Dave Gahan | Q – février 2008

Mon excellent carrière – Dave Gahan

Leader de Depeche Mode et aujourd’hui star solo ressuscitée, son chemin vers la gloire a été accompagné par un doute de soi paralysant, l’addiction à l’héroïne et des vêtements en cuir douteux.

Dorian Lynskey

Pour quelqu’un qui a célèbrement passé une grande partie des années 1990 à nourrir une dépendance à l’héroïne gargantuesque et quasi-fatale, le chanteur de Depeche Mode Dave Gahan est d’une bonne santé saisissante : un homme de 45 ans svelte et durablement enfantin qui n’apprécie rien de plus fort que des cigarillos Davidoff. Son accent de l’Essex vire par occasions à l’Ouest, preuve de sa résidence à long terme à New York, où il a une femme et une fille.

Ces jours-ci, son verre est définitivement à moitié plein. Loin est le doute de soi tenace qui provenait de toujours chanter les chansons de quelqu’un d’autre tout en désirant l’approbation de l’homme qui les a écrites, le pilier créatif de Depeche Mode notoirement taciturne, Martin Gore. Après son premier album solo de 2003, Paper Monsters, et avoir écrit quelques chansons de l’album de Depeche Mode de 2005, Playing The Angel, son nouveau disque Hourglass consolide l’arrivée de Dave Gahan : compositeur.

“Je ne voulais pas quitter le groupe mais je devais trouver ma propre voie”, explique-t-il. “Ce n’était pas le manque d’appréciation de Martin, c’était ma propre insécurité qui devenait accablante. Aujourd’hui, je ne ressens plus ce besoin de gagner ma place au sein de Depeche, ce qui est bizarre après toutes ces années. Faire Playing The Angel et voir Mart mettre tous ses efforts possibles pour rendre ces chansons meilleures, c’était un rêve qui devenait réalité”.

Examinant la pile de CD sur la table basse devant lui – 11 albums studio couvrant 25 ans – il se demande si aujourd’hui on donnerait la chance à un groupe de prendre un chemin aussi imprévisible vers la gloire. Pas à pas, et non sans trébuchements occasionnels, les adolescents dégingandés de l’Essex qui ne savaient épouvantablement pas s’habiller ont mûri en des stars de stade globe-trotteuses dont l’influence s’étend aujourd’hui de l’emo à la techno.

“Le seul groupe que je vois vraiment se développer comme ça, ce sont les White Stripes”, réfléchit-il. “Ils ont créé leur propre petit monde dans lequel ils vivent, et c’est e, gros ce qui est arrivé avec Depeche Mode. On faisait toujours juste notre propre truc”.


L’ALBUM ADOLESCENT
DEPECHE MODE
Speak & Spell
MUTE, 1981
“Vince [Clarke, claviériste original de Depeche Mode et futur fondateur de Erasure] était le leader à ce moment. Au moment où on est rentrés en studio, Vince s’en était lassé. Il n’aimait pas l’idée de devoir traiter avec d’autres personnalités. Il voulait avoir le contrôle. C’est le seul albums où les chansons avaient déjà été jouées pendant un an et demi auparavant, et on est allés en studio pour les enregistrer de la manière donc on les jouait sur scène. Je pense que Daniel [Miller, le patron de Mute] nous a vu comme un croisement entre les Ramones et les Beach Boys, d’une manière électronique – rapides et courts avec des riffs vraiment simples. On était courtisés par des majors et on était très méfiants de signer un contrat qui voulait dire cinq albums. On venait de cette éthique punk : on voulait juste faire un single. Daniel est arrivé et c’est vraiment tout l’argent qu’il avait pour faire ça, alors ça a en quelque sorte fonctionné. On voulait garder le contrôle. On n’a jamais pensé au-delà du single suivant et de faire quelques concerts. Cette époque était géniale”.
MORCEAU CLÉ : Just Can’t Get Enough


L’ALBUM GOTHIQUE
DEPECHE MODE
Black Celebration
MUTE, 1986
It’s Called A Heart [single de 1985] a été la dernière chanson qu’on ait faite où on essayait d’avoir un tube. C’était un moment horrible pour nous et on était assez déprimés à cette époque. Avec Black Celebration, on grandissait, on était exposés à différents genres de musique et on était bien plus mélancoliques à propos de tout. On avait choisi d’enregistrer à Berlin. Low, The Idiot, et tout ça hantait les couloirs des studios Hansa. Dans une autre partie des studios se trouvait Nick Cave & The Bad Seeds [autre groupe de Mute], et assez souvent, Blixa [Bargeld, guitariste des Bad Seeds] venait piquer des sous à Daniel. Les chansons dessus sont assez sombres. C’était quasiment un geste conscient de ne pas faire d’album qui soit accessible. On était fatigués de voir l’annonceur arriver pour nous demander où se trouvait le single. Quand on a fait de Stripped le titre phare, c’était genre, Et puis merde, on ne va plus essayer d’apaiser quelqu’un. On va faire notre propre truc”.
MORCEAU CLÉ : Stripped


L’ALBUM SUPERSTAR
DEPECHE MODE
Violator
MUTE, 1990
“On avait le sentiment de faire quelque chose de révolutionnaire. Il y a beaucoup de chansons gospel bluesy sur Violator, et François Kevorkian [DJ/remixeur de New York] y a apporté ce truc dance. C’était une combinaison géniale de personnes. Enjoy The Silence, c’était juste Mart qui jouait du piano et je pense qu’il a été assez vexé que Flood [le producteur] et Alan [Wilder, membre de DM de 1982 à 1995] allaient l’emmener dans une autre direction. Ça a vraiment fait passer le groupe dans un autre cosmos. C’était une escalade continue au cours des 10 années précédentes, mais je ne pense pas qu’on était préparés à ce qui allait arriver. L’album a été un succès de part le monde et tout à coup ces énormes chèque de royalties ont commencé à arriver et on pouvait faire tout ce qu’on voulait, quand on le voulait – le cordon de velours était toujours ouvert. C’était une tournée vraiment marrante. Toute cette scène –l’ecstasy, les clubs. J’ai pris la décision de quitter ma femme sur cette tournée. Je me souviens de l’avoir appelée de quelque part comme Dallas et de lui dire que je n’allais pas rentrer à la maison”.
MORCEAU CLÉ : Enjoy The Silence


L’ALBUM DE LA POUDRE
DEPECHE MODE
Songs Of Faith And Devotion
MUTE, 1993
“On a chacun pris un chemin différent après la tournée Violator et je ne pense pas qu’on se soit parlés pendant un an. Quand on s’est réunis, il était assez évident que la mentalité de gang n’était plus là et ça a fait un album vraiment sombre. On a eu cette idée de vivre et d’enregistrer dans une maison à Madrid. La majeure partie de ces sessions était assez merdique. Je ne me rappelle pas grand chose de ces enregistrements. J’étais assez à l’ouest, ce que je pense était très perturbant pour le reste du groupe. Je descendais au beau milieu de la nuit, tout feu tout flamme à propos de quelque chose, et puis je disparaissais à nouveau dans ma chambre. J’avais trouvé cette drogue qui marchait pour moi et je me foutais royalement des autres. Je me souviens de Mart dans ma chambre d’hôtel qui me regardait avec dégoût mais je m’en foutais. Cette tournée, c’était comme Bowie qui décrit Ziggy Stardust. J’ai chanté à propos de ce personnage durant l’enregistrement de l’album et j’ai décidé que j’allais vivre ce rôle : cette rock star iconique qui s’effondre devant vos yeux”.
MORCEAU CLÉ : Walking In My Shoes


L’ALBUM DE LA QUARANTAINE
DAVE GAHAN
Hourglass
MUTE, 2007
“Je commence à prendre conscience que je ne vais pas vivre éternellement. Je veux faire autant que je peux créativement dans le temps qu’il me reste. Ce que j’ai appris de Paper Monsters, c’est que j’aime vraiment travailler avec quelqu’un, et Christian [Eigner, batteur] et Andrew [Phillpott, guitariste] ont tous les deux une histoire avec Depeche Mode. On s’est mis de côté du temps pour écrire et en trois semaines, on avait les esquisses de 12 chansons. C’est très spontané. Daniel est venu et a dit, Continuez – vous n’avez pas besoin d’un producteur. Avec le recul, Paper Monsters semble plus comme moi qui essaie de prouver ma valeur. Il était en quelque sorte plus défensif, reflétant sur ce qui s’était passé, tandis que cet album est plus à propos de ce qui se passe dans ma vie actuellement, en tant qu’homme de 45 ans. L’idée de performer commence à être un peu ridicule, mais quand je suis sur scène, j’ai l’impression d’être un gamin à nouveau. C’est après la tournée que je me sens comme un vieillard et que je me prends une baffe dans la gueule. Cet album parle en gros de ça – rattraper finalement mon âge”.
MORCEAU CLÉ : Kingdom


POUR ALLER PLUS LOIN

Trois autres œuvres de Dave Gahan à étudier

DEPECHE MODE
The Single 81>85
MUTE, 1985
Du synth-punk primitif de Photographic à la méga-pop sombre de Shake The Disease, cette excellente compilation suit les débuts de DM. À part deux, tous ces singles ont été des tubes du Top 20.

DEPECHE MODE
Music For The Masses
MUTE, 1987
Le titre blagueur de leur sixième album a eu un effet Pygmalion, étant donné que ses rythmés géants ont percé aux États-Unis. La culpabilité, la duperie et le sexe pervers sur de la disco du Bloc de l’Est.

DEPECHE MODE
Playing The Angel
MUTE, 2005
Ultra (1997) et Exciter (2001) montraient un groupe qui ressentait la pression du départ d’Alan Wilder et de l’effondrement de Gahan. Cela a créé une nouvelle alchimie, avec le chanteur contribuant trois chansons.

Traduction : 3 septembre 2020

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