Gorillaz | Q – mars 2010

Yo Ho Ho – Gorillaz revient sur la vague

“C’est un truc immémorial. Jay-Z qui prend sa retraite de la musique, le dernier album des Streets, Led Zeppelin qui ne doit jamais se reformer, la séparation des Libertines… tôt ou tard, ces choses reviennent ensemble avec grand aplomb. Tu n’es personne tant que tu ne t’es pas séparé et reformé, hein ? Ça ne fait qu’augmenter le drame quand tu reviens vraiment. Je peux révéler, cependant, catégoriquement, que Plastic Beach sera le dernier album de Gorillaz à jamais ne sortir. Vous l’avez appris de moi… directement”.
— Murdoc Niccals

Johnny Davis

6 avril 2006. New York. Gorillaz jouent le dernier concert de la promotion de leur album Demon Days. Triomphe mondial, il les a emmenés dans 40 villes aux États-Unis et les a vus jouer aux côtés de nombreux de leurs collaborateurs, dont Shaun Ryder, Ike Turner, et un Dennis Hopper virtuel à l’Opera House de Manchester. Il s’est vendu à six millions d’exemplaires, à rajouter aux six millions vendus de leur disque éponyme de 2001. Il a engendré un single numéro 1 sous la forme de DARE sur lequel marmonne Shaun Ryder et un numéro 2 avec le tourbillon pop bipolaire Feel Good Inc.. En cours de route, le chanteur 2D, le bassiste Murdoc Niccals, la guitariste Noodle et le batteur Russel Hobbs ont joué avec Madonna aux Grammy (Niccals portait une casquette usée de conducteur de bus, une cape et un slip kangourou), ont diffusé un “discours de la Reine alternatif” le jour de Noël (les sujets abordés : la mort du bus London Routemaster ; la non-mort de James Blunt) et ont été courtisés par le magnat du cinéma Harvey Weinstein, qui a proposé un film Gorillaz supervisé par Terry Gilliam – le réalisateur de l’Armée des douze singes, de manière assez appropriée.

Puis il y a eu les singeries du groupe lui-même en tournée. Niccals, le célèbre sataniste et leader du groupe auto-proclamé, dont l’absorption d’absinthe et la réputation de coureur de jupons sont devenues tellement incontrôlables qu’à un moment les vitres de Gorillaz étaient régulièrement descendues par une chanteuse rock blonde notoirement instable que Niccals aurait mise enceinte durant “une cuite folle de trois jours” (“Ce n’était pas moi, chérie, c’était Steve Coogan”, a-t-il expliqué.) Hobbs, qui passait son temps à customiser les carcasses des animaux en voie de disparition fauchés par le tour bus de Gorillaz avec le rajout de “poubelles de basse, des phares en dessous et des roues en alliage”. L’adolescente prodige japonaise de la guitare, Noodle, qui a failli être détruite quand une rampe de projecteurs s’est écrasée près de sa tête, “accident” suspecté d’avoir été causé soit par Paul Cracker, la guitariste originale du groupe renvoyée, ou le père de Niccals, avec qui il s’est brouillé, Jacob. Et 2D, dont le développement mental arrêté et la statut de garçon battu permet à l’histoire d’enregistrer un petit plus de rock’n’roll qu’un incident de chaussures/plomberie mineur (“2D – avoir sa sandale coincée dans une canalisation ne constitue pas une tentative d’assassinat”, Niccals réprimendera plus tard son collègue).

Mais après avoir joué le cinquième des cinq soirs au célèbre Apollo Theatre de New York, Gorillaz a disparu. Leur dernier clip, El Mañana de 2006, comprenait Noodle se promenant sur une île flottant dans le ciel, avant d’être apparemment bombardée à mort par des hélicoptères. Deux des collaborateurs les plus fréquents du groupe, le chanteur de Blur Damon Albarn et l’artiste de bande dessinée Jamie Hewlett, semblaient suggérer qu’on n’en entendrait plus parler d’eux. En novembre 2007, Albarn a dit à Q que le prochain projet de Gorillaz “ne portera pas le nom de Gorillaz”. Une autobiographie de Gorillaz, Rise Of The Ogre, a été publiée. De façon inquiétante, aucun membre du groupe ne s’est montré au lancement.

Avec Albarn et Hewlett impliqués dans l’“opéra cirque” à succès, Monkey: Journey To The West, les espoirs de voir Gorillaz sortir de la brume semblaient s’évaporer. “Je me suis lassé de dessiner ces personnages”, a dit Hewlett, de son rôle à donner un coup de main dans l’art des pochettes et la réalisation de clips. On parlait à la place de Carousel, nouvelle aventure musicale pour Albarn et Hewlett qui combinerait l’action réelle et l’animation et comprendrait une distribution de collaborateurs dont les noms apparaissent sur des frontons (cela semblait un peu trop familier – est-ce que Gorillaz a besoin d’un bon avocat ?).

Des rumeurs ont filtré des studios d’enregistrement en Essex de Gorillaz, Kong Studios, aucune n’était bonne. Niccals avait investi 6 milliards de $ de bénéfices de Gorillaz dans la vente pyramidale de Bernie Madoff. Il avait acheté des parts d’une société de jeux d’argent sur téléphone portable. Et il vendait des armes de seconde main à des dictateurs du tiers monde. Aujourd’hui, Niccals est fauché. Pour couronner le tout, en juillet 2009, les Kong Studios ont été réduits en cendres. “Je m’effondrais plus vite que l’industrie musicale”, aurait dit Niccals.

Ainsi, c’est avec surprise qu’à la fin d’un après-midi récent, tandis que Q s’occupait de ses affaires dans le Lower East Side de New York, Gorillaz a refait sentir sa présence. Une Lincoln Continental bordeaux de 1978 avance sans bruit derrière nous, et s’arrête dans un vrombissement. Une fenêtre passager fumée et par-balle descend et Murdoc Niccals apparaît. Il nous fixe un moment, puis nous fait monter à l’intérieur. Ce serait bien de rapporter qu’il a bonne mine, mais ce serait un mensonge. Et il n’y a aucun intérêt d’inventer des choses. Ses cheveux gris foncés sont désormais noirs de jais (teinture ?). Sa peau est d’un ton vert maladif (existe-t-il un ton vert sain ?). Approchant aujourd’hui l’âge de 44 ans, l’enthousiaste de Black Sabbath qui a grandi à Stoke-on-Trent semble un poil ridé sous les yeux. Le chauffeur de Niccals ressemble de façon perturbante à Harold Sakata, l’acteur de films de James Bond qui jouait Oddjob. L’album conceptuel de 1968 des Pretty Things, SF Sorrow, passe sur l’auto-radio. Les cendriers sont pleins à craquer, le sol jonché de livres : la Philosophie éternelle d’Aldous Huxley, le Berceau du chat de Kurt Vonnegut, une brève Histoire du Demp de Steven Hawkinz. De façon perturbante, le photographe de Q est scotché à l’appui-tête devant Niccals.

Alors, naturellement, notre première question : Gorillaz – que s’est-il passé ?

“Je pense qu’on ne pouvait plus se blairer”, grogne Niccals. “L’album Demon Days était fini. Et c’était un long voyage de toute manière. Il y a toujours la discussion sur des films ou d’autres choses. Mais c’est habituellement tout ce qu’il y a. Juste de la discussion. Certains font de dîner au restaurant une carrière. J’en ai eu marre, aussi. J’ai pensé que j’allais ramasser ma petite monnaie, mettre mon hermine et faire la fête”.

Aujourd’hui, après quatre longues années, Gorillaz est de retour. Au moins, 50% d’entre eux. Niccals a localisé Q pour au moins dire cela. Aujourd’hui basé à Point Nemo dans le Pacifique Sud, le “point d’inaccessibilité océanique”, l’endroit le plus loin de toute terre sur la planète, le bassiste satanique a passé les 18 derniers mois terré dans un QG colossal de type Tracy Island, au sommet de Plastic Beach – île flottante constituée des ordures du monde. De cette tanière pourrissante, il a supervisé une liste singulière de talent musical pour l’album de retour de Gorillaz, nommé d’après leur nouvelle base. Plastic Beach comprend des collaborations avec Lou Reed, Snoop Dogg, Mark E Smith, De La Soul, Mos Def, Bobby Womack, l’Orchestre national pour la musique arabe et l’Hypnotic Brass Ensemble, collectif jazz de neuf personnes basé à Chicago, dont huit sont les fils de Phil Cohran, trompettiste du légendaire Arkestra de Sun Ra. Les Horrors ont été brièvement impliqués. Ainsi que Barry Gibb des Bee Gees. Aucun n’apparaît sur la version finale ; bien que Mick Jones et Paul Simonon y soient – enregistrant ensemble pour la première fois depuis les Clash, sur le titre phare justifié, Plastic Beach.

Le disque de 16 pistes qui en résulte est l’œuvre la plus glorieuse de Gorillaz en date. Du morceau d’ouverture avec la voix traînante de Snoop Dogg en roue libre, Welcome To The World Of The Plastic Beach et le boogie électro de Bobby Womack du premier single Stylo au moment poussé par Lou Reed, Some Kind Of Nature, c’est un disque formidable. “Il réduit Demon Days à une première partie”, s’accord Niccals. “Alors au moins je peux dire qu’on a haussé notre niveau de jeu…”.

Et si Russel Hobbs est porté disparu (Niccals a dû programmer lui-même la batterie) et si Noodle est désormais un androïde à la kalachnikov construite à partir de l’ADN de la fille guitariste originale et si 2D est actuellement retenu captif par Niccals contre sa volonté sur Plastic Beach… Eh bien, c’est juste la manière dont les choses ont tourné.

“J’aime à m’imaginer comme LE Gorillaz”, déclare Niccals. “Tu me retires de cet arrangement et, eh bien, tu as juste trois tête de nœud qui fixent la caméra…”

Mais nous nous emballons un peu.


Ils disent que la nécessité est la mère de l’invention. Ainsi, Plastic Beach (l’album) était un besoin en béton. Niccals a dû réunir le groupe. Une série de mauvais investissements l’a laissé sur la paille.

“J’ai acheté un exemplaire de As Used On The Famous Mandela: Underground Adventures In The Arms And Torture Trade par Mark Thomas. Excellent livre. Il te montre combien c’est facle de fourguer des armes de part le globe, en achetant de vieux stocks tandis que les pays achètent de nouveaux modèles, les repeignant, les remettant en vente et en les vendant plus chères à d’autres groupes. L’industrie des armes britannique est la deuxième plus grosse au monde. On vend des armes à n’importe qui. La manière dont je le vois, tu sais, je savais que c’était des pétards mouillés. J’essayais juste de me faire de l’argent rapidement…”.

Ce projet a mal tourné, et Niccals s’est retrouvé poursuivi par certains clients mécontents – notamment un réseau sous-terrain de pirates nommé The Black Clouds. Ils étaient après lui depuis qu’ils soient apparus sans invitation, lâchant des bombes sur Noodle dans le clip de El Mañana. Pendant un moment, il les a calmés avec la promesse de plus d’armes bon marché. Mais après les avoir roulés avec des pétards mouillés, l’affaire a tourné en eau de boudin.

Et cette vente pyramidale ? Ce n’est pas facile de justifier comment tu as été impliqué là-dedans, sûrement ? “Ouais, le truc de Bernie Madoff était certainement une erreur. J’ai rencontré ce vieux con chauve à Hooters. Tu démarres en bas, tu montes au sommet : c’est comme ça qu’il me l’a vendu. Il a dit qu’il avait des documents et tout, prouvant qu’il possédait quelques pyramides à Gizée. J’ai pensé, Avec l’économie qui fluctue de manière si chaotique, sûrement que ton argent est en sécurité dans des pyramides ? Elles existent depuis des siècles. Mais sa paroles ne valait pas le parchemin sur lequel elle était écrite”.

Fauché, Niccals s’est rendu compte qu’il ne lui restait qu’une chose à faire : reformer Gorillaz. Ils ont toujours été son plus gros gagne pain. Il a commencé par chercher son plus grand atout, Noodle – la compositrice principale de Demon Days. Il n’y avait aucun signe d’elle sur le site du clip de El Mañana, la dernière fois où on l’a vue vivante. Juste les restes de l’île flottante. Alors il a ramassé une partie de son ADN des ruines et l’a mise dans un bocal. Il a continué à enquêter sur sa disparition. Il s’est avéré qu’elle a été entraînée de force dans un endroit type Enfers ; tentative de kidnapping râtée par des créatures de l’au-delà qui étaient venues via Hobbs qui communiquait avec les esprits pour attraper Niccals, seulement pour prendre la fuite avec Noodle à la place.

En mai 2007, Niccals – armé de son livre de sortilèges, le grimoire du XVème siècle Pseudomornarchia Deamonum – a ouvert un portail et a passé six mois à se balader dans l’au-delà. Il n’y avait aucun signe de Noodle. Il est revenu pour trouver les Kong Studios dans un état de délabrement, s’effondrant et envahis par des zombies. “Alors, je les ai mis en vente. C’est un morceau d’histoire. Mais personne ne le voulait”. Au lieu de cela, il y a mis le feu et a utilisé l’argent de l’assurance pour fuir et monter Plastic Beach.

Utilisant l’un des hélicoptères du clip de Feel Good Inc., Niccals a commencé à explorer les océans et la toundra arctique, cherchant quelque chose d’assez isolé pour qu’il puisse disparaître un moment. Il a trouvé ce qu’il cherchait à Point Nemo, l’endroit le plus reculé de toute masse terrestre connu à l’homme. “Ce qui m’a attiré à la dégoûtante décharge pourrie au milieu de l’océan ? Hmm. Qui sait ? Je pense qu’elle m’a trouvée… C’est un aimant à tout ce qui est pourri. J’avais besoin d’un endroit isolé. Un endroit où même Google ne me trouverait pas”.

Au cours des mois suivants, Niccals a fait expédier divers morceaux survivants des Kong Studios dans cet endroit mystérieux. Il a construit une base style Manoir Playboy sur Plastic Beach, structure monstrueuse imposante pour héberger tout de son nouveau QG à un studio d’enregistrement dernier cri. “Au fils des mois, les mélodies d’un nouvel album sont apparues et les chansons demandaient à être… affinées et définies. Comme des enfants errants. Pleins de potentiel mais avec des couches pleines d’excrément”. Il a établi une liste de collaborateurs invités. “Je traite mon disque comme un menu : je prendrais le Snoop Dogg avec une petite cuillerée de Lou reed sur le côté”. Des “billets d’or” ont été envoyés à des invités sélectionnés, des invitations exclusives pour rejoindre Niccals sur Plastic Beach. À d’autres moments, il voyageait déguisé dans des lieux secrets pour rencontrer des musiciens. Les collaborateurs étaient tenus au secret. “Quiconque ne passe pas ce genre de temps et de dévouement à faire un album ces temps-ci t’entube”, souffle-t-il.

Tandis que nous tournons dans le quartier, Niccals s’assurant apparemment que nous ne soyons pas suivis, son téléphone sonne. Il prend l’appel, puis couve le micro – demandant à Q si cela ne nous dérange pas de lui prendre des cigarettes. “Des Lucky Lungs, avec le rabat noir”.

Quand nous revenons, la voiture a disparu.


En janvier l’année dernière, Murdoc Niccals est apparu aux côtés de Damon Albarn dans l’émission de Zane Lowe sur Radio 1. Ils ont passé trois nouvelles démos de Gorillaz : Electric ShockBroken et Stylo. C’était une expérimentation en direct qui a semblé mal tourner quand il s’est avéré que plus de personnes qu’ils ne pensaient écoutaient. Encore moins le label EMI de Gorillaz, qui s’est demandé à quoi jouait le duo – passant à la radio des chansons inédites à une époque où les maisons de disques ont à peine besoin de plus d’aide à inviter les gens à télécharger leur musique gratuitement. Comme propre objectif, cela semblait être au même niveau que Bono beuglant des chansons de l’imminent No Line On The Horizon de sa fenêtre, et sur le téléphone portable de son voisin. Niccals n’est pas d’accord. “Un téléphone portable, hein ? Pfff ! C’était juste une arnaque de la presse”, dit-il en toussant, quand nous nous retrouvons quinze jours après notre rencontre à New York, sur l’ancien site des Kong Studios, sur une colline dans le Districtshire en Essex. “Moi qui va chez Zane Lowe à cracher quelques démos brutes ? Je mettrais ça sur le dos de la suprême confiance. C’est contre qui que je me bats cette fois ? Daffy Duck ?”.

En tout cas, l’apparition chez Zane Lowe a résulté en une mauvaise nouvelle incontestable – Niccals qui reçoit un appel des services sociaux. Une fois que le nom de Gorillaz a été lié aux Horrors, dont la contribution éponyme à Plastic Beach ne sera malheureusement jamais sortie, les services sociaux ont été à leurs trousses. Il s’avère que Niccals est le père des Horrors. “Cinq gamins différents de cinq mères différentes, tous d’un père superstar, qui se sont réunis pour former un groupe de Krautrock gothique rejeté au début comme des aspirants de films B poids plume, puis loués comme pionniers sonores visionnaires ? Quelles sont les chances ?” demande-t-il. “Lance ça à Channel 4 !”.

Les services sociaux voulaient 500 000 £ par Horror. Une situation embarrassante pour tous ceux concernés ? “Pas vraiment. Je viens d’une époque de violence domestique, alors si un d’entre eux m’était insolent, je les jetterais simplement au sol et je prendrais ma cane pour les frapper. Tendre et dur à la fois. Mais c’est un groupe fantastique. Brillant soutien pour les pères absents partout”.

Niccals est un grand fan de Sea Within A Sea, premier single de huit minutes sans refrain extrait du dernier album des Horrors, Primary Colours. “C’est exactement ce qui manque à la musique. Des singles de huit minutes !”. Cela fait écho avec quelque chose que Damon Albarn a dit l’année dernière, de vouloir faire “le disque le plus pop que je n’ai jamais fait, mais quelque chose avec de la profondeur”. Réaction à X Factor, dit-il en se positionnant, et tout ce qui va avec : “La célébrité [et] le voyeurisme, [qui est devenu] la chose la plus essentielle dans la vie des gens”. Est-ce que Niccals est d’accord ? Est-ce que Plastic Beach peut être pris comme le manifeste pro-pop, anti-X Factor de Gorillaz ?

“Je vais te dire”, dit-il. “J’ai vu quelques démons dans mon temps, mais je n’en ai vu aucun comme Simon Cowell. La musique devrait être de la nourriture pour l’âme, pas des merdes pour l’esprit. Il te fait payer, avec des votes par téléphone, pour choisir la chose qu’il va te vendre. Et il roule les yeux en le faisant. Une grande reine”.

Nous nous promenons dans les ruines de Kong. Niccals ramasse un livre de chansons dans la chambre de 2D. En le parcourant, il exprime sa désapprobation. “Tu sais quoi, j’ai entendu parler de ce phénomène Susan Boyle”, il annonce, soudainement animé – ou, plutôt, plus animé. “Mais je n’avais pas vu d’action de SuBo. Alors j’ai fait une recherche sur YouTube. Et ouais, elle a de la voix. Juxtaposée à un visage qui ressemble à du suif poilu. La guerre et la célébrité. C’est la culture de cette planète. Susan Boyle au sommet de l’histoire des charts la même semaine où toutes ces troupes additionnelles sont envoyées en Afghanistan ? Ça vous donne envie de pleurer”.

Il plisse les yeux. Q sent une autre théorie arriver. “Maintenant, voilà ce qui est important. Le réchauffement climatique – le prochain effort serait qu’il devrait être essentiel de réduire la population de la planète. Le nazisme vieille école. D’après toi, qu’est-ce qui s’est passé à la fin de la seconde guerre mondiale ? Qu’ils ont retourné leurs vestes et qu’ils ont arrêté d’être nazis ? Cherche sur Google Operation Paperclip. Ce n’est même pas une information secrète. Mais tu sais, continue à regarder X Factor, à voter pour Jedward et à descendres tes bières de supermarché à deux balles. Tu sais, tout est cool”.

“Cet album n’est pas une déclaration anti-X Factor, cependant”, dit-il dans un soupir. “Pas pour moi, cependant. combien ça serait débile d’en faire ton objectif ?”.


Enregistrer Plastic Beach a emmené Niccals de part le monde. En mars 2009, il a enregistré à Beyrouth avec l’Orchestre national de la musique arabe, portant une burqa. “un peu rustre. Un peu Carry On… Up The Khyber. Mais j’avais besoin de m’assurer que personne ne me reconnaisse. Ces ordures de pirates, ils sont partout”. En avril, il était à Derby à collaborer avec le Sinfonia ViVa Orchestra. En mai, il s’est retrouvé dans le club burlesque de New York, The Box, recrutant le rappeur Mos Def vêtu d’un déguisement ringard de Humphrey Bogart, un vieil imper et “une paire de lunettes de soleil hipster stupides – le type de merde ces stars du R&B portent quand ils font les richards sur les plateaux des clips”. Puis il y a eu Lou Reed, qu’il a eu la même semaine, dans un studio loué à Brooklyn. Était-il aussi aigri que le dicte sa légende ? “Non. Il sautait partout comme Christopher Biggins”, répond Niccals. “Tu pensais quoi ? On a bien rigolé avec lui… On a parlé de sa gamme de lunettes, Lou’s Views. Je pense qu’elles l’aidaient à regarder les choses d’une manière différente”.

Quand Niccals ne pouvait se rendre vers ses collaborateurs, ou qu’il ne pouvait les conduire à lui, il employait une troisième méthode. “J’en ai kidnappé certains. Mark E Smith, viens voir, ce torchon sent-il le chloroforme pour toi ? Il est génial. Il apparaît sur un morceau intitulé Glitter Freeze. Il voulait chanter sa partie face au Nord. [Paroles aboyées de Smith] Which way’s north from here ? Je pense que c’est sa Mecque”.

Petit à petit, l’album s’est constitué. Et si certains collaborateurs n’ont simplement pas fonctionné – “Barry Gibb s’est pointé pour chanter, mais il avait une otite. Une Garry Bibb, il s’est avéré. Il l’a choppé quand il est venu à la nage à Plastic Beach. Il ressemble à Dog The Bounty Hunter aujourd’hui” – il y en avait plus qu’assez qui ont fonctionné. “Avoir Paul [Simonon] et Mick [Jones] a fait tout monter d’un cran”, dit Niccals. “Maintenant, je suis le bassiste de Gorillaz, et ça ne changera pas. Mais j’ai pensé, si je pouvais réunir ces deux [en studio], pour la première fois depuis les Clash, je jouerias du kazoo ou une merde comme ça”.

Ceci dit, Niccals a fait face à une crise de confiance. En avril l’année dernière, il a considéré jeter l’éponge – rejoindre Girls Aloud. “J’ai pensé, moi, Cheryl, Sarah, Nadine… les deux autres. C’est une fête là. Mettez Jaki Liebezeit de Can à la batterie. Moi à la basse. Idéalement, j’aurais [le guitariste post-punk] John McGeoch à la guitare. Dave Formula [de Magazine] aux claviers. Girls Aloud devant. Ça secouerait le parc”.

Puis il y avait la fois en juin dernier quand Niccals est entré en douce dans le studio londonien de Damon Albarn. Avec Blur à Glastonbury, c’était une couverture parfaite pour voler les démos du nouvel album de Blur. Il a gardé les meilleurs bouts pour Plastic Beach, a jeté le reste et a effectivement claqué la porte sur tout projet de nouvel album que Blur pouvait avoir.

“Non, c’était une coquille. Une rumeur,” corrige Niccals.“Ce n’était pas un album de Blur. C’était un projet sur lequel Damon travaillait intitulé Carousel. Une éloge funèbre douce et lugubre à une Angleterre mythique et ésotérique ; une brise de fêtes foraines endommagées et de jetées cassées. Ça sonnait comme le thème de Trumpton pour moi”.

Il allume sa énième Lucky Lungs et expire. “Je plaisante. J’adore Damon et sa musique est géniale. Ou je l’aurais pas volée, hein ? J’ai pris ce dont j’avais besoin, j’ai jeté le reste dans une benne, et Plastic Beach est né”.


À la fin du mois de janvier, Q a reçu sa propre invitation pour Plastic Beach. L’un de ces “billets d’or” arrive, délivré par un postier qui ressemble de manière suspicieuse au chauffeur “Oddjob” de New York. À l’intérieur de l’enveloppe, il y a une note qui dit, “Bravo, vous avez réussi” avec des instructions de venir à l’ancien appartement de 2D, au 1 Buckingham Palace Road, à Londres. 2D louait l’endroit depuis un moment, au cours de l’été 2009, quand Niccals l’a localisé. Il s’est rendu compte qu’il avait besoin de sa voix, de son “âme mélancolique”, pour l’album. 2D a refusé. Alors Niccals l’a gazé et l’a expédié à Plastic Beach. Q réfléchit à cette information, quand Niccals nous a demandé d’attendre dans le salon et sort. “Prêts ?”, crie-t-il. Puis un épais “gaz valium” turquoise remplit la pièce.

Après, nous sommes sur un hors-bord – Niccals est le capitaine. C’est le beau milieu de la nuit. Il chante pour lui-même, buvant à grands traits du rhum tout en tenant la barre. “On y est presque, mec. Rendors-toi. Y’en a plus pour longtemps”. Un autre coup de gaz.

C’est le matin quand nous reprenons connaissance. Nous sommes dans le salon du QG de Niccals sur Plastic Beach. Niccals est dans la salle d’enregistrement, les pieds sur la console, à tripoter des faces B, sortant des vannes à gogo. Le seigneur de son manoir. La Noodle cyborg est ici, aussi. Avec Niccals menacé par les Black Clouds au cours de l’années 2009, il est passé à l’action et a construit une nouvelle Noodle cyborg à partir de son ADN récupéré. La Noodle cyborg était assez bonne pour parsemer du génie de la guitare sur le nouvel album avant qu’elle se soit assignée comme garde du corps personnel de Niccals, armée jusqu’au cou d’armes et de munitions. Puis il y a 2D. La culture générale pop impose qu’il a une peur irrationnelle des baleines. Mais cela n’a pas arrêté Niccals de le garder emprisonné dans un bateau au fond de verre. C’est un peu cruel, non ? “Pas du tout. Très. Mais c’est moi. Je suis un connard méchant. Je porte du noir parce que c’est la couleur de mon âme. Mes héros sont des gens comme Bill Sykes et Nosterafu”.

Cependant, il se pourrait qu’il ne soit pas le dernier à rire. Récemment, Niccals a commencé à remarquer des choses perturbantes sur Plastic Beach. Des objets bizarres sortant de l’île. Des morceaux d’avion, de grands os de dinosaures, des cabines téléphoniques, un morceau d’une Sinclair C5. Regardez de plus près et c’est encore plus bizarre. Les ruines du Hinderburg, des fusées de la NASA, un Sphinx, des morceaux du Titanic. Toute l’histoire de l’humanité éclatée en un morceau brut pour créer un Atlantis de la fin du monde, estime Niccals. Se réveillant sur l’île Noël dernier, il a découvert les cieux noirs, les côtes craquées et suintantes. Puis il a découvert un livre, The Plastic Beach. L’histoire de l’homme en 13 chapitres du Big Bang au jour présent, il détaillait toutes les catastrophes qui soient arrivées à l’humanité – la chute de l’Empire romain, la grande Peste, les deux guerres mondiales… Niccals s’est rendu compte avec horreur que ses ancêtres apparaissaient à chaque époque. Le livre documentait même sa propre arrivée sur Plastic Beach, bien qu’il manquait le dernier chapitre, la Fin des temps. “C’était le moment qui m’a fait tourner le sang”, dit-il. “L’avenir est arraché… il manque”.

Niccals estime que la fin des temps arrive bientôt. “Gorillaz vont maintenant faire la fête jusqu’à la fin 2010”, dit-il en grimaçant. “La fin de toute chose”. Ses projets pour l’année, dit-il : “Juste rester vivant, mec. J’estime que Gorillaz tournera aussi, alors ça sera marrant”. Les rumeurs disent qu’ils feront la tête d’affiche de Coachella. Et Glastonbury ? “Je suis allé voir Bowie quand il y a joué pour la première fois. Hawkwind étaient en tête d’affiche. Je n’avais que 5 ans. Qui sait ? Si j’avais des projets, je ne te dirais rien…”.

Si, comme le dit Niccals, Plastic Beach est le dernier album de Gorillaz, de qui est-il le plus fier ? “Effacer ces limites. Faire travailler des rappeurs avec des rockeurs et d’anciens soul men, les mettre avec des animateurs, des écrivains, ces… crétins de la technologie. Je vois l’expression projet style Gorillaz dans chaque collaboration de plusieurs personnes multi-genres aujourd’hui. Ils sont toujours à côté de la plaque. Ça sonne toujours comme l’intérieur d’un pub pour moi. Regarde, j’ai fait de mon mieux ici. Si Gorillaz était un triptyque, Plastic Beach serait mon troisième et dernier panneau, le plus glorieux. La grande finale. Mon requiem. Le reste t’appartient”.

Il donne un œil noir à Q. “J’ai vu les artistes du siècle de Q. Comment tu justifies machin-chose… Mika ? Ou Pink ?”. Il soupire. “J’en ai juste marre”.

Et sur ce, il est parti.

Puis il revient.

“Mais ce dont je suis le plus fier ? Si je peux monter ce groupe Girls Aloud, je pense que je pourrais atteindre quelque chose de très spécial”.

Maintenant – comment on s’en va de cet endroit ?


L’équipage

Mick Jones
Qui :
Ancien guitariste et chanteur des Clash
Morceau : Plastic Beach

Mick Jones : “J’ai hésité quand on s’est approché de moi comme je le fais toujours, mais ça semblait intéressant et contemporain et je tenais à travailler avec Paul Simonon [ancien collègue des Clash]. J’aime l’idée d’un groupe de dessin animé. J’aimais les dessins animés des Beatles quand ils passaient à la télé. Les Jackson 5 en avait un, aussi. Il n’y a jamais eu d’offre pour un dessin animé Clash, de manière assez marrante.

“Notre chanson, c’est le titre phare. C’est quoi son son ? C’est comme un continent insulaire, une plage de plastique, peut-être, avec quelques sons sous-marins. Et je sais que ce n’est pas un genre reconnu de musique.

“Ça fait quelques année depuis la dernière fois où Paul et moi, on a joué ensemble, et c’était à un mariage. C’était une expérience sympa de regarder par dessus mon épaule et de le voir. On ne s’est pas engueulés autant qu’avant. On a fini notre morceau en un jour, aucun truc à la con, et puis on est allés prendre une pinte au pub”.

Bobby Womack
Qui :
Légende de la soul connu pour son tube de 1973 Across 110th Street.
Morceaux : StyloCloud Of Unknowing

Bobby Womack : “Je n’ai jamais entendu parler de Gorilla [sic] avant qu’on ne m’appelle. J’ai écouté des morceaux et c’était juste tellement différent que j’ai pensé que ce serait une étincelle pour moi – un encouragement et un défi.

“Obtenir Stylo était complètement différent de tout ce que j’ai fait auparavant. Ils m’ont dit de chanter ce qui me passait par la tête. J’y suis resté une heure à délirer sur l’amour et la politique, à vider mon sac.

“Je suis diabétique, et après une heure, je me suis senti tomber dans les pommes. La dernière chose dont je me rappelle, c’est penser, Seigneur, ne me laisse pas subir ça. Ils m’ont guidé vers le canapé et m’ont donné une banane. En deux ou trois minutes, je me suis réveillé et j’ai dit, Allez, on y retourne. Ils ont dit, Non, on l’a sur la bande.

“Je sais que j’ai dû les faire flipper parce que ça m’a fait flipper. Murdoc est resté de marbre. Il a dit, Je te dis, mec, tu es mon idole. Je lui ai répondu, Eh bien, ne tue pas ton idole !”.

Mos Def
Qui :
Rappeur et acteur américain
Morceau : StyloSweepstakes

Mos Def : “Sans sembler hyperbolique, je pense que Plastic Beach est l’un des meilleurs albums pop de tous les temps. Il va étendre l’héritage de Gorillaz d’une manière très positive.

“Je suis sur deux morceaux, bien que ça ne rendrait pas service à ces chansons que je donne une description verbale. Je n’ai jamais entendu de musique populaire comme ça avant.

Stylo, c’est moi et Bobby Womack, ce qui était assez exaltant en soi. Je veux dire, c’est Bobby Womack ! L’autre, c’est Sweepstakes, qu’on a fait en une prise. J’ai fondé les paroles sur un personnage qui tient les arcades sur Plastic Beach. Bobby Womack l’a écouté pendant que j’étais là. Quand le morceau s’est terminé, il a dit Que quelqu’un appelle les pompiers. Je pense que ça veut dire qu’il a aimé.

“On était tous dans un état assez motivé. J’étais juste contact d’être là – l’amour est électrique, comme Bobby Womack l’a dit dans une chanson”.

Gruff Rhys
Qui : Leader de Super Furry Animals et du projet parallèle àla Gorillaz, Neon Neon
Morceaux : JellyfishLeviathan

Gruff Rhys : “J’ai toujours admiré Gorillaz. Je pense que la chose qui les rend si spéciaux, c’est la folie de tout ça. Pas grand monde pourrait réussir ça – le son, le concept, les gens qu’ils ont enrôlés.

“J’ai d’abord reçu un télégramme de Murdoc. C’était assez un exploit de trouver leur studio parce qu’il n’est pas sur la carte. Même Google ne sait pas où c’est. En fait, la deuxième fois où je devais y aller, je n’ai même pas pu me pointer là-bas.

“J’ai fini par chanter et jouer de la guitare sur deux chansons. La première, c’est Jellyfish, qui est une chanson de petit déjeuner, un morceau désinvolte à écouter à l’aube qui vous donne envie de manger des céréales. Je suis possiblement sur une chanson intitulée Leviathan, aussi. C’était plus une chanson à écouter la nuit, à 3h du mat’, en roulant comme des malades sur l’Autobahn à fuir la police”.

De La Soul
Qui : Les légendes du hip-hop new yorkais et invités de Gorillaz sur leur tube de 2005, Feel Good Inc..
Morceaux : JellyfishFloat Tropics

Kelvin “Posdnous” Mercer : “La question de retravailler avec Gorillaz ne se posait pas. Feel Good Inc. nous a ouvert tout un nouveau tas fou d’opportunités. On a été initiés comme Gorillaz honoraires. C’est un plaisir d’être nommés ainsi et de rentrer dans leur monde fou.

“Le morceau principal sur lequel on est, c’est Jellyfish, qui sonne comme une pub gonflée sous l’eau. C’est une chanson courte mais grasse. On a passé une semaine en studio au total et on a essayé quelques idées – une autre s’intitulait Float Tropics, chanson timbrée glaciale et pleine de basse. Je buvais beaucoup de thé aux orties durant les session. Ça a un goût bizarre, comme il y a un peu de mer dedans.

“Murdoc veut toujours remettre en question ce qui est apporté à Gorillaz – il est très exigeant. On veut qu’il soit sur notre prochain album. Il est temps qu’il renvoie l’ascenseur”.

Little Dragon
Qui : Parvenus de soul électroniques basés à Gothenbourg
Morceaux : À confirmer

Yukimi Nagano :Plastic Beach sera bien plus gros qu’un album parce qu’il y a tellement d’angles différents. Rentrer dans leur studio, c’était comme rentrer dans une cour de récréation – il y avait des instruments de part le monde et un océan de synthétiseurs. On était ébahis devant tout ça, avec une soif de tous les essayer.

“On a travaillé sur quelques choses différentes, écrivant et sortant des idées. Tout était très spontané et enjoué. L’une avait une sorte de rythme lourd et un sens répétitif, l’autre était plus une chanson pop classique.

“C’était une atmosphère vraiment relaxée et très décontractée. On jouait beaucoup au ping-pong. Qui était le meilleur ? Murdoc avait le talent – je suppose qu’il s’est entraîné. Et les gars de mon groupe sont des mauvais perdants”.

Kano
Qui : Rappeur britannique qui a collaboré avec Damon Albarn sur son album London Town
Morceau : White Flag

Kano : “Le morceau sur lequel je suis s’appelle White Flag, je n’ai jamais entendu quelque chose comme ça auparavant. C’est moi et Bashy qui rappons dessus mais ce n’est pas un son grime. C’est très exaltant, ça vous fait sourir. Je suis assez sûr qu’on va être les premiers à rapper sur l’orchestre national de la musique arabe.

“Je suis fan de Gorillaz depuis Demon Days. Quand j’ai eu l’opportunité d’en faire partie, je savais qu’il fallait que je le fasse. Bashy et moi, on avait la grippe quand on était en studio. On ne se sentait pas génial, la musique était en dehors de notre zone de confort, ça aurait pu être une méga catastrophe. Mais Murdoc dit qu’on a capturé quelque chose ce jour-là. Il dit que c’est génial.

“L’album lui-même est révolutionnaire. Ça aurait été facile pour eux de faire Demon Days 2, mais c’est complètement autre chose”.

Traduction : 13 décembre 2019

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