Blur | Select – octobre 1991

Je ne peux pas traîner, mec…

Ils ont tué le Baggy, ils estiment. C’était vide, sans direction et maintenant, il est mort. Accrochez-vous : Blur est dans un voyage riche en adrénaline vers un endroit plus positif. “On est un groupe qui pourrait entièrement et complètement tout changer…”

David Cavanagh

Blur sont en train de projeter leur vie sociale. Ils sont assis à une table au soleil, palpant des Bloddy Mary et des Boddington’s sorties du pub, essayant de saisir les perspectives de la soirée. Le concert de Five Thirty au Marquee (avec une première partie mystère !) semble une bonne pioche, ainsi qu’une petite sauterie pré-concert avec les petites-amies à Soho. Quant à l’action de fin de soirée, eh bien, c’est jeudi et le club Syndrome sur Oxford Street réussit habituellement à rester ouvert jusqu’après trois heures…

Avant tout cela, cependant, on doit localiser une télé, parce que Blur – pour la deuxième fois de leur carrière – passent à Top Of The Pops, donnant une diffusion nationale surréaliste au single Bang.

Deux heures avant qu’ils puissent regarder les festivités d’hier, alors il se pourrait qu’ils continuent à boire au soleil.

Il y a Damon Albarn, 23 ans, chanteur, champion du sarcasme, type arrogant qui est paradoxalement extrêmement sympathique. On n’aurait pas voulu le connaître à 15 ans, probablement, mais il a mûri en un grand point d’exclamation mince, un visage derrière et la célébrité d’à la fois le visage et l’esprit sont assurées.

Il y a Graham Coxon, 22 ans, guitariste lunatique, fier porteur de lunettes de la sécu et finisseur occasionnel des phrases de Damon. Le duo chante et joue ensemble depuis l’âge de 12 ans, contrariant les conseillers d’orientation en répondant “pop star” à la question cruciale de ce qu’ils voulaient faire quand ils seraient grands.

Il y a Alex James, bassiste de 22 ans, observateur excentriques des cieux et lecteur de littérature cosmique, détenteur d’une démarche comparée par une personne de la maison de disques de Blur à celle d’un bébé girafe. Il a l’habitude d’attendre jusqu’à ce que la conversation se calme avant de, dans une sorte de chuchotement confidentiel, faire une déclaration tellement étrange qu’on se demande s’il conclut le sujet ou tente de le changer.

Et, à l’intérieur du pub, passant des coups de fil pour mettre le groupe sur la guest list de Five Thirty, Dave Rowntree, 27 ans, batteur, type charmant et modeste aux bras en caoutchouc construit spécialement pour ces rythmes difficiles.

Tout le monde est de bonne humeur. Le premier album de Blur, Leisure, doit sortir sous peu, John McCarthy a été libéré ce matin et Kenneth Baker découvre tout à coup que la sournoiserie n’est pas nécessairement voisine de la piété. Des jours heureux.

“On faisait toutes ces interviews européennes ce matin”, raconte Damon avec un plaisir non atypique, “et ce connard portugais m’a effectivement demandé, Est-ce que c’est vrai que Blur représentent les trois points G : galaxies, guinguettes et gonzesses ? Ah ah aah”.

Comment se sont passées les interviews ?

“Lentement”.

Dave revient du téléphone avec des nouvelles intéressantes. La première partie du concert de Five Thirty ce soir est Swervedriver, qui mettront forcément toute l’équipe de Blur sur leur guest list, si on leur demande gentiment. Dave retourne au téléphone.

“Ça ne va pas être l’un de ces articles qui tente de définir Blur, hein ?” demande Damon d’une voix traînante en montrant laconiquement ses dents blanches. “On en a eu un la semaine dernière et le mec a simplement abandonné après 20 minutes et a sorti, Allons nous beurrer la tronche”.

Nous le comprenons bien. Il est très, très difficile de comprendre Blur, et tout ce qu’ils font est apparemment expédié avec un désir espiègle de déconcerter, surprendre et amuser.

D’un côté, c’est un groupe pop, une expérience radio de jour immensément plaisante. There’s No Other Way, le deuxième single plutôt, euh, célèbre, a vu beaucoup de personnes rechercher de l’aide professionnelle pour essayer de leur retirer le refrain de la tête. Les magazines pop pré-adolescents sont arrivés les hormones en feu, ont été désespérément mal orientés par le sens de l’humour noir des garçons de Blur, et consultent aujourd’hui frénétiquement leurs atlas pop à la recherche d’un chemin pour revenir sur la route principale ; les quotidiens rances ont concocté une arnaque ou deux (“les blondes tout en jambes ne peuvent dire non aux derniers beaux gosses de la pop, Blur” – Daily Star) ; et tous ceux qui ne prêtaient pas vraiment attention considéraient Blur comme un petit pari sûr dance-pop effronté pour l’avenir.

Blur s’en fichent. Ils savaient qu’ils avaient cet album, Leisure, à jeter dans l’équation pour faire foirer l’algèbre des cyniques. Contrairement au modus operandi du groupe pop accepté – travailler d’arrache-pied à la recherche de ce qui se vend, et puis barber tout le monde avec des variations répétées de cela – Blur ont déclaré leur intention de devenir expérimentaux et bizarres. D’où les chansons comme Sing, Birthday et Wear Me Down. D’où le refus de se comporter comme un groupe à “singles”. D’où les gens qui ne savent pas vraiment quel est leur problème.

“Je pense que les gens aiment garder leurs distances par rapport à nous”, note Damon. “Tout est assez voyeuriste en ce moment. Je pense qu’ils nous trouvent en quelque sorte froids. Mais ils sont définitivement intéressés”.


Revoilà Dave, de retour avec de tristes nouvelles. Swervedriver n’ont le droit qu’à dix noms sur la guest list en tant que première partie, et se sont avérés bizarrement réticents à en faire neuf d’entre eux ceux de Blur et de leur entourage. Five Thirty eux-mêmes sont injoignables au téléphone. Tout va horriblement mal. Dave décide de demander directement à l’équipe du Marquee. Il retourne courageusement au téléphone.

“Tu vois”, continue Damon, “tu dois faire très attention quand tu prêches à des personnes aussi jeunes. On m’a récemment cité disant que Morrissey et Robert Smith avaient une très mauvaise influence sur les gens, que leurs paroles étaient un champ de mine cérébral. Si tu prends ces personnes au pied de la lettre – et c’est certainement le cas de beaucoup – et que ça arrive à un moment critique de ta vie, tu peux très sérieusement te foutre en l’air avec cette ambiance négative qui te trotte dans la tête”.

Damon a un véritable problème avec Morrissey. Notez le bien.

“Je vois en fait beaucoup de similitudes entre nous et les Smiths, mais Morrissey, à la fin des Smiths, à la télévision nationale, disant qu’ils étaient le dernier groupe d’importance, a montré que la vanité de l’homme l’a rendu inconscient à la détresse de… eh bien, peu importe son propre public, notre détresse à tous”.

Leisure a été produit par l’ancien pote de Morrissey, Stephen Street. Street a emmené Blur voir le concert de Morrissey à la Wembley Arena à la fin du mois de juillet, concert que Damon a trouvé comme “un geste inutile et plutôt effrayant de parodie mégalomaniaque de soi” ; Street, apparemment, était au bord des larmes, il a trouvé cela tellement désastreux.

Ces “similitudes” que Damon a mentionnées – incluent-elles l’humeur lyrique ? Les paroles de Leisure semblent consommées par le doute, le désespoir et l’inquiétude. Pourquoi un homme qui est tellement confiant et heureux en apparence écrit des paroles aussi négatives ?

“Parce que je suis très sceptique à propos des émotions”, répond-il lentement. “J’aspire à de simples expressions émotives. En gros, j’aspire à la simplicité dans tout. Et ça me désole de ne pouvoir trouver quelqu’un, ou quelque chose, qui soit aussi simple que je désire l’être. J’ai peur de la complication. Ce qui est fou, parce que Blur est très complexe”.

“Tu ne sais pas écrire de paroles heureuses de toute manière, hein ?” demande Graham. “Elles finissent tout simplement par sonner en quelque sorte imprudentes”.

“Je dois être malheureux pour écrire des paroles”, acquiesce Damon. “Mais tous ces groupes comme les Pink Floyd et les Kinks à leurs débuts avaient ça en commun – ce genre résolu d’aspect tragi-comique qu’on a. Ça vient d’être satisfait de son sort – classe moyenne, riche, tu sais, la banlieue – pourtant sentir que la société dans laquelle tu vis perd sa grâce, devient sordide. On est une génération qui a grandi avec la menace nucléaire. Au moment où on a pu réfléchir par nous-mêmes, il y avait ce caractère inévitable qu’on mourra tous dans un incendie nucléaire”.

Eh bien, la génération avant la vôtre avait les Pan’s People (sorte de Claudettes). Vous avez eu les femmes de Greeham Common (écologistes anti-nucléaires).

“Ouais, et donc on doit se résigner au fait qu’on a démarré une vie vouée à l’échec, pratiquement. Et, même si mes propres influences enfant ont été principalement positives (son père, Keith, était un rouage important dans la scène musicale londonienne de la fin des années 1960, manageant Soft Machine), c’est une influence qui ne nous a jamais quittés. Ce sentiment résigné vide qu’on avait ados. Cette forte tentation de devenir incroyablement passif et de reconnaître la futilité de slogans sans but et de simplement refuser d’être quoi que ce soit”.

Dans tel cas, vous pourriez autant être pop star.

“L’anglicité qu’on célèbre n’est pas une vraie anglicité”, ajoute Graham. “C’est une anglicité imaginaire. Elle est en quelque sorte à mi-chemin entre un foutage de gueule et une désillusion sérieuse”.

“On va faire le tour du monde en avion dans une direction”, chuchote Alex.

Damon et Graham se retournent et le fixent du regard quelques instants.

“Non, vraiment”, insiste Alex. “C’est ce billet qu’on peut acheter – une sorte de Prem’s qu’on peut continuer à utiliser du moment que tu restes dans la même direction. Est ou Ouest. C’est ton choix”.

Damon contemple sa Bloody Mary.

“Il est temps d’aller nous regarder faire les pop stars”, dit-il platement.


Apparemment, ils ont une règle chez Top Of The Pops qui stipule que tout groupe qui critique l’émission en public, ou joue tout en ayant le cerveau ouvertement haché aux produits chimiques, est considéré dorénavant persona non grata au sein de ses saintes portes et ne sera pas rappelé.

Blur n’ont pas de problème avec cela. Ils adorent Top Of The Pops.

“C’est l’expérience pop kitsch ultime”, déclare Damon avec un large sourire approprié tandis que nous nous asseyons pour regarder la télévision dans un bureau du QG de EMI, en attendant l’apparition des gars à l’écran. “Et les gens qui nous regardent chez eux, j’aime à penser qu’ils feront, Mais qu’est-ce que c’est que ce binz ? Tu sais ? Beverley Craven, Bryan Adams et Blur !”.

Il faut reconnaître que ce n’est pas le meilleur line-up de Top Of The Pops au monde. Ce n’est peut-être même pas dans le top 700 de leurs émissions. Les événements touchent le fond quand Sophie Lawrence, qui joue la babysitter dans Eastenders ou n’importe quelle sitcom, s’embarque dans un gazouillis insupportable sur Love’s Unkind de Donna Summer, lui donnant des girations porno déconseillées en cours de route.

“Pauvre chérie”, dit Graham doucement.

Et puis c’est Blur.

“Oh les petits jeunots !” hurle Graham alors que son reflet démoniaque apparaît sur l’écran.

Damon, surveillait la performance le visage proche de l’écran, glousse tout le long : “Regardez ! Je chante à un poulet ! Je chante à un putain de poulet en carton !”.

Le solo de guitare arrive. Le caméraman, tristement, pense que c’est un solo de basse.

“Hé !” crie Graham. “Donnez-moi un solo, connards ! C’est mon putain de solo de guitare ! C’est…”, il se retourne à la recherche de soutien. “C’était mon solo de guitare”.

Mais tout le monde regarde l’écran. Alex, faisant l’idiot à la basse, vient de donner un coup de boule à la caméra. De retour dans le bureau d’EMI, il fait un grand sourire pour confirmer son approbation.

“Cette prestation est, c’est exactement nous”, dit Damon dans un large sourire tandis que Bang se finit et Nicky Campbell présente les Young Disciples (avec Mick Talbot aux claviers !). “On vit pour des moments comme ça”.

Top Of The Pops”, chuchote Alex, “c’est comme le métro londonien”.

Damon le fixe avec une certaine perplexité.

“Je pense que je vais appeler ma copine”, dit-il platement.


Dave a on ne sait comment persuadé le management du Marquee de mettre toute la troupe de Blur sur la guest list, alors c’est la phase quatre des festivités du soir gentiment réglée. La phase trois a lieu dans un pub de Soho, où attendent les petites-amies.

Nous voyons maintenant quatre des plus grandes stars de 1991 – et assez probablement de la décennie à venir – gérant leurs vies personnelles. L’effronterie de l’apparition de Top Of The Pops est, tout à coup, partie. Damon et Graham deviennent un petit peu nerveux face aux questions (sur les choses personnelles, mais rien de trop salace) et se retirent dans une sorte de pilotage automatique défensif.

“Ouais, tu remarqueras beaucoup de ça”, dit Damon. “Quand nos vies personnelles se retrouvent impliquées, on devient très défensifs, et assez méchants parfois. Tu remarqueras probablement qu’on se comportera de manière très différente à partir de maintenant jusqu’à la fin de la soirée”.

Parce que vous apprenez toujours à gérer votre statut de stars ?

“Bien sûr”.

Vous vous y attendiez, cependant ? Ne l’avez-vous pas quasiment chorégraphie par endroits ?

“Oh, bien sûr”, Damon fronce les sourcils. “Mais il y a un an, notre vision de ce que ça serait d’être célèbre était très romantique. Ça ne t’aide pas du tout quand tu dois gérer le simple quotidien de tout ça. Avoir sa vie filmée alors que tu la vies”.

“Tu deviens totalement conscient de toutes tes actions”, ajoute Graham. “C’est une chose très bizarre de ne pas être capable d’aller faire des courses sans penser que tu es le guitariste de Blur qui va faire ses courses”.

“Est-ce que vous saviez”, chuchote Alex, “qu’il n’y a pas de bassiste dans le guide de Debrett des gens célèbres ?

Damon le regarde fixement.

“Alex”, dit-il lentement. “Es-tu en train de nous dire que Paul McCartney n’est pas dans le Debrett ?”.

“Euh… en fait”, répond Alex timidement, “il est probablement dedans, ouais”.

Et Roger Waters ?

“Oh, j’ai oublié Roger”, grimace Alex. “Ouais, il doit y être”.

Et Bill Wyman.

“Il doit y être, maintenant que tu le mentionnes”.

Finalement, Alex reconnaît que, dans le Debrett, tu ne peux être favorable envers les bassistes. Il commence la longue marche lente et humiliante vers sa petite-amie.

Il est temps de se mettre en route pour le Marquee. La phase quatre de la grande soirée de Blur va commencer.


À la différence de beaucoup de groupes, Blur ont tendance à aller partout ensemble en petit groupe compact. Quand c’est jeudi, comme aujourd’hui, c’est un voyage communal de routine vers Syndrome, précédé par un concert splendide. Sauf que, tristement, Five Thirty ne battent pas cette apparition de Blur à Top Of The Pops et, tandis que les garçons de Blur regardent à diverses étapes de désintérêt, le pétard Five Thirty est de plus en plus mouillé, pour finir par baigner dans les eaux mod rétro et s’éteindre en crépitant.

“Euh… Syndrome ?” suggère quelqu’un.

Syndrome est un club indé aux lois de protocole bizarres. On peut passer quatre minutes à danser sur Pearl de Chapterhouse et puis quatre minutes à faire la queue au bar à côté de l’homme qui l’a écrite. En règle générale, les groupes ne sont pas embêtés, ce qui est la raison pour laquelle c’est l’endroit préféré de Blur, Lush, Moose – en tout cas, ils y vont – et tous ceux qui aiment boire de la bière chaude et entendre leurs propres disques joués très fort.

Un jeudi soir à Syndrome sans Blur est impensable.

Ce soir, c’est assez bondé et on peut sentir la sueur, mais tandis que Blur posent soûls pour des photos, la clientèle les laisse continuer et part s’amuser. Rien ne pourrait briser l’humeur relaxée ici.

“La seule fois où ils sont vraiment bizarres”, confie Graham, “c’est quand un de nos disques passe. Alors ils commencent à faire les danses les plus extravagantes, pour essayer de nous impressionner”.

Damon, homme d’alcool, bafouille tout excité à propos de l’avenir. Blur est un groupe avec des projets, tout le temps. D’énormes projets. Chose étonnante, ils ont déjà commencé à travailler sur leur deuxième album et, chose non surprenante, Damon a très envie de faire des interviews en avance.

“Le prochain album sera le début d’une nouvelle époque”, dit-il avec confiance. “Celui-ci est la mort de l’époque vide et sans direction qu’on vient de vivre. Celui-ci est l’album qui a tué le baggy. Eh bien, on a fait ça. On a tué le baggy. Maintenant on peut se concentrer sur des choses comme Sing et Wear Me Down. Je pense que le véritable cœur de Blur réside dans ce… bordel bruyant et émotionnel”.

Damon, écoute. Que feraient Blur, livrés à eux-mêmes ?

“On est un groupe qui pourrait Tout Changer Entièrement et Complètement”, dit-il avec les majuscules. “L’échelle sur laquelle on travaille est tellement énorme. On…” il commence à rire, “on essaie d’atteindre absolument tout le monde. Tout le monde. On ne pourra jamais définir Blur. On va juste être ainsi…”.

Alex ?

“La vie, c’est un sauna, et après tu prends une douche”.


Album du mois

BLUR
Leisure
FOOD LP6/MC/CD

Et devinez quoi : ils avaient raison. Il est spécial.

Les quatre garçons de Blur se sont garantis un gros coup de pouce dans les enjeux d’être pris au sérieux avec les frissons qu’ils ont gravés dans les sillons de Leisure. Et on peut être raisonnablement sûrs qu’ils ne vont pas rester bouche cousue sur le sujet.

Si vous les preniez pour une de ces nombreux groupes aux pupilles dilatées qui surfent sur la vague baggy, vous avez besoin d’écouter cet album. Si vous pensez que le solo de guitare à l’envers sur There’s No Other Way est aussi bizarre qu’il ne pourrait probablement l’être, vous avez besoin d’écouter cet album. Si Damon Albarn vous agace vraiment, vous avez besoin d’écouter cet album.

Il comporte 12 morceaux, et tous les trois singles s’y trouvent – She’s So High et There’s No Other Way ouvrent la face un et deux respectivement, et Bang est flanqué tôt en face un. Mais ce n’est pas une affaire brute, parce que, d’un, Leisure est d’une longueur au-delà de la moyenne d’un album à autour de 50 minutes, et de deux, les autres neuf chansons possèdent une telle (pour emprunter le titre de l’une d’entre elles) “grande fraîcheur” (High Cool) que vous serez trop occupé à sourire et dégouliner dans votre t-shirt pour faire marcher un chronomètre de toute manière.

Blur sont des stars avec leurs guitares, c’est aussi simple. Graham Coxon (vient, mec, dans la lumière que le public te voie) joue un tel rôle crucial dans le succès de cet album qu’il peut simplement être déclaré le nouveau Johnny Marr maintenant… sauf que Marr n’a jamais été aussi follement bluesy que Bad Day, aussi plein d’esprit avec ses gadgets que Repetition ou aussi complètement à la Hendrix que le dernier morceau auquel on ne peut donner suite, Wear Me Down.

Et Alex James, homme de basse et personnage excentrique, lutte contre le mot sacré “ligne de basse” du désert techno et en reprend possession pour la basse : un pur bonheur pour le contingent woofer, et écoutez attentivement la manière funk qu’a ce mec blanc pâle avec laquelle il se connecte avec le batteur encore plus pâle, Dave Rowntree.

Avec une telle confiance suintant de toutes les frètes, la seule surprise est combien une grande partie des paroles de Damon sont négatives – on l’a lui tout seul le jour le plus important de son calendrier (Birthday), épuisé et paumé (Bad Day, Wear Me Down) et empoté et muet (Fool). Son intention déclarée d’écrire des paroles qui n’insultent pas ni encouragent l’intelligence de son public semble réduire chaque parole à environ dix mots à la mode, ou trois accroches principales. Ce n’est pas mal pensé puisque chaque ligne, en conséquence, sonne comme un refrain.

Et avec des harmonies remarquables à gogo, plus de “ouh” et de “aah” que toute la cinémathèque pornographique nationale de Suède et un événement psychédélique de six minutes véritablement merveilleux intitulé Sing à la fin de la face un, Leisure est tout simplement prêt pour votre exaltation en tant que classique pop.

C’est, pour résumer, l’une de ces occasions heureuses où la hype avait complètement raison.

Note : 5 sur 5.

David Cavanagh

Traduction : 21 mars 2021

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s