Blur | The Gavin Report – 6 décembre 1991

Nous ne sommes pas un groupe de rock’n’roll

Linda Ryan

Dans leur Angleterre natale, mentionnez Blur et les filles se pâment involontairement. Étiquetés par la presse anglaise comme “le groupe le plus baisable” de l’année, Blur est passé en un instant de nulle part au sommet des charts britanniques, où ils ont passé une bonne partie de l’année 1991.

Leur premier single, un ode grinçant et planant à la Syd Barrett à un amour inabordable intitulé She’s So High, est monté à la 48ème place du Gallup Poll de Grande-Bretagne et une 2ème place incroyable dans les charts indés.

Blur est devenu le mot tendance pour les personnes au courant, et quand le groupe a sorti son deuxième single, There’s No Other Way, le battage s’est fait plus fort. Les couvertures des magazines ont suivi. Ainsi que des apparitions chez Top Of The Pops et au festival de Reading. Presque un an plus tard, avec la sortie de son premier album, Leisure, le battage pouvait s’entendre aussi loin qu’aux États-Unis.

Leur tournée de trois semaines des États-Unis a donné à Blur un cours intensif de l’Amérique – la culture américaine, les Américaines, la bière américaine et la radio américaine.

“Après avoir visité cet énorme endroit, je vois vraiment pourquoi les gens trouvent l’Angleterre tellement marrante; Elle (l’Angleterre) est si petite – les villes sont ridiculement petites, n’est-ce pas ?” présume Damon, le leader de Blur qui s’exprime bien, tout en fixant la carte Gavin notoire des États-Unis exposé dans notre salle de réunion.

Secouant la tête et souriant toujours aussi légèrement, il continue, “Cette tournée… elle a été absolument folle – un brouillard de Jägermeister. Mais nos concerts ont pratiquement tous été à guichets fermés”.

Cela doit vous rappeler l’Angleterre alors.

“Eh bien, en Angleterre, on est plus gros proportionnellement. On est dans une position plus forte alors on a plus de contrôle des choses”, dit Damon. “Mais vraiment, notre label investit beaucoup d’argent en toi quand tu viens ici et je pense que la manière dont le psyché américain opère, c’est qu’ils (la maison de disques) doivent sentir qu’ils ont le contrôle de la situation – ce qui est très bien. Heureusement, pour nous étant raisonnables et fiables, ça changera”, dit-il en riant, “parce qu’on ne fonctionne pas très bien quand on nous dit quoi faire.

“On est très réceptifs à ce qui nous entoure”, il continue. “Si l’atmosphère est bonne, alors on est habituellement assez bons sur scène. Si c’est quelque chose d’ennuyeux, on est habituellement vénères et ennuyés. L’éthique de Allez les gars, on va faire un bon concert ce soir n’arrive pas toujours pour nous.

“Mais on a réussi à redresser la barre du groupe. Quand on reviendra en Angleterre, tout y sera. On a eu beaucoup de nouvelles expériences et on est confiants aussi. Tout est réunis aujourd’hui, contrairement à avant, quand on était incroyablement confiants sans aucun succès !”, dit-il en riant.

Blur sont confiants et ont également du succès. Et, on doit le dire, un facteur qui a contribué à cela, ce sont leurs tronches – qui ornent à la fois les magazines musicaux sérieux et ceux pour ados. Mais est-ce que Blur est un autre groupe de belles gueules ?

Damon explique, “Je pense que ça peut arriver – que les gens pourraient ne pas nous prendre au sérieux parce qu’on est mignons – mais je pense que c’est notre atout. Comme ils disent dans le Yorkshire, Il faut voir à l’usage”.

Il hausse les épaules et continue, “Peu importe vraiment ce que les gens disent parce que si tu es bon, ça l’emportera sur la superficialité du business. On ne peut s’empêcher de faire de belles photos. Ce n’est pas notre problème – c’est celui des autres.

D’une manière, il raisonne, “ce n’est pas surprenant que les gens pensent qu’il y a un stigmate attaché au fait d’être beau, parce qu’il y a tant de choses merdiques qui sont vendues purement sur le fait que les personnes sont belles. Je pense que c’est un avantage. Ce n’est certainement pas un prétexte pour ne pas être pris au sérieux. On sait que les gens qui viennent nous voir sont là parce qu’ils le veulent – parce qu’ils aiment la musique. Et c’est tout ce qui compte vraiment”.

Avant que je puisse lancer une pensée, Damon se lance dans une autre tirade passionnée.

“Ce qu’on fait est tellement génial putain et une chose tellement géniale à faire ! Il y a juste tellement de personnes qui s’engagent dans une condamnation à perpétuité de s’inquiéter su les choses sont sérieuses ou crédibles ou pas. Soit les choses le sont ou elles ne le sont pas. Ce n’est pas quelque chose qui a besoin d’être discuté chaque semaine. On veut être un groupe crédible et on l’est parce qu’on le fait pour les bonnes raisons.

“Ça fonctionne quand tu vois les choses dans l’ensemble”, il continue. “C’est un style de vie entier, Blur, ce n’est pas juste un disque. On n’est pas un groupe rock’n’roll. Il y a des éléments de nous qui y ont été empruntés, mais on est bien plus que ça”.

Damon hésite et puis lève les yeux à la recherche d’Alex, de l’autre côté de la table, le bassiste à la voix douce, qui n’a pas encore eu l’opportunité de dire quelque chose jusqu’à maintenant. Il sourit joyeusement et annonce avec animation, “On est une machine de divertissement multi-média !”.

Blur, avec leur mélange unique de pop des années 1960 et de sensibilités des années 1990, est beaucoup un produit de leur époque et endroit. Je me demande tout haut si les Américains vont s’identifier à certains aspects britanniques de cette “machine de divertissement”.

“On fait beaucoup de choses parce que dans une certaine mesure, on les trouve incroyablement géniales. C’est pour ceux au courant d’apprécier et de s’y identifier.

“Par exemple”, il commence, “au concert au National de Kilburn (en Angleterre), il y avait des gamins qui portaient des bonnes de bain (comme sur la pochette de l’album Leisure) et qui agitaient des drapeaux de glace Walls de leur plein gré. Ils étaient un peu vilains. Tu vois ce que je veux dire, parce que c’était ça, nous”.

Alors, Blur, c’est être vilain ?

Alex s’exprime dans un effort de clarification. “On n’est pas vilains d’une mauvaise manière”, dit-il dans un quasi-chuchotement. “On est vilains d’une bonne manière – une sorte de manière à tuer les raseurs ennuyeux”. C’est un homme qui parle peu, mais quand Alex ouvre la bouche, attention !

Damon explique, “Il y a le danger que beaucoup d’Américains ne vont pas nous comprendre, mais je pense qu’une fois qu’on passera à la télé et qu’on sera vilains… on aime faire du playback à la télévision on trouve ça excellent ! Devant des millions de personnes, on peut être juste vraiment vilains – pousser les limites de la tolérance”.

Il continue avec un sourire méchant. “C’est important pour nous de chatouiller le derrière de Mr. Doo-Da quand il regarde la télé le soir. C’est juste excellent quand tu peux aller à la télé et que les gens font Qu’est-ce qu’ils sont stupides ! Putain, change de chaîne. On n’a pas assez d’opportunité aujourd’hui parce qu’il y a tellement de choses en jeu avec chaque épisode. Alors c’est une réussite si tu peux faire ça”.

Aucune apparition télévisée n’a été prévue pour Blur cette fois mais le groupe espère que son voyage suivant offrira une conclusion différente. Pour le moment, leur seule exposition télévisée se trouve sous la forme de clips.

On a dû changer notre clip pour There’s No Other Way pour les États-Unis, propose Damon. “Il était assez impertinent, vraiment, parce que c’était juste nous en train de dîner. C’était encore un grand succès”.

“On a réussi à le faire passer au moment du dîner”, lance Alex.

“Je pense”, dit Damon lentement, “qu’on nous comprendra vraiment que dans dix ans, quand on regardera en arrière et dire, Blur avait l’esprit des années 1990. Je veux dire, c’est une chose des Sixties – on est hédonistes, mais on n’en fait pas tout un plat. Je veux dire, on est végétariens et on aime les gens. Là maintenant, on essaye juste de rester humains.

“On est assez enthousiastes sur la vie et si c’est notre crime alors qu’il en soit ainsi. Au bout du compte, on est en fait des gens assez heureux – on aime nos mamans !”.

Traduction : 6 septembre 2020 – selon le scan de Damon Albarn Unofficial Archive

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