D’excentrique en robe au soul boy aux yeux bleus, le Dame demeure le caméléon le plus influent de la pop.

Dans cette époque de succès accéléré, on oublie souvent que David Bowie zonait dans le business musical depuis près de dix ans avant que Ziggy Stardust ne l’ait finalement fait une star. En fait, vous devez revenir en 1964 quand, annoncé sous le nom de David Jones avec les King Bees, il a eu sa première percée, sortant un single exceptionnel, Liza Jane, qui a rapidement disparu sans laisser de trace. Sans se démonter, il a rebondi avec plus de flops sous diverses apparences jusqu’à, coïncidant bien avec les premiers pas de l’Homme sur la Lune, ce qu’il sorte Space Oddity en 1969, lui donnant enfin un tube.

C’était au cours des années 1970, cependant, qu’il a été reconnu, surtout une fois que sa création SF théâtrale et sexuellement ambivalente, Ziggy, ait changé le paysage rock à jamais, égayant énormément les choses et influençant des générations d’adeptes. Impossible à anticiper, il a rapidement donné suite à Ziggy en se livrant à sa propre sorte de mélange de soul de garçon blanc avant de décamper à Berlin où, assisté par Brian Eno, il a enregistré trois albums d’électronica glaciale et naissante qui a donné à Gary Numan la plupart de ses idées. Au début des années 1980, grâce à MTV et l’incursion de Let’s Dance dans le mainstream, il a joui de niveaux encore plus élevés de popularité.

Depuis lors, il a plutôt perdu son chemin – et une grande partie de son public, aussi – avec une série d’albums largement interchangeables qui n’ont pas réussi à faire battre des cœurs. Malgré cela, la pure originalité, ampleur et influence de l’œuvre de sa période d’apogée dans les années 1970 veulent dire que sa réputation de l’une des personnalités majeures du rock demeure fermement intacte. C’est un héritage qui vaut toujours la peine d’être écouté.

Peter Kane


ESSENTIEL

HUNKY DORY
RCA, 1971
Incapable de multiplier le succès de Space Oddity (1969), on aurait dit que Bowie était un one-hit wonder. Bien que accueilli à l’origine fraîchement par le public, Hunky Dory a été le moment où il est apparu vraiment comme compositeur distinct, troquant les grosses guitares de The Man Who Sold The Wold pour quelque chose de plus subtil. Le résultat était un trésor d’excellence pop (ChangesOh! You Pretty ThingsLife On Mars?), plus quelques cirages de pompe mémorables à Andy Warhol et Bob Dylan, et un hommage à Lou Reed qui déménage, Queen Bitch.
TÉLÉCHARGEZ : Changes // Life On Mars? // Queen Bitch

THE RISE AND FALL OF ZIGGY STARDUST AND THE SPIDERS FROM MARS
RCA, 1972
En tant que mise en garde sur la célébrité pop, Ziggy Stardust ne tient pas vraiment la route. Non pas que cela ait de l’importance. Avec Bowie floutant de manière théâtrale la délimitation entre créateur et création et le guitariste Mick Ronson qui lui donne plein de force, c’est l’un des meilleurs albums rock de tous les temps, marquant finalement le moment où sa carrière a décollé. À la suite de Ziggy, qui confondait les genres, rien de sera jamais pareil.
TÉLÉCHARGEZ : Starman // Ziggy Stardust // Suffragette City

STATION TO STATION
RCA, 1976
Entre le Thin White Duke : la phase cinglée de l’amphétamine bolivienne où il s’est attiré des ennuis en adhérant aux mérites du fascisme. Cela à part, Station To Station se classe comme l’un de ses meilleurs albums, pont entre “l’âme de plastique” de Young Americans et les penchants plus artistiques de la trilogie berlinoise : Low“Heroes” et Lodger. Avec Golden Years comme gros tube, le détachement glacial et le funk de garçon blanc de l’album s’avéreront grandement influents au cours des dix années suivantes.
TÉLÉCHARGEZ : Station To Station // Golden Years // Wild Is The Wind

VOIR AUSSI
ALADDIN SANE
RCA, 1973
Malgré ce que certains pourraient dire, Aladdin Sane est considérablement plque que la deuxième partie de Ziggy Stardust. Il y a The Jean Genie, ainsi que Watch That ManDrive-In Saturday et The Prettiest Star.


RECOMMANDÉ

THE MAN WHO SOLD THE WORLD
PHILIPS, 1970
Dans une époque de rock lourd macho, le monde n’était pas encore prêt pour un homme en robe au look décadent colportant des chansons étranges à propos de la folie, de machines pensantes et des théories nietzschéennes sur l’Übermensch. Mais avec le futur maestro de la guitare et faire-valoir volontaire Mick Ronson montant à bord pour la première fois, animant énormément les choses, c’est ici que les graines de Ziggy et ses Spiders From Mars ont été semées. Le titre éponyme a plus tard été repris par Lulu et Nirvana, ce qui n’est pas quelque chose qu’on dit souvent.
TÉLÉCHARGEZ : The Width Of A Circle // The Man Who Sold The World // The Supermen

DIAMOND DOGS
RCA, 1974
Avec des projets d’une version musicale du roman 1984 sabordés par le domaine de George Orwell, notre héros s’est décidé pour sa propre vision cauchemardesque de l’avenir à la place. On a fait appel aux hommes de session Tony Newman et Herbie Flowers pour remplacer les Spiders From Mars, et Bowie s’est occupé lui-même des guitares. Toujours autant en ébullition, il y avait des changements dans la musique, aussi, le saxo, le Moog et le Mellotron intensifient le drame, tandis que la dose de soul de Philadelphie de 1984 était un présage de là où il se dirigeait.
TÉLÉCHARGEZ : Diamond Dogs // Rebel Rebel // 1984 // Sweet Thing

SCARY MONSTERS
RCA, 1980
Tournant le dos au paysage sonore narcotique assisté par Eno de ses années berlinoises et ayant survécu à l’assaut du punk, Scary Monsters a lancé la nouvelle décennie d’une belle manière. Ashes To Ashes, avec son clip imaginatif et clin d’œil intentionnel à Space Oddity, lui a donné seulement son deuxième numéro 1 britannique. Fashion se pavanait avec un dédain funky des podiums. Autre part, Up The Hill BackwardsIt’s No Game et le titre éponyme étourdissant gardaient la barre constamment élevée.
TÉLÉCHARGEZ : Scary Monsters (And Super Creeps) // Ashes To Ashes // Fashion

VOIR AUSSI
LOW
RCA, 1976
Ce qui arrive quand un Bowie qui s’ennuie, devenu fou par sa vie à LA, rencontre Brian Eno à Berlin. La première partie a de vraies chansons (Be My WifeSound And Vision). La deuxième non.


FAITES ATTENTION

YOUNG AMERICANS
RCA, 1975
Bien que Diamond Dogs avait laissé entendre la pointe rare d’un intérêt accru pour le R&B, qui aurait deviné que pour son prochain album studio, il reviendrait dans la peau d’un soulman aux yeux bleus ? Ne faisant jamais les choses à moitié, il a réservé les Sigma Sound Studios de Philadelphie, a employé les meilleurs hommes de session disponibles et a imaginé ceci : compilation de funk stylisé et disco que Bowie a nommé lui-même “le R&B le plus faux qu’on n’ait jamais entendu”. Il n’a pas tout à fait faux. Pourtant, Fame écrit avec John Lennon, était géniale et a atteint le sommet des charts américains.
TÉLÉCHARGEZ : Young Americans // Fame

LET’S DANCE
EMI, 1983
Suivant une pause de trois ans après Scary Monsters, période passée à perfectionner ses talents de comédien sur scène et à l’écran, Let’s Dance a restauré le grand caméléon de la pop sous les feux de la rampe avec une sensation dance-rock. Avec les débuts de MTV, le timing n’aurait pu être meilleur. Juste aussi important, le co-producteur Nile Rodgers de Chic s’est assuré que le son soit convenablement grand et FM, le morceau éponyme, Modern Love et China Girl (empruntés à Iggy Pop) faisant tous des singles mémorables. Dommage que le reste ne soit que des bouches-trou brillants.
TÉLÉCHARGEZ : Modern Love // China Girl // Let’s Dance

TIN MACHINE
EMI, 1989
De toutes les réinventions, le rock retour aux sources “juste un gars dans le groupe” de Tin Machine est facilement le plus ridiculisé. Projet monté avec les frères Tony et Hunt Sales, une section rythmique rencontrée lors de l’enregistrement de l’album de 1977 de Iggy Pop, Lust For Life, plus Reeves Gabrels, dont la guitare criante possédait toute la retenue d’un chien d’attaque sentant du sang, il est grandement tombé dans l’oreille d’un sceptique. Plus de 20 ans plus tard, il est peut-être temps d’admettre que c’est un vieux vacarme décent, malgré le plagiat des riffs de Wild Thing et les accents Cockney exagérés.
TÉLÉCHARGEZ : Crack City // I Can’t Read

VOIR AUSSI
SPACE ODDITY
PHILIPS, 1969
Jouant le chanteur-guitariste hippie désillusionné, et très de son temps, le deuxième album inégal mais intéressant. Cygnet Committee fait allusion à des possibilités futures.


COMPILATIONS

THE PLATINUM COLLECTION
EMI, 2005
Pas intéressé par ces albums conceptuels artistiques ? Vous voulez juste les tubes à la place ? Cette rétrospective de 57 morceaux sur trois disques est faite pour vous, tout en évitant heureusement des abominations telles que le single fantaisiste de 1967 The Laughing Gnome et un duo de Noël improbable avec Bing Crosby, qui allait bientôt nous quitter, Peace On EarthLittle Drummer Boy. Le premier disque, en particulier, est excellent. Et si la barre commencer à glisser la moitié passée, des morceaux tellement divers et souvent négligés tels que This Is Not AmericaAbsolute Beginners et When The Wind Blows rappellent que les années 1980 n’étaient pas une perte complète sur le plan artistique.
TÉLÉCHARGEZ : Under Pressure // This Is Not America // Absolute Beginners


LIVE

LIVE SANTA MONICA ’72
EMI, 2008
Pour quelqu’un qu’on connaît pour ses spectacles excellents, produire un album live de ce nom s’est révélé avec surprise être une tâche délicate. Aucun des deux candidates évidents, David Live (1974) ni Stage (1978), ne lui rend justice, tandis que le plus discret Tin Machine Live: Oy Vey, Baby (1992) est meilleur. Battant le reste à plates coutures, cet enregistrement souvent piraté d’une prestation et diffusion radio de 1972 qui a finalement reçu une sortie officielle en 2008. Le son n’est pas fameux, et aussi, soyons francs, une partie du jeu. Mais pour un document live de Ziggy dans son faste, ne cherchez pas plus loin.
TÉLÉCHARGEZ : John, I’m Only Dancing


À ÉVITER

NEVER LET ME DOWN
EMI, 1987
A-t-il fait un album écoutable depuis Let’s Dance ? Beaucoup avanceraient que non. Juste dans les années 1990, il y a eu Black The White NoiseOutsideEarthling et “Hours…”, tous sont passés sans presque laisser de traces. Arrivant au bas de la plupart des listes, cependant, se trouvent Tonight (1984), sorte de Let’s Dance deuxième partie sans bonnes chansons, et Never Let Me Down, le disque fouillis qu’il poussait durant la tournée ridiculement gonflée Glass Spider. Tout ce dont vous avez besoin de savoir, c’est qu’il a beaucoup de synthés, de la batterie retentissante, Peter Frampton qui joue de la guitare et, cerise sur le gâteau, une sorte de rap de la part de Mickey Rourke.
TÉLÉCHARGEZ : Time Will Crawl

Traduction : 6 juin 2019