Albums durables ?

“L’attitude de beaucoup de groupes britanniques a été : On est britanniques ! On a commencé à bien marcher en Grande Bretagne, puis en Scandinavie, puis en Allemagne, puis en France, puis en Espagne et en Italie, puis aux États-Unis. Tout s’est passé par étapes”.
– Andy Fletcher, 2001

Contruction Time Again s’était avéré être le “bon album” dont Martin Gore rêvait depuis un an – particulièrement en Allemagne où le groupe avait fait un saut inattendu dans les grandes salles, au grand étonnement d’Andy Fletcher : “On ne s’était jamais vus avoir des accents vaguement germaniques dans notre musique. Si vous avez entendu la pop allemande… Je ne vois pas le rapport”.

En effet, si 99 Red Balloons, tube temporaire au sommet des charts britanniques en février 1984, de la sensation pop allemande Nena, est tout sur quoi nous pouvons nous baser, alors Fletcher marque un point : Nena et les gens de son accabit étaient à peine dans la même league, sur le plan musical ou lyrique, quand ils chantent en anglais – ou en allemand, d’ailleurs.

De l’autre côté de l’Atlantique, Sire a consciencieusement sorti Construction Time Again le 7 septembre 194, mais sans grand effet. Élevée par le rock’n’roll traditionnel, l’Amérique n’était pas vraiment prête à accueillir à bras ouverts les samples radicalement européens de Depeche Mode. Comme Andy Fletcher est venu à le voir : “Les États-Unis avaient raté le punk ; bien sûr, il avait atteint New York, mais, en général, la radio américaine et la jeunesse américaine avaient raté le punk. Alors, en gros, en 1981, 82 et 83, ils écoutainet enre REO Speedwagon, Chicago – cette sorte de merde progressive !”

En octobre 1983, le Depeche Mode Official Information Service avait annoncé que le groupe projetait une série de concerts américains et canadiens au cours des mois d’octobre et de novembre de cette année. En novembre, il était annoncé que la tournée allait être reportée jusqu’à l’année suivante. Pourtant décembre venu, il semblait que Depeche Mode n’entrerait pas aux États-Unis avant un bon moment : “La tournée nord-américaine proposée n’aura pas lieu à la Nouvelle Année. Il n’y a pas d’autres projets”.

Étant donné la différence entre les centaines qui sont allés voir Depeche Mode en mars 1983 aux États-Unis et les dizaines de milliers d’homologues européens plusieurs mois plus tard en Allemagne, ce n’est pas surprenant. Dans une interview pour Smash Hits à l’époque, Dave Gahan a offert une explication de ce soudain changement de tactiques de tournée. “On venait d’avoir une réunion à propos des États-Unis, et on a décidé de ne pas s’en préoccuper, a-t-il confessé. Si on voulait vraiment être incroyablement riches, on serait là-bas à encaisser l’Invasion Britannique, mais on n’en voit pas l’intérêt. Notre son est trop anglais pour la radio américaine, et on n’est pas prêts à la changer pour avoir des tubes là-bas”.

Martin Gore s’est fait l’écho des sentiments de ses collègues : “Les Américains nous disent d’écrire des disques dance, mais on n’est pas prêts à faire ça pour décrocher un tube”.

Cependant, ce single américain insaississable allait bientôt arriver – sans que Depeche Mode ne compromettre son son de plus en plus distinctif…

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Alan Wilder : “People Are People a été le premier morceau à bénéficier d’une période de pré-programmage pour économiser du temps en studio – même si ça a été fait dans une drôle de salle de répétition à Dollis Hill, au Nord de Londres. On l’aurait fini plus tôt si on n’avait pas eu à refaire une partie du boulot après « l’incident notoire » quand un membre particulier du groupe est arrivé, s’est pris les pieds dans le cable d’alimentation principal et l’a débranché¨.

Wilder n’était pas poussé à donner des noms, mais étant donné qu’un des passetemps favoris de Martin Gore en studio à ce moment impliquait cacher les lunettes de l’infortuné Andy Fletcher, peut-être que le clavériste myope était le coupable. “Ce n’est pas toujours mauvais – surtout en Allemagne où on a des timbrés qui pogotent devant la scène, mais si des amis viennent nous voir et qu’ils nous font de grands signes, je ne les vois jamais alors ils pensent que je les ignore”.

Quand il est venu le temps d’enregistrer et de mixer People Are People en janvier 1984, Depeche Mode et Daniel Miller savaient quand ils étaient sur la bonne voie et se sont réunis avec Gareth Jones à Hansa à Berlin Ouest. Cet arrangement correspondait sans aucun doute à l’ingénieur freelance qui vivait, désormais, dans la ville divisée en deux sur la Potsdamer Straße, geste qu’il a décrit comme “faisant partie intégrante de la ruée vers Berlin”. Avant de commencer à travailler sur People Are People, Jones s’était plus familiarisé avec Hansa en travaillant là-bas avec Fad Gadget et le groupe expérimental Palais Schaumburg, dont Thomas Fehlmann finira par prêter ses talents exotiques au groupe ambient britannique The Orb.

Jones se souvenait des sessions d’enregistrement berlinoises de People Are People comme étant encore plus radicales que son travail précédent avec Depeche Mode : “On est allés encore plus dans l’extrême dans notre pratique d’envoyer des instruments dans différentes pièces et différents amplis. On a loué deux studios à Hansa – le grand hall, Studio 2, ainsi que la salle de mixage. Dans Studio 2, on a mis une énorme sono et une batterie de micros qui descendaient du hall ; une grande partie des rythmes sortaient de là. On avait aussi un autre système dans la salle d’enregistrement pleine de réverbation à l’étage à côté de la salle de mixage. Une grande partie de ces effets entraient en direct dans le mix”.

Alan Wilder était d’accord : “Le chant a été enregistré dans une grande pièce – c’est à dire, le chant était envoyé par une sono dans une grande salle ainsi non seulement, on avait un grand son génial, mais aussi on pouvait mettre des effets comme de l’écho sur le chant durant l’enregistrement et mixer par la suite sur la platine”.

Avant Depeche Mode, Daniel Miller et Gareth Jones pouvaient commencer à s’occuper de la tâche compliquée de mixer People Are People en utilisant la console informatisée SSL SL 4000 G-series de Hansa, une grande palette de sons samplés originaux était requis pour que le groupe et son équipe de production jouent avec – en fait, le chant était en gros le seul son qui n’avait pas été samplé pour la chanson. Grâce aux ventes de leur boîte à rythmes digitale, le Drumulator, E-mu Systems, Inc. a lancé son nouveau clavier sampleur Emulator II pour 5600 £ ; rempli de nombreux accessoires qui surpassaient ceux offerts par son prédécesseur, l’Emulator, qui avait tant servi à Depeche Mode (avec le Synclavier de Daniel Miller) sur Construction Time Again. Malgré l’affirmation de Dave Gahan que Construction Time Again avait souffert de trop de sample, l’Emulator II a rapidement fait sa place dans l’arsenal musical grandissant du groupe, contribuant à créer People Are People.

Gareth Jones : “Il y avait un son crucial du refrain de People Are People qui était des rires et du bavardage que Martin avait enregistré sur un avion, et après quelques discussions sur recréer possiblement le son, on a, bien sûr, simplement utilisé l’original puisqu’il aurait été impossible de le recréer de toute manière”.

Martin Gore se souvient bien : “J’ai pris un Walkman [Sony] stéréo quand j’ai pris l’avion entre l’Angleterre et je ne sais où. Je l’ai acheté à l’origine pour enregistrer le décollage, mais tandis que l’hôtesse de l’air disait à tout le monde de Lire la carte d’instruction située sous votre siège, la porte s’est ouverte et tout ce vent s’est engouffré en faisant un bruit et tout le monde a rit. Alors, j’ai loopé la fin de ce qu’elle disait et le rire, alors ça faisait : …tion cards, ha, ha, ha, ha …tion cards, ha, ha, ha, ha, qui sonnait marrant, mais je l’ai utilisé en conjonction avec un son de chorale et ça a ajouté une texture sympa au pont de People Are People”.

Alan Wilder a expliqué les trois sons gutturaux qui dominent la fin de chaque refrain : “D’abord, on a samplé Martin qui faisait Unk, Unk, Unk, avec sa gorge, puis on y a ajouté un son de cloche et des timbales pour lui donner de la profondeur”.

S’ayant complètement immergé dans le monde technique du son, Gore a tenu à emmener les lecteurs de International Musician And Recording World au travers de son dernier tube en date en préparation ; en illustrant aussi loin Depeche Mode était prêt à aller pour améliorer son art électronique : “La grosse caisse au début [de People Are People] était juste une grosse caisse acoustique samplée dans le Synclavier, puis on ajouté un bout de métal à ça – juste un son d’enclume samplé – pour lui donner un léger cliquetis et rendre le son un peu différent. C’est la beauté du Synclavier – on peut éditer des sons en les rassemblant pour faire ce qu’on appelle des combinaisons de sons. Le principal son synthétique est en fait le son synthétique du Synclavier – celui qui joue le riff de basse. Mais le son de basse est une combinaison de sons, aussi, dont une partie est une guitare acoustique jouée avec une pièce de monnaie, ce qui a un son très intéressant quand les deux sons sont séquencés ensemble”.

À propos du séquençage, désormais, l’universel Musical Instrument Digital Interface, plus connu sous le nom de MIDI, faisait sentir sa présence dans les studios d’enregistrement de part le mode, permettant enfin aux derniers instruments électroniques de différents fabricants à parler le même langage. Comme l’Emulator II de Depeche Mode comprenait le MIDI – tout comme le polysynthé numérique Yamaha DX7 utilisé par Martin Gore – et que, selon Gareth Jones, tout le monde pensait que le séquenceur interne du Synclavier de Daniel Miller n’était pas “assez flexible”, le séquençage était à la place confié à un modeste BBC C Micro (Ordinateur) – plus aisément utilisé comme outil d’apprentissage dans les écoles britanniques – avec un premier logiciel spécialisé en musique nommé UMI. “L’UMI est très bon pour programmer les structures des chansons, parce qu’il est si flexible, a expliqué Gore. Le Synclavier est bien, mais c’est pas très pratique parce qu’une fois qu’on a programmé une chanson, il est très difficile de changer la structure”.

Une fois encore, People Are People n’était pas des performances individuelles, mais un fruit final. “Il y a très peu de jeu sur People Are People, a confirmé Alan Wilder. Pratiquement tout a été samplé dans le Synclavier. Pour les sons de guitares, on les a légèrement modifiés une fois qu’ils étaient dans le Synclavier parce qu’on sample une note et puis on peut modifier la longueur et la dynamique de chaque note dans la séquence pour la partie de guitare de façon à lui donner de l’expression, sans la désynchroniser.

“On ne peut pas s’empêcher, après avoir été impliqué avec le séquençage depuis un moment, de remarquer des divergences de trois ou cinq millisecondes, alors on finit pas déphaser chaque séquence jusqu’à ce que ce soit parfait », a admit Wilder à Adrian Davoy de International Musician And Recording World en 1984. « Puis on a consciemment désynchronisé légèrement les choses – comme, par exemple, le son de la chorale sur People Are People, on a utilisé une combinaison de différents sons de chorale sur différents synthés et ensuite on a légèrement désynchronisé les uns des autres. On a pris un son du Synclavier, un du PPG [Wave 2] et un de l’Emulator [II]”.

Martin Gore : “Même si Alan a le huitième grade au piano, son jeu est encore incroyablement désynchronisé comparé au séquenceur du Synclavier – et même bien !” À en croire le commentaire ironique de Gore extrait de la même interview, il est peu probable que Depeche Mode ait considéré devenir des architectes techno sérieux.

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Le 3 février 1984, Depeche Mode a fait une représentation abbrégée de 40 minutes à l’Odeon de Birmingham pour une diffusion simultanée à la télévision sur la BBC2 et à la radio sur l’Oxford Road Show de Peter Powell sur Radio One. En dépit de sa brièveté forçée, le concert a rapidement affichée guichets fermés. Selon Simon Scott du Melody Maker : “Malgré (à cause de?) des lumières addtionnelles, et des grands gaillards de caméramen qui suivaient leur moindre geste, les Modes ont fait une performance bien plus vivante et physique que d’habitude. David Gahan avait manifestement passé du temps à étudier les vidéos de Michael Jackson, et a adapté au moins un de ses pas de danse. En contraste, Andy Fletcher et Alan Wilder restaient immobiles et se concerntraient fort, tandis que Martin Gore regardait fixement d’un air morose avec des yeux maquillés sous sa coupe de cheveux punk. Il est triste de raporter que Depeche Mode demeure fermement enraciné dans le jeu de scène qu’ils ont utilisé depuis leurs débuts. Quelques tours d’éclairage robot, un pivot de hanche par ci et un clappement de main par là ne fait pas de concert décent. Ils ne peuvent pas vraiment compter sur des vieilles rengaines usées comme New Life et See You pour maintenir éternellement le niveau d’excitation”.

Le Depeche Mode Officiel Information Service a listé les chansons interprétées comme étant Everything CountsTwo Minute WarningThe Landscape Is ChangingSee YouShameTold You SoMore Than A Party et Just Can’t Get Enough. Aucun signe de New Life. Scott n’était peut-être pas au concert.

People Are People était aussi remarquable dans son absence, bien qu’il faut reconnaître que sa date de sortie – et en effet son titre – devait encore formellement annoncée. Peut-être que le groupe n’était pas prêt à interpréter une nouvelle chanson pour la première fois avec la pression additionnelle d’un concert télévisé. Un scénario plus plausible est qu’ils n’avaient pas eu le temps de préparer une bande rythmique à partir de l’enregistrement mutipiste original pour une performance unique – d’où la simple résurrection de la bande rythmique utilisée sur la partie européenne du Construction Tour 83, quoiqu’en version réduite. La version entière de cette bande rythmique a finalement été mise au repos après cinq autres performance sur le continent américain, en Espagne et en Italie entre le 5 et le 10 mars, après quoi le Depeche Mode Official Information Service a annoncé que  “… tous les projets de tournée ont été mis en sommeil de manière à ce que le groupe puisse se concentrer complètement sur le nouveau single et l’écriture du nouvel album”.

Comme c’était devenu monnaie courante, les versions 45 tours et maxi 45 tours de People Are People sont sorties simultanément au Royaume Uni le 12 mars 1984, avec le In Your Memory d’Alan Wilder sur la face B. Quand les chansons ont été allongées à la fois en contenu et en nom pour le maxi 45 tours, In Your Memory est devenue In Your Memory (Slick). L’addendum entre parenthèses (“lissé”) se réferrait possiblement au surnom que le groupe donnait à Wilder à cause de ses cheveux lissés en arrière. Quand un adepte obsessif a plus tard demandé sur internet : “Est-ce slik, slick ou silk ?”, sa réponse a été laconique comme il convient : “Comme tu veux, mais je ne l’aime pas et personne ne l’a utilisé depuis des années”.

Mais quand le moment est venu d’offrir une récette pour créer Hot Hair (vers 1983-84), Wilder était plus serviable : “Vous avez besoin : d’un imbécile (préférablement de 22 ans) ; d’un grand mirroir (tripatouillé pour paraître aussi flatteur que possible) ; de cheveux rebelles et ébouriffés (pas très propres) ; du gel tenue extra forte (deux tubes) ; du pain de mie (un paquet) ; de laque Elnette « tenue turbo pour abrutis » (trois bombes) ; d’une attitude aveugle ; d’un groupe des années 1980 du genre tapette ; d’un troupeau de jeunes filles en fleur et d’une boîte de capottes.

“Prenez l’imbécile et mettez le pendant une demi-heure devant le grand miroir. Commencez par bien recouvrir les cheveux rebelles et ébouriffés avec les deux tubes de gel tenue extra forte, faites attention à ce que les pattes ne soient pas oubliées. Avec le peigne, soulevez pour que cela ressemble à un pain de mie et recouvrez immédiatement et libéralement avec la laque (pensez à en garder pour la garniture). Ne pas bouger jusqu’à la prise complète ! Ensuite, ignorez le fait que tout le monde dit : Regarde cet imbécile qui a un pain de mie sur la tête et placez fermement dans un groupe pop années 1980 tout aussi mal habillé et aux cheveux tout aussi désastreux. Finalement, ajoutez un peu d’Elnette et servez immédiatement au troupeau de jeunes filles qui lui diront qu’il est très beau…”

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Même si le Depeche Mode Information Service avait annoncé à deux occasions que People Are People se serait pas accompagné d’un autre maxi 45 tours en édition limitée, en avril 1984, le groupe a engagé les services du remixeur complètement original Adrian Sherwood pour adapter la chanson spécifiquement pour le dancefloor. Les remixes sont depuis devenus monnaie courante – au grand regret de certains – dans l’industrie musicale d’aujourd’hui au moyen desquels un producteur musical branché ou un DJ déconstruit efficacement un morceau pour le remonter en direction d’une marché particulier. Cette pratique était bien moins ordinaire en 1984, et le producteur britannique Adrian Sherwood, co-fondateur de l’infâme label ON-U Sound, a été l’un de ses premiers praticiens très demandés, souvent sauvagement expérimental avec les techniques de studio dans sa quête d’ajouter le sceau ON-U Sound sur un disque.

Alan Wilder : “Adrian a utilisé pour capturer les sons une unité de délai [digitale] AMS pour créer la plupart de ses effets, ce qui était assez inhabituel pour l’époque. Je suspecte que c’est comme cela qu’il a créé les voix additionnelles [sur People Are People]. Honnêtemment, je trouve les trucs d’Adrian un peu empiriques. Il y a tendance à y avoir quelques moments inspirés par là, mais aussi quelques désastres – tous au sein du même mix. Je me souviens quand il est venu à Hansa pour faire les mixes [de People Are People] et à cause de son état d’esprit changeant, il avait besoin d’une grande boîte de fusibles parce qu’il faisait sauter les haut-parleurs toutes les cinq minutes !”

La position de Martin Gore sur le sujet des multiples mixes était ferme : “Quand on fait un remix d’un single, on s’assure que c’est quelque chose de vraiment différent pour en avoir pour son argent, mais on a toujours eu la chance que les vrais fans ont toujours acheté les singles”.

Dave Gahan : “On devait faire ces maxi 45 tours, alors on s’assurait qu’ils étaient intéressants tout le long. On a passé beaucoup de temps à les faire de manière à ce que les gens veulent les écouter du début à la fin”.

Roy Hay de Culture Club, chroniqueur d’un jour du Record Mirror, a été l’un des premiers à rendre un jugement sur People Are People une semaine avant sa sortie britannique : “J’ai vraiment ri la première fois qu’il est passé”. Des commentaires aussi grossiers n’ont pas dissuadé le public britannique à pousser le single à la quatrième place des charts britanniques le 24 mars, le plus haut placement en date du groupe chez eux.

Alan Wilder : “C’est pas mal pour une chanson dont l’accroche rimique – People are people so why should it be / You and I should get along so awfully – est un candidat pour les pires paroles jamais écrites, presqu’au niveau de War is naughty / Really, really naughty / And people who start them should go to bed early… de Culture Club”.

Blague à part, People Are People représentait une sérieuse condamnation de la capacité de la cruauté de l’humanité. Ayant auparavant été assailli adolescent, lorsqu’il était un habitué des fêtes de Basildon, et plus tard, lorsqu’il est devenu pop star à part entière, en marchant près de la Portobello Road de Londres avec un journaliste en plein jour, la violence gratuite était évidemment un sujet auquel Martin Gore tenait, tellement qu’il a choisi de chanter le refrain touchant et mélodique de la chanson. L’inspiration derrière le deuxième couplet était, selon toute probabilité, tout aussi autobiographique.

Malheureusement pour Depeche Mode, une performance prévue à Top Of The Pops a été annulée à cause d’une grève à la BBC ; si cela n’était pas arrivé, People Are People aurait certainement atteint la première place.

Martin Gore : “Si j’avais écrit des chroniques à l’époque, je nous en aurais donné une mauvaise – non pas pour tout, mais au moins les deux premiers albums. On ne s’est pas fait de faveur à cause de la musique sur les deux premiers albums – c’était toujours un albatross dont on essayait de se débarrasser. Une fois que les gens détestent quelque chose et ont une idée fixe dessus, on doit vraiment travailler pour regagner leur confiance. Ça a pris un moment avant que les gens ne disent : « En fait, ce disque n’est pas si mal !”

“On a aussi souffert à cause de notre image – on est arrivés à une époque où l’image passait une phase vraiment sauvage. J’ai [récemment] trouvé un tas de photos des années 1980 et tout le monde était terrible – pas simplement le groupe, mais aussi tous mes amis. Et il s’est avéré qu’on ait été sous les feux de la rampe avec des coupes de cheveux à la noix vêtus d’habits à la noix”.

L’adoption en bloc de Depeche Mode en Allemagne continuait sans perdre son intensité, avec People Are People au sommet des charts allemands pendant trois semaines. La chanson, possiblement ce que Depeche Mode offrait de plus mélodieux depuis Just Can’t Get Enough, et ses valeurs uniques de production ont contribué à la distinguer de la mixture pop de l’époque, infesté de samples de plus en plus ordinaires. Comme Vince Clarke l’a déclaré : “Je commence à en avoir ras le bol d’entendre des samples sur les disques. Je pense que certains les utilisent bien. J’admire vraiment les trucs que Daniel [Miller] fait avec Depeche parce qu’il ne se répète jamais”.

Même le membre le moins incliné vers la technique de Depeche Mode était loin d’être inspiré par ce qu’il entendait en dehors des efforts musicaux de sn propre groupe. “Je regarde les autres qui utilisent de façon décevante des samples aujourd’hui », a dit Dave Gahan à Don Watson du NME en 1984. « Ils semblent juste louer un Fairlight [CMI], sampler quelques sons orchestraux et c’est tout. Tout ça semble vraiment ennuyant. Si tu dépenses autant pour louer cet instrument, alors pourquoi ne pas l’explorer ? On ne l’a toujours pas exploré au maximum – pas le moins du monde”.

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Depeche Mode s’est à nouveau tourné vers les talents visuels du réalisateur Clive Richardson pour le clip de People Are People. Tourné sur le HMS Belfast, croiseur naval britannique désaffecté amarré de manière permanente dans la Tamise pour devenir musée flottant, Richardson a efficacemment coupé des images de Fletcher, Gore et Wilder en train de cogner diverses pièces accrocheuses de l’énorme chaudière et salle des machines du vaisseau de guerre de 1938, afin de coïncider avec la bande son métallique et martellante de la chanson. Elles étaient subtilement émaillées d’images de stock qui ont berné certains fans qui ont pensé que Depeche Mode s’était aventuré de l’autre côté du Rideau de Fer pour filmer.

Martin Gore : “On a été plus heureux à faire des clips depuis Everything Counts. On a pu trouver un réalisateur qu’on aime en Clive Richardson. On travaille bien avec lui et on met désormais plus de temps et d’énergie dedans”.

Quand Sire a consciencieusement sorti People Are People aux États-Unis le 16 mai, avec un maxi 45 tours qui est sorti le 11 juillet, il est grandement peu probable que la maison de disques et le groupe aient eu de grandes espérances de succès. Après tout, les quatre précédents singles de Depeche Mode sortis outre-Atlantique n’ont pas réussi à entrer dans les très importants charts singles du Billboard. Tandis que A Broken Frame avait marché sur les traces prometteuses de son prédécesseur, Speak & Spell – tenant huit semaines dans les charts albums du Billboard, atteignant le 177ème place au début de l’année 1983 – Construction Time Again n’y était pas entré. Peut-être que les soi-disantes sympathies socialistes de ce dernier étaient vues d’un mauvais œil par la haute Administration Reagan, dont l’ordre du jour politique incluait une massive accumulation militaire pour mettre le super pouvoir sur une plus forte position sur le plan international.

Pourtant, Depeche Mode avait d’influents supporters outre-Atlantique, dont l’animateur radio expatrié britannique Richard Blade, avocat de tout ce qui était New Wave (et électronique) sur la radio basée à Burbank, KROQ 97.6, radio la plus populaire du Sud de la Californie tout au long des années 1980 et par la suite. “Dès leur deuxième album, les gens ont commencé à se réveiller, se souvenait Richard Blade. Et puis avec leur troisième album, c’était parti. Tout à coup, les téléphones de KROQ ont complètement perdu la boule ! Les gens disaient : On aime ce groupe ! et à la différence de Duran Duran – qui arrivait en même temps – et de Spandau Ballet, ce n’était pas : Oh mon Dieu, j’aime Martin Kemp ! ou Oh mon Dieu, j’aime John Taylor ! C’était : Oh mon Dieu ! – J’aime la musique de Depeche Mode !”

Andy Fletcher : “Ce qui s’est passé, c’est que les mômes ont commencé à chercher désespérement quelque chose, et – un peu comme en Essex, où on achetait des tas d’imports souls américains quand on était jeunes – ils ont commencé à acheter des millions d’imports britanniques, dont on était un des groupes. Puis ces radios qui étaient universitaires ont commencé à avoir leurs propres émissions, en jouant tous ces nouveaux trucs, et on était considérés comme alternatifs, parce qu’on était alternatifs à ce qu’ils écoutaient – ou ce à quoi ils étaient forcés d’écouter”.

Dans le cas de Depeche Mode, l’effet de ce soutien américain inattendu a fait l’entrée de People Are People dans les charts singles du Billboard le 25 mai. Pointant à la 13ème place, la chanson est restée 18 semaines dans les charts, durant quoi une décision haut placée a été prise de sortir un album retrospectif de Depeche Mode réservé au marché américain, également intitulé People Are People le 2 juillet. En plus du single, l’album comprennait un étrange mélange de la relativement récente production du groupe, dont Told You So et Pipeline de Construction Time Again, les faces B Now, This Is Fun et Work Hard ainsi que les bides Leave In SilenceEveything Counts et Love, In Itself.

“Il a été fait par nécessité, sans vraie continuité”, a avoué Alan Wilder.Cependant, le stratagème marketing à peine déguisé a généreusement été payant ; l’album s’étant installé pendant 30 semaines dans les charts albums du Billboard.

Ironiquement, les Modes étaient trop occupés à préparer ler prochain album pour capitaliser immédiatement ce nouveau succès outre-Atlantique. Micky Senate a fait allusion aux plans du groupe pour le futur immédiat en conclusion de son article-interview d’un Melody Maker de mars : “Depeche Mode est acutellement en route pour l’Espagne et l’Italie. Ils seront de retour en mai pour enregistrer le successeur de Construction Time Again, qui devrait, toutes choses égales d’ailleurs, sortir en septembre. En octobre, ils tourneront en Grande Bretagne et revisiteront l’Allemagne en novembre, après quoi ils retenteront probablement leur chance aux États-Unis”.

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La newsletter d’avril 1984 du Depeche Mode Official Information Service a rapporté : “Le groupe projete de décider durant avril quel studio ils utiliseront pour enregistrer le nouvel abum à partir de mi-mai, pour le mixer probablement à nouveau à Hansa à Berlin. Toutes, ou du moins, la plupart des chansons ont été écrites et les indications sont qu’en août le LP sortira avec la tournée qui commencera en septembre – aucune date, salle ou ville n’a été décidée pour l’instant”. En l’occurence, le groupe a choisi d’enregistrer son quatrième album, Some Great Reward, à Music Works, situé sur la Holloway Road de Londres.

Étant donné qu’aucune dépense n’avait été économisée lors de l’enregistrement et du mixage de People Are People dans l’environnement somptueux et hi-tech de Hansa, Mark Jenkins du Melody Maker a spéculé que le coût était “une préoccupation de plus en plus importante pour le groupe” quand l’enregistrement s’est fait à Music Works, considérablement moins luxueux.

Il y avait certainement eu des moments dans le passé quand l’opération indépendante de Depeche Mode les avait nécessairement restraints financièrement – on dit que Speak & Spell a pesé léger avec une note de studio comparativement poids plume de 8000£ – mais que ce soit toujours le cas en 1984, alors que le groupe avait récemment bénéficié de leur plus grand tube de chaque côté de l’Atlantique, est quelque peu déconcertant. Gareth Jones a plus tard mis les choses au clair. “Le coût n’a jamais été un vrai problème pour les diques de Depeche. Une explication plus probable était que les membres du groupe et Daniel avaient besoin d’être au Royaume Uni pendant cette période”.

Au moment où Some Great Reward est sorti en septembre 1984, Gareth Jones sera récompensé d’un crédit de co-production au même plan que Depeche Mode et Daniel Miller. “En fait, je pensais que ma contributon valait un crédit de production et quand je l’ai demandé à Daniel et au groupe, ils ont accepté – heureuseument pour moi ! Mon rôle n’avait pas changé tant que ça, cependant, on travaillait tous ensemble au service des chansons et de notre quête de nouveaux panoramas sonores”.

Un mois a été passé à enregistrer des chansons pour Some Great Reward à Music Works, durant quoi le sampler/séquenceur de Daniel Miller a pris le devant de la scène. Le chant d’ouverture du Master And Servant de Martin Gore aux paroles ambiguës était un autre sample du NED Synclavier, comme Alan Wilder l’a expliqué : “D’abord, on a pris beaucoup de personnes qui ont chanté l’aigu It’s a lot, et on a samplé ça. Puis on a tous chanté le grave It’s a lot et puis un grave Like life. On n’a pas besoin d’en jouer un [sample] plus lent ou plus rapide que l’autre afin d’obtenir l’octave non plus, parce qu’on alloue une partie du clavier de Synclavier pour chaque partie et puis on joue les parties dans leurs hauteurs naturelles et les deux à la même vitesse, ce qui est très pratique”.

À la différence des appareils de sampling moins chers comme l’original Emulator d’Emu, un seul sample ne montait pas de ton quand il était rejoué sur le clavier du NED Synclavier, produisant ce qui est devenu connu sous le nom de “munchkinnisation” à cause de ses similitudes à ces nains aux voix grinçantes du Magicien d’Oz.

Nourrissant encore plus les spéculations sur les possibles tendances S&M de Martin Gore, Master And Servant comprenait les talents vocaux de Daniel Miller en studio, sifflant et crachant pour simuler le son d’un fouet qui claque.

Reprenant là où Construction Time Again s’était arrêté, le groupe a continué dans leurs séjours de sampling en l’extérieur, fréquentant même Hamleys, le magasin de jouets célèbre dans le monde entier sur la Regent Street de Londres, dans leur quête de nouveaux sons.

Martin Gore : “Un matin, Andy et moi, on est allés à Hamleys et on a acheté autant d’instruments jouets qu’on a pu trouver – des pianos, des saxophones, des xylophones, et on les a tous ramenés au studio pour les sampler. Un qu’on a beaucoup utilisé était un marimba – un jouet, très étrange – mais après qu’on l’ai samplé, c’était génial. Il sonnait terrible en jouet, mais quand on l’a descendu de quelques octaves, il sonnait vraiment bien”.

Gareth Jones : “Je pense que Depeche Mode a toujours essayé – et réussi à – faire quelque chose de différent sur chaque album. À ce moment-là, un sampleur pour nous était une manière de créer des instruments musicaux complètement nouveaux. Bien sûr, on n’utilisait pas le sampleur pour créer des instruments déjà existants”.

Ailleurs, le cirque de cognage de métal a donné naissance à des poursuites plus matérielles tandis que Depeche Mode menait le concept de musique concrète à sa conclusion logique et littérale. “Sur l’un des morceaux de l’album, Blasphemous Rumours, on a samplé du béton frappé pour ce qui s’est avéré être la caise claire”, Alan Wilder a communiqué à l’époque. Heureux de s’éloigner de ce qu’il nommait le “syndrome du programme d’usine de Howard Jones et du Drumulator” de “sons synthétisés vraiment ennuyants”, Wilder se souvenait du processus compliqué de créer un autre effet étrange pour la même chanson, impliquant le passage de dialogue dans un synthétiseur modulaire, et possiblement quelques couches additionnelles d’effets, avant de donner au résultat méconnaissable un changement de style samplé grâce à l’Emulator ou au Synclavier.

Ayant déjà expérimenté avec le Drumulator de Emu, Wilder a expliqué à International Musician And Recording World que Depeche Mode samplait désormais tous leurs sons de batteire : “On enregistre toujours le son initial dans un espace ambiant. On aime beaucoup varier les caisses claires alors on enregistre différentes caisses claires acoustiques avec le micro près ou éloigné, dépendant de la profondeur du son dont on a besoin”.

Non pas que leurs exploits de sampling aient été entièrement sans soucis dans la pratique.

Martin Gore : “Il y avait tous ces maçons à côté de Music Works. On faisait tourner les bandes avec nous qui frappions des bennes et du béton, et ils démolissaient un mur à côté et on ne savait plus qu’est-ce qui était quoi ! C’était très déroutant parfois”.

Il n’était plus qu’une question de temps avant que le syndicat des musiciens ne commence à s’intéresser à la machinerie moderne de Depeche Mode.

Alan Wilder : “On a fait venir ce percussionniste pour l’après-midi pour sampler ses percussions et les différentes techniques d’en jouer. On a dit : On espère que tu ne te sens pas violé, et il a accepté d’être samplé littéralement frappant une caisse, une par une. Alors, on a samplé tous ses tambours une fois, peut-être deux. Désormais [en 1984], le syndicat des musiciens [n’avait] pas encore rattrapé son retard sur le sampling ; ce gars les avait manifestement contactés quand il est rentré chez lui, parce qu’il nous a donné cette note pour 50 sessions différentes plus des frais de consultation. C’était énorme, et la chose stupide, c’est que la plupart des sons n’étaient pas bons ; on en a utilisé seulement deux pour peut-être deux secondes chacun sur quelques chansons”.

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Malgré les énigmes de sampling, le collectif de six personnes de la production de Depeche Mode a déménagé en août à Berlin Ouest pour continuer à travailler sur Some Great Reward à Hansa, geste qui a sans doute ravi Martin Gore qui venait de louer un appartement sur la Heerstraße, bien situé à côté du complexe de studios. À une occasion, il a bizarrement insisté pour être interviewé par Nancy Culp du Record Mirror allongé dans la rue à minuit. “J’ai déménagé à Berlin parce que l’aspect de la vie 24 heures sur 24 me convient, a-t-il dit à No 1. Je suis heureux de rester dehors toute la nuit – est-ce décadent ? Je n’ai pas encore pu passer beaucoup de temps dans mon appartement de Berlin, mais il est assez proche pour que je revienne à Basildon en deux heures”.

Ayant perdu son meilleur ami et compagnon de beuverie pour Berlin la miteuse, Andy Fletcher a opté pour un style de vie moins aventureux dans l’Essex, s’installant avec sa petite-amie Grainne Mullen, étudiante en biologie, et la mère de celle-ci dans la région de Noaks Hill entre Basildon et Billericay. Dave Gahan et Jo Fow ont cimenté leur union en achetant leur première maison ensemble à Laindon.

Basildon était désormais une proposition très différente – voire difficile – pour l’enfant changé Martin Gore, qui a dit à No 1 : “Les barrières sexuelles sont stupides. Ma petite amie et moi, on échange les fringues, le maquillage, n’importe quoi. Et alors ? C’est un choc, cependant, de lire dans un magazine comme Bravo [publication adolescente allemande] que je me balade habillé en femme. Ils inventent n’importe quoi !”

Pourtant à son extrême, l’obsession auto-confessée de Gore pour le cuir s’est étendue à une période durant laquelle il a porté des jupes. “Porter des jupes n’est pas particulièrement une chose gay, a-t-il avancé. La plupart des travestis sont hétérosexuels. Je ne suis jamais passé par une phase où j’ai pensé que j’étais gay. Ça n’a jamais été du tout une chose gay ; je ne l’ai jamais assimilé à être gay. Durant toutes ces années, j’ai rencontré tant de personnes qui ont naturellement supposé que j’étais gay – je n’ai pas de problème avec ça”.

Peut-être, mais le choix inhabituel de Gore pour ses vêtements s’est avéré être momentanément être source de soucis pour ses collègues. “Je n’ai jamais été à l’aise avec Martin qui s’habillait en vêtements de fille, a confié Alan Wilder. Et le reste du groupe commentait souvent et essayait de lui en dissuader. Mais je pense que plus on faisait ça, plus belligérant il devenait à ce propos, alors il était décidé.

“Le point intéressant, cependant, c’est que Martin n’est pas gay et que ça l’ennuie quand les gens le supposent. Bizarrement, il semble ignorer le fait que beaucoup associent encore le travestisme à l’homosexualité. Ironiquement, il s’énerve désormais quand les gens mentionnent la période robe – il s’attendait à quoi ?”

Martin Gore : “J’ai commencé à m’habiller comme ça après avoir quitté Basildon. Il y avait des moments où j’oubliais que je ne pouvais pas revenir à Basildon habillé comme ça. Je me souviens de revenir un Noël et d’aller ay Bullseye, qui était un pub dans le centre-ville, et j’avais oublié que je portais du vernis noir. Alors ce gars m’a dit : Qu’est-ce que c’est, cette merde sur tes ongles ? Mes mains tremblaient !

“Honnêtement, je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête quand j’ai fait ça. Il y avait une certaine sorte de sexualité en ça que j’aimais, mais je me retourne aujourd’hui, voix beaucoup de photos et je suis embarrassé ».

À l’époque, cependant, Danny Kelly du NME a décrit l’effet du déménagement de Gore à Berlin comme étant “purement la route vers Damas”. Andy Fletcher, “dans son rôle de meilleur ami”, aurait soi-disant impliqué que c’était la fuite heureuse de Martin loin de son amour d’enfance Anne Swindell qui avait si dramatiquement libéré le compositeur, “plutôt que l’endroit où cette fuite l’avait propulsé”.

Dave Gahan comprenait complètement : “Mart n’a pas profité de son adolescence ; sortir, voir une fille différente chaque soir et se bourrer la gueule tout le temps – tu sais, être insouciant. Tout le monde devrait passer par cette phase. Personnellement, je pense qu’il fait toutes les choses que j’ai faites à 16 ans. J’allais en clubs avec des gens bien plus âgés que moi. Je portais des tonnes de maquillage, et des robes aussi ! Je regarde beaucoup de choses que fait Martin aujourd’hui et je rigole simplement”.

Dans la même interview, Wilder a fait la lumière sur la situation en déclarant : “Il [Martin Gore] aime bien quand il passe les douanes et qu’ils lui demandent s’il veut aller dans la cabine homme ou femme pour se faire fouiller”.

Martin Gore : “En ce moment, ils sont plus préoccupés par la manière dont je m’habille – par mes robes, en fait. Peut-être que j’arriverais à leur en faire porter tous une”.

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Durant l’été 1984, à l’intérieur de la relative sécurité de Hansa, c’était les affaires comme d’habitude pour Depeche Mode – ou c’est ce qu’ils pensaient.

Alan Wilder : “Il est difficile de dire combien être à Berlin a effectivement affecté le son des disques, mais on a certainement vu Martin sortir de sa coquille durant ce moment. Il semblait avoir du retard à rattraper, ayant été un adolescent calme et réservé aux dires de tous. Fréquenter les clubs et les bars alors qu’il se lâchait, pour ainsi dire – boire beaucoup et se déssaper étant en haut de sa liste d’activités préférées”.

Il apparaîtra que cette particulière “activité préférée” a gagné l’enregistrement de Somebody – inhabituel morceau simpliste dans le fait qu’elle comprenait une rare performance au piano de Wilder. “C’est joué tout ensemble – ça a juste demandé trois prises, surtout pour s’assurer que le son était bon – et elle utilise vraiment le strict essentiel, a dit le coquin Gore au Melody Maker. En fait, je l’ai chantée complètement nu dans la cave du studio qu’on utilise pour l’ambiance, et les autres ont envoyé la tape op [Stefi Marcus] pendant que je la faisais pour vérifier les connexions”.

Gareth Jones : “Martin a chanté ça à l’étage d’en-dessous dans le Studio 2, je crois, quand on était à Hansa. Il était soi-disant nu, même si on ne doit croire que lui, puisqu’il n’y avait aucun contact visuel avec cette pièce”.

Ayant fait leur première – et probablement dernière – concession à la formule ballade piano, “fondée sur une sorte de théorie retour aux basses de Jonathan Richman”, selon Gore, la tâche ardue du mixage de l’album a commencé en temps et en heure pour la date de sortie projetée pour septembre 1984 – ardue pour ces membres du groupe facilement las du travail en studio. Pour un moment, il semblait que la machine bien huilée de Depeche Mode pourrait dérailer.

Alan Wilder : “Après l’enregistrement initial à Music Works, on est retournés à Hansa pour mixer l’album, mais on a fini par prendre beaucoup de retard. Par conséquent, moi, Dan et Gareth, on a fini l’album seuls parce que les trois autres avaient réservé des vacances et ne voulaient pas les annuler. J’avais prévu le fait qu’on ne serait pas dans les temps et n’en ai pas prises parce que je ne voulais pas rater tout le processus du mixage.

“Je me souviens que Killing Joke étaient aussi à Hansa au même moment, travaillant sur leur LP Night Time. Quand ils sont arrivés, ils ont vidé un extincteur sur la console Neve du Studio 2, au grand mécontentement de Gareth. Quand il a exprimé ses inquiètudes, son nom a été entré dans le petit carnet noir” de Jaz Coleman.

Alors que Gareth Jones ne conservait aucun souvenir de petits carnets noirs, le fait que les trois quarts de Depeche Mode étaient absents du mixage de la majorité de leur dernier album n’a pas vraiment facilité son travail : “C’est toujours sympa d’avoir la contribution du groupe lors du mixage, et je préfère quand c’est le cas”.

Gareth n’avait pas à s’inquièter : à peine deux semaines après son arrivée en masse dans les disquaires européens, Some Great Reward s’était déjà échangé à environ 85 000 exemplaires au Royaume Uni et à 200 000 quelques exemplaires en Allemagne. En dépit de leurs détracteurs – dont il en restait beaucoup – il semblait que Depeche Mode allait rester dans les parages encore un peu…

Traduction – 27 juillet 2007

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