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Sortie le 22 mars

★★★
La Reine de l’Étrange s’attaque aux années 1980.

En tant que caméléon pop qui semble pouvoir changer de forme en tout genre de son choix, ce n’était qu’une question de temps avant que Alison Goldfrapp se morphe dans les années 1980. Goldfrapp étant Goldfrapp, son approche est plus oblique que la synth-pop nouvelle de La Roux et Little Boots. Même si son cinquième album réalisé aux côtés du gourou pop reclus Will Gregory puise dans les années 1980 de l’Italo Disco et The Kids From Fame plutôt que Eurythmics et Yazoo, il demeure en danger de se taper l’incruste à une fête déjà finie.

Goldfrapp et Gregory sont désormais experts en ce genre de réinvention ayant vécu au moins trois changements de direction radicaux depuis leurs débuts avec le trip-hop étrange et ambiant de Felt Mountain en 2000. Réincarnée différemment en catin électro coquine, diva disco retouchée et, pour Seventh Tree en 2008, une sorte de sorcière folk mystique, Goldfrapp a déconcerté les attentes en rendant chaque manifestation plus populaire que la précédente – ses prestations live outrancières, têtes de chevaux à facettes et tout, aujourd’hui partie des choses habituelles du circuit festivalier européen.

Non pas que la théâtralité ne serait rien sans le genre de chansons qui jettent sans effort un pont entre la fête de bureau et un club bondé. Décrit comme “envolé et débordant de joie”, Head First encore une fois confirme qu’elle et Gregory sont d’excellents arrangeurs pop. Le morceau d’ouverture, Rocket, est un fantasme de revanche euphorique qui explose en disco méditerranéenne scintillante (“J’ai une fusée… tu vas y monter… pour ne jamais revenir”), Dreaming rappelle à la fois Daft Punk période Discovery et le Fleetwood Mac de la fin, tandis que les chants multi-pistes et les pianos joyeux du titre phare évoquent un ABBA du XXIème siècle éclairé au néon.

Pourtant, bien que Head First tient la promesse de son titre de sensation instantanée, telle une bouteille de champagne ouverte, il perd inévitablement son pétillant. Alors que Seventh Tree découvrait un équilibre quasi-parfait entre la mélodie et le mystère, celui-ci sonne parfois quelque peu forcé. Shiny And Warm est le genre d’électro swinguant qu’ils ont fait mieux plus d’une fois et le synth-rock entraînant de I Wanna Life vire de façon inquiétante près du répertoire de Irene Cara – la voix originale de l’optimisme des années 1980 qui cogne l’air comme entendue sur les bandes originales de Flashdance et Fame.

L’autre problème, c’est que si on enlève le morceau de clôture Voicething, lui-même la sorte d’électronica instrumentale “expérimentale” que leurs albums précédents ont rendu quasiment superflue, et l’ensemble pointe à seulement 33 minutes. Goldfrapp ne font pas de longs albums – et les meilleurs moments ici sont facilement à la hauteur des meilleurs précédents. Mais particulièrement à un moment où de nouveaux talents charismatiques émergent de partout pour remettre en question sa suprématie en tant que Reine de l’Étrange de la pop, de Florence Welsh à Natasha Khan, il est difficile de ne pas trouver que Alison Goldrapp a besoin d’en donner un peu plus.

Rupert Howe

TÉLÉCHARGEZ : RocketBelieverDreamingHead First


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★★★

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