Depeche Mode | Q – mai 2009

Une tournée avec Depeche Mode

Aujourd’hui, les meilleurs représentants de la synth-pop de Basildon se tiennt à rien de plus fort que le café et l’eau. Mais aussi, pour eux, une goutte d’alcool fort mène aux armes et aux costumes de poulet.

Michael Odell

C’est la tournée de Q ? Qu’est-ce que vous prenez ?
Dave Gahan [chant] : Un café. Il est trop tôt pour être interrogé sans une sorte d’assistance.
Andy Fletcher & Martin Gore [claviers] : La même chose.

Vous vous êtes formés durant une récession en 1980. Cela fait quoi de sortir un album maintenant ?
DG : C’est horrible de voir combien les gens sont inquiets. Ça me ramène à Basildon dans les années 1980. C’tait un endroit sinistre. Mes souvenirs, c’est d’être poursuivi dans la ville un samedi la nuit. Mais en même temps, ça m’a inspiré à faire de la musique.
AF : J’ai lu des trucs sur l’Afrique ; ça met notre récession dans son contexte. On a fait de la merde avec ce continent. L’Afrique est en récession depuis des siècles. Nos problèmes ne se comparent pas vraiment.

Basildon était un endroit dur dans les années 1970 et au début des années 1980, quand vous vous êtes formés. Ce n’était pas un endroit pour l’âme sensible…
MG : J’ai toujours de la famille à Basildon mais je n’y suis pas allé depuis un moment. Ils ne nous ont pas contactés pour nous remettre les clés de la ville ou pour allumer les décorations de Noël.

Vous êtes influents comme il se doit maintenant. Qu’est-ce qui a été le plus gratifiant : Johnny Cash reprenant Personal Jesus, Coldplay “reprenant” votre clip de Enjoy The Silence pour Viva La Vida, ou les paroles de Martin étant publiées dans un chic livre relié en français ?
MG : Le livre est marrant. Un ami français voulait traduire les paroles et les publier. J’ai dit oui il y a 18 ans et je pensais que c’était fait. J’ai été étonné quand j’ai entendu qu’ils n’y étaient arrivés que cette année. Et le clip de Coldplay était marrant. Mais pour ce qui compte le plus, c’est Johnny Cash.
DG : J’ai récemment fait une interview avec Brandon Flowers et il a dit qu’on était une raison importante pour laquelle il a commencé les Killers. Qu’est-ce que tu veux de plus que ça ? Mais Johnny Cash… tu ne perds jamais vraiment le sentiment que “Voilà, je suis un garçon de Basildon, et Johnny Cash, un homme de la stature d’Elvis Presley, chante l’une de nos chansons”.

Est-ce qu’il y a un inconvénient à avoir un héritage ?
DG : Oh ouais. Mon fils de 16 ans regarde des vieilles images de Top Of The Pops et il se fout de ma gueule. “Mais regarde toi, Papa”. On a eu le malheur de grandir en public et on doit vivre avec. J’ai récemment découvert une boîte de souvenirs que mon ex-femme a collectionnés pour moi. Les premières chroniques étaient tellement accablantes. Et personnelles ! Ils nous détestaient. Ça remet toujours les choses en perspective.

Martin, est-ce que tu as toujours le costume de poulet que tu as porté la tournée dernière ?
MG : Je ne suis pas comme Elton John, je n’ai pas d’entrepôt climatisé rempli de mes costumes. Il est probablement dans une caisse quelque part en stockage. Ou alors c’est dans la vitrine d’une boutique caritative quelque part. “Un costume de poulet. Légèrement sale”.

Dave, j’ai lu que tu n’aimes pas le son de ta voix…
DG : C’est comme écouter ton message sortant sur un répondeur. Ça sonne jamais comme tu l’imagines. Mais je pense que je chante mieux qu’avant, définitivement.

Votre nouvel album, Sounds Of The Universe, contient des trucs auto-flagellants – faire foirer une relation, se sentir infortuné. Allez, cela ne peut être aussi mal que cela…
MG : Je me lève et je marche 30 mètres pour aller dans mon studio de Santa Barbara et… c’est ça qui vient. Je me sens un peu plus heureux qu’avant. J’ai arrêté de boire il y a trois ans. J’étais alcoolique et arrêter m’a beaucoup fait de bien. Je suis passé à côté de tellement de choses. Il y a des voyages entiers dont je ne me souviens pas. Je devais boire avant de monter sur scène. Mais je suppose que les paroles viennent de toujours sentir que je recherche quelque chose.

Dave, au milieu des années 1990, tu as déclaré avoir parlé à l’Homme de Fer-Blanc du Magicien d’Oz lors d’une psychose provoquée par les drogues. Tu peux nous expliquer cela ?
DG : J’accepte que parler à un mannequin d’un personnage du Magicien d’Oz a été l’une de ces décisions que j’ai prises [rit]. C’était un cadeau que quelqu’un m’avait donné. Dans ma paranoïa de drogue, c’était la personne avec laquelle le passais le plus de temps à parler. Je pense, à la fin, que j’ai tiré sur lui.

Tu as tiré sur l’Homme de Fer-Blanc ?
DG : Ouais, ce qu’il disait n’était pas sympa alors j’ai tiré sur lui [rit]. J’avais quelques armes à l’époque. Et quand j’ai quitté cet appartement, j’ai été poursuivi en justice pour une énorme quantité d’argent pour l’état dans lequel je l’ai laissé.
MG : [Inquiet] Tu as de la chance. Et si une des balles avait rebondi sur le fer et t’avait touché ?
DG : Ouais, j’ai de la chance.
AF : [Soudainement en colère] Tu aimes ça, cependant, hein ? Les drogues. Vous les magazines, vous voulez tous savoir sur les drogues. On peut aller partout en Europe et personne ne nous pose de question sur les drogues…

Je ne pense pas avoir jamais glorifié les drogues…
DG : En fait, ça ne me dérange pas d’en parler. C’est arrivé. Mais c’est vrai qu’on me pose la question ici plus que partout. Les gens veulent savoir si je vais assumer un rôle et parler à Amy Winehouse ou Pete Doherty.

Alors ?
DG : Je viens juste de le voir, en fait [sourit] Non. Je ne vais pas faire ça.

Dave et Martin – vous avez un partenariat créatif depuis presque 30 ans. À quel couple ressemblez-vous le plus ? Lennon & McCartney ? Morecambe & Wise ?
DG : Est-ce qu’on se met au lit en pyjamas ensemble ? Non. On a toujours des moments “Barre toi de ma chambre” en tournée, comme tout le monde. Aujourd’hui, il y en a de moins en moins ; on apprécie tous ça. On voyage dans des villes magnifiques, on visite un peu et puis on fait un concert. C’est un putain de privilège. Tu dois passer par beaucoup de merde avant de se rendre compte de ça.

Traduction : 7 juin 2020

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