Le Jeu de Fincher

2014. SORTIE : 2 février. INTERDIT AUX MOINS DE 18 ANS

David Fincher aime jouer. Et Gone Girl est bien plus un jeu, ironiquement, que The Game. Il n’y a pas seulement le mystère central à résoudre : qu’est-il exactement arrivé à la portée disparue Amy Dunne (Rosamund Pike) ? Est-ce que son mari au sourire bête et candide, Nick (Ben Affleck), l’a tuée ? Il y a également le thème malin du jeu de société qui est le fils rouge du film, avec des apparitions de Mastermind et Destins, avec une référence au Scrabble. De plus, il y a les propres chasses au trésor d’anniversaire de mariage de Amy, dont elle a préparé la dernière juste avant sa disparition. Voici un film dans lequel Fincher peut présenter un inspecteur de police qui annonce, “Nous avons notre premier indice”, tout en tenant une enveloppe sur laquelle est gribouillé “Premier indice”. Ce n’est pas vraiment une question de qui est le méchant ou qui est la victime ; plutôt, à quel jeu est-on vraiment en train de jouer ici ?

Collaborant étriotement avec Gillian Flynn, auteur du roman énormément populaire, Fincher reste fidèle au texte original, mais souligne la satire et la parodie, de la musique de Trent Reznor d’un kitsch troublant aux fragments de journal intime de Amy qui partent en impros de comédie romantique. À un moment, il se transforme presque en parodie d’un thriller érotique des années 1990 ; on s’attend à moitié à voir Sharon Stone débarquer avec un pic à glace dans le dos. Puis, bien sûr, c’est également un portrait à la dextérité cynique du mariage. Ce qui est encore une autre sorte de jeu…

Combien il est amusant dépend de combien votre humour est noir, mais avec l’invention visuelle typiquement nette et précise du réalisateur et sa taquinerie de carrière – excellent travail de la part d’Affleck et Pike, il est assuré d’être regardé encore et encore, tout comme il a encore beaucoup de choses à proposer à ces fans du livre qui l’ont d’abord vu au cinéma avec succès.


BONUS Le blu-ray vient avec son propre livre de l’Épatante Amy (Mouchard), mais le seul bonus sur le disque est le commentaire du réalisateur. Ce qui serait décevant si ce n’était pour le fait que peu de réalisateurs sont aussi adeptes et divertissants que Fincher l’est dans cet exercice. Les meilleurs moments incluent ses plaintes à propos de la technologie des perruques (“ça n’a pas vraiment changé depuis Shakespeare”) ; le “difficile obstacle postmoderne” de réaliser le film avec sa campagne marketing à l’esprit ; son aveur au bout de deux heures que “maintenant le film devient vraiment bizarre” et “on ne s’attendait jamais à ce qu’il soit particulièrement réaliste” ; et, le mieux, le moment où il mentionne comment “tout le monde se plaint et râle” à propos du nombre de prises qu’il exige pour toutes les scènes et fait remarquer une séquence (dans laquelle Neil Patrick Harris gare une Jaguar) qui a été réussie à la deuxième prise. “Alors s’il vous plaît, conclut Fincher, allez vous faire foutre”.

Dan Jolin

Film **** Bonus ***

Traduction : 9 juin 2018