4/5. Déjà en salle. Comment mutiler son dragon

De toute la trilogie du Hobbitla Bataille des Cinq Armées était apparemment le plus grand challenge pour Peter Jackson. Avec la plupart des moments remarquables du livre déjà écarté (Gollum, les araignées, la poursuite en tonneaux, la discussion avec Smaug), c’était un film fondé sur une escarmouche que beaucoup considèrent comme détail sans importance qui a lieu une fois que la vraie histoire soit racontée. Comment est-ce que Jackson ait pu possiblement fonder tout un film long sur de telles bases étroites ? C’est sûrement ici que la sottise de séparer un bref roman source en trois films sera bel et bien exposée ?

Nous nous sommes inquiétés pour rien. Même si ce n’est pas le meilleur de son cycle Tolkien, c’est une fin appropriée (ou serait-ce le milieu) à la saga de Jackson, mélangeant spectacle de blockbuster avec des moments intimes et tendres entre les personnages. Le fait qu’il fonctionne tient à deux décisions clés : s’assurer que ce soit la sortie la plus courte vers la Terre du Milieu jusqu’ici (pas de place pour des scènes de remplissages ici) et garder la fin de l’histoire de Smaug pour ouvrir ce film, même si la logique dramatique vous dit qu’elle aurait due être conclue la dernière fois.

C’est un choix qui s’avère être pécuniaire, parce que tandis qu’il nous a laissé avec un cliffhanger peu satisfaisant pour la Désolation de Smaug, l’assaut du dragon sur Lacville ouvre ce troisième film avec l’accroche tueuse dont il a besoin. Sans perdre du temps avec tout sorte de flash-back ou prologue, nous sommes directement plongés dans le raid aérien féroce du lézard baratineur. C’est une séquence merveilleuse (bien qu’elle se finisse trop rapidement) qui saisit instantanément votre attention, même si on dirait des restes d’un film différent – c’est comme ouvrir l’Empire contre attaque avec Luke qui fait sauter l’Étoile de la mort.


Conversations de combat
Et voici le casse-tête. Si le dragon n’avait pas été présent dans la Bataille des Cinq Armées, le film ne tiendrait pas debout. Après l’épisode Smaug, il y a près d’une heure de positionnements, de querelles et de réflexions tandis que les diverses armées se préparent à la guerre. (Nous le savons parce qu’elles le disent. Maintes fois.) C’est un crescendo efficace à la bataille, mais dans un film qui est en réalité un long acte final, cela aurait été une ouverture assez médiocre.

Quand les choses commencent finalement, le combat s’avère valoir l’attente. Avec plusieurs factions campées en périphérie du bastion des Nains nouvellement libéré de Erebor, la balance penche entre le siège tendu du Gouffre de Helm et la bagarre tentaculaire des Champs du Pelennor. D’accord, il y a un peu de Légendes vivantes dans la manière où plus en plus de groupes rejoignent la lutte – on s’attend presque à ce que Wes Mantooth et son équipe de Channel 9 Evening News chambrent un Orque – mais c’est guidé sans effort par Jackson, qui rassemble tous les éléments disparates d’une manière égalée par peu de réalisateurs.

La bataille est continuellement inventive, avec les Orques, Elfs, Hommes, Nains et Aigles faisant preuve de nombreuses tactiques ingénieuses, et enfourchant une variété de montures assez grande pour alimenter tous les couplets de Dans la ferme à Mathurin. Aussi, Jackson sait quand ponctuer le carnage d’un gag ou un moment tendre, en faisant l’antithèse du Transformers : l’âge de l’extinction de Michael Bay, confus et dépourvu d’humour.


Bard le professeur
Pourtant, malgré le titre belliciste, se concentrer sur l’action serait desservir la Bataille des Cinq Armées. Même à son point le plus bavard, ce sont des choses captivantes, récoltant les fruits du développement de personnages sur deux films, tous avec leurs défauts et un ordre du jour convaincant. Avec le Bilbon toujours aussi excellent de Martin Freeman plus un petit rôle cette fois, la scène est avancée pour que d’autres se démarquent : Luke Evans, dans le rôle de Bard, devient un meneur d’hommes à contre-cœur, lui dont le désir de protéger ses enfants en fait l’un des personnages les plus humaines à n’avoir jamais foulé la Terre-du-Milieu avec grâce, tandis que la romance de Kili (Aidan Turner) et de Tauriel (Evangeline Lilly) est touchante.

Cependant, c’est le film de Thorin, alors que Richard Armitage emmène son personnage de roi des Nains au bord de la folie. Avec la Maladie du Dragon qui s’installe, Thorin est un danger pour tous ses sujets, pourtant Armitage ne lui permet jamais de devenir un monstre, tandis que des lueurs de l’homme bon qu’il était transparaissent.

Bien qu’on soit toujours conscient que des ponts avec LSDA sont en train d’être construits, cette clôture de trilogie se préoccupe moins d’être une préquelle qu’elle aurait pu l’être. Oui, à la fin Bilbon a sa côte de mailles en Mithril et tous les personnages clé sont là où ils le doivent, mais seul un moment – la mention de l’une des figure de proue du SDA – semble être introduit de force.

Quant à la fin, il y a plus de retenue que dans le Retour du Roi, concluant avec un retour convenablement discret à la Comté qui referme effectivement la saga. En tant qu’adieu à la Terre-du-Milieu, c’est parfaitement placé – des choses mauvaises se passent à Mordor, mais nous n’avons pas à nous en préoccuper. Pas encore, en tout cas…

Richard Edwards

LE VERDICT Le débat continuera à faire rage à propos de savoir si le Hobbit avait besoin d’être coupé en trois films, mais Peter Jackson a achevé son cycle de six films sur la Terre-du-Milieu sans se planter – l’une des grandes réussites cinématographiques.

Classement Plus de 12 ans accompagnés d’un adulte Réalisateur Peter Jackson Avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen, Luke Evans, Evangeline Lilly Scénario Philippa Boyens, Peter Jackson, Fran Walsh, Guillermo del Toro Distributeur Warner Bros Durée 144 minutes

Traduction : 4 juin 2019