“J’ai toujours su que j’étais incroyablement spécial. Toute ma vie.
Tu sais ? Ce n’est pas vraiment grand chose”.
Damon Albarn, 1991
L’homme de la renaissance

L’homme dont l’oreille pour la mélodie et l’œil sur le monde a emmené Blur au sommet, bien qu’il n’ait jamais été entièrement à l’aise au centre de la scène.

C’est bien mieux de former un supergroupe (The Good The Bad & The Queen), lancer un collectif (Mali Music) ou laisser son avatar animé jouer la rock star pour lui (Gorillaz). L’ultime leader en coulisses et maître de la réinvention dans l’esprit Bowie/Lennon.

Qu’est-ce qui fait un grand leader ?
“Tu dois pouvoir collaborer avec un public – être prêt à le regarder dans les yeux. Tu dois être assez intrépide. Quand j’étais jeune, c’était une question d’être intrépide… et soûl. On [Blur] a appris notre mise en scène par l’alcool, principalement. On était timides, et on a obtenu cette confiance et cet élan en se bourrant la gueule, en allant sur scène et en causant le chaos. Pendant les deux premières années, je vomissais durant tous les concerts, et j’étais tailladé – y’avait beaucoup d’auto-mutilation. Je m’éclatais le crâne avec le micro, et je me jetais dans le public. J’avais toujours des coupures et des bleus – mais c’était incroyablement cathartique. Je sortais tellement de rage durant ces performances. Graham était pareil : on venait vraiment à bout de toute cette frustration fondée sur là d’où on venait”.

Qu’est-ce qui est le plus important : la voix, l’attitude ou le look ?
“Tout est question de comment tu te tiens. Tout d’abord, c’est bien plus ça que la musique. Pour moi, la musique est venue plus tard [rit]. À un moment, j’ai pensé que je voulais vraiment être musicien. J’aime être leader, mais j’ai terminé ce processus. Cette passion et cette rage – j’ai pu plus la contrôler, et j’ai pu chanter. Mais au départ, c’était beaucoup d’attitude”.

Quel a été ton meilleur moment en tant que leader ?
“Glastonbury, l’année dernière. Pour moi, sur cette échelle, c’était un moment complet – aussi proche qu’un sorte de pratique rituelle, faire de la musique. On en a bénéficié autant que le public – et c’est ce que tu essaies toujours d’atteindre. C’est ce que j’ai appris : c’est une question d’égalité dans l’expérience. Ils en font autant partie que moi. C’est tout ce qui m’intéresse vraiment : mettre tout le monde au même niveau, là où il n’y a pas de leader et de public. C’est une question de s’y perdre : c’est l’égo qui se met en travers de la route. Crois moi ; j’y ai été [rit]. Mais c’est difficile d’y arriver”.

Et le plus embarrassant ?
“Je suis l’homme qui, en tête d’affiche de Reading [en 2003], est allé au devant de la scène dès la première note de Beetlebum, a ait un faux pas et est tombé, devant 70 000 personnes. Je n’ai même pas eu le temps de chanter une note, et je suis tombé de la scène”.

Quel est le meilleur conseil qu’on t’ai donné quand on parle de performance scénique ?
“Fais attention à où se trouve le micro quand tu le tiens. C’était un gars qui s’appelait Paul qui tenait le Sir George Robey [ancienne salle indée du Nord de Londres]. C’était un grand vieux biker. Je fais ça en gros [secoue un micro imaginaire]. C’est le meilleur conseil que je n’ai jamais eu. Ça et, Ne bois pas trop avant de monter sur scène. Qui a dit ça ? Beaucoup de personnes”.

Que préfères-tu : devant avec Blur ou derrière un rideau avec Gorillaz ?
“On ne joue pas derrière un rideau maintenant. Mais c’était super marrant : je jouais en slip parfois. Mais à la fin de cette première tournée de Gorillaz, ça me démangeais de prendre un couteau et de faire, [coupe des rideaux imaginaires] Ta-dah ! Ce côté frimeur naturel était toujours là”.

Qui est ton plus grand leader ?
“Personne n’est parfait : tout le monde a des choses qui ne fonctionnent pas. Mais je dirai Fela Kuti [icônique pionnier de l’Afrobeat], même si je ne l’ai jamais vu. C’était un musicien et un leader tellement génial. Il était féroce, mais aussi vraiment libre”.


Playlist

Blur – Girls & Boys
Damon jète un œil ironique sur la politique sexuelle de la discothèque indée.

Blur – The Universal
Il a toujours été un excellent créateur de balade, c’est lui à son apogée mélancolique.

Blur – Song 2
Adieu la Britpop, bonjour le punk lo-fi tapageur.

Gorillaz – Clint Eastwood
Albarn fait du hip-hop et s’embarque dans le nouveau chapitre de sa carrière.

The Good The Bad & The Queen – Kingdom Of Doom
Parklife 15 ans plus tard : discours sur l’état de la nation.

Traduction : 9 juin 2018