Les États-Unis du divertissement

“Imagine les Américains qui nous voient jouer live ; ils n’ont jamais vu quelque chose comme ça auparavant. Ils étaient habitués à voir groupe de rock sur groupe de rock. Nous voir sur scène – c’était quelque chose de nouveau, hein ?
– Andy Fletcher, 1998

Un coup d’œil à l’itinéraire de la tournée britannique de 13 dates de Depeche Mode de la fin mars à avril 1986 confirmait leur statut proéminent. Réserver des salles comme le SECC (Scottish Exhibition & Conference Centre) de Glasgow à la capacité de 10 000 personnes, jouer deux soirs consécutifs au NEC (National Exhibition Centre) de Birmingham de 12 000 personnes et à la Wembley Arena non seulement incarnait la confiance grandissante du groupe chez eux mais en disait également beaucoup de leur popularité croissante comme groupe live à grande échelle.

Étant donné que Depeche Mode étaient toujours liés de manière rigide à une bande rythmique – dans le cas du Black Celebration Tour, deux magnétophones 8 pistes Tascam 38 – plus d’un journaliste s’est demandé si le groupe ne s’ennuyait pas à reproduire les mêmes parties, soir après soir. Martin Gore a acquiésé cette affirmation : “C’est assez ennuyant, mais on le doit aux fans de jouer live parce que les concerts sont toujours bien reçus”.

Dave Gahan avait assumé une réaction de rock star archétype à l’ennui de la tournée en déclarant qu’il descendait souvent une bouteille de brandy avant et après chaque concert. “Les groupes qui disent qu’ils ont besoin de drogues pour passer l’ennui d’une tournée disent des conneries, a-t-il dit au Melody Maker en 1984. Je pense qu’une grande partie s’est passée dans les années 1970 ; à cette époque, c’était ce que les gens attendaient des groupes – totalement stone tout le temps”.

Rester sain d’esprit ne semblait pas non plus se classer particulièrement haut dans la liste des priorités de Gore, à en juger d’une conversation animé avec Danny Kelly du Melody Maker : “Quand on est en tournée, ce qui est généralement très ennuyant, nous, ou certains d’entre nous, on a tendance à sortir tous les soirs, on boit beaucoup et généralement on passe un bon moment. Je sais que c’est un comportement attendu des groupes rock, mais c’est bien de sortir, de boire et de tomber dans les pommes”.

Les devoirs de Alan Wilder apparemment équilibré s’étendaient désormais à la préparation des bandes rythmiques. “Je donne un challenge à ceux du groupe qui le veut, a-t-il dit à Bob Doerschuk de Keyboard. Dans d’autres termes, si je veux me défier sur scène, je me donne les parties les plus difficiles. Je joue souvent une partie de séquenceur plutôt que quelque chose de plus facile, ainsi je ne m’ennuie pas complètement en concert”.

En ce qui concerne Wilder, le pour des bandes rythmiques l’emportait toujours sur le contre. “On sait que ça va bien sonner. C’est une manière très contrôlable de faire les choses. D’un autre côté, il est très difficile de changer le set ; on ne peut décider brusquement un soir de changer quelque chose sur la bande – eh bien, je suppose qu’on le pourrait, mais ce serait assez difficile”.

Cependant, Depeche ont exactement fait cela quand la réaction mitigée du public durant les premiers concerts du Black Celebration Tour les a mené à abandonner Here Is The House – avec Gahan s’attaquant bravement au chant studio de Gore – en faveur de New Dress pour le reste de la tournée.

Alan Wilder : “Jouer live, ce n’est que la reproduction de notre musique d’une manière très synchro et bien. On fait une bonne performance live. On est l’un des groupes les plus excitants. D’abord, on a toujours un bon son, parce que tout va toujours dans la sono. Deuxièmement, on a beaucoup d’harmonies vocales, ce qui fait un très gros son vocal. Et troisièmement, on se démêne beaucoup pour avoir un bon décor de scène et de bonnes lumières”.

Quand un journaliste a osé suggérer que les effets scéniques du Black Celebration Tour étaient les mêmes que leur dernière tournée, Wilder s’est permis d’être d’un autre avis : “On travaille avec Jane Spiers, qui a aussi conçu nos deux derniers spectacles. Ces contremarches particulières sur lesquelles on est placés sont creuses, de manière à cacher les fils, les prises multiples et tout ce qu’on ne veut pas voir. Une personnes peut aussi y être ; en fait, des gens sont cachés à plusieurs endroits du décor.

“Aussi, le sol est conçu pour que Dave puisse danser sans trébucher – on avait des problèmes avec ça durant les tournées précédentes où on jouait sur différentes scènes avec différentes surfaces. En fait, une grande partie de ce décor est [fabriqué dans un] matériel plastique gonflable qui est rempli d’hélium. On ne pouvait pas voir comment ça marcherait sans paraître stupide, mais ça a marché à la fin. Avec toutes ces choses prises en compte, c’est un décor très pratique”.

Même les plans les mieux préparés échouent. “On a également un rideau qui tombe à un moment spécifique du concert, a dit Wilder. C’est un effet très dramatique, mais ça va mal – quand seule une moitié tombe ou quelque chose – c’est très marrant”.

Paul Mather du Melody Maker a livré une chronique favorable de l’une des soirées triomphantes à la Wembley Arena : “Dès que les rideaux noirs sont tombés par terre comme une écharpe de mousseline de soie et le garçon devant moi est devenu fou, au son résonnant du deuxième rappel [soit Just Can’t Get Enough ou More Than A Party] une heure et quelque plus tard, Depeche Mode ont écoulé un peu d’électropop du plus grand ordre quelque part entre le cerveau et l’aine”.

Dave Gahan “avait désormais une ligne très punchy de sculpture de danse du derrière”, selon Adrian Maddox, en chroniquant le concert du Mayfield Leisure Centre de Belfast du 4 avril, également pour le Melody Maker. Pour ceux qui étaient le plus loin, ces hanches habillées de cuir étaient souvent projetées sur un écran géant suspendu au-dessus de la scène. Maddox a immédiatement fait une remarque sur les vêtements inhabituels de Gore : “Son [à Gahan] pote Ouin-Ouin [Gore], le seul autre Depeche à descendre de son piédestal, est un peu plus excentrique, avec ses menottes haute couture, des bottes de SS et les restes de la lingerie de sa petite amie déchirée autour de son téton”.

Mather est même allé aussi loin que choisir Gore comme étant la “vraie star du concert” à cause du fait qu’il transmet “un air entre la vierge perplexe et le maître du dongeon qui a de l’expérience”.

De manière surprenante, l’animateur de Radio One, John Peel, bastion irrépressible de toutes les choses alternatives, n’a pas eu besoin d’être convaincu des mérites du groupe à Wembley. “Si on doit avoir des groupes qui remplissent les stades du monde, a-t-il écrit, alors qu’ils soient tous comme Depeche Mode”.

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Le nouveau succès apparent de Depeche Mode en Grande Bretagne était d’autant plus remarquable étant donné leur approche défiante menée par les claviers, que Alan Wilder a volontiers reconnu dans une conversation avec Bob Doerschuk de Keybord : “Quand on est sur scène, on préfère s’en tenir à juste des claviers et des boîtes à rythmes parce qu’il n’y a pas trop de groupes qui font toujours ça. Même une partie des groupes électroniques qui ont commencé à l’époque où on a commencé sont passés à autre chose. Je suppose que à cet égard, on aime rester fidèle au look de l’électronique et des claviers, simplement parce que ça nous rend un peu différents”.

Avec le recul, Andy Fletcher était d’accord : “On a continué à jouer de la musique électronique, et au milieu des années 1980, avec U2, le rock était plutôt tendance. Elle [la musique électronique] était considérée comme un gros mot. Et ces soi-disant groupes électroniques comme The Huma League sont devenus des groupes normaux, mais on est restés fidèles à nos racines électroniques”.

Au moment où le Black Celebration Tour a atteint l’International Centre de Bournemouth le 14 avril, A Question Of Lust, le premier single à être extrait de Black Celebration, était dans les bacs et le verdict de Smash Hits était sorti : « Avec un mot provocateur dans le titre (“lust” : “désir”) et un couple qui s’embrasse sur la pochette, on pourrait s’attendre à ce que le disque soit au moins légèrement érotique et pervers. Mais non. Ils ne se déshabillent pas du tout ! Une fois que les sombres cliquetis électros de l’intro se sont installés, on nous présente un air flottant et mélancolique et une voix rauque et voilée qui chante l’amour et non le désir (mot employé uniquement pour rimer avec trust et dust). Maussade et joli, mais entièrement sans impertinence. Quelle escroquerie !”

Une fan allemande fanatique était si enragée qu’une autre fille ait l’audace d’embrasse Alan Wilder sur le cliché de la pochette du single qu’elle a vidé ce qu’elle avait sur le cœur à Bravo(1) Le magazine adolescent répondait de manière sympathique : “Calme toi. Nous avons demandé aux photographes, Ashworth en Angleterre, et nous pouvons t’assurer que ce n’est pas Alan sur la pochette. Comme ils devaient finir avec hâte la photo, ils ont simplement pris un gars (Gary) et une fille (Nikki) dans leur voisinage. Mais nous devons admettre que Gary ressemble à Alan – de côté, en tout cas”.

Les Modes matûres commençaient maintenant à comprendre les médias, et comptaient bien moins sur des titres aussi orientés adolescents.

Alan Wilder : “Il est venu un moment particulier où DM n’apparaissaient pas dans Smash Hits et Bravo parce que le groupe était passé à autre chose et essayait de se débarrasser de l’image ado”.

La “voix rauque et voilée” dont se plaignait Smash Hits dans A Question Of Lust appartenait à Martin Gore. “C’était habituellement assez facile de prédire quelle voix de qui convenait à des chansons particulières, a déclaré Alan Wilder. Généralement parlant, la voix de Martin a tendance à convenir aux balades et celle de Dave aux morceaux tapageurs”.

Un fait que plus d’un chroniqueur n’a pas remarqué. “Lust est une affaire assez sérieuse – enfin, aussi sérieuse qu’une chanson écrite par un homme vêtu d’une jupe en cuir peut l’être”, a commencé Dave Quantick du NME, lui accordant le statut de “Single De La Semaine”. “Dave Gahan prouve que sa voix peut voyager, tandis que le son de Dep Mode est aussi merveilleux que toujours – ce groupe sait plus que n’importe quel groupe comment utiliser le son”.

Caroline Sullivan du Melody Maker a fait de même : “Chaque sortie successive me convaint de nouveau que le seul facteur qui empêche l’ascension du groupe vers l’ultra-célébrité est la mélancolie implacable du chanteur Dave Gahan. Un chroniqueur moins mufle reconnaîtrait ses airs fades pour l’affirmation de sa sensibilité qu’ils sont manifestement ; moi, j’entends une belle chanson, qui incorpore la grandiosité gonflante de Cry de Godley & Creme, interprété de manière abrutissante par le murmure pâle de Gahan”.

A Question Of Lust convenait à la balade amoureuse typique des années 1980 à tous les égards sauf un – la technique de production distinctive de Depeche Mode.

Alan Wilder : “Avec son intérêt principal pour un gros rythme à la Phil Spector, l’esprit actuel d’improvisation se manifestait clairement dans ce morceau et incluait un son de castagnette créé en lâchant une balle de ping-pong sur une table et un son de corde pincée qui venait d’un instrument hongrois traditionnel qui ressemble quelque peu à une cithare – source préférée de son utilisée dans plusieurs chansons à cette époque, dont Master And Servant et People Are People. Personne ne connaissait son vrai nom, mais il est devenu connu sous le nom de Hung !

Quand Flood a finalement livré son remix de A Question Of Lust, le groupe a été surpris d’entendre que la moitié des sons étaient omis. [On] était comme on peut le comprendre ennuyé, ainsi, quand il est apparu que Mute Records ne lui avait pas envoyé les deux bandes multi-pistes !”

La rumeur courait selon laquelle George Michael était fan de A Question Of Lust, tellement qu’à un moment il projetait apparemment une reprise. Ironiquement, Gore a mentionné de manière peu flatteur de l’ancien Wham! quand il a abordé le sujet des ventes de singles qui s’effondrent de Depeche Mode : « Une grande partie de nos singles ne sont pas joués à la radio. Blasphemous Rumours… même des chansons comme Shake The Disease, à cause des titres, n’ont pas eu de passage radio. Ce que les gens ne semblent pas se rendre compte, c’est que ce n’est pas facile de faire un single.

“Prends George Michael, par exemple. Il a un grand nom. Mais est-ce que Careless Whisper aurait été un grand tube si on l’avait donné à un chanteur italien inconnu ? Même si nous, on l’aurait sorti, ça n’aurait pas été un énorme tube. Ils auraient dit qu’il était chiant. Il a eu tant de succès parce que c’est George Michael. Quand on a sorti A Question Of Lust, ils ont dit que c’était morne, mais c’était une grande ballade”.

Quand le temps est venu de filmer le clip obligatoire de A Question Of Lust, Clive Richardson a capté un Martin Gore raisonnablement habillé sur la scène du RDS Stadium de Dublin (2 avril). Aucune lingerie titillante et déchirée était en vue, bien qu’Alan Wilder a confirmé que Gore pouvait presque être aperçu nu au début du clip : “On était dans un club quelque part, et, comme d’habitude, Martin a réussi à enlever tous ses vêtements. Le réalisateur, Clive Richardson, a décidé d’apporter sa caméra, et c’est ce qu’il a eu”.

Sans les mesures préventives prises par l’homme de la sécurité au crâne rasé, Andre Arble, également capté par la caméra indiscrète de Richardson, alors beaucoup plus de Gore aurait été révélé !

A Question Of Lust, soutenu par l’atmosphérique Christmas Island – utilisée comme musique d’intro de l’actuel Black Celebration Tour – partageait un sort similaire à ces prédécesseurs. Malgré les deux morceaux étendus de manière prévisible pour un single maxi 45 tours (avec un mix « minimal » qui se passe d’explication de A Question Of Lust, avec une instrumentale de It Doesn’t Matter Two et People Are People, live au Liverpool Empire le 29 septembre 1984), le single s’est arrêté juste avant le Top 30 avant de sortir des charts après seulement cinq semaines. Pas même une cassette avec livret et badge en édition limitée avec le Flood Mix gênant de Flood susmentionné du titre phare avec trois autres enregistrements live n’a rien pu faire pour booster ses ventes.

Encore pire, le single américain n’a pas réussi à impressionner les charts lors de sa sortie du 28 mai, peut-être parce qu’il avait déjà été inclus sur Black Celebration.

Pourtant, les Américains sont venus en masse pour voir le Black Celebration Tour. “Toutes les places se sont vendues en une seconde, se souvient un incrédule Andy Fletcher. Alors on avait cette situation bizarre : on n’avait jamais eu d’album dans le Top 40 [aux États-Unis] et on jouait devant 30 000 personnes !”

Martin Gore : “Bien qu’on marchait bien à l’époque de Black Celebration, on jouait encore devant plus de personnes qu’on ne vendait d’albums aux États-Unis. On pouvait aller là-bas et jouer à guichets fermés partout – une situation très inhabituelle !”

C’était une situation bizarre et inhabituelle ; un groupe synthétique au son européen dont le dernier album en date avait calé dans le Top 200 du Billboard à la 90ème place, pourtant dont la tournée américaine de 29 dates avait réussi à vendre à guichets fermés le prestigieux Radio City Music Hall de New York et ses 5900 places trois soirs de suite, les 9000 places du Red Rocks Amphitheater à Denver dans le Colorado, pendant deux soirs, terminant avec deux performances californiennes consécutives en plein air à l’Irvine Meadows Amphitheater à Laguna Hills les 14 et 15 juillet.

Alan Wilder a réusmé cette perçée inattendue : “On est allés sur une tournée qui semblait simplement décoller – particulièrement aux États-Unis [où] il semblait qu’on avait passé une vitesse de jouer dans des petits clubs à de grandes salles. Alors les choses ont très rapidement bougé à partir de là”.

Andy Fletcher : “Les radios rock modernes commençaient là-bas et ils nous ont pris à bord. C’était la première fois que les Américains commençaient à écouter de la musique qui n’était pas Journey, Aerosmith et les groupes de cet acabit. On pensait qu’on n’avait pas une chance, mais elles nous ont pris à bord. Et à partir de là, les groupes des radio rock moderne comme Nirvana et Pearl Jam sont arrivés – même s’ils ne sonnaient pas comme nous, ils nous citaient comme raison pour eux de faire de la musique alternative¨.

Alan Wilder : “Il semblait qu’on convenait parfaitement à ce que les mômes de la classe moyenne blanche tout américaine semblaient rechercher – un groupe aux traits assez nets pour passer, mais assez subversif pour pousser quelques frontières en même temps. Je pense qu’on se sentait à l’aise avec ça, et on a aimé faire un doigt d’honneur à l’Angleterre avec son attitude provinciale”.

Daniel Miller fait l’écho de la vision de Wilder : “Plutôt, je pense que c’est une sorte de snobberie géographique – snobberie régionale. Ils ne venaient pas de Londres, ni de Manchester, ni de Liverpool, ni d’Édimbourg ; ils venaient de Basildon, qui est presque Neasden ou quelque part dans son rôle de chose Essex. Le fait [que Depeche Mode venait de Basildon] était toujours mentionné dans toutes les interviews d’une manière un peu sarcastique – [au moins] au début. Je ne sais pas si ça a eu un impact ou nom sur la manière dont les [Britanniques] les voyaient. Peut-être que s’ils venaient de Londres ou Liverpool, ils auraient été pris un petit peu plus au sérieux”.

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Cinq concerts français et italiens en plein air dans une chaleur étouffante formaient la fin du Black Celebration Tour au début du mois d’août 1986. Ayant joué devant plus de 300 000 personne en quatre mois, un Dave Gahan « bronzé à l’écœurement » a passé son premier anniversaire de mariage loin de sa femme, jouant dans les grandes arênes romaines de Fréjus, entre Nice et Cannes. “J’ai dû le célébrer seul, parce que Jo était allée avec ses amies à Ibiza”, a dit le mélancolique chanteur au journaliste Rob Newton, qui a suivi le mouvement.

“Jo est géniale, a continué le dévoué Dave. Elle fait tout pour moi. Elle est si organisée que ça en est incroyable. Elle n’aime pas quand je suis loin, cependant. Vers la fiin de la (première) partie européenne de la tournée, j’étais lourdement déprîmé. Je voulais juste rentrer à la maison. J’ai beaucoup fait la tête parce que, même si c’est un boulot génial que j’aime, c’est aussi physiquement et mentalement fatiguant”.

Le chanteur s’est avec surprise ragaillardi quand la discussion est passée aux bébés. “On a pensé à avoir un bébé toute l’année dernière. On y a même pensé avant de nous marier, mais c’était à peine pratique à l’époque”.

Newton a été le témoin de combien il était fatiguant de mettre en scène un concert de Depeche Mode, en tout cas pour plusieurs membres de l’équipe qui se battaient pour manutentionner une flightcase invraisemblablement grande qui contenait la grande garde-robe de Gahan.

Comme ses vêtements en cuir typiques de l’époque étaient constamment remplacés – “Je suis trempé tous les soirs sur scène et le cuir se durcit – en cinq concerts ils sont ruinés !” – Gahan a été par conséquent forcé à porter des “remplaçants” pas branchés en coton blanc pour le concert de Fréjus. La première partie Eyeless In Gaza ne s’est pas montrée, précipitant un échauffement imprévu de la part des Blah Brothers, duo compris du stage manager de Depeche Mode, Daryl Bamonte, et un membre de l’équipe qu’on appelait « Nobby ». Rob Newton n’était pas impressionné : “Malheureusement, ils sonnent comme une version mauviette de Blancmange, avec chaque chanson ayant le même rythme et un saxophone hurlant (sans mentionner un chanteur qui sonne comme s’il avait une tonne de ciment dans la gorge)”.

Comme s’ils suivaient un signal, Eyeless In Gaza sont arrivés 15 minutes après que les Blahs soient montés sur scène, étant venus par la route des Midlands alors que cela ne faisait qu’un jour qu’ils savaient qu’ils allaient être en première partie. Naturellement, ils n’étaient pas trop impressionnés.

Gahan avait assez de choses pour l’occuper – dont les membres farceurs de l’équipe qui ont recouvert l’une des rampes de la scène avec de la pornographie dans une tentative de le déstabiliser – grâce à une blessure après concert due à trop de verres de célébration : “J’étais là, allongé sur le lit, et brusquement, j’ai dû aller aux toilettes. Je suis allé dans la salle de bain et je me suis endormi sur les toilettes. Après une heure environ, j’ai essayé de me lever, mais j’ai glissé sur une serviette et j’ai volé dans la douche – j’ai attéri à plat sur le dos. J’ai appelé Jo qui m’a remis au lit. J’ai jeté un œil à ma cheville et j’ai failli mourir quand j’ai vu la taille qu’elle avait. C’était un pied d’éléphant – énorme !”

Heureusement, la tournée était presque finie, et le chanteur athlétique pouvait reposer sa tête – et son pied – fatiguée. Mais d’abord il y avait plus de verres à boire, dans le tour bus de retour vers Cannes où Newton a rapporté un Gore manifestement fatigué qui beuglait de manière hystérique : “Tu veux un scoop pour Smash Hits ? Eh bien, écoute un peu ça ! Tout le monde pense que je suis gay à cause de ce que je porte, mais ce n’est pas moi ! Il y a un seul membre de Depeche Mode qui est gay… et on sait tous qui c’est !” Un doigt accusateur a été dirigé vers un Fletcher qui a rapidement rougi et qui s’est enfoncé d’un air penaud dans son siège.

Le car luxurieux de Depeche Mode a fait des zigzags sur la Côte d’Azur – devant une toile de fond scènique de plages qui n’a pas réussi à impressionner les passagers las – vers l’Italie pour leur concert de Pietre Ligure. Newton a rajouté quelques choses à sa liste de cabrioles de tournée quand Alan Wilder lui a montré quelques images tournées par lui-même ; son contenu de plus en plus impertinent comprenait “une loge très horrible à Berlin, une coupure decourant à Washington, une fête chez Alison Moyet à Los Angeles et Martin cabriolant dans un body noir transparent… sans les collants”.

Sans doute une copie des preuves incriminantes est toujours stockée sous clé dans la chambre forte du conservateur de son propre aveu, Alan Wilder, dans “un énorme coffre contenant des milliers de clichés de presse qui remontent à 1978, de fanzines, de disques, de premières cassettes vidéos de DM, de milliers de premières photos de DM, une énorme valise de cadeaux de fans, plus d’autres petits bijoux comme mes habits de scène depuis toutes ces années – toujours bons pour rigoler”.

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Quelques jours après la fin de la tournée dans la station de bord de lac française d’Annecy le 11 août, Depeche Mode a sorti A Question Of Time, avec la bande son rythmique propulsive remodellée à partir de Black Celebration par le “Mix Master” Phil Harding. Alan Wilder a expliqué la procédure de sampling de la chanson : “La partie de guitare haletante a été générée en frappant un ressort, et une partie du son de basse a été produit en frappant le bout d’un flexible d’aspirateur à la main. Ces sons étaient invariablement traités dans des amplis de guitare pour ajouter du caractère et du poids”.

En tant que dernier disque de Depeche Mode à porter la signature Hansa, A Question Of Time refermait efficacement un autre chapitre de l’histoire de l’enregistrement du groupe. Dave Gahan a rendu hommage à la ténacité de Gareth Jones : “Jusqu’à ce qu’on travaille pour la première fois avec Gareth, on n’avait jamais vécu quelque chose comme ça – courir partout, mettre des micros partout. Il ne nous serait jamais venu cette idée – jouer quelque chose via un ampli ou le distordre dans une sono. On a beaucoup fait ça à Berlin. On a installé une grosse sono, et on a passé pas mal de choses [dedans] – comme A Question Of Time, par exemple ; [on a passé] tout le morceau dedans”.

Le pur volume de la session est resté dans l’esprit de Wilder – et assez possiblement, son système digestif : “Même si on travaillait surtout tout en haut du bâtiment [Hansa] dans le Studio 4, on a loué la salle d’enregistrement principal du Studio 2 et on a installé une grosse sono pour y envoyer des sons individuels – pour les gonfler effectivement et obtenir l’atmosphère de la pièce. C’était fait au grand ennui du patron du café d’Hansa, je dois ajouter, qui a dû endurer des bruits sourds de à quatre pattes par terre directement au dessus de lui trois jours de suite – quelque chose qui ressemblait à un marteau piqueur placé à 20 cm de vos oreilles. Dieu seul sait ce qu’il a pû mettre dans notre bouffe en rétribution !”

A Question Of Time a fini par atteindre la 17ème place – ayant perdu un couplet de la version album en cours de route. Alan Wilder a offert une plausible explication à l’omission : “La raison la plus probable était de la ramener à une longueur plus FM, en s’assurant avec espérance que cette bonne vieille Radio One serait plus encline à la passer – telle est la colère de la BBC qu’elle pouvait effrayer quelqu’un à tel point qu’il massacrait sa propre chanson parce qu’elle ne pouvait tolérer plus de deux minutes et 43 secondes de n’importe quel disque avant que ne soit dû Our Tune de [l’animateur Simon] Batesy !”

Bien qu’on était encore loin du placement dans le Top 10 que Depeche Mode avait eu deux ans auparavant avec Master And Servant, c’était nettement mieux que A Question Of Lust. Dans le NME (16août 1986), Chris Long a décerné le “Single de la Semaine” aux rivaux The Human League : “Produit par Jimmy Jam et Terry Lewis, Human est la tentative de la League à la domination mondiale, et il est difficile de penser à des charts dans lesquels ce single ne rentrera pas”. Il a à peine trouvé de la place sur la même page pour parler du dernier effort de Depeche Mode en date : “Les fans de Depeche Mode semblent avoir un besoin maladif d’un régime de rythmes rigides et cinglants. Ceci dit, A Question Of Time n’en fournit pas. C’est juste un autre single de Depeche Mode”.

Le Melody Maker a vu bon de consacrer en même temps les honneurs du “Retour de l’Année” à Human de The Human League, mais a été assez observateur pour souligner l’attitude provinciale envers Depeche Mode : “N’importe quel autre groupe, de préférence allemand, qui tape sur de grandes feuilles de tôle ondulée, porte des mini-jupes en cuir et qui emballe le tout d’une sensibilité pop aiguisée aura sûrement la jeunesse impertinente qui se fait dessus, mais comme il s’avère que ce sont quatre Jules de Basildon qui le font, cela a tendance à rester enfermé dans le placard”.

Mais même ainsi le journal n’a pu résister à un coup de griffe final quand il a demandé : “Qu’est-il arrivé au petit gus qui écrivait toutes les chansons ?” (2)

Aux côtés de son homologue standard, Depeche Mode a encore une fois eu ressort à un maxi 45 tours édition limitée de A Question Of Time en août 1986, qui comprenait les nouveaux remixes A Question Of Time (Newtown)Black Celebration (Black Tulip Mix), ainsi que des enregistrements live de la récente tournée.

En dépit de l’accueil frénétique de Depeche Mode par le public américain, les singles de ce côté de l’Atlantique se sont révélés aussi élusifs tandis que A Question Of Time s’est essouflé et a dépéri après sa sortie du 3 septembre. À la consternation du groupe, leur label américain a alors pris la décision imprévisible de faire d’une face C, But Not Tonight, une face A (avec Stripped en face B), le 22 octobre.

On pouvait comprendre qu’Alan Wilder était horrifié d’avoir le morceau, sur lequel le groupe avait comme on peut l’entendre investi autant de temps, reléguée au support d’une chanson qu’ils avaient bâclée en une après-midi : “Décision incroyable si on considère que les morceaux sont comme le jour et la nuit”.

Pourtant, il y avait une méthode à la folie apparente de Sire étant donné que But Not Tonight était lié à la comédie adolescente peu mémorable de Jerry Kramer, Modern Girls. Sire est même allé aussi loin que sanctionner un clip style Deux flics à Miami réalisé par Tamra Davis dans lequel des images du film étaient superposées de temps en temps sur Depeche Mode. Le single a été un bide comme on a pu le prévoir.

Pour ajouter l’insulte au préjudice, Alan Wilder n’a pas du tout été emballé quand la version étendue de But Not tonight (qui était apparue sur le maxi 45 tours britannique de Stripped) a plus tard été incluse comme morceau bonus du CD de Black Celebration : “Sa position de droit était en face B de Stripped et j’ai toujours pensé qu’inclure des morceaux bonus à la fin d’un CD coupait le flot du LP. Le raisonnement était d’en donner pour son argent, mais elles auraient dû restées sur leurs formats d’origine seulement”. (3)

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Vince Clarke faisait également l’expérience des caprices du business musical mainstream américain de plein fouet avec Erasure : “On a joué à LA et il y avait environ 1200 personnes vraiment enthousiastes au concert. C’est à LA que Warner Brothers ont leurs bureaux, alors beaucoup de personnes de Warner Brothers y étaient. En coulisses après, ils étaient tous en train de descendre les boissons et Andy [Bell] est rentré dans la loge. La première chose qu’on lui a dit, c’était : Où est le tire-bouchon ? La deuxième était : Qu’est-ce que tu fais ? Et c’était après le concert”.

“L’Amérique a été une vraie révélation pour moi, a dit Clarke au Melody Maker. J’ai appris via Flood [Mark Ellis], notre ingénieur du son, que les gens de la société [Warner Bros.] à New York disaient qu’ils pensaient que c’était vraiment mauvais qu’Andy explicitait le fait qu’il était gay, parce qu’ils étaient inquiets que ça n’affecte nos ventes. Et pourtant quand on était à San Francisco, Warner Bros nous a encouragés à parler au plus grand journal gay américain, The Advocate. Il y a beaucoup d’hypocrisie”.

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A Question Of Time, ou, plus précisément, son clip intriguant, a marqué un tournant pour Depeche Mode, enracinant leur son dans une image reconnaissable, grâce à Anton Corbijn (qui avait pris en photo la première couverture du NME du groupe). Utilisant du Super 8 noir et blanc, l’intrigue surréaliste se centralise autour d’un étrange individu aux lunettes de motard qui parcourt un désert américain sur un sidecar d’époque. Le motard trouve un bébé, qu’il place finalement dans les bras tendus d’Alan Wilder.

En ce qui concerne Wilder, l’adage “ne jamais travailler avec des enfants” sonnait certainement juste sur ce tournage : “On devait travailler avec les petits sacs à linge sale – pardon, bébés – pendant des heures avant qu’ils ne fassent ce qui étaient demandé. Il y avait des mères, des couches, des biberons, des jouets… toutes sortes de chaos”.

Bien que tous les quatre membres ont fini par bercer le bébé acteur – avec Martin Gore riant tandis que la petite fille tire ses cheveux dans le dernier plan, Wilder a indiscutablement eu le plus de secondes à l’écran, menant à la supposition que c’était le seul à s’être monter à l’heure pendant que ses collègues ne n’étaient pas réveillés.

“Il est possible que je sois le seul prêt à se lever assez tôt, a spéculé le cléviériste. Le lieu de tournage se trouvait à 2h de LA et je pense que le tournage a eu lieu le lendemain d’un concert. LEs réalisateurs te demandent toujours de venir à 5h du mat’, par malveillance !”

Anton Corbijn : “Ils [Depeche Mode] m’ont offert un clip pour A Question Of time, et j’avais cette idée de road movie. Et ils m’ont simplement laissé prendre le pouvoir dans ce sens ; ils étaient assez heureux, je pense, de ne pas prendre de responsabilités”.

Depeche Mode étaient certainement unis sur le plan de soulagement visuel. “Les clips n’étaient pas un domaine où on se sentait à l’aise, a confessé Dave Gahan. On restait dans le fond de l’image, et puis après on sortait : Oh, c’est vraiment moche, hein ?”

Alan Wilder : “Aussi incroyable que ça puisse paraître, tous nos changements d’image respectifs durant ces années sont nos choix, et – jusqu’à ce que Anton s’implique – il n’y avait pas de continuité dans l’image DM. en fait, certains clips les plus anciens sont embarrassants à l’extrême. On s’est permis de se faire marcher dessus par une série de réalisateurs pas très bons qui pratiquaient leur métier – Julian Temple vient à l’esprit. L’arrivée d’Anton était certainement un soulagement, bien que nos capacités d’acteur ne se sont pas franchement améliorées avec toute l’expérience [qu’on a] acquise !”

Martin Gore : “On a eu beaucoup de mauvaises expériences au début de nos clips. Je pense que la majeure partie du temps, quand les réalisateurs arrivaient, ils voyaient simplement combien oné tait jeunes et naïfs, et ils s’en moquaient réellement : Voyons combien on peut les rendre stupides – jusqu’où ils iront”.

Dave Gahan : “On cherchait vraiment quelqu’un avec qui on pouvait être à l’aise, et vraiment dès qu’on s’est assis avec Anton et qu’on a commencé à parler d’idées, c’était assez évident qu’il allait faire partie de l’équipe”.

Corbijn n’a pas hésité à parler franchement de son nouveau rôle : “Je ne pense pas qu’il existait un package Depeche Mode avant que je ne m’implique en quelque sorte ; il n’y avait rien à quoi se raccrocher. Bien sûr, la musique était là, mais si tu parles d’un package, je ne pense pas qu’il était vraiment là. Alors je pense que la musique et les visuels sont devenus une entité quand j’ai été impliqué”.

Dave Gahan : “Quand on a fait le premier clip avec Anton pour A Question Of Time, et quand on l’a vu, on s’est rendu compte qu’on pouvait bien s’en sortir avec quelque chose comme ça, et que quelqu’un pouvait visuellement apporter quelque chose comme ça à ce qu’on faisait. Anton, depuis lors, semblait capter ce qu’on faisait, et a su apporter une image sombre à ce qu’on faisait de manière à ce que ce ne soit pas trop… de manière à ce qu’on ne ressemble pas à des parias, en gros. C’était la bonne couleur et la bonne image pour la musique”.

Anton Corbijn : “Leur musique est assez filmique, et ainsi je pouvais la rendre assez épique. Alors j’aime à penser que je leur ai définitivement donné une force dans l’imagerie, et aussi je l’ai connectée à leur musique”.

Andy Fletcher : “Regarde notre carrière : [si] tu commences au début et commence à la parcourir, tout commence à se rassembler vers Black Celebration. C’est durant Black Celebration qu’on a commencé à travailler avec Anton Corbijn. Avant ça – comme on peut le voir dans tous nos premiers clips, et toutes nos premières photos – on n’avait pas vraiment de contrôle, ni grand chose du côté visuel ; on n’était pas vraiment heureux. C’était notre faute. Mais quand Anton est arrivé et a pris le contrôle de tous nos visuels, et aussi avec notre musique qui s’améliorait aussi, tout semblait se rassembler”.

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Parsemé dans la vague narration du clip de A Question Of Time se trouvaient des fractions de seconde d’images américaines du Black Celebration Tour ; servant à souligner le spectacle qu’était le hautement inventif décor scénique de Jane Spiers, dont certains instruments de percussion bizarres.

Alan Wilder les a expliqués à Bob Doerschuk de Keyboard : “On a fait construire des choses qui ressemblent à des objets abstraits derrière nos contremarches [où se trouvent les claviers]. On les relie et on traitent les sons comme des samples. En d’autres termes, on peut produire toutes sortes de sons samplés différents en frappant ces objets. La plupart pensent qu’on doit mimer quand on frappe ces choses sur scène, parce qu’ils ne comprennent pas comment tous ces sons pourraient sortir d’un bout de métal. En fait, on ne mime pas ; on déclenche les sons”.

Ce processus technique plutôt interminable impliquait l’envoi du son des micros dans une batterie électronique Roland Octapad hors scène, qui à son tour déclenchait deux samplers Akai S612 (comme utilisés durant les sessions d’enregistrement de Black Celebration) via le format désormais adopté de tous, le MIDI (Musical Instrument Digital Interface), “jouant” ainsi les sons samplés entendus par le public de Depeche Mode. Pour Wilder, le résultat final était simple : “On peut en fait nous voir travailler sur scène, plutôt que juste rester plantés là”.

En faisant cela, Depeche Mode ont réussi à eux seuls à adopter des éléments du plan de Kraftwerk en le transportant dans des amphithéâtres, et finalement, des stades…

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(1) Steve Lake du Melody Maker a merveilleusement résumé Bravo dans toute sa gloire adolescente : “Apparemment conçu pour les pubescents lourdauds dérangés par des changements hormonaux soudains, Bravo juxtapose les pin-ups sur papier glaçé avec des instructions sur comment insérer un tampon (et d’autres froncements de sourcils adolescents similaires) et rit tout le long de ce qui doit être la plus grande circulation de tout périodique pop de part le monde”. 

(2) Certaines critiques sont difficiles à contenter. Quand The Circus de Erasure, qui s’est vendu à un demi-million d’exemplaires, dont pas moins de quatre tubes ont été sortis en 1987, David Stubbs du même journal s’est lamenté : “Je me languis de Depeche Mode ; le chant transparent de pacotille, le glissement et l’espièglerie, les boules de neige, le léger narcissisme”. 

(3) Bien qu’un manœuvre de marketing tout aussi sournoise a été mise en place pour l’album suivant de Depeche Mode, Music For The Masses et la resortie de 1988 en CD de Speak & Spell, on a fait attention aux protestations de Wilder par la suite. 

Traduction – 5 juillet 2009

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