D’unifier les futurs Bloc Party à aider des membres à faire leur coming-out, Suede avait le meilleur fanclub au monde. À la veille de leur retour, leur biographe officiel, David Barnett, devient nostalgique

Je regardais le clip de The Drowners, dans l’émission musicale du samedi matin The Chart Show en mai 1992, et ça m’a fait tomber amoureux de Suede. Je suis myope alors j’ai plissé les yeux pour deviner qui c’était et quel était ce groupe génial. Je venais d’avoir 22 ans et je vivais à Perth en Écosse. Plus du tout adolescent, j’avais abandonné l’idée de devenir fou d’un groupe de la manière dont je l’avais été pour les Smiths. Mais tout ça venait de changer.

Suede semblaient être un amalgame de tous mes groupes préférés : un peu de Bowie, un peu des Smiths, avec la batterie d’Adam And The Ants et une voix délicieusement ridicule qui sonnait comme un mélange entre Judy Garland et Johnny Rotten. Leur son, et leur look, ne ressemblaient à personne.

Je me suis inscrit comme 138ème membre du fanclub de Suede – ou le Sude Information Service comme il s’appelait grandement – peu après. Pour ça, j’ai reçu une photo dédicacée et des feuilles de paroles photocopiées. Il y avait une invitation pour un concert spéciale fanclub au 100 Club de Londres en septembre, mais je ne pouvais pas faire le trajet aller-retour de 1300 km. Je ne les ai en fait pas vu avant la sortie de l’album l’année suivante, mais je me suis retrouvé aspiré plus profondément dans le monde Suede. Rappelez-vous que c’était à l’époque avant internet – il n’y avait pas d’e-mail, pas de site web, pas de forums. La communication avec les autres fans se faisait par lettres et fanzines maison, listés au dos des magazines du SIS. C’était comme faire partie d’une organisation clandestine. Je ne pense pas qu’il y avait eu un autre groupe depuis les Smiths qui avait créé sa propre sous-culture comme ça.

Suede avait cette combinaison essentielle de talent et de chance – ils étaient définitivement au bon endroit au bon moment. Il y avait un énorme trou depuis la fin des Smiths pour un groupe de laissés pour compte intelligents ; un groupe pour des gens légèrement gauches socialement qui se sentaient aliénés par la domination du grunge américain. Le seul autre groupe à cette époque au charme similaire étaient les Manics, mais Suede avec un atout dans toute leur ambiguïté sexuelle ; grandement attirante pour ceux qui étaient socialement et sexuellement perdus. Brett s’est célébrement décrit comme “un bisexuel qui n’a jamais eu d’expérience homosexuelle”. Avoir un batteur ouvertement gay en Simon Gilbert était énormément important aussi – surtout qu’il était punk plutôt que la star pop gay stéréotype comme Boy George. C’était toujours à une époque où l’âge de consentement pour l’homosexualité était à 21 ans, ce qui semble incroyable maintenant. Je connais plusieurs fans de Suede qui ont fait leur coming-out grâce à ce groupe – c’est un groupe qui changeait littéralement la vie des gens. Je connais des gens qui se sont mariés grâce à Suede, et bien sûr il y en a beaucoup qui font formé leur propre groupe à cause d’eux aussi. Kele Okereke et Russell Lissack de Bloc Party se sont rencontrés via le SIS, et Natasha Khan de Bat For Lashes était une membre active. Tout ça est un testament à l’esprit de créativité qu’a inspiré le groupe.


Suede a annoncé un autre concert pour le fanclub – au LA2 sous l’Astoria – en décembre 1993. Je ne pouvais le manquer en aucun cas. Désormais, 1300 km semblaient être une courte distance à faire. Au lieu de première partie, le groupe avait arrangé un “karaoké Suede” où les fans étaient invités à chanter sur les bandes sonores de Suede. Je me suis porté volontaire avec enthousiasme et j’ai beuglé sur So Young – avoir la possibilité de faire la première partie de ton groupe préféré était juste une des manières avec lesquelles ils nous faisaient nous sentir spéciaux. Le groupe a suivi avec un set version longue, dévoilant plusieurs nouvelles chansons et incluant une session acoustique durant laquelle Bernard a porté un bonnet de Noël. Ils ont fini avec une version de 10 minutes de Stay together avec le roadie Pete Sissions à la deuxième guitare.

Inspiré, j’ai lancé mon propre fanzine sur Suede – Suave & Elegant – qui s’est rapidement vendu à plus de 300 exemplaires par numéro à des fans qui m’envoyaient une Livre et une enveloppe timbrée. Il y avait des dizaines de fanzines Suede à l’époque – il y en avait même un intitulé Donna’s Directory, qui parlait de tous les autres fanzines. Le slogan de Suave & Elegant était “le fanzine sur Suede qui se moque”. J’avais l’habitude de me foutre des paroles, parce qu’il y avait matière à se moquer, avec des images répétées de voitures de location et de “cieux nucléaires”. À un concert, le groupe est venu me chercher, en demandant, “C’est qui David ? et j’avais peur de les avoir contrarié, mais ils adoraient l’irrévérence. Mon fanzine est devenu un préféré du groupe.

L’année suivante, à la veille de la fin de l’enregistrement du chef-d’œuvre du groupe, Dog Man Star, le guitariste fondateur, Bernard Butler, est parti dans des circonstances horribles. Ça aurait pu être la fin, mais quelque chose de remarquable s’est passée. Le groupe a recruté un remplaçant sous la forme de Richard Oakes, 17 ans. Le nouveau guitariste était un fan qui avait appris seul les chansons, et, en apprenant le départ de Bernard dans la presse, a envoyé une cassette de démos au fanclub. Oakes était complètement à la hauteur de la tâche.

Le groupe s’est retrouvé avec un nouveau chapitre excitant, et moi aussi. Je m’étais démerdé pour obtenir un boulot dans le bureau de leur management. C’était une véritable industrie familiale – tout le monde mettait la main à la pâte. Et tandis que je faisais mon boulot pour le fanclub, tous les honneurs devraient revenir à Sam McCormick, Brychan Todd et Ben Lurie, qui ont tenu le SIS à diverses étapes durant la période où j’ai travaillé pour le Suede HQ.

Le départ de Bernard était évidemment un énorme problème pour les fans de Suede – il avait co-écrit toutes les chansons, après tout. Mais, d’une manière, je pense que ça a uni le noyau central et nous a encore plus rapproché. La presse et le monde extérieur rayaient le groupe de la carte et disaient qu’ils étaient fini ; c’était Suede et nous contre le monde. Je me souviens des premiers concerts avec Richard, alors que le groupe sortait le single We Are The Pigs, comme étant des plus exaltants.


Les concerts annuels du fan club sont devenus le grand moment du calendrier des fans de Suede, de véritables événements où on offrait aux disciples les plus fervents des sets uniques et de nouvelles chansons. En 1996, le groupe a encore plus évolué, présentent le claviériste et guitariste Neil Codling à un concert au Hanover Grant. Codling était le cousin de Simon et il rentrait bien dans le chic dilapidé du groupe. Le concert les a vus jouer un set entier de nouvelles chansons extraites du troisième album Coming Up. Mais le meilleur de ces événements quasi légendaires était celui de 1997. C’était au moment de l’apogée de la popularité du groupe, avec le fanclub dépassant les 3000 membres et le concert spécial a dû être déplacé de Bagleys à King’s Cross au plus grand Kentish Town Forum. Suede a joué un set compris entièrement de faces B, anticipant leur compilation de faces B Sci-Fi Lullabies qui est entrée dans le Top 10 plus tard la même année.

Les newsletters originales photocopiées avaient désormais évoluées en un magazine régulier sur papier glacé. On offrait aussi aux membres des CD exclusifs ainsi que des invitations à faire de la figuration dans les tournages de clips et d’autres événements spéciaux, tels que la petite sauterie du 10ème anniversaire dans les entrailles du White Horse à Hampstead où le groupe avait fait son premier concert en mars 1990.

Quand Suede a fini par se séparer en 2003, les membres du fanclub ont été récompensés pour leur fidélité avec un album entier de morceaux rares et inédits. C’était la sorte de geste typique qui a élevé Suede au-dessus de nombreux de leurs pairs et les rend aussi hautement considérés par de nombreuses personnes.

Au moment du dernier album, A New Morning en 2003, l’appréciation mainstream s’était envolée, et en tant que fans, on savait que ce n’était plus les jours de gloire. Mais même alors, il y avait des moments à aimer. Et il y a quelque chose dans être dos au mur qui vous rend fort dans votre amour.

J’irai au concert du Royal Albert Hall la semaine prochaine et j’ai hâte d’y aller en tant que simple client parce que, bien que j’ai été présent à une centaine de concerts de Suede, la plupart du temps je manquais la moitié du set parce que je vendais des t-shirts ou que je courais partout à réserver des taxis pour que tout le monde rentre chez soi. Apparemment le concert au Royal Albert Hall s’est vendu en quelques secondes : on dirait qu’on peut enfin apprécier leur héritage.

Ça sera intéressant de voir si c’est vraiment un concert unique ou le début de quelque chose d’autre. Dans tous les cas, j’espère y voir quelques uns du SIS…

Lisez le NME de la semaine prochaine pour une chronique complète du retour de Suede sur scène


Chronologie de Suede

Octobre 1989 : Les amants Brett Anderson et Justine Frischmann mettent une petite annonce dans le NME à la recherche d’un guitariste soliste. Bernard Butler décroche la place.

Juin 1991 : Frischmann quitte Anderson et le groupe pour sortir avec Damon Albarn et former son propre groupe, Elastica.

Avril 1992 : Suede apparaissent à la une du Melody Maker sous le titre “Meilleur Nouveau groupe de Grande-Bretagne”.

Septembre 1993 : Le groupe devient légitime alors que le premier album Suede remporte le Mercury Music Prize.

Octobre 1993 : Aux États-Unis, le groupe doit se renommer The London Suede à cause d’un problème de copyright.

Février 1994 : Le single autonome Stay Together rentre dans les charts à la troisième place, devenant leur plus grand tube en date.

Juin 1994 : Le groupe rentre en crise tandis que Bernard Butler s’en va de manière acrimonious peu avant la fin de l’enregistrement de Dog Man Star.

Septembre 1996 : Avec les nouveaux membres Richard Oakes et Neil Codling, le groupe sort Coming Up. Brett déclare qu’il sonne “comme un best of”.

Octobre 1998 : Le groupe se sépare de son producteur de longue date, Ed Buller, enrôlant le collaborateur des Happy Mondays, Steve Osborne, pour Head Music.

Septembre 2002 : Brett admet qu’il “a été accroc au crack pendant des années”.

Novembre 2003 : Suede se séparent après l’échec critique et commercial du cinquième album A New Morning.

Décembre 2004 : Brett et Bernard se réunissant brièvement pour un album sous le nom de The Tears.

Avril 2005 : Malgré avoir insisté qu’ils ne le feraient jamais, The Tears jouent une chanson de Suede – la face B The Living Dead – au Leadmill de Sheffield.

Mars 2007 : Brett Anderson sort Brett Anderson, le premier de ses trois albums solo.

Janvier 2010 : Suede annoncent des projets de réunion, avec le line-up de l’époque Coming Up.

Traduction : 1er mai 2018