De Dieux grecs et archers tueurs de dragons au Gaston de la Belle et la Bête, Luke Evans est l’homme vers qui on se tourne pour la fantasy à Hollywood. Mais il y a bien d’autres cordes à l’arc de la star galloise, en commençant par une performance qui vole la vedette dans le frénétique High Rise de Ben Wheatley…

Jordan Farley

Avoir un train de retard n’est pas toujours une mauvaise chose. Posez la question à Luke Evans. Montant les échelons à une époque où les coqueluches pré-ados dominaient et les gagnants des Oscars de 23 ans étaient de rigueur, Evans pourrait être considéré comme quelqu’un qui trouve sa voie sur le tard en faisant ses débuts sur le grand écran à l’âge avancé de 30 ans. Mais dans les six ans depuis qu’il a joué le dieu doré Apollon dans le Choc des titans, l’acteur gallois a plus que rattraper le temps perdu. “Quand j’ai commencé, j’avais l’impression d’être sur la défensive, devant m’améliorer et rattraper mes contemporains”, dit Evans à Total Film, la star avenante frappant un ton songeur, et pas pour la première fois durant notre discussion. “Je savais que j’avais besoin d’expérience avec de bonnes personnes : une excellente équipe, d’excellents acteurs et d’excellents réalisateurs – et c’est ce que j’ai fait”.

Après des rôles secondaires dans Tamara Drewe de Stephen Frears et dans le biopic sur Ian Dury, Sex & Drugs & Rock & Roll, Hollywood est arrivé d’une manière majeure, l’ascension d’Evans dans la course aux rôles principaux en parallèle avec ses compatriotes britanniques Tom Hiddleston et Benedict Cumberbatch. Caser un minimum de trois films par an et la mini-série occasionnelle ça et là n’a pas été facile, mais il ne regrette rien. “Il y avait un temps où j’apprenais littéralement le scénario d’un nouveau film tout en tournant un autre”, raconte-t-il dans la chaleur relative d’un hôtel de New York alors que l’hiver fait la guerre à des températures tolérables dehors. “Ça te garde incroyablement en forme, actif, engagé et concentré, mais si tu le fais constamment, ça peut freiner ton essor créatif”.

Il y a peu de risque de trouble du développement en ce qui concerne Evans. Le fils d’un maçon et d’une femme de ménage, né à Pontypool, a quitté l’école à 17 ans pour la scène, apparaissant dans des comédies musicales consécutives du West End entre 2000 et 2008 – de Taboo à Small Change. Sa prestation dans cette dernière a été acclamée par la critique et lui a gagné l’attention des directeurs de casting américains, le menant directement à une carrière hollywoodienne qui, un peu inhabituellement étant donné son chant d’envergure internationale, n’a pas inclus une seule comédie musicale. Jusqu’à maintenant.

L’année prochaine, Evans sera finalement lâché sur un micro dans l’adaptation en prises de vue réelles de la Belle et la Bête par Bill Condon. Il joue Gaston, chasseur au torse puissant, qui rivalise pour obtenir les affections de la Belle jouée par Emma Watson tout en traînant avec l’empoté Le Fou (Josh Gad). “Gaston, il est truculent et il part dans ce voyage incroyable”, explique Evans, l’enthousiasme expansif de la star pour le rôle évident dès le moment où le film est mentionné. “Il commence en cette fripouille sympathique que les gens trouvent marrant mais un peu énervant, et il possède cette ridicule estime de soi qui est trop drôle à regarder. Et puis on voit cet homme craquer. Il commence à ne pas obtenir ce qu’il veut, et, en gros, se transforme en monstre à la fin du film”. Evans cite le film d’animation de Disney de 1991 comme l’un de ses préférés à cause de l’histoire et des chansons iconiques”, que la version de Condon conservera tout en ajoutant plusieurs nouvelles rengaines. “Elle est incroyablement fidèle à l’histoire. Toute la musique est là. Je suis littéralement impatient de la voir. C’est très palpitant”.

La Belle et la Bête marque l’aboutissement d’une carrière dans la fantasy qui comprend pas un mais deux dieux grecs, Bard l’Archer dans le deuxième et troisième Hobbit et le prince des ténèbres lui-même dans Dracula Untold. Mais malgré son succès sur le terrain, il ne part pas à la recherche du genre de personnages qui fuient la réalité pour lesquels il est connu. “C’est le rôle qui est important : qui le réalise, l’histoire…” il explique. “Bien que le Hobbit soit une histoire de fantasy, je ne regarde pas mon rôle dans ce film comme faisant partie d’un monde de fantasy. Je sais que je tue un dragon et tout le reste, mais je le vois comme ce père. C’est un père célibataire, qui se bat pour ses enfants, les soutenant et les sauvant du monde dans lequel ils vivent. J’en ai fait une personne aussi réelle que possible”.


Monter
Cette méthodologie est apparue dans sa récente incursion dans la science-fiction dystopique. Dans High-Rise, adaptation par Ben Wheatley de la satire complètement britannique de J.G. Ballard, I.G.H., Evans joue Richard Wilder, réalisateur de documentaires au chômage menant une vie de bas étage qui engage le combat avec les bourges du dernier étage. “Quand je me suis mis à lire le scénario, j’ai tout d’abord été assez étonné et choqué – d’une manière positive – que le film soit juste fait, admet-il. Ce n’est pas souvent que cette sorte de rôles croise mon chemin. Pour moi, il criait simplement rebelle délicieux. J’ai pu libérer mes inhibitions avec ce personnage. C’est fou ce qu’il fait”.

Fou résume parfaitement Wilder, mâle alpha qui devient ami avec le Robert Laing de Hiddleston et couche avec toutes les femmes de la tour isolée alors qu’elle descend dans le chaos. Arborant une moustache de films porno des années 1970 (la sienne) ainsi que de volumineuses rouflaquettes adhésives (actuellement dans une boîte en plastique dans l’appartement londonien de Evans, “Elles sont ridicules, on dirait un mini postiche pubien”), Wilder est une force de la nature et le complément parfait à l’œil calme de la tempête qu’est Laing. Evans attribue la férocité de son interprétation à la confiance inflexible de son réalisateur. “J’ai vraiment cru que Ben pouvait raconter l’histoire, alors je me sentais très en sécurité dans ses mains dès la première seconde où je l’ai rencontré lors d’un déjeuner à Covent Garden. Je sentais qu’il allait me déployer un peu plus les ailes que je ne l’avais fait dans d’autres rôles”.

Avec un tricot de corps blanc et ses énormes rouflaquettes, Evans a plus d’un faux air du mutant de Hugh Jackman infusé d’adamantium, Wolverine (personnage à qui Evans a récemment prêté sa voix pour un épisode de la série d’animation comique américaine en pâte à modeler Robot Chicken). TF suggère qu’il fera un bon remplaçant quand Jackman finira par raccrocher les griffes, idée qu’il dédramatise rapidement par la plaisanterie. “C’est vraiment, à mes yeux, le seul homme à pouvoir être ce personnage”. Toute cette discussion X rappellera la seule omission notable au CV d’Evans : l’un de ces super-héros en spandex qui constituent le régime de base d’une liste d’acteurs qui s’étend rapidement. Non pas qu’on ne lui ai pas offert de rôles dans des adaptations de comics dans le passé. “J’étais en lice pour certains mais ils arrivent souvent au mauvais moment pour moi. Je voulais mélanger ma carrière avec des choses comme High-Rise et des choses comme Message From The King [thriller à venir] et la Fille du train [adaptation de roman], et puis faire quelque chose de gros. C’est un grand pas de rejoindre l’une de ces franchises. Elles peuvent te prendre une bonne partie de la vie, de la carrière. C’est génial, mais elles viennent au bon moment pour tout le monde, et pour moi, jusqu’ici, ça n’est pas venu au bon moment. Ni le bon rôle”.


Dans le sang
Le plus proche qu’Evans y soit arrivé a été son premier rôle principal d’un film à gros budget dans Dracula Untold (2014). Le film peut avoir reçu des chroniques mitigées, mais personne ne pouvait douter de l’engagement d’Evans pour le rôle, un qu’il cite comme plus ardu que même l’année de tournage pour le Hobbit : “J’étais le personnage principal. C’était trois, quatre mois très intenses de ma vie. J’étais dans pratiquement tous les plans. Physiquement, c’était incroyablement exigeant. Je faisais mes propres séquences de combat. J’essayais de rester en forme folle, mais en apportant également cette narration très forte et le drame au personnage”. L’avenir de Drac est incertain, avec des discutions de séquelles se taisant de manière assourdissante après un premier weekend d’exploitation discret, mais c’est un rôle dans lequel aimerait bien replanter ses crocs. “Ce n’est qu’après avoir commencé que la franchise des monstres est devenue bien plus claire, et que [Dracula Untold] était le début de quelque chose de bien plus grand. C’est super génial de penser qu’il reviendra un de ces jours. Je serais heureux de le rejouer”. S’il faut se fier à la propre expérience d’Evans, il pourrait y avoir un appétit pour cela. “Je n’arrête pas d’être reconnu comme Dracula. C’est plus Dracula qu’autre chose, surtout aux États-Unis. C’est assez bizarre, en fait”.

Evans est inhabituellement humble pour un rôle principal, fait qui vient vraisemblablement de tout le dur travail qu’il a fait pour obtenir sa percée sur grand écran, réitérant plusieurs fois combien il se sent “chanceux” de faire ce qu’il fait. Et que ce soit travailler dans un ensemble ou en tant que premier rôle, il évite de romantiser sa profession. “C’est un rôle. Tu t’engages dans un rôle – que ce soit un rôle qui fait partie d’un ensemble, ou un qui mène l’histoire, c’est un défi. C’est pourquoi, en tant qu’acteur, je pense que tu fais ce boulot pour développer tes capacités, pousser tes limites, te secouer, secouer les autres, et en sortir avec plus de connaissance sur ta capacité et tes techniques de narration qu’avant. C’est à propos de l’histoire et de la manière dont tu la racontes bien”.

Evans a une année bien remplie devant lui avec Message From The King, avec le futur Black Panther Chadwick Boseman dans le rôle d’un Sud-Africain qui va à LA pour venger la more de sa sœur, et l’adaptation du best-seller policier la Fille du train, production dans laquelle Evans a été parachuté à la dernière minute après le départ soudain de Jared Leto. L’acteur gallois est à New York à tourner le film dans lequel il jouer Scott, la moitié d’un couple apparemment idyllique, mais il n’a pas le droit d’en parler sous menace d’être attaché aux rails les plus proches. Après cela, pour la première fois en pratiquement six ans, son agenda est complètement vide (il projette d’aller au ski durant la brève période où il ne sera pas sous contrat), mais il n’écarte pas un retour au théâtre à l’avenir. “J’ai vu Keira Knightley récemment à New York. Elle me parlait d’une pièce qu’elle vient de finir à Broadway et combien c’était intense pour elle. Quand je lui parlais de ça, elle m’a donné envie de faire plus de choses sur scène”.

Avant tout retour sur les planches, il a une série de personnages infects sur écran dans le sac. Avec une interprétation dérangée dans High-Rise et le grand méchant dans la Belle et la Bête qui arrivent, est-il juste de dire qu’Evans adopte vraiment son côté sombre ? “Je pense que je l’ai adopté il y a de nombreuses années ! répond-il en riant. L’obscurité a bel et bien été acceptée. Quand tu as ma tronche, c’est difficile de l’éviter”.

High-Rise sort le 18 mars. La Fille du train le 7 octobre. La Belle et la Bête le 17 mars 2017

Traduction : 8 juin 2019