N’a-t-on pas déjà fait celui-là ?
1993. SORTIE : DÉJÀ DANS LES BACS (BLU-RAY À PARTIR DU 5 NOVEMBRE). CLASSIFICATION : AVERTISSEMENT

Danny Rubin, créateur et co-auteur de Un jour sans fin, aime blaguer sur ses projets d’écrire une suite. Il l’appellerait quelque chose comme Un jour sans fin 2 : Retour à Punxsutawney, “puis on le ressortirait tout simplement”. Un jour sans fin est inégalable. C’est la grande comédie du Hollywood d’après-guerre. Combien d’autres comédies romantiques essaient l’existentialisme sur mesure ? Combien de drames existentialistes comprennent Ned Ryerson ? Tant réside au-delà du style pince-sans-rire de Bill Murray, mais le film est impensable sans lui dans le rôle du présentateur météo maudit (ou est-ce béni ?) par le 2 février qui se répète jusqu’à… jusqu’à… jusqu’à… Nous allons trop loin. Il est temps de recommencer…

C’EST LE JOUR DE LA MARMOTTE ! Et nous partons… nous partons à Gobler’s Knob pour rencontrer Phil de Punxsutawney, rogneur à l’air pugnace qui peut prédire la fin de l’hiver. C’est un bon duo, Connors (Murray) et son ami : des hibernants qui se terrent, des messieurs météo nommés Phil avec un seul jour pour s’imposer. Connors est en ville (à Woodstock dans l’Illinois en doublure de Punxsutawney) pour rapporter sur le rituel de la Marmotte avant de rentrer à pieds vers son manque d’âme calme. Pour passer le temps, il commence à désirer un peu sa nouvelle productrice, la douce mais moralisatrice Rita (Andie MacDowell), jusqu’ici immunisée contre ses multiples tentatives de conquête.

C’EST LE JOUR DE LA MARMOTTE ! Il est impossible de calculer combien de Jour de la Marmotte “identiques mais différents” (et aucun des jours du film n’est effectivement le même) qu’endure Connors. Le film est subdivisé en ce qui est effectivement un long montage sublime. Par exemple, va-t-il chez le médecin et chez le psy le même jour ? C’est à dire, le même même jour. Durant le développement du projet, ils ont débattu sur combien de temps il a été piégé ; Rubin pensait en termes de Mathusalem (10 000 ans de malheur monotone) mais cela semblait incompréhensible, alors cela a été réduit au moment que celui lui demanderait de se perfectionner au piano. Cinq ans ? Dix ? Voici l’expression ultime de la capacité du film à déformer le temps. Nous parlons en temps de film, le faux.

Le scénario original “très existentiel” de Rubin a été dirigé vers des eaux commerciales par Harold Ramis. Rubin avait commencé avec Connors déjà piégé par le temps, déboussolant le public tandis qu’il prévoyait de manière résignée tout ce qu’il lui arrivait. Après plusieurs brouillons, les scène qui établissent l’histoire ont été greffées, puis la romance avec Rita : un avant cliché pour installer la chronique après.

Des thèmes similaires ont été explorés avant et depuis, à la fois dans la littérature – le surréalisme de Beckett (En attendant la Marmotte ?) et un Chant de Noël sautent à l’esprit – et au cinéma : La vie est bellePile et FaceCours Lola cours, tout David Lynch. Mais officiellement, Rubin n’a eu que deux inspirations : la philosophie de Nietzsche et Entretien avec un vampire d’Anne Rice (pour la corvée de l’immortalité). Un premier brouillon avait une vieille mégère qui jette un sort à Connors, mais de manière cruciale, Rami opte de ne jamais révéler le mécanisme de la malédiction de Connors. Il devient une crise humaine, et un film à idée choc qui satirise l’idée des films à idée choc. Perdu ? Recommençons.

C’EST LE JOUR DE LA MARMOTTE ! L’excellence de Ramis et Rubin, c’est aussi que le film lui-même ne se répète jamais. À la place, il se déroule en des mouvements quasi-musicaux composés de thèmes interconnectés : la séduction et la gourmandise, l’illégalité et les bonnes actions. Toujours avec une structure en trois actes – un jeu de commencements du début, de commencements du milieu et de commencements de la fin. Ryan Gilbey, dans son exhaustif BFI Classic, l’a vu comme un conte de fées qui ne cesse de revenir sur ses pas : Il était une fois… Il était une fois… Il était une fois…

Combien de comédies prennent le risque de proposer une symphonie de suicides ? Nous voyons même Connors mort (non pas que cela aide). Puis Murray suggère que son désespoir est peu fiable. A-t-il seulement goûté aux profondeurs par pur ennui ? Dans Connors, Murray élève son génie grincheux – ce côté Nicholson moqueur, comme si lui seul peut voir combien les films ont tendance à être stupides – en quelque chose de romantique. Le vigile solitaire d’être le seul à voir la bêtise de la vie.

C’EST LE JOUR DE LA MARMOTTE ! Est-ce une chose spirituelle ? Ramis a reçu des lettres d’adoration de la part de ministres chrétiens, de rabbins, et de bouddhistes. “Je suis un dieu, pas le Dieu, Connors retourne dans sa tête sardoniquement… Je ne pense pas”. Il affronte le défi purgatorial de Ned Ryerson. Le vendeur en assurance agaçant répété de Stephen Tobolowsky est fondamental. Il nous averti que Punxsutawney pourrait être le trou à rats que Connors pense être, avec Ryerson étant don moulin à paroles démoniaque. Tobolowsky avait été tellement “complètement énervant” au cours de son audition que Ramis l’a embauché sur le champ. Bang !

C’EST LE JOUR DE LA MARMOTTE ! Voici aussi un film sur la réalisation : les opportunités de prises différentes, l’improvisation et le grand geste. Connors est devenu l’auteur de sa propre histoire et l’art pourrait juste le sauver. Il apprend le piano jazz et la poésie française avec lesquels il courtise Rita. C’est une sorte déconcertante de romance : il peut tomber amoureux, mais pour Rita, c’est toujours un premier rendez-vous. Laissez le réduire un peu plus, et Un jour sans fin est comme une blague répétée qui devient de plus en plus drôle. Le titre original s’est glissé dans le langage courant anglais, expression péjorative du recyclage du quotidien – la vie comme litanie d’un jour sans fin.

C’EST LE JOUR DE LA MARMOTTE ! Alors comment Connors remédie à sa vie en boucle ? Il s’est mis aucun défi plus grand que “rester en avance de la météo”. En termes simples, il devient digne de l’amour de Rita en aimant la vie. Du moins, il devient digne de coucher avec. Si vous êtes le type du verre à moitié plein, prenez le cœur. Acceptez la vie dans laquelle vous êtes piégé et vous pourriez trouver la paix. Si vous ête plus du côté à moitié vide, cependant, considérez un autre référence. L’Invasion des profanateurs de sépultures (1956) comprend une ville pittoresque remplie de bonheur effrayant, et un homme peut voir à travers. Peut-être de Connors est devenu un double et cela a été un film d’horreur depuis le début…

Ian Nathan

Traduction : 4 mars 2017

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