andy Rourke. On a toujours ressenti une injustice dans leur préparation de l’offre et la demande avec nos disques. Ça a manifestement affecté nos places dans les charts, et ainsi notre morale. Geoff [Travis] faisait ce qu’il pouvait pour nous, peut-être que ça ne suffisait pas. Ils n’étaient tout simplement pas prêts. Avant nous, ils traitaient avec des groupes indés assez petits. On était le premier groupe mainstream dont ils se sont occupé”.

“Les Smiths étaient la poule aux œufs d’or, dit Richard Boon. Le regretté Scott Piering travaillait dur à la radio, Mike Hinc, leur agent, travaillait vraiment dur. Ainsi que le groupe. Tout le monde reconnaissait le talent et c’était une mission de faire que le public le reconnaisse. Mais il y avait de la tension entre le groupe et le label et ils étaient rapides à faire remarquer chaque échec. Mais le groupe n’a jamais accepté aucun échec de leur part”.

Le groupe était également sans management à ce moment critique. “Personne ne tenait la barre de notre bateau, confirme Rourke. Bien que l’enregistrement de Meat Is Murder était super marrant, il a mis de la tension sur la relation entre Johnny et Morrissey. Si quelqu’un avait une question sur le groupe qui serait habituellement passée par le management, Johnny devait décrocher le téléphone. Ça interférait avec le processus d’enregistrement et le stressait ; ce n’était pas bon pour Johnny. On avait définitivement besoin d’un manager, mais je pense qu’on était ingérables”.

Pour accompagner la sortie de Meat Is Murder – le 11 février 1985 – les Smiths ont entrepris une tournée britannique de 23 dates, qui s’est terminée au Royal Albert Hall de Londres le 6 avril. Leur tournée l’année précédente en soutien de leur premier album avait suivi une trajectoire plus typique de salles de syndicats universitaires. Mais pour Meat Is Murder, le groupe est monté d’un cran vers les théâtres, les mairies et les centres d’art. Malgré de telles réussites live, l’unique single de l’album, That Joke Isn’t Funny Anymore, a atteint la 49ème place : autre cause de friction avec Rough Trade.

Le groupe a commencé la tournée en voyageant dans leur Mercedes limousine blanche, conduite par leur tour manager Stuart James. James se souvient du sens fort de la camaraderie du groupe. “Ils étaient très soudés, mais musicalement, Johnny était le directeur musical, dit-il. Johnny et Morrissey parlaient et suggéraient des idées. Puis Johnny présentait le tout à nouveau à tout le monde”.

“Morrissey et Johnny pensaient tous les deux que l’esthétique était vraiment importante, continue John Featherstone. On a passé beaucoup de temps à cracher des idées. Johnny a apporté un passage des Stones à la télé qui était illuminé d’un blanc très brillant mais vraiment plat. C’était l’époque où tu devais trouver un magnétoscope – alors il l’a montré à Morrissey qui a dit, Peut-être qu’on devrait utiliser ça pour Meat Is Murder ? L’une des choses qu’ils aimaient, c’était des palettes de couleurs très restreintes. Alors j’ai éclairé tout le spectacle en nuances de bleus et de verts, à l’exception de Meat Is Murder. C’était une chanson tellement différente, d’un point de vue visuel elle avait besoin d’un traitement complètement différent. Alors elle était juste éclairée d’une couche de rouge sang dégoulinant, pour souligner la différence”.


Sur scène, Meat Is Murder refermait le set principal sur la tournée de 1984, positionnant l’ordre du jour activiste du groupe à l’avant-plan. En coulisses, cependant, Stuart James se souvient qu’il y avait une attitude un peu plus lâche envers maintenir un régime végétarien strict. “De la viande était servie, mais certainement pas à notre table. Johnny n’était pas intéressé mais Mike et Andy s’échappaient occasionnellement pour un burger après un concert”.

“Malgré tous ses défauts, Morrissey est souvent perçu comme dictatorial, ajoute Featherstone. Ça n’a jamais été mon expérience de lui. La manière dont c’était positionné aux gars, c’était On ne paie pas pour ça ; vous pouvez dépenser vos sous dans ce que vous voulez. Il y a eu de nombreuses occasions quand, en coulisses, les conducteurs des camions et des bus sortaient un barbecue de la soute du bus et cuisaient des steaks et des hot dogs, en particulier sur la partie américaine de la tournée”.

“On voyageait dans un camping-car qu’on a acheté spécialement pour l’occasion”, dit Tim Booth, chanteur alors végétarien de James, qui ont fait la première partie des Smiths sur la tournée Meat Is Murder. “C’était une vieille belle chose des années 1950. On vivait de ragoût de lentilles et de riz durant ces concerts et Morrissey venait manger avec nous”.

En coulisses, l’ambiance était bonne. Stuart James se rappelle de Morrissey prenant la décision de restreindre les passes d’accès aux coulisses au personnel de la tournée uniquement. “Il n’y avait personne en coulisses avant les concerts, explique-t-il. Je ne parle pas que des loges, mais de toutes les coulisses. On avait juste des laminés groupe et équipe. Ils n’étaient pas donnés à personne d’autre, dont les personnes de la maison de disques, qui voulaient toujours aller en coulisses pour parler au groupe. Mais il a été considéré que ce n’était pas le bon endroit pour eux, et j’étais content de ça, aussi”.

“On n’avait pas vraiment de rituel pré-concert – habituellement, c’était juste les gens qui filaient aux toilettes, dit Andy Rourke en riant. Je sais que Johnny avait toujours cette superstition qu’il devait avoir de l’argent dans sa poche quand il montait sur scène”.

Les loges, pendant ce temps, étaient, aux dires de tous, un endroit relax. “Mike et Andy étaient des bouffons, décrit Featherstone. On voyait Johnny, toujours une guitare à la main, toujours une clope au bec, perché comme un lutin au bord d’un canapé ou d’une table basse, à gratter de la musique, tenant quatre conversations en même temps. Morrissey était plus dans les périphéries. Il n’était en fait pas dans la pièce quand Johnny fumait. Mais si oui, il était plus au bord, à regarder ce qu’il se passait, souvent à lire – un petit cône de silence l’entourant. Parfois, il t’ignorait complètement. Ça m’a pris un moment pour apprendre que ce n’était pas personnel, c’est juste la manière dont il gère les choses”.

Andy Rourke se souvient des concerts Meat Is Murder comme “fous”, Tim Booth se souvient de “l’intense dévotion” du public, tandis que Dave Harper décrit l’atmosphère comme “tellement chaud et excitante, qu’il y avait de la sueur sur les murs”. Stuart James explique ses devoirs principaux durant les concerts eux-mêmes étaient de dissuader des membres du public enthousiastes de monter sur scène. “Plus tard, cependant, ça en est arrivé au point où le groupe trouvait que ce n’était pas un bon concert s’il n’y avait pas eu d’invasion sur scène”, raconte-t-il.

“On avait les gars des HLM et des gradins de stades, dit Richard Boon. “Adoptant le personnage ambigu que Morrissey avait l’intention de présenter. La dernière fois que j’ai vu Morrissey sur scène, c’était à l’Albert Hall quand You Are The Quarry est sorti ; y’avait pleins de mômes fans de foot qui agitaient des drapeaux et scandaient des chansons. Ça a commencé à l’époque de Meat Is Murder”.

“Morrissey était un être humain très sensible, et il avait cette véritable relation amour et haine avec sa célébrité, observe Tim Booth. Il l’aimait désespérément, mais il était également assez terrifié par les gens et ce qui allait avec. Il était pris entre deux forces opposées. Il se cachait dans son hôtel. Il ne sortait pas, il trouvait ça étourdissant”.

“Il aimait l’attention alors qu’on devenait célèbres, ajoute Rourke. Mais si les fans se rapprochaient trop, on se retrouvait toujours dans des situations où Morrissey n’était la plupart du temps pas à l’aise. Les gens étaient plus que familiers avec lui. Et le touchaient, le câlinaient et l’embrassaient. Sur scène, ça allait, mais pas ailleurs”.

Le 16 mars, les Smiths ont joué au Hanley Victoria Hall à Stoke-on-Trent. Un peu après le début de Meat Is Murder, un objet lancé du public a frappé Morrissey. “C’était une dizaine de saucisses avec Meat Is Murder écrit dessus, explique Rourke. Elles étaient assez lourdes, un paquet de saucisses, qui te frappent au visage. Ça l’a choqué. Puis, quand il a regardé par terre, il a vu que c’était de la viande. Il a été dégoûté et a simplement quitté la scène. C’était des saucisses irlandaises. Comment je le sais ? C’est moi qui m’a fait chier à les remettre dans le plastique. C’était comme si une brique l’avait frappé au visage. Si elles s’étaient défaites, il aurait pu s’étrangler avec”.

“Morrissey aimait être sur scène, mais il n’aimait pas le dur travail ennuyant et banal du voyage, dit Dave Harper. Avec les végétariens, il y a toujours la maladie associée qu’ils mangent des chips pendant six semaines. Je ne pense pas que ça lui ait fait beaucoup de bien sur le plan de la santé, parce que jusqu’à ce que tu atteignes un autre niveau, tu n’as pas de nourriture décente – et si tu es végétarien en plus de ça, il est certain que tu n’aies pas de nourriture décente, parce que personne ne fait de la nourriture pour toi”.

Tandis que la tournée Meat Is Murder progressait, sans manager et dans une période d’activité extraordinaire, le groupe a répondu à la pression accrue de manières différentes. “Tout est devenu plus fort que tout le reste, dit John Featherstone. Le besoin de faire de la presse et de la promotion, le besoin de faire des concerts. Tout est devenu trop. Johnny prospérait dedans jusqu’à l’épuisement. Mais quand Morrissey s’est senti grévé, il repoussait tout. Il prenait ses distance, physiquement, intellectuellement et émotionnellement. Il annulait les interviews et reculait. Johnny et Morrissey ont tous deux établi des méthodologies professionnelles qui ont été définies sur cette tournée”.


De nombreuses personnes travaillant directement avec les Smiths durant cette période étaient déjà de proches associés du groupe. John Featherstone, par exemple, était à bord depuis novembre 1983. Richard Boon de Rough Trade, pendant ce temps, avait rencontré Morrissey pour la première fois tandis qu’il tenait le label mancunien New Hormones : “Il m’a envoyé une cassette de lui qui chantait, en disant, Je dois chuchoter parce que ma mère est dans la pièce à côté. C’était une première version de Reel Around The Fountain”. Mais aussi soudé qu’était ce groupe, il incombait à Stuart James de gérer les devoirs quotidiens du groupe. “J’étais leur tampon, révèle-t-il. J’étais la personne vers qui Rough Trade allait s’ils voulaient entrer en contact avec le groupe directement. Je devais reporter leurs opinions au label, que ce soit ce qu’ils voulaient entendre ou pas. C’était difficile. Ils projetaient parfois des choses que je découvrais bien trop tard. C’était la même chose à une occasion où Morrissey était dans un train dans une direction et le reste du groupe était dans un train dans l’autre. Morrissey était dans un train vers chez sa mère et le reste du groupe était dans un train vers Londres pour faire une émission de télé”.

Néanmoins, James – qui a été renvoyé puis repris durant l’été 1984 – a accompagné le groupe aux États-Unis via le Concorde lors de leur première tournée américaine. “C’était un pu le gaspillage d’argent, certainement en termes de nourriture végétarienne. C’était bien trop délicat pour eux. Leur végétarisme à ce moment-là, c’était des haricots et des frites sans la saucisse. Si on leur aurait proposé un truc comme une salade de couscous, ça ne se serait pas bien passé”.

En effet, tandis que la tournée passait de l’Aragon Ballroom de Chicago (le 7 juin) jusqu’aux 16 000 places de l’Irvine Meadows Amphitheatre en Californie (le 29 juin), le groupe trouvait cela de plus en plus difficile de garder un régime purement végétarien. “Je me souviens d’arriver à LA et qu’on a été récupérés par un mini-bus, se rappelle James. On quittait l’aéroport et sur Manchester Avenue, le premier truc qu’on voit, c’est Fish & Chips anglais. Ça avait pris beaucoup de peine de faire monter tout le monde dans le minibus, puis cinq minutes plus tard, c’était Arrêtons-nous au Fish & Chips ! Alors on mangeait tous du fish & chips. Je pense que le poisson était toujours acceptable à ce moment pour tout le monde, bien que je ne peux attester de Moz. Peut-être que Moz a été dégoûté une fois, quand notre gars de la sécu, Jim Connolly, l’a encouragé à manger du poisson. Tu dois prendre un peu de poisson, Moz. Quand il est arrivé, il avait toujours sa tête, et il a fait la fine bouche devant. Je pense que c’est la dernière fois qu’il a essayé de manger du poisson”.

Le 11 juin, les Smiths ont joué au Warner Theater de LA. Dans le public se trouvait Dan Mathews qui venait de commencer à travailler pour PETA. Dans ses mémoires, Committed, Mathews raconte avoir démarché Morrissey dans sa chambre d’hôtel quand, à la surprise de Mathews, le chanteur a accepté une interview impromptue : “Puisque c’est pour les animaux, évidemment je me devais de faire ça, a expliqué Morrissey. J’ai toujours pensé que les animaux étaient comme des enfants, a-t-il continué. Ils se tournent vers nous pour qu’on les aide et les protège”. À la fin de l’interview, Morrissey a offert une version live inédite de Meat Is Murder – enregistrée à l’Apollo Theatre d’Oxford en mars – pour être incluses sur une compilation de PETA, Animal Liberation. “En plus de l’avoir interviewé quelques fois, on a partagé de nombreux dîners et on est sortis en ville quelques fois à LA, raconte Mathews. Je l’ai retrouvé une  fois à El Paso en tournée. Il déteste la nourriture épicée, adore la cuisine italienne, déteste Madonna, adore [la drag-queen] Lypsinka, déteste les fêtes, adore le champagne, déteste les journaux à scoops, adore Golden Girls”. (Morrissey continue à soutenir PETA ; bien que personne interviewé pour cet article n’a pu confirmer s’il avait activement engagé le dialogue avec d’autres groupes de protection des droits des animaux).

“C’était des concerts géniaux”, dit Billy Bragg, qui a fait la première partie des Smiths sur la tournée américaine. Quand tu tournes pour la première fois aux États-Unis, c’est tellement excitant. Faire partie de ça avec un groupe de gars qui faisaient ça, c’était un privilège. Ils étaient vraiment au sommet de leurs pouvoirs”.

Andy Rourke cite explicitement la première tournée américaine du groupe comme un tournant au sein du groupe en tant qu’entité live. “On changeait, admet-il. On pensait qu’on avait besoin de soutenir un peu le son. Alors on y allait à fond la caisse. Johnny utilisait une tonne d’effets, et quatre amplis en même temps”.

Notant les différences entre les publics britanniques et américains, Stuart James dit qu’il y avait “moins de mous du genou” dans les foules américaines. Rourke élabore. “La première chose que j’ai remarquée, c’est qu’on avait des fans féminines aux États-Unis. Alors qu’en Angleterre, c’était majoritairement des jeunes garçons pâles. Les fans étaient dingues aux États-Unis. Bien plus exubérants”.

“On faisait ces concerts qui défonçaient les portes des gens, ajoute John Featherstone. C’était notre première tournée américaine, on a fait deux soirs au Beacon Theatre. À Chicago, on a séjourné à l’Ambassador East, l’hôtel des Blues Brothers. C’était l’une des icônes culturelles sacrées des Smiths. Les Blues Brothers, Spinal Tap, Richard Prior…”.

Réfléchissant sur comment Morrissey a répondu aux États-Unis, Billy Bragg se souvient : “Une chose chez Morrissey qui est universelle, c’est que c’est un laissé pour compte. Et y’avait-il un endroit où il l’était encore plus à ce moment que les États-Unis ? Mais la musique anglaise à cette époque avait une véritable crédibilité aux États-Unis. REM étaient dans une sorte similaire de groove avec les Smiths et avaient en Michael Stipe un autre laissé pour compte”.

“En tant qu’artiste, Morrissey savourait l’euphorie, reconnaît Featherstone. Mais il s’est un peu offensé du manque de culture perçu chez certains fans. Une grande partie du public américain, en particulier les concerts à l’extrême Ouest, comme San Diego et Oakland, étaient plus Ouais, faisons la fête”. Featherstone se rappelle aussi du choix de la première partie sur de nombreuses dates : des travestis. “C’était Morrissey qui essayait juste de se moquer un peu. C’était fait via l’agent. C’est l’idée de Morrissey, c’est certain. C’était un petit peu plus formalisé qu’un appel ouvert au casting, ouais”. Featherstone rit aux éclats en y repensant ; il parle également tendrement du mariage de Johnny Marr avec sa petite amie Angie Brown à San Francisco [voir encadré]. “Je me souviens du Meat Is Murder Tour comme entouré d’amitié et de rire plus que tout”.


 Quand on lui a demandé une image durable de Morrissey durant la période Meat Is Murder, Dave Harper s’enflamme sur le choix de vêtements du chanteur. “Il a commencé à porter un chapeau assez large, plus grand qu’un Trilby. Un Homburg ? À larges bords. Et un long pardessus, probablement un cher. Il avait toujours des bagages pas données. Il achetait des Rimowa. C’était de l’alu, pratiquement ondulé, ça aurait pu être une flight case. J’étais assez impressionné par son goût en matière de bagages. Il aimait avoir des choses sympathiques et chères”.

Des chapeaux ? Des manteaux ? Des marques de bagages de luxe ? Clairement, en 1985, Morrissey et les Smiths allaient quelque part. Un album n°1. Une tournée à guichets fermés, dont une tête d’affiche au Royal Albert Hall (“chacune de nos familles avait une box privée”, se souvient Rourke). Mais telle était la vitesse à laquelle ils bougeaient, en août 1985, ils sont retournés en studio pour commencer à travailler sur leur troisième album, The Queen Is Dead. “Ils ont posé le végétarisme au cœur du débat pour les jeunes à l’époque d’une manière dont personne n’aurait pu, insiste Bragg. Au lieu d’écrire une chanson gentille sur l’amour des animaux, y aller comme ça avec une scie mécanique, avec les sons de l’abattoir en fond sonore, c’était de l’agitprop fabuleuse”.

Les Smiths ont encore plus renforcé leur ordre du jour politique en s’alliant brièvement avec la tournée Red Wedge [voir encadré]. Mais Meat Is Murder demeure leur déclaration la plus durable. “C’était un disque très important, réfléchit Andy Rourke. Il a informé à beaucoup de personnes la détresse des animaux et leur maltraitance ; le barbarisme, littéralement. Ce que Morrissey et les Smiths ont fait en termes de promotion du végatarisme est génial”.

La chanson éponyme de l’album, pendant ce temps, continue à être un clou des concerts solos de Morrissey ; toujours éclairée avec la couche rouge sang familière conçue lors de la tournée de 1985. Présentant la chanson sur la scène de l’O2 Arena de Londres le 29 novembre 2014, Morrissey a été ému de citer une histoire qui avait récemment éclaté dans les journaux britanniques. “J’ai lu l’autre jour que 75% des poulets venus au Royaume-Uni est contaminé et ainsi empoisonné, a-t-il observé. Et j’ai pensé : Ah, ah, ah, ah…”.

Michael Bonner


CE QU’ILS ONT DIT
Qui est qui dans notre histoire Meat Is Murder

RICHARD BOON
Alors : responsable de production de Rough Trade. Actuellement : bibliothécaire impliqué dans le festival littéraire de Stoke Newington. www.stokenewingtonliteraryfestival.com

TIM BOOTH
James ont sorti leur album le plus récent, la Petite Mort, en 2014. www.wearejames.com

BILLY BRAGG
Apparaîtra dans deux films, Death Or Liberty et Urban Hymn, cette année – avec de la nouvelle musique qui doit sortir cet automne. www.billybragg.co.uk

JOHN FEATHERSTONE
Technicien lumière. DG du studio de design visuel fondé aux États-Unis, Lightswith. www.lightswitch.net

CARYN GOUGH
Graphiste. Dirige son propre cabinet, Dada Design. http://www.dadadesign.co.uk

DAVE HARPER
Conducteur. Manage actuellement le groupe électronique finlandais Husky Rescue. www.husky-rescue.com

STUART JAMES
Tour manager. Travaille actuellement sur un album solo dans son home studio.

NEIL KINNOCK
Chef du parti travailliste de 1983 à 1992. Fait Baron Kinnock de Bedwelty en 2005.

DAN MATHEWS
Vice président de PETA. Auteur de son autobiographie en 2008, Committed: A Rabble-Rouser’s Memoirwww.peta.org.uk

STEPHEN MORRIS
New Order travaillent sur leur premier nouvel album studio depuis 10 ans. www.neworder.com

IVOR PERRY
Guitariste de Easterhouse. Responsable du programme de travail sur la nouvelle plateforme Childline pour une consultation marketing et technologie numérique.

ANDY ROURKE
Le bassiste. A récemment collaboré avec James Franco sur Let Me Get What I Want – album fondé sur la poésie de Franco inspirée par Morrissey. Le projet Jetlag (NYC) de Rourke doit sortir de nouvelles chansons avec la chanteuse des Cranberries Dolores O’Riordan cette année. www.andyrourke.com

STEPHEN STREET
Ingénieur du son. Les crédits récents incluent Aline, Flyte et Graham Coxon. http://www.stephenstreet.net

PAUL WELLER
Sort un nouvel album solo, Saturn’s Pattern, au printemps. www.paulweller.com


SUR LA ROUTE AVEC MORRISSEY

En tant que conducteur de Morrissey et des Smiths, Dave Harper s’est occasionnellement retrouvé obligé de suivre certaines demandes inhabituelles…

“Morrissey et moi, on s’est une fois arrêtés à une station service sur la M6, et il y avait cette grosse BMW haut de gamme toute neuve, avec trois ou quatre antennes plantées sur le toit. Elle est à qui cette caisse ? on s’est demandés. C’était Andy McCluskey de OMD, qui s’est fait un max de thunes et on avait l’impression qu’il les avait dépensées en antennes pour voiture. Morrissey a dit, Il doit aller à Liverpool. Morrissey insistait beaucoup sur le fait que je devais essayer de le rattraper, et si je pouvais le doubler, pour prouver je ne sais pas quoi.Cette limousine noire que je conduisais avait environ 15 ans et la voiture de McCluskey était toute neuve. Je ne pouvais le doubler, mais je l’ai suivi pendant un petit moment. Morrissey était dans un tel état d’excitation élevée qu’il était accroupi derrière le siège du conducteur s’agrippant au dossier, me poussant à aller plus vite. Allez, tu peux le rattraper !”.


Témoignage
VOYOUS EN ROTIS SERIF

“Morrissey a mené le design et avait une vision quant à comment les pochettes devaient être présentées”, dit l’ancien responsable de production de Rough Trade, Richard Boon. “Toutes ses idées devaient être déballées et rendues parfaites. Si ce n’était pas le cas, il n’était jamais heureux”.

“J’avais un boulot avec Malcolm Garrett chez Assorted Images”, explique la graphiste Caryn Gough. “On a fait Culture Club, Duran Duran. Morrissey ou Rough Trade s’était rapproché de Malcolm pour faire la pochette des Smiths. On est tous les deux allés les voir. C’est la seule fois où j’ai rencontré Morrissey. Il me parlait comme si j’étais le patron, ignorant complètement Malcolm. Il a dit, J’aimerais que tu fasses mes pochettes. Alors je suis devenue leur artiste de mise en page. Morrissey m’envoyait des gribouillages bruts, parfois il me disait qu’il aimait cette police ou cette couleur, et j’ajustais les choses si je ne pensais pas qu’elles fonctionnaient. Occasionnellement, il écrivait quelque chose à la main. Tout était sur un grand panneau. J’ai dû commander la composition et la coller avec de la colle en aérosol et décalquer les photos. Puis je mettais les paroles pour le livret”.

“Il avait cette photo du marine, extraite de Vietnam, année du Cochon [documentaire de 1968 de Emile de Antonia], continue Richard Boon. Il y avait une approche intéressante au cadre, étant donné que le nom du groupe était à la verticale sur le côté gauche. Habituellement, il y a beaucoup de choses comme la vitesse de bac, quand les gens regardaient dans un bac comme avant, où le nom devait se trouver dans les 10 premiers centimètres en haut de la pochette.

“Il y a eu un stratagème avant. On a imprimé des tas d’autocollants avec Meat Is Murder dessus qui ont été envoyés dans tous les bureaux régionaux du Cartel. Des magasins comme Probe et Red Rhino les donnaient simplement aux gens pour qu’ils les mettent là où ils voulaient. Sur les vitrines des bouchers, il me semble me rappeler…”


BIÈRES BLONDES LÉGÈRES ! CHIPS ! SANDWICHES AU CONCOMBRE !
Quel était le prix d’envoyer les Smiths sur la route en 1985 ? L’ancien tour manager du groupe, Stuart James, a gardé ses vieux livres de caisse. Il révèle ici quelques uns de leurs secrets…

“On avait la Mercedes blanche, que je conduisais la majeure partie du temps, commence-t-il. Mais on a eu un bus en plein milieu de la tournée. On en avait deux, un pour l’équipe et un pour le groupe. On avait aussi loué la sono à Ozz PA Hire, l’un des partenaires était le tech son. On a pris ça sur la route et puis on a juste loué une sono supplémentaire pour l’Albert Hall. Il y avait des lumières louées aussi. On a pris la production entière avec nous.

“Les perdiem étaient de 15£ sur cette tournée pour le groupe et l’équipe – c’est beaucoup avec le recul, il continue. L’Adelphi Hotel, le Royal Court Liverpool, l’aller-retour en taxi, 2£. C’est nous prenant un taxi de l’hôtel au concert. Le Castle Keep à Margate, pour tout le groupe, a coûté 199£. Il y avait beaucoup de choses comme des cassettes vierges, et un exemplaire de Singles Going Steady des Buzzcocks, à passer avant le concert. Ça coûtait 3.99£”.

Et les exigences du groupe sur la tournée Meat Is Murder ? “Deux bouteilles de vin, une bouteille de Jack Daniel’s, cinq bières blondes légères, quelques paquets de chips et des sandwiches au concombre, et c’est tout, dit Andy Rourke. On était appliqués et minces !”


BÊTES DE FILM

Dan Mathews de PETA décrit The Animals Film comme “l’allumette qui a enflammé les droits des animaux dans le mainstream au Royaume-Uni”. Le documentaire radical a été inspiré par les expériences du cinéaste new-yorkais Victor Schonfeld dans un kibboutz israélien, où il a été assigné à un appareil à éclosion. “J’ai décidé de faire un documentaire pour le cinéma qui ferait de l’exploitation des animaux une question politique sérieuse”, a-t-il écrit dans le Guardian en 2007. Co-réalisé par Schonfeld et Myriam Alaux, le film mélangeait dessins animés, films d’actualité et publicités avec micro-trottoirs et des images tournés en caméra cachée montrant la maltraitance des animaux. Narré par Julie Christie, avec une musique écrite par Robert Wyatt, The Animals Film a été à l’affiche au cinéma pour une durée limitée à la fin de l’année 1981 avant d’être diffusé, sans coupure publicitaire, sur Channel 4 le troisième soir de son existence. Sur ordre de l’Independent Broadcasting Authority, le film a été modifié avant diffusion pour retirer 12 minutes d’images comprenant un raid de la part d’activistes du front de libération des animaux sur un laboratoire.

Est-ce les actions les plus extrêmes menées par le FLA ont nui à la perception publique du mouvement des droits des animaux ? “Je pense que oui, de la même manière que le chemin de fer souterrain a provoqué la colère de la société pour avoir contribué à la fuite des esclaves au siècle dernier, dit Dan Mathews. À chaque fois que les gens entendent parler d’une injustice hideuse et violente, il y en aura qui réagiront de manière agressive, ça arrive dans chaque mouvement. Même si certains trouvent de telles réactions extrêmes excessives, ça contribue à faire connaître la question et beaucoup, bien qu’ils ne vont pas violer la loi, se retrouvent en accord moral avec la question plus générale”.

The Animals Film est sorti en DVD chez www.theanimalsfilm.com


SETLIST
Royal Albert Hall, 6 avril 1985

  • How Soon Is Now?
  • Nowhere Fast
  • I Want The One I Can’t Have
  • What She Said
  • Hand In Glove
  • Stretch Out And Wait
  • That Joke Isn’t Funny Anymore
  • Shakespeare’s Sister
  • Rusholme Ruffians
  • The Headmaster Ritual
  • You’ve Got Everything Now
  • Handsome Devil
  • Still Ill
  • Meat Is Murder

ENCORE

  • William, It Was Really Nothing
  • Heaven Knows I’m Miserable Now
  • Barbarism Begins At Home
  • Miserable Lie

LE COUPLE BIZARRE

Un invité inattendu sur la tournée Meat Is Murder était Pete Burns, chanteur de Dead Or Alive. Enthousiaste activiste des droits des animaux, Burns a rencontré Morrissey en février 1985 quand ils sont apparus tous les deux sur Top Of The Pops, la même année, ils ont partagé une couverture de Smash Hits. Mais le 6 avril, Burns a rejoint les Smiths sur la scène du Royal Albert Hall de Londres pour Barbarism Begins At Home – lui donnant l’honneur d’être le seul artiste aux côtés de Sandie Show à être apparue sur scène avec les Smiths. “Il était en costume complet de Pete Burns, c’est certain, se souvient Stuart James. Un petit peu distant, une touche d’arrogance là. Je pense qu’ils sont simplement allés dans un coin pour discuter après. Je ne me souviens pas qu’il ait emmené une grande clique avec lui”.


JOHN MARTIN MAHER, VOULEZ-VOUS PRENDRE POUR ÉPOUSE…

Le 20 juin, Johnny Marr a épousé Angie Brown, sa petite-amie, à San Francisco. “Morrissey était le témoin officiel mais j’ai en gros tout organisé, de ce dont je me souviens, dit Stuart James. Je les ai conduis au médecin pour obtenir les certificats médicaux. Le jour du mariage, on est allés chercher le contrat, puis on a un peu roulé, on a même pu passer sur le pont. Puis c’était direction l’église non confessionnelle…”.

“On avait tous rejoint le cirque à ce moment, ajoute John Featherstone. Alors il y avait beaucoup de personnes qu’ils aimaient, et qui partageaient leur vie, avec eux. Je veux dire, Angie était nominalement le directeur commercial du groupe dans les faits”.

“C’était également mon anniversaire, dit James. La réception aurait pu se passer dans ma chambre. Snakefinger et une partie de son groupe m’ont rendu visite, parce que j’avais travaillé avec eux sur la tournée. L’hôtel dans lequel on séjournait était une chaîne japonaise nommée Miyako, dans Japantown à San Francisco”.


Témoignage
VOIR ROUGE !

Parlant à Uncut sur les origines de Red Wedge, l’ancien chef du parti travailliste, Neil Kinnock, se rappelle, “Il y avait des gens comme Billy Bragg et Paul Weller qui ont décidé qu’ils avaient besoin de transformer leurs propres expression d’outrage, de consternation et de rage en force politique. C’est pourquoi ils ont contacté le parti travailliste et ils étaient très heureux de devenir ouvertement politiques dans leur propre profession de manière à ce que nous puissions les utiliser dans nos activités politiques”.

“La chose qui tenait Red Wedge, ce n’était pas qu’on aimait tous le parti travailliste, c’est qu’on détestait tous Margaret Thatcher, ajoute Billy Bragg. On voulait tous faire quelque chose pour essayer de battre Margaret Thatcher. C’est ce qui a attiré Johnny. Il était direct dans Red Wedge. Ce n’était pas une question de, Oh, je vais voir ce que dit le groupe. À la place, il a dit, J’y serai”.

Johnny Marr et Andy Rourke sont d’abord apparus sur la tournée Red Wedge avec Billy Bragg, jouant à Manchester (25 janvier 1986) et à Newcastle (27 janvier) avant que les Smiths eux-mêmes jouent au City Hall de Newcastle le 31 janvier 1986 pour la dernière date de la tournée. Le set des Smiths était constitué de quatre chansons : Shakespeare’s SisterI Want The One I Can’t HaveThe Boy With The Thorn In His Side et Bigmouth Strikes Again.

“Newcastle était génial, dit Bragg. Le nombre de personnes qui sont venues, parce qu’ils n’étaient pas à l’affiche, le public a été soufflé. Madness sont venus aussi et Prefab Sprout. Tom Robinson… C’était comme un spectacle de Noël. Tout le monde devait être sur scène à différents moments, ayant réfléchi à quelles chansons jouer alors que les sets changeaient”.

“Les Smiths étaient géniaux, putain”, se souvient Paul Weller, qui jouait alors avec le Style Council. “Quand ils sont montés sur scène, c’était ce gros BOUM, ce mur d’énergie. Morrissey explosait simplement ; le public aussi. Je n’avais pas vraiment vu ce niveau d’énergie et d’excitation depuis mes jours dans Jam, pour ce genre d’hystérie, d’une grande manière électrique positive. Ce soir-là, j’ai juste pensé, Putain, c’est vraiment ça”.

Traduction : 25 janvier 2017

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