Première reine légitime d’Angleterre, Marie Ière était une catholique dévouée dont l’amour pour sa nation s’est perdu dans un héritage ensanglanté

Dom Reseigh-Lincoln

De toutes les dynasties à régner sur l’Angleterre et ses territoires, peu ont laissé une marque aussi forte que la Maison Tudor. Marie Ière, première véritable monarque femme à monter sur le trône anglais, n’était pas une exception : fille aînée de Henri VIII, Marie Tudor était une femme – et une reine – définie par la turbulente métamorphose religieuse que l’Angleterre vivait au début du XVIème siècle. À une époque où la religion et la politique s’entremêlaient de plus en plus inextricablement, Marie deviendra une monarque tellement poussée par ses croyances qu’elle assassinera ses propres sujets afin de restaurer la sainteté de son propre royaume. Mais qui était la femme derrière le nom de “Bloody Marie” ? Était-elle vraiment un tyran assoiffé de sang ? Ou un produit d’un pays divisé par les distinctions de sa foi ?

Les réponses trouvent leurs racines dans son enfance. Née le 18 février 1816, Marie était la fille de Henri VIII et de sa première femme, Catherine d’Aragon. Henri, homme auquel aucun désir ne pouvait être refusé, voulait désespérément un fils et hériter pour protéger l’emprise de la Maison Tudor sur le trône anglais. Cependant, une série de fausses couches et la naissance d’une fille n’ont servi qu’à repousser le roi encore plus de sa reine espagnole. Sa quête de la demoiselle d’honneur de Catherine, Anne Boleyn, quand Marie avait environ 10 ans, poussera Catherine encore plus hors faveur de la court d’Henri et la jeune princesse avec elle.

Au début de l’année 1533, peu de personnes auraient prévu ce qu’il s’est passé. Déterminé à prendre Anne Boleyn pour épouse et fou de rage par le refus du pape d’annuler son mariage avec Catherine parce qu’il était illégal devant Dieu, Henri a défié Rome et mis fin à l’autorité papale sur la couronne anglaise. Henri s’est ensuite nommé chef suprême de l’Église anglaise, a considéré son union avec Catherine nulle et a annoncé ses fiançailles avec Anne Boleyn. Par conséquence, Catherine a été dépossédée de son titre de reine et reléguée à Princesse douairière de Galles, tandis que Marie a perdu son statut de princesse et gagné le titre de “Lady Mary”. Avec le mariage de sa mère au roi en ruines, Marie était considérée illégitime, arrêtant net son statut de héritière présomptive.

L’année 1536 a été une époque riche en événements pour Lady Mary. Après trois ans de refus d’acceptation d’Henri comme chef suprême de l’Église d’Angleterre, Catherine est décédée le 7 janvier. Quelques mois plus tard, las de l’incapacité de sa deuxième femme à lui donner un fils, Henri a fait disgracier Anne et a fini par l’exécuter pour une multitude de crimes. Cette année a aussi vu le Pélerinage de Grâce, mouvement politique du Nord de l’Angleterre qui demandait l’abrogation de l’Acte de suprématie et le rétablissement de Marie comme héritière. La rébellion n’est arrivée à rien grâce à la réaction impitoyable du roi, mais elle a prouvé que Marie servira toujours de figure de proue pour les comploteurs papistes loyaux.

Marie a tenté de créer de la distance entre elle et les liaisons maritales de son père dans les années qui ont suivi, mais Marie demeurait l’atout de nombreux complots catholiques, dont un mariage soi-disant tenté avec Reginald Pole, cardinal anglais qui finira par devenir l’archevêque de Cantorbéry sous le règne de Marie. Marie avait une meilleure relation avec la sixième et dernière femme de son père, Catherine Parr. Parr a fait de son mieux pour réparer la relation entre Marie et le roi, avec Henri qui a fini par signer l’Act of Succession 1544, qui restaurait à la fois Marie et Élisabeth comme ses héritières.

Tandis que Marie grandissait au fils des années, son dévouement à sa foi n’a jamais faibli. Comme beaucoup, elle a été forcée à ouvertement accepter le roi comme souverain suprême, mais en secret, sa foi catholique n’a jamais faibli. Quand Henri est mort en 1547, son fils unique Édouard VI est devenu roi, et l’Angleterre a été lancée dans une réforme protestante encore plus stricte. Autant marionnette de ses tuteurs qu’Anglican fervent, l’héritier mâle longtemps voulu de Henri VIII se disputait régulièrement avec Marie. Les deux passaient rarement du temps ensemble mais quand c’était le cas, le roi de 15 ans était exaspéré par le catholicisme à peine voilé de sa sœur. Quand Édouard est mort de ce qui était le plus probablement la tuberculose le 9 juillet 1553, le droit de Marie comme héritière présomptive a reçu un autre coup dur quand Édouard a défié l’Act of Succession et nommé Jeanne Grey, belle-fille de l’un de ses tuteurs, comme héritière légitime.

Édouard avait invité Marie à lui rendre visite à son chevet, mais les conseillers de Marie l’ont prévenue que c’était le plus probablement un piège pour l’emprisonner, alors elle a fui vers le comté pro-catholique de l’Est-Anglie. Avec le soutien public glissant après l’ascension au trône de Grey. Marie et ses alliés ont amassé une force militaire assez considérable au Château de Framlingham dans le Suffolk et a fini par marcher sur Londres et a destitué Grey et ses partisans. Le 1er octobre, Marie a été couronné Reine Marie Ière d’Angleterre, et avec le pouvoir du trône au bout des doigts, Marie était prête à enfin redresser les torts de son frère et de son père.

Maintenant qu’elle était reine, il y avait la question de trouver un mari qui lui fournirait la bonne stabilité politique pour l’Angleterre. Pressée de faire revenir l’Angleterre à son ancienne identité catholique, Martie s’est fiancée au prince Philippe d’Espagne, fils du Saint empereur romain Charles Quint et héritier au trône espagnol. L’union était loin d’être d’amour, mais c’était le premier geste qui a lié l’Angleterre aux territoires catholiques en Europe. En tant que première reine régnante d’Angleterre – reine faite monarque par héritage, pas par mariage – les termes du mariage ont aussi été modifiés pour s’assurer que l’autorité de Marie ne soit jamais usurpée par son mari. Marie et Philippe se sont mariés le 25 juillet 1554, à peine deux jours après s’être vus pour la première fois en vrai.

Pourtant organiser une alliance politique avec une nation catholique puissante n’était pas une mince affaire étant donné que Marie avait hérité d’un royaume protestant. Charles Quint et le prince Phillippe avait besoin de réassurance que l’Angleterre était effectivement consacrée à restaurer les anciennes manières. La contre-réforme anglaise de Marie a commencé quasiment immédiatement avec son premier parlement en octobre considérant le mariage de ses regrettés parents valide tout en faisant passer le First Statute of Repeal, qui rédigeait essentiellement toute la législation religieuse promulguée durant la période de son frère. L’acte de suprématie de son père a été également rejeté avec l’autorité religieuse retirée de la couronne et renvoyée à Rome.

Ces changements étaient grandement un geste populaire puisque l’Angleterre n’avait été une nation protestante que depuis six ans, mais une telle restauration législative venait aussi avec une flèche du Parthe : Les lois sur les hérétiques. Ces lois jugeaient tous ceux pratiquant toute autre foi que le catholicisme hérétique par procuration, menant à l’exil volontaire de plus de 800 nobles qui refusaient de renoncer à leur foi. Les lois sur les hérétiques décrétaient que les hérétiques soient mis à mort par la décapitation ou le hung, drawn and quartered, tandis que l’utilisation des bûchers a également été adoptée. Au cours de cinq ans, 287 protestants ont été brûlés sur le bûcher, créant un air de persécution agressive qui rendra “catholicisme” synonyme de “persécution” pendant des siècles à venir.

Alors est-ce que Marie était la monarque la plus sanglante de la lignée des Tudor ? Malgré son surnom dramatique, la brève purge protestante de Marie n’était qu’une goutte dans l’océan de sang que ses prédécesseurs ont fait couler. Édouard VI avait fait assassiner 5500 rebelles lors de la révolte du livre de la prière commune en 1549, tandis que Henri VIII a exécuté 72 000 personnes – dont deux de ses propres femmes – durant les trois décennies de son règne. C’était plus l’extrême ultra-violence de ses exécutions durant une époque où la propagande réformiste et contre-réformiste se propageait en Europe qui a donné à ses actions une telle infamie durable.

Le règne de Marie n’a duré que cinq ans, et bien qu’il soit facile d’assumer que les bûchers de masse de protestants et l’alliance grandement désastreuse avec l’Espagne – qui a même mené à la perte de Calais en France dans l’un des débâcles militaires les plus embarrassants de la dynastie Tudor – Marie a effectivement tenté de faire des changements qui ont fini par bénéficier au royaume. Elle a abordé à nouveau la manière dont le gouvernement encaissait les impôts, dont la normalisation de la taxe à l’importation. Elle a même utilisé la réticence de Phillippe d’inclure l’Angleterre dans l’emprise de l’Espagne sur le commerce lucratif avec le nouveau monde pour créer de nouvelles opportunités de commerce avec la côte est de l’Afrique.

Au moment de sa mort le 17 novembre 1558, les tentatives de Maris de restaurer l’Angleterre à ses racines catholiques avaient laissé le pays dans une tourmente religieuse et politique. Mais malgré tous les gestes de réforme papale, Marie semble avoir profondément aimé son royaume. Aux dires de tous, il semble plausible que ses bûchers de masse de protestants ne soient pas nés de haine pour ces hommes et ces femmes, mais d’une longue passion de voir l’intégrité religieuse de l’Angleterre restaurée.


La vie du temps de Marie Ière

Plantation irlandaise
Marie a continué la conquête Tudor de l’Irlande en établissant de nombreuses colonies anglaises. Elles ont été placées dans les Midlands d’Irlande, créant effectivement le King’s County et le Queen’s County. Deux villes principales ont été établies durant cette période, Maryborough et Philipstown.

Saison pluvieuse
De manière quelque peu ironique, les cinq années de son règne ont été anormalement pluvieuses. La pluie persistante pendant des mois ont mené à un sol sur-saturé, qui à son tour a abîmé des récoltes entières. Cela avec les dégâts des inondations a plongé le pays dans la famine.

Une économie tendue
Le temps et les récoltes détruites ont contribué à un climat économique déjà tendu. Malgré l’union en mariage entre l’Angleterre et l’Espagne, le commerce entre les pays était au mieux instable, avec l’Espagne réticente à inclure l’Angleterre dans son emprise lucrative sur le nouveau monde.

Réforme fiscale
Malgré toute la négativité associé associée à son règne, Marie a essayé de faire des changements à l’état de la devise anglaise. Avant le règne de Marie, les sheriffs n’avaient pas réussi à imposer correctement et à encaisser les taxes d’importation, alors Marie a fait rédiger une nouvelle législation qui définissait clairement de nouvelles règles pour prendre efficacement les ressources rentrantes.

Restauration monastique
Tandis que les terres confisquées au cours de la réforme de Henri VIII n’ont pas été récupérées par la couronne, Marie était déterminée à reconstruire les monastères démunis. Elle n’a pas forcé ses sujets à participer à une telle vision, mais a utilisé ses propres finances pour restaurer de nombreux sites de la part de la nation.


Guerre avec la France

En janvier 1556, le mari de Marie, le prince Phillippe d’Espagne, est devenu le roi Phillippe II à la suite de l’abdication de son père. Le monarque espagnol rendait rarement visite à Marie en Angleterre, mais quand il est arrivé sur le terrain anglais en mars 1557, il est venu chercher le soutien de Marie dans la guerre de l’Espagne avec la France. Marie, qui tenait à préserver les liens avec une nation catholique aussi puissante, était en faveur de rejoindre le conflit, mais les alliés les plus proches de Marie l’ont persuadé de s’abstenir à cause d’une vague de mauvaises récoltes et d’une économie en piteux état que Marie avait hérité du règne de son frère.

Quand Thomas Stafford, qui avait déjà causé à l’administration de Marie une frustration considérable avec une rébellion en 1554, a envahi l’Angleterre en juin avec le soutien financier du roi Henri II de France, tout a changé la rébellion a été tue assez facilement mais elle a convaincu Marie de s’engager dans la campagne de Phillippe. L’engagement a été un désastre politique et financier pour l’Angleterre. Non seulement il a placé de la tension dans la relation entre l’Angleterre et Rome (puisque le Pape Paul IV était allié au monarque français), il a aussi mené à la perte de Calais, dernier territoire que contrôlait l’Angleterre en Europe continentale. Cela a été un terrible coup idéologique pour le pays – tellement qu’on a cité Marie disant : “Quand je serai morte et ouverte, vous trouverez Calais en mon cœur”.

Traduction : 28 janvier 2018

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