Blur | Sounds – 7 juillet 1990

Super Flic Grosses Bêtises

Blur est le secret de la musique britannique le moins bien gardé depuis des mois. Ils se sont attirés des critiques dithyrambiques de tous les côtés, ont été loués comme les nouveaux espoirs, et sont désormais en couverture de Sounds. Le tout sans l’avantage d’un disque ou d’un an d’expérience ! Mais tous ceux qui pensent que c’est le résultat de la hype d’une maison de disques (dans ce cas, Food) ne les ont manifestement pas vus sur scène.

Ils sont, naturellement, incroyables. Des comparaisons ont été faites jusqu’ici à tout le monde des Stone Roses aux Undertones en passant par My Bloody Valentine. Il est inutile de dire qu’ils ne sonnent pas du tout comme ces groupes susmentionnés, mais partagent un talent pour l’écriture de chansons pop classiques et pour les transformer en dynamite sur scène.

J’ai d’abord vu Damon, Graham, Alex et Dave il y a quasiment un an quand ils tournaient sous le nom de Seymour. À l’époque, c’était le chanteur Damon penché sur un mini-clavier, chantant des vers de mirliton déments à la Satie, tandis que les autres construisaient et démolissaient un mur de son, qui m’a attiré l’oreille.

Leur set était incroyablement synchro et imaginatif pour un premier concert, et même le groupe de tête d’affiche, New FADS – probablement le seul groupe britannique à les atteindre sur scène – a trouvé qu’il était difficile de passer derrière eux. Mais alors qu’ils commençaient à se faire un nom, Seymour a disparu et les gars sont revenus sous le nom de Blur.

Quelle est la différence entre Blur et Seymour alors ?

Damon, en mode typiquement direct, est sans équivoque quant à la réponse : “La différence, c’est que Blur va avoir énormément de succès”.

Alex : “Seymour était juste cette grande chose ésotérique”.

“Tandis que Blur est plus focalisé”, ajoute Damon sans une pointe de sourire.

Seymour était plus un nom type anorak.

“Oh ouais”, marmonne Damon, “il nous a été donné par quelqu’un portant un anorak”.

“Blur était juste un bon nom, et c’est important pour rentrer dans la presse. On s’éloigne de l’idée d’étudiants qui montent un groupe”.

“On ne savait juste pas que Blurt existait vraiment”, il ajoute.

“La première fois que j’ai vu leur nom dans un journal, je croyais que c’était une coquille et que c’était nous”, continue Dave, le batteur et vétéran du groupe à 25 ans.


Blur sont convaincus qu’ils vont être énormes. Ils trouvent inconcevables le fait qu’ils ne vendront pas des milliards de disques. Et bien que leur arrogance semble être l’écho de celle des Stone Roses pré-hystérie, ils ont assez de charme pour bien s’en tirer.

Alors vous voyez-vous comme un grand groupe des charts ?

Damon : “Ouais… c’est inévitable. On est juste un groupe qui va vendre des disques aux gens, et la seule manière dont tu peux jauger ça, c’est dans les charts”.

Graham : “Tu ne joues pas avec les charts en tête, mais c’est quelque chose qui existe”.

Damon : “Dis comme ça, on aimerait que beaucoup de personnes achètent nos disques… et ils le feront”.

Terrés dans un studio de Willesden, Blur passent jusqu’à 18 heures par jour à enregistrer leur premier single. Actuellement, ils sont indécis entre She Is So High, un majestueux classique rythmique, et I Know.

Damon : “Il sera joué dans les clubs avant sa sortie pour donner le ton, mais ce ne sera pas un remix dance ou un truc comme ça”.

Graham est tout aussi catégorique : “On veut garder le contrôle du son, on ne veut pas de quelqu’un d’autre qui le bidouille”.

“Notre idée du maxi 33 tours, c’est jouer dix minutes d’une chanson et d’y emporter beaucoup d’idées”, insiste Damon. “Évidemment, la musique est primordiale. On n’a aucune intention de dupliquer notre son sur scène. Le disque devrait être quelque chose de génial, tandis que jouer sur scène, c’est exaltant.

“Il y aura plus de kilométrage sur le disque. Sur scène, on ne peut jouer plus de quatre instruments à la fois, mais dessus on peut repiquer et obtenir un son excellent. C’est juste sympa qu’on ait gagné toute cette expérience à jouer partout sans avoir de disque”.

“On serait déçus s’il ne rentrait pas dans les charts”, finit Damon, et les hochements de tête et les grognements autour de la table le prouvent.


Et le groupe sont des fans de musique, mais sont réticents à donner des noms.

Graham : “On parle des Who, des Kinks et des Beatles, mais tu ne peux faire ça toute ta vie”.

Damon reprend la pensée : “On n’est pas question de dire aux gens ce qu’ils savent déjà, on veut leur parler de nous. C’est pourquoi on est dans un groupe, ce groupe… c’est pourquoi on fait des interviews.

“Je ne suis pas intéressé par d’autres groupes, je n’aime pas aller les voir. J’aime la musique, mais ce n’est pas important pour nous en tant que Blur. Ce n’est pas pertinent. Bien sûr qu’il y a eu de grands compositeurs, mais on essaie juste de tout recommencer”.

Damon prend les honneurs pour l’écriture des chansons et des paroles mais déclare, “Ce n’est pas moi qui dit, On va faire comme ça les gars. Je finis d’écrire les chansons, et puis Graham prend le relais et les rend psychédéliques”, ajoute-t-il avant de s’écrouler de rire.

“Non, je ne les rends pas psychédéliques”, dit Graham avec dédain. J’utilise juste ma tête pour la musique et rien d’autre, il (Damon) s’occupe du reste”.

C’est facile de croire cela : Graham est l’un des meilleurs guitariste du pays. Il n’acceptera pas volontiers l’accolade, mais le son de Blur provient de ses six cordes à tout moment.

Un récent concert à Bath l’a vu susciter une colère psychédélique démoniaque, causée en partie par une consommation excessive de Newcastle Brown, alors qu’à d’autres occasions, lui et Alex ont inventé une sorte de rythmes dance que les Happy Mondays n’obtiendraient qu’avec un troupeau de soi-disant producteurs.

Sur scène, Blur est l’un de ces groupes où on doit regarder ce que fait chaque membre. Ils peuvent être super synchros, mais il y a toujours de la place pour l’improvisation, et Dave (dont le héros de la batterie est Colm Ó Cíosóig de My Bloody Valentine) ne manque jamais de marquer le rythme.

Damon, cependant, sera toujours la star du spectacle. Les concerts actuels le trouvent en train de partager son temps entre un harmonium du XIXème siècle et une danse démente au centre de la scène. Dans ses moments les plus nerveux, il est connu pour pousser à la fois le bassiste et le guitariste hors scène, et le seul mystère jusqu’ici, c’est comment il a évité d’être gravement blessé par ses singeries.

“Je suis un peu gêné par ça vraiment”, admet-il. “Mais j’ai juste envie de le faire. Ce n’est pas très ordonné. J’aimerais pouvoir danser correctement, mais sauter partout comme un taré, c’est la seule chose que je sache faire avec envie.

“Dernièrement, je reste à l’écart de Graham parce que je suis terrifié qu’il me tue. Alex me repousse hors de la scène. À un concert qu’on a fait, je lui ai sauté sur les épaules, la scène faisait environ 1,20 mètres de haut et il a juste décidé de sauter. C’était comme un double stagedive avec une basse, tout le monde s’est écarté… et je me suis fait assez mal”.

Si je ne pensais pas que cela se retournerait pas contre eux, je déclarerais que Blur ont le potentiel d’être le plus grand export britannique depuis les Beatles, mais qu’est-ce que cela veut dire de toute manière ? Ils ont le look, l’attitude et les chansons pour être énormes.

Seule une tournée mal pensée en Iran post séisme peut les arrêter.

Leo Finlay

Traduction : 21 juillet 2020 – selon le scan de Damon Albarn Unofficial Archive

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