Édouard VIII a choqué le monde en 1936 quand il a annoncé à la Grande-Bretagne et son empire qu’il abdiquait son trône en faveur d’une mondaine américaine nommée Wallis Simpson

À la fin des années 1930, la Grande-Bretagne faisait face à son heure la plus sombre. Hitler et ses malfrats fascistes jouaient les gros bras au travers l’Europe, étouffant les droits des hommes et des femmes libres partout. L’Italie et l’Espagne étaient tombées face à l’oppression de dictatures de droite et il ne faudra pas attendre longtemps avant que la guerre ne balaie les derniers pays libres du continent européen. C’était une époque pour les braves et les imperturbables, pour que toutes les âmes britanniques prennent la défense du pays et affrontent ces forces maléfiques vaillamment. Pendant ce temps, Édouard, Duc de Windsor, qui, jusqu’à très récemment était roi de Grande-Bretagne, était assis dans sa villa à Antibes en France.

L’enfance et l’adolescence de Édouard ont été une éducation pour le préparer pour le jour où il deviendra roi de Grande-Bretagne. Il a eu des cours particuliers avec les meilleurs tuteurs du pays et est allé dans des écoles militaires de renom – pourtant il était profondément malheureux. Son père George, plus tard couronné sous le nom de roi George V, se tenait comme une figure dominante et parfois terrifiante pour Édouard et ses deux frères. George tenait son foyer comme une opération militaire, les enfants étaient forcés à toujours être à l’heure, s’habiller correctement et bien se comporter. Les punitions incluaient des confrontations effrayantes avec George dans son bureau ; dure perspective pour Édouard qui était petit et timide.

À juste 12 ans, le père de Édouard pensait qu’il avait besoin d’une éducation militaire afin de le préparer à la vie publique. Il a été envoyé au collège naval à Osborne sur l’Île de Wight. La nature timide de Édouard voulait dire qu’il luttait  pour s’intégrer avec les autres garçons et l’harcèlement en était une conséquence quasi inévitable. Il a fini par trouver ses repères et s’est adapté à cette vie régentée, réussissant l’examen de l’école d’officier de Dartmouth en 1909. Édouard continuait à être un jeune homme timide. Durant sa formation d’élève officier, ses parents ont organisé une fête en son honneur à Buckingham Palace qu’il décrit dans son journal intime, J’ai dû danser, chose que je déteste, tout a été une grande pression. Édouard, 19 ans, luttait toujours pour trouver sa place dans le monde à l’extérieur du rituel du protocole royal.

Il était clair que Édouard manquait de direction mais la première guerre mondiale verra à ce que tous les hommes de son âge se voient donner une chance de faire leurs preuves. Édouard voulait servir avec les hommes de son régiment d’armée au front, il avait très envie de faire la différence et la guerre lui donnait l’opportunité. Malheureusement, le secrétaire à la guerre, Lord Kitchener, a refusé sa requête déclarant que ce serait trop dangereux pour le jeune homme. Édouard a continué à insister à être autorisé et à la fin est allé au front quoi qu’il en soit.

Son admiration pour les troupes a été montrée dans une correspondance qu’il a renvoyée en Angleterre, Je tiens beaucoup à ce que les troupes combattantes soient aussi à l’aise que possible… Les pauvres diables passent assez de temps dans les tranchées… ils sont absolument merveilleux. Les années de guerre avaient donné à Édouard un sentiment de liberté qu’on ne lui aurait normalement pas permis, il pouvait rencontrer d’autres hommes de son âge sous le couvert de ces tournées et oublier le protocole froid normalement requis des visites officielles.

Après l’armistice, c’était comme si cette liberté nouvellement trouvée avait disparue avec les fusils et les baïonnettes. Il a commenté en 1919, Je me suis mélangé aux hommes… J’ai trouvé ma virilité. Son père a été rapide à couper sa confiance en soi nouvelle en l’informant sévèrement, Ne pense pas que tu agisses comme les autres. Il désirait la liberté qu’il lui avait été donné durant la guerre et trouvait sa nouvelle vie d’ouvertures officielles et de banquets formels étouffante. Il est passé dans sa carrière universitaire sans réussir à faire un impact sur le plan académique et puis est parti dans une tournée extensive de l’empire. Alors que cela aurait dû lui offrir l’aventure dont il avait très envie, il a rapidement vu qu’il était autant prisonnier à l’étranger que chez lui. Chacun de ses pas était surveillé de près, et il est devenu frustré et déprimé. Sa frustration l’a rendu en colère et il a commencé à montrer l’intolérance et la nature méprisante héritées par de nombreux aristocrates anglais de l’époque. Il était consterné par les aborigènes australiens, les décrivant comme, Les formes de vie les plus révoltantes que je n’ai jamais vues. Il a également commencé à détester le communisme avec un zèle continuel.

C’était durant cette époque malheureuse qu’en 1931 il a rencontré la femme qui changera sa vie à jamais – Wallis Simpson. Édouard avait déjà eu de nombreuses liaisons mais elles étaient brèves. En Wallis, il a trouvé quelque chose qu’il n’avait vu chez aucune autre femme, fort caractère indépendant et déterminé qui refusait de faire des manières. Il s’est rapidement épris d’elle, des observateurs ont dit qu’il “perdait toute raison” quand il était près d’elle. Il la couvrait de bijoux, d’or ou de toute ce qu’elle voulait, il semblait que Édouard avait finalement trouvé quelqu’un qui donnait du sens à sa vie. Il y avait cependant une complication en ce qui concernait la position d’Édouard en tant que Prince de Galles ; Wallis était une femme mariée. Quand elle est devenue la maîtresse d’Édouard, elle a promis d’abandonner son second mari pour lui mais cela n’a pas apaisé les sensibilités de la famille. Pour aggraver le problème, elle ne venait pas d’une famille royale, c’était une mondaine américaine de Baltimore. Quand il est devenu évident aux yeux du père de Édouard en 1934 que ce n’allait pas être une autre amourette, il était furieux ; il lui a dit sur un ton furibond qu’il devait se débarrasser d’elle.

Le 20 janvier 1936, George V est mort et la question du statut de Wallis a été immédiatement remis en question. Deviendra-t-elle reine ? La réponse courte était absolument non – elle était deux fois divorcée et peu populaire au sein de l’establishment britannique. Des rumeurs absurdes circulaient à propos du sortilège sous lequel elle avait placée Édouard, sa manipulation sournoise, son emprise maléfique sur le nouveau roi. La question devenait plus sérieuse, surtout si on considère que le pays s’approchait doucement d’une autre guerre mondiale. La nation avait besoin de direction, pas d’incertitude, mais Édouard ne voyait pas les deux problèmes liés. Il voulait épouser Wallis, et tout le reste était d’importance secondaire. De plus, Adolf Hitler vaincrait les communistes et le monde serait en paix – il n’y avait rien dont se préoccuper en ce qui le concernait.

Le fait que Édouard était pour l’apaisement d’Hitler n’était pas inhabituel ; de nombreux membres de l’establishment britannique l’était à la fin des années 1930. Ce qui aggravait la question, c’était que le parti nazi était vu comme influençant le roi via Wallis. Si cela était vrai ou faux est débattable, mais de nombreuses personnes d’influence le voyait ainsi ; l’ambassadeur américain a commenté, “de nombreuses personnes ici suspectent que Mme Wallis est en fait sous salaire allemand”. La situation semblait mal et comme illustration de l’atmosphère tendue, Édouard a subi une tentative d’assassinat quand un tireur isolé travaillant apparemment pour une puissance étrangère non révélée a essayé de dégainer un revolver sur lui. Quand Édouard est retourné à Buckingham Palace, le premier appel de sympathie est venu d’Hitler.

Puis en novembre 1936, Édouard a dit au premier ministre Stanley Baldwin qu’il allait épouser Wallis. Baldwin a rejeté la proposition, déclarant que ce serait inacceptable pour le cabinet britannique si la tête de l’État épousait quelqu’un de divorcé deux fois. Wallis elle-même attendait le mariage complet, et Édouard refusait de l’abandonner. Il n’a vu aucune autre option ; le 11 décembre, il a annoncé à la Grande-Bretagne et à l’empire, “J’ai estimé impossible de porter le lourd fardeau de responsabilités et de remplir les devoirs qui m’incombent en tant que roi sans l’aide de le secours de la femme que j’aime”. Il a abdiqué le trône, passant le devoir à son frère Albert, père de la reine Élisabeth II.

Édouard et Wallis étaient désormais dans l’incertitude. On leur a accordés des titres officiels, le Duc et la Duchesse de Windsor, mais ont été exclus de tout salaire publique qu’ils auraient dû recevoir pour le rôle. Encore une fois, Édouard est tombé dans une profonde dépression, il a compté sur l’hospitalité d’amis à l’étranger et utilisé le Château de Candé en France pour épouser Wallis. Il est devenu un invité aigri et ingrat, accumulant d’énormes factures téléphoniques et refusant de payer quoi que ce soit. Il a aussi continué à faire de terribles erreurs de jugement, menant une tournée de l’Allemagne nazie en 1937 et se permettant à être photographié avec Hitler.

En 1940, de manière à éviter encore plus d’embarras à la famille royale, Winston Churchill a donné au Duc des fonctions de gouverneur aux Bahamas. Édouard l’a vu comme ce l’était – une manière de l’écarter du chemin. Il a dirigé ses devoirs, fait des incursions pour améliorer la situation des travailleurs sur les îles mais détestait néanmoins son poste actuel. Il s’est séparé de plus en plus de sa famille.

Au moment où la guerre s’est terminée et que tout s’était calmé à propos de sa relation avec Wallis, le Duc s’est contenté de vivre tranquillement. Il s’est établi en France au 4 Route du Champ d’Entraînement à Paris, connu plus tard sous le nom de Villa Windsor, où il a passé le reste de ses jours en retraite. Il a eu une vie privilégiée mais c’était une vie qu’il ne voulait pas, à la fin, il a abandonné le pouvoir dont il avait hérité à la naissance pour la femme qu’il aimait.


ÉDOUARD VIII – BRÈVE BIO
Britannique, 1894 – 1972

Le prince Playboy Édouard n’a jamais vraiment voulu être roi, mais la mort de son père le lui a imposé. Les rigueurs d’une enfance malheureuse a résulté en un homme qui cherchait le plaisir et il luttait pour combiner cela avec ses devoirs royaux de Prince de Galles. Sa liaison avec Wallis Simpson a sonné le glas de sa royauté.


UNE SOMBRE RELATION

La sombre relation entre Hitler et la famille royale britannique dans les années 1930 a commencé en 1935 quand le Führer a utilisé Charles-Édouard, duc de Saxe-Cobourg-et-Gotha, comme ambassadeur informel de bonne volonté de la famille royale. Charles semblait avoir réussi à persuader Édouard que Hitler était le seul rempart contre le communiste. La relation s’est renforcée quand Édouard a décidé de visiter l’Allemagne en 1937. Une rencontre clandestine entre Édouard et les nazis dévoués Rudolf Hess et Martin Bormann a eu lieu à l’hôtel d’Édouard à Paris avant la visite. Une impression de la rencontre écrite par Hess a informé Hitler que, “le Duc était fier de son sang allemand” et qu’il n’y avait pas “besoin de perdre une seule vie allemande en envahissant la Grande-Bretagne. Le Duc et sa femme intelligente livreront les biens”. Hess s’attendait complètement à ce que Édouard retrouve le pouvoir en Grande-Bretagne et persuade la populace à chercher la paix. La visite en Allemagne a ensuite eu lieu, Hitler a été charmant et Édouard a aimé la tournée. Tandis que la guerre progressait, un mémo secret de J Edgar Hoover au président américain Roosevelt déclarait, “que le Duc de Windsor a conclu un accord. Si l’Allemagne était victorieuse [Herman Goering] installera le Duc de Windsor comme roi d’Angleterre”. Alors qu’il semblait peu probable que Édouard ait accepté cela, il a dû maintenir des liens avec les Nazis pour que circule ce type de rumeur.


LA VIE AU TEMPS D’ÉDOUARD VIII

L’empire britannique
Les dominions comme le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande gouvernaient leurs propres affaires mais avaient encore des liens politiques avec la Grande-Bretagne via la monarchie britannique. D’autres pays comme Burma et l’Inde étaient gouvernés directement en tant que colonnies.

Un âge d’extrêmes
L’énorme agitation sociale causée par la Grande Dépression a créé un fossé de crédibilité entre les gouvernements libéraux et leurs citoyens en Europe. Cela a donné naissance à des gouvernements extrémistes à droite comme à gauche.

Le rôle de la monarchie
Le rôle de la monarchie en Grande-Bretagne et au sein du Commonwealth changeait à la suite des médias de masse. Cela ne suffisait plus que le monarque ouvre simplement le parlement une fois par an, on s’attendait à ce que la famille royale montre l’exemple.

L’agitation coloniale
Les années 1930 a donné naissance aux mouvements d’indépendance dans de nombreuses colonies impériales. Celui qui se faisait le plus entendre venait d’Inde et le groupe de liberté de Mahatma Gandhi. Tandis que le gouvernement britannique s’accrochait obstinément à son empire en Inde, le peuple britannique a commencé à se demander si cela en valait la peine.

La Grande-Bretagne, une puissance sur le déclin ?
Personne ne pouvait disputer que l’influence britannique de part et d’autre du globe est demeurée forte au cours des années 19330, mais on disait que la réticence du gouvernement à se réarmer et se préparer pour la guerre face aux menaces fascistes et communistes était signe d’une puissance sur le déclin qui n’avait plus envie d’engagements militaires.

Traduction : 12 mars 2017

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