Stars de l’électro de stade

“Il y avait toujours cette sensation culte. Peu importe combien on [semblait] devenir gros, j’ai toujours ressenti – même quand on a joué dans des stades – qu’il y avait une sorte d’intimité”.
– Martin Gore, 2001

“Hier à Los Angeles, le groupe britannique Depeche Mode a fait exploser tous les records précédents quand ils sont apparus dans l’un des plus gros disquaires du monde. Quelques 5000 fans avaient campé devant le magasin pendant quatre jours avec la queue qui s’étendaient sur près de deux kilomètres. Au moment où le groupe est arrivé, il y avait plus de 17 000 fans hurlant dehors, avec le Beverly Center en face envahi par des fans qui essayaient de mieux voir. La police de Los Angeles a fermé l’événement après 90 minutes parce qu’elle pensait que la vie des membres du groupe était en danger. 200 unités de police, dont des hélicoptères et des officiers à cheval casqués et portant un bouclier, ont essayé de calmer les fans. Finalement, la police a escorté le groupe hors de leur hôtel. Le chef de la police nous a dit : C’est notre plus grande opération depuis la visite présidentielle”.

La session de dédicace malheureuse du groupe au Wherehouse sur le Cienega Boulevard à Los Angeles a résulté dans l’hospitalisation de plusieurs fans pour de petites blessures. Le lendemain sur KROQ, Richard Blade a annoncé que Daniel Miller pressera 25 000 exemplaires d’un enregistrement exclusif d’interviews rares et de matériel inédit pour tous les fans qui n’ont pu aller au Wherehouse.  “Ils iront à tous ceux qui nous enverront une enveloppe pré-timbrée à KROQ de la région de Los Angeles », a déclaré le DJ qui soutient toujours. « Cela montre combien le groupe est dévoué à ses fans, et c’est pourquoi leurs fans leur sont fidèles. Ils font toujours un truc en plus pour eux”.

Bien sûr, le sentiment était réciproque, comme le magazine Spin en a souligné les distances que certaines fanatiques de Depeche Mode étaient prêts à parcourir. Prenez, par exemple, “la typique fille des Vallées” Kelly, qui, avec 325 albums de Depeche Mode à son nom (de jeune fille de 15 ans alors), a été citée comme “l’une de leurs plus gros collectionneurs aux États-Unis, possiblement au monde”, et était apparemment prête à sacrifier sa vie pour le groupe !

Au moment de l’article “Pop à la Mode” de Spin, le DJ de 20 ans Danny (alias “The Brat”) venait de de réaliser un “méga-mix” dansant de 56 minutes des préférées des Modes : “Je suis devenu fan quand Master And Servant est sorti – pas vraiment pour le ton sexuellement provocateur de la chanson, mais pour son groove dance techno en avance sur son temps. Je ne suis pas un gros fan de house, mais j’aime la dance industrielle, et, pour moi, ils menaient vraiment la danse”. (Finalement, “The Brat” deviendra le webmaster du site web officiel de Depeche Mode.)

Spin a recherché l’avis professionnel de Blade sur la renaissance américaine du groupe. “Leur musique frappe les mômes juste là entre les yeux. Ils peuvent s’identifier aux chansons de Martin parce qu’il n’écrit pas sur l’amour à la manière de, disons, Richard Marx [chanteur/compositeur américain à l’eau de rose], qui sort Je t’aime, je t’ai perdu, je suis triste. Martin parle d’angoisse, d’amour adolescent quand on dirait que la fin du monde approche ; [quand] tu es si géné que lorsque quelqu’un te regarde de travers, cela peut être dévastateur”.

Comme Music For The Masses auparavant, Violator est entré dans le Top 100 des charts albums du Billboard à peine 18 jours après sa sortie du 20 mars 1990 ; à la différence de Music For The Masses, il y est resté pendant 74 semaines renversantes au moment où Depeche Mode avaient fini leur World Violation Tour de 88 dates, de loin leur tournée qui a eu le plus de succès en date.

Nashville serait étrangement absente de la partie d’ouverture américaine de 44 dates de l’itineraire de la tournée, cependant.

Alan Wilder : “Le seul et unique concert à Nashville qu’on ait joué [au Ryman Auditorium le 24 mai 1988] a été bien reçu, mais a eu le moins d’assistance de tous les concerts de la tournée [Music For The Masses] ; je suppose que c’était la raison pour laquelle ce n’était pas notre priorité lors de notre retour. Ce n’est pas la faute des fans locaux de DM ; c’est juste que Nashville semble avoir une scène musicale uni-dimensionnelle”.

Heureusement, ce n’était pas le cas partout aux États-Unis.

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Tandis que certaines tournées précédentes de Depeche Mode comprenaient des bandes rythmiques recyclées, elles ont été retravaillées en entier pour le World Violation Tour – par exemple, Behind The Wheel fusionnait en Route 66 dans un style que Alan Wilder a appelé en blaguant “vrai cabaret”. “Les bandes [sonores 16 pistes] du World Violation Tour ont été préparées à Worldwide International – le studio de Mute – principalement par moi, avec Steve Lyon [ingénieur du son de Violator]”, a expliqué Wilder.

Dès lors, le groupe, leur équipe de tournée (dont un costumier pour chaque membre du groupe) et un vaste décor de scène – conçu par le nouvellement nommé “directeur visuel” Anton Corbijn (comprenant, pour la première fois, des écrans vidéo pour projeter les films du Hollandais) – ont été envoyés sous le soleil de la Floride pour le début des répétitions.

Alan Wilder : “On savait toujours que trois mecs coincés principalement derrière des claviers ne feront jamais un concert dynamique, et, à ce jour, la majeure partie de la performance repose sur les épaules de Dave. Même au début, avec une composition très simple de claviers et d’un magnétophone (qui était au centre de la scène), on a essayé d’incorporer des changements de toile de fond et des éclairages inhabituels. Inévitablement, la production est devenue plus élaborée tandis que la taille des salles a augmenté et il était évident qu’on avait besoin de compléter le spectacle par un intérêt supplémentaire de vraiment passer un message – d’où les décors scéniques plus élaborés et plus tard, les films. Les films réhaussaient la production dans une telle mesure qu’il a été impossible d’en enlever l’utilité une fois qu’elle a été établie. Au moment du World Violation Tour, on prenait 11 camions et une équipe d’une centaine de personnes”.

Le World Violation Tour a démarré au Civic Center de Pensacola d’une capacité de 10 000 personnes le 28 mai ; la première fois que Depeche Mode jouaient dans l’État ensoleillé avec trois concerts en Floride devant plus de 15 000 personnes chaque soir qui suivaient Atlanta en Géorgie, a été suivi par la pièce de résistance de deux concerts consécutifs à guichets fermés dans le Giants Stadium de 80 000 places à East Rutherfold dans le New Jersey, foyer de l’équipe de football américain les New York Giants. 42 000 tickets se seraient vendus dans les quatre heures qui ont suivi la mise en vente !

Le producteur de Violator, Flood, a été soufflé par la pure échelle du spectacle : “Je me souviens d’être allé les voir au Giants Stadium, et ils ont pulvérisé le record du merchandising ; de Bon Jovi, de U2 – tous ces groupes – Depeche Mode étaient les plus grands !”

C’était la même histoire sur la côte opposée tandis que la présentatrice de Eyewitness News sur KABC7, Francesca Cappuci, a rapporté lorsqu’elle a couvert le retour le 1er août de la sensation British dans les studios de la radio : “Il est difficile pour Depeche Mode de faire quoi que ce soit de subtil à cause de la passion qu’ont les fans pour eux. La dernière fois que le groupe était en ville pour lancer la sortie de leur nouveau disque, Violator, 15 000 [sic] fans sont venus et la scène est devenue dangereuse parce que tant de personnes étaient là. Eh bien, Depeche Mode sont de retour, cette fois pour une série de concerts. Deux concerts au Dodgers Stadium se sont vendus en un instant”.

48 000 tickets se sont vendus en moins d’une demi-heure pour ce qui était à l’origine la dernière date américaine du World Violation tour au dodgers Stadium d’une capacité de 56 000 places, foyer de l’équipe de baseball LA Dodgers, le 4 août – et cela s’est passé deux mois avant le concert ! en moins de 72 heures, une seconde date a été prévue le lendemain, qui s’est également vendue en un clin d’œil, le journal britannique The Guardian rapportant à ce propos – bien qu’avec un aparté : “Le grand moment de leur tournée actuelle, balade relativement courte de six mois, était deux concerts à LA devant un total de 110 000 personnes”.

Des Depeche Mode confiants ont tenu une conférence de presse télévisée à Los Angeles après trois concerts consécutifs à guichets fermés à la Sports Arena de San Diego et ses 13 000 places. Quand on leur a demandé pourquoi ils avaient décidé de jouer dans l’environnement plus intime des 6300 sièges de l’Universal Amphitheater immédiatement avant les colossaux soirs au Dodgers Stadium, un Dave Gahan bronzé, portant des lunettes d’aviateur typiquement américaines et un gilet noir exposant des bras de plus en plus tatoués, a répondu : “On a fait la même chose à New York quand on a joué au Giants Stadium ; on a joué au Radio City [Music Hall] aussi, juste faire un concert dans un endroit plus petit juste pour une atmosphère complètement différente. En fait, j’ai plus de trac de le faire que des concerts dans des stades, parce que tu es juste au dessus de tout le monde – tu peux voir le visage de tout le monde”.

Un Alan Wilder habillé plus décontracté a ajouté : “C’était en fait assez difficile d’essayer de distribuer les tickets justement, parce qu’il y a un problème scalpant dont je suis sûr beaucoup de personnes sont au courant – les gens les achètent par paquet et ensuite beaucoup sont lésés. Alors on essaie de trouver une manière pour distribuer les tickets justement”.

La discution est alors passée au statut d’auto-management de Depeche Mode et l’insistance associée à avoir un contrôle artistique complet sur tous les aspects de leur carrière. Alan Wilder : “C’est compliqué, mais heureusement on est capables de donner des rôles, et ils ont en quelque sorte émergés, vraiment, plutôt qu’avoir été désignés à chacun. C’est juste [pour] qu’on ne se marche pas trop les uns sur les autres quand on fait de la musique, et quand on fait le boulot du manager”.

Dave Gahan : “Fletch [Andy Fletcher] s’occupe beaucoup de ça…”

Interrompant son collègue, en pleine parole, un Fletcher portant des lunettes a blagué : “Heureusement, je ne suis pas du tout créatif !”

Alan Wilder : “Il y a des moments où ça peut être un peu de pression, particulièrement quand tu es sur la route et que tu as 20 décisions différentes à faire à propos de choses vraiment stupides et quelques choses financières importantes, tout ça. Cette pression s’élève, et elle peut causer des tensions et du stress, et tout ça”.

Dave Gahan : “Je ne pense pas qu’on aimerait que ce soit d’une autre manière”.

Wilder a raconté une journée typique sur la route avec Depeche Mode, vers 1990 : “Pour un membre du groupe aux États-Unis, par exemple : Sortir de l’hôtel à 13 ou 14h, aller au terrain d’aviation local. Aller en jet privé avec l’entourage immédiat (environ 12 personnes) vers la prochaine ville. Arriver à 16h approximativement. Aller directement à la salle de concert pour les balances. Revenir à l’hôtel à 18h, sauna/gymnastique rapide s’il y a le temps, partir pour le concert à 19h45. Monter sur scène à 20h30/21h ; en descendre à 23h, suivi par le backstage et une soirée en ville jusqu’aux petites heures du matin »… répétez ça 44 fois !”

Le World Violation Tour a pris une pause de trois semaines avant de (re)faire ses innombrables flightcases en préparation de la première apparition du groupe en Australie au Horden Pavilion de Sydney le 31 août.

Andy Fletcher : “C’était un voyage génial vers l’Orient, mais on s’est retrouvé dans une situation Catch-22 avec la production et tout, [parce qu’] ils n’avaient pas vraiment le matos là-bas”.

La production s’est ensuite installée au Japon pour plusieurs dates, suivies par un chapelet de concerts européens, commençant à Bruxelles le 28 septembre. Un mois plus tard, James Brown du NME était bouche bée durant trois performances consécutives au Palais Omnisport de Bercy à Paris où Depeche Mode ont joué devant un grand total de 50 000 personnes – trois fois le nombre de supporters de la première division de football. Brown s’est vu accordé une audience avec Andy Fletcher à l’intérieur d’un “hôtel si cher qu’il ne ressemblait pas à un hôtel !”, mais désormais l’excitation diminuait pour le claviériste : “La chose irritante à propos de cette [tournée} européenne, c’est qu’on a joué dans ces salles six ou sept fois et c’est toujours les mêmes visages ; il n’y a pas ce sens d’excitation qu’ona toujours aux États-Unis dans un endroit nouveau”.

Puis encore une fois, la tournée était 64 dates en un concert rondement mené qui restait pratiquement inchangé soir après soir, à part possiblement la pause acoustique solo de Martin Gore. “Même quand Martin prend une guitare et nous fait une sérénade solo, a observé Brown, les fans l’acceptent comme du pur Depeche et hurlent avec plaisir tandis qu’il devient aussi sensible qu’un homme qui fait de la pop à partir d’effets sonores de ligne de production peut l’être ; en vérité, le rythme brillant impitoyable des synthétiseurs de Depeche devient un peu monotone au bout d’un moment, mais ils ne le jouaient pas pour moi, ils le jouaient pour les fans.

“Quand le groupe arrive, les masses ne sont plus simplement excitées et deviennent carrément hystériques. Le public hurlant est plus fort que le groupe. L’effet combiné du hurlement – et ce n’est pas du cri d’adolescent du type New Kids [On The Block], c’est adulte – des briquets, et des fans ridiculement excités n’est pas que simplement choquant, c’est impressionnant. Ils n’ont pas besoin qu’on leur dise Depeche Mode sont énormes partout – ils l’ont vu il y a des années. Il n’est pas difficile pour eux d’obtenir de l’attention, mais il ne serait pas mal à propos pour un groupe qui a tant de succès dans le monde d’être plus considéré chez lui”.

Fletcher a réusmé la difficile relation du groupe avec la Grande Bretagne quand on lui a demandé si Depeche Mode rentrera dans l’histoire : “Dans d’autres pays, certainement – surtout en Allemagne et dans le bloc de l’Est ; en Angleterre, on est plus détestés qu’aimés. [C’est] le seul pays dans lequel on a une histoire, tu vois, parce que durant les deux ou trois premières années, on a produit nos pires disques ; on était le plus célèbre et le plus maladif. On souriait sur chaque photo, on était dans Smash Hits chaque semaine, et les gens se souviennent toujours de ça. Ils pensent aussi qu’on est passés de ça à la ruine et le lugubre, alors il y a ces deux visions extrêmes de Depeche mode en Angleterre – on est soit pop, ou ruine et lugubre, mais on est en fait les deux !”

Fletcher a continué pour expliquer l’origine du titre de l’album : “On l’a appelé Violator parce qu’on voulait un titre très heavy metal. Le dernier album, Music For The Masses, était un autre titre sarcastique que personne n’a compris ; ce n’est pas vraiment grave parce qu’on sait qu’on était sarcastiques. Les Allemands, en particulier, n’ont pas du tout saisi Music For The Masses, parce que là-bas on est vraiment de la musique pour les masses, et ils ne comprenent pas le sarcasme – ils disaient : Oh, alors qu’est-ce que c’est ? Vous faites de la musique comemrciale ? Je pense que les gens passent à côté de l’humour du groupe, parce qu’à moins que tu ne sois un vrai dévoté, tu ne regardes pas sérieusement les groupes, tu jetes juste un œil à une vidéo sur Top Of The Pops et prends une décision rapide si oui ou non tu aimes ou pas”.

“Avec le climat musical actuel s’installant si profondément dans la musique produite électroniquement”, a commencé Helen Mead, écrivant pour le NME deux jours avant la sortie britannique du 19 mars 1990 de Violator, “il est très difficile de penser quoi que ce soit de ce genre comme étant différent de la House ou s’accrochant aux salauds des nouveaux rythmes de Front 242, mais c’est, bien sûr, oublier Depeche Mode, qui – en termes de nouveau produit – ont été en dehors de la scène depuis Music For The Masses en 1987, une escapade luxueuse et dense dans le monde de pop songs grandioses.

“Alors Violator – un titre ridicule pour un album heavy metal ou une B.D. porno hardcore – dans les deux cas, Radio 1 ne l’interdira pas – juste glousse avec une ironie désabusée, parce que Depeche Mode sont de gentils garçons et heureusement, ils ne semblent ne rien avoir à voir avec les drogues – ni avec la scène Acid House ! Le plus proche d’être trippy que Depeche mode aient été, c’est sur leur version de Clean de Tangerine Dream [sic]”. (1)

La chronique de Paul Lester du Melody Maker du 10 mars commençait d’une façon prometteuse : “Depeche Mode ont toujours été les pauvres cousins de New Order et de Kraftwerk, offrant des variations piétonnes parfois sans conséquence du thème électro-pop… Violator, leur septième album studio, contient l’œuvre la plus saisissante de Depeche Mode en date. De manière surprenante, ils sont à présent jugés par les connaisseurs de la House de Detroit et Chicago comme les pionniers de la nouvelle culture dance – non pas que Depeche Mode aient fait un disque d’Acid [House].

“Tandis que la House est une musique notoirement anonyme, l’identité de ce groupe est manifestement évidente dès la ruée synthétique d’ouverture de World In My Eyes. Dans une récente interview, dave Gahan a décrit le son qe le groupe visait sur Violator comme du blues du futur, établie un cadre moderniste pour les progressions d’accord blues traditionnel et dur. Sweetest Perfection et Clean sont les exemples de cette expérience ici, tous les gadgets et l’agitation du premier fracas Modien comme Just Can’t Get Enough réduits à l’essentiel, la voix de Gahan brutalement ouverte dans le mix… (2) Violator est noir et sombre et non pas un peu vicieux”.

Décrivant World In My Eyes, Gore a révélé plus de son soi intérieur en proclamant : “C’est une chanson très positive ; elle dit que l’amour et le sexe et le plaisir sont des choses positives… Je suis probablement aussi influencé par [Albert] Camus, [Franz] Kafka et Bertolt [Brecht] que par la pop. J’écris vraiment ces trucs pour une raison”.

Si oui ou non, le fan de Depeche Mode moyen partageait la fascination de Gore pour l’existentialisme était académique ; grâce au succès de Enjoy The Silence, Depeche Mode venait juste de rater le sommet des charts étant donné que Violator a grimpé à la 2ème place des charts albums britanniques.

La pochette de l’album conçue par Anton Corbijn comprenait une vaste couche d’obscurité compensée par un motif d’une rose rouge vif, dont des variations apparaissaient sur la pochette et dans le clip de Enjoy The Silence. Tim Nicholson du Record Mirror a été impressionné : “Avec Violator, ils ont façonné un véritable dongeon de chansons sur lesquelles vous pouvez faire cliqueter vos menottes. World In My Eyes est à la porte de la cave et est l’introduction parfaite de ce compromis entre la pop et quelque chose d’un petit peu plus sinistre. Il n’y a pas de bruits déplacés dans ce vide parfaitement formé ; les chansons sont comme des étoiles brillantes dans un ciel noir ; ou des clous argentés sur une veste en cuir noir souple. L’émerveillement, c’est que plus ils dépouillent leur musique, plus ils sont énormes”.

Aux États-Unis, c’était définitivement le cas, mais sur le front britannique, il semblait que Depeche Mode étaient arrivés sur le plateau des stades en 1986.

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Avant de finir la partie d’ouverture américaine du World Violation Tour, un troisième single a été extrait de ViolatorPolicy Of Truth, avec ses nombreuses couches cachées d’images sonores qui s’entremêlaient, pouvaient à peine être décrit comme ayant un son dépouillé ; en effet, il était passé par de nombreuses révisions enregistrées avant d’être inclus sur l’album.

Alan Wilder : “Habituellement, ça signifierait des problèmes avec une chanson, bien que dans ce cas, on savait qu’on avait un morceau fort – un single potentiel. Le riff principal de la chanson s’est avéré être un tel problème pour en obtenir un son, et on doit avoir essayé 100 variations différentes avant de se poser sur ce qui était devenu peut-être le son de l’album – de la guitare slide”. (Une première pour Depeche Mode, Nils Tuxen, musicien de session extérieur a été employé, jouant de la guitare slide à pédale sur Clean.)

Policy Of Truth est sorti d’abord au Royaume Uni le 7 mai. (3) Le Policy Of Truth (Trancentral Mix) dépouillé et trance par KLF – duo ambiant / techno qui a culminé les charts en 1991 constitué de Bill Drummond et Jimmy Cauty – était particulièrement notable étant donné que des bribes déplacées de chant de Gahan rivalisaient pour l’attention contre des chants d’oiseau, un mouton, des téléphones qui sonnaient et un accent Cockney fou qui entonnait, “I’m not a politician; I’m a businessman!”

Le 19 mai, Policy Of Truth pointait au Royaume Uni à la 16ème place ; peut-être à cause de sa familiarité de l’album Violator. Invariablement, les sorties en édition limitée ne satisfaisaient que les collectionneurs de Depeche pour qui les divers remixes se révélaient irrésistibles, comme la face B instrumentale de Gore, Kaleid (prononcé colle-aïlle-de), enregistré au studio Worldwide International de Mute à Londres, et mixée aux studios Konk par Daniel Miller et un certain George Holt.

Le single a marché relativement mieux outre Atlantique après sa sortie le 22 mai sur maxi 45 tours, maxi cassette et maxi CD (4)Policy Of Truth est entré dans les charts Billboard le 11 août, atteignant la 15ème place durant 16 semaines de présence.

Anton Corbijn est retourné à son habitude de filmer en monochrome pour produire un clip provocateur comme il convient dans lequel une jeune fille lascive est vue cabriolant avec chaque membre du groupe dans divers endroits de New York.

Le chroniqueur du Melody Maker, Jon Wilde, a écrit dans l’édition du 5 mai : “Avorton des poubelles de Violator, ce lugubre marathon lourd de tics de table de mixage a été remixé par François Kervorkian ; eh bien, François, vieux pote, tu es un branleur dans la langue de tout le monde”.

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Entre finir au Budokan de Tokyo le 12 septembre et commencer 38 dates européennes au Forest National de Bruxelles le 28 de ce mois, un quatrième single a été extrait de Violator.

Alan Wilder : “World In My Eyes avait, en fait, été enregistré très tôt durant les sessions d eMilan [aux Logic Studios] et, peut-être, pour cette raison montrait des éléments Depeche familiers qui le liait aux albums précédents. Il a été fini à Londres, et, avec son troisième couplet jeté et l’utilisation de double bande vocale pour remplir et construire les refrains suivants, était probablement le morceau du LP qui sonnait le plus électro – une sorte d’hommage à Kraftwerk, dans un sens rythmique au moins”.

Cette fois, le NME a été rapide pour repérer la connexion avec Düsseldorf : “L’un des vrais plus de la montée de Depeche Mode, c’est que leur besoin d’expérimenter ne s’est pas dissou alors qu’ils regardent de plus en plus loin dans le grand trou noir du mainstream américain. Prenant de nombreux indices sonores de Kraftwerk, ils, avec leur petite troupe de maître mixers nommés, se surpassent. Il n’y a aucun signe ici d’un passage aux motifs de dance noire, mais, encore une fois, il n’y en a pas besoin”.

Un sort similaire dans les charts était réservé à World In My Eyes (5) après sa sortie tactique le 17 septembre sur les habituels six formats. Ainsi que six remixes du titre phare, deux chansons inédiates de Martin Gore, Happiest Girl et Sea Of Sin ont été contrôlées par la lourde main remixante de Kervorkian aux Axis Studios de New York.

Alan Wilder : “Happiest Girl a été enregistré durant la réalisation de l’album et a été par la suite reléguée en face B ayant à l’origine été marquée pour l’inclusion sur l’album ; Sea Of Sin a toujours été une face B et enregitrée par la suite. Je ne suis pas fou d’aucun morceau, honnêtement”.

World In My Eyes était soutenu par un clip de Corbijn, utilisant des images en couleur et au ralenti de divers extraits de différentes dates du World Violation Tour. Il était fini le temps du métal frappé sur scène d’autrefois ; l’intérêt visuel était maintenu par le jeu de guitare de plus en plus régulier de Gore et le monstrueux système modulaire positionné derrière Wilder avec son jeu intriguant de LED rouges qui clignotaient par séquences, style Tangerine Dream. (Sans motif évident de cables visibles, la présence du synthé d’époque était purement pour le spectacle.)

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Une vidéo Strange Too (sortie en novembre) était censée parler de “Depeche Mode, de vie, d’amour, d’envie, et de se rapprocher des quatre”.

Selon Caroline Sullivan du NME, qui a traduit “en six clips artistiques comprenant des transats [Enjoy The Silence], des huttes d’adobe [Halo], des paysages urbains à la Mean Streets [Policy Of Truth] et les Depeches paraissant sinistres et préoccupés [tout le long]. Le flot incessant de couleurs et d’images dans chaque clips – les chansons sont les quatre derniers singles de DM [Personal JesusEnjoy The SilencePolicy Of Truth et World In My Eyes], plus deux morceaux [Clean et Halo] extraits de l’album Violator – semblent avoir été choisies pour leur impact visuel plutôt que pour une relation à une chanson, alors regarder cela est une expérience plaisemment surréelle. Cette compilation réalisée par Anton Corbijn est une bonne démonstration de ce qu’on peut accomplir avec une caméra Super 8”.

Également en novembre, Halo est monté à la 21ème place des Modern Rock Tracks Charts des États-Unis. Bien que morceau album uniquement, à un moment, comme se rappelait Alan Wilder, la chanson était considérée pour sortir seule : “En ce qui concerne les singles [de la période Violator], Halo était sur une liste, mais n’a jamais été un véritable candidat. On a fini par le faire d’une manière détournée en faisant un clip – ainsi que pour Clean – pour remplir la compilation Strange Too”.

Halo a vu Depeche Mode retourner sous la chaleur cuisante du désert californien, à la consternation initiale d’Andy Fletcher : “C’était le moins marrant à tourner, parce que c’était le dernier, et à l’époque, c’était durant la tournée et on était totalement morts. Anton a dit : On aura besoin de vous pendant deux jours – c’est habituel, mais en fait on a vraiment aimé ce clip à la fin. Il semblait bien aller [avec la chanson]”.

Martin Gore a préféré son rôle à l’écran dans Clean, ce qui est parfaitement compréhensible, étant donné son storyboard “difficile” : “En gros, j’ai juste passé un après-midi à embrasser une fille en sous-vêtements. C’est le meilleur clip que je n’ai jamais fait !”

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Depeche Mode sont revenus chez eux en novembre 1990 pour faire six concerts à guichets fermés partagés équitablement entre le NEC de Birmingham et la Wembley Arena de Londres – avec un total de 70 000 personnes apportant une recette qui approchait les sept chiffres.

Alan Wilder : “Avec un business de tournée aussi grand que le nôtre, ça peut prendre jusqu’à deux ans pour régler tous les comptes, payer les taxes et faire une véritable distribution financière de profits aux réalisateurs – juste comme n’importe quel business, en fait”.

Paul Lester du Melody Maker a chroniqué le dernier spectacle live : “Quand la Mode Rapide débarque à la Wembley Arena de sa planète Basildon, c’est comme si Madonna et Janet Jackson n’étaient jamais arrivées – comme peut-être Depeche Mode sont en train de devenir la plus grande attraction multi-platine de la revanche des normaux depuis ce groupe du Merseyside quelques années auparavant. Quand Depeche Mode se matérialisent, avec la précision du quartz, à neuf heures ce lundi soir réfrigérant les testicules, et 12 000 croyants gémissent, tapent du pied, poussent des cris aigus et en général de grosses larmes leur coulent des yeux, il s’avère que – pour une toute petite raison – leur culte du diamond geezer est à plusieurs milliards d’années lumières des tortues marines à fleurs. Depeche Mode sont énormes

Personal Jesus inspire une démonstration étonnante de participation du public, où chaque personne de la salle lève les bras en l’air et scande Reach out and touch faith ! L’intérêt de la chanson anti-icône religieuse est perdu si massivement dans la foule qu’il frappe sur le rebond, et leur volonté imbécile, et soumission à l’air perdu prennent une beauté fasciste que seuls ceux qui sont présents peuvent apprécier”.

Les quotidiens britanniques sont venus en force pour enquêter sur le phénomène de Basildon. Chroniquant le concert de Wembley du 19 novembre, Giles Smith de The Independent a sèchement remarqué la contribution visuelle non subtile de Corbijn : “En plein milieu, ils jettent le gant en incluant une séquence de film, diffusée sur des écrans à l’arrière de la scène, dans laquelle on voit une main peindre le mot clean sur un mur. La caméra est restée stable pendant que le graffiti dégoulinait : à ce moment, on demandait, assez littéralement, au public de se divertir en regardant de la peinture sécher. (6)

“Devant d’autres images – cette fois montrant un bouton de rose qui fleurit lentement – [Martin Gore] s’est lancé dans deux balades sur le thème de brûler à l’intérieur et de s’inquiéter du vide de tout dans un monde rempli e rien ; le côté retentissant général a été quelque peu tempéré par le genre de débit que vous oublierez assez rapidement, même venant d’un chanteur de rue : sa voix s’est égarée dans des clés alternatives durant les moments aigus, tandis que ses mains écrasaient les cordes comme s’il portait des gants en Pyrex – vous regrettez rapidement la chaleur musicale que seules les machines peuvent générer”.

Adam Sweeting (The Guardian) : “La dernière section du concert ressemblant à une célébration, si Clean ou la lugubre Never Let Me Down Again peuvent être ainsi décrites ; Personal Jesus le pourrait certainement, tandis que Gore frappait viollement sa guitare pour rapprocher les Modes autant que possible de Status Quo ; des cowgirls plantureuses ornaient les projections tandis que les Modes paradaient d’un air morose à côté avec leurs chapeaux de cowboys – électropop marrante ? Révolutionnaire, mon cher Watson”.

Jasper Rees (The Times) : “Depeche Mode reconstruisent une fine tranche du passé avec la précision d’une machine, principalement parce qu’ils ont les machines pour les aider ; s’il n’était pas évident qu’il est un fantôme à l’intérieur d’une des dites machines, le batteur aurait été remarqué comme un bosseur dans le groupe…

“Un véritable instrument, cela doit être dit, a été aperçu durant l’interlude acoustique du compositeur Martin Gore. On sentait qu’il en a fait trop du moment comme pour faire savoir au public que c »était vraiment lui qui touchait les cordes. Il s’est avancé encore une fois dans Enjoy The Silence, l’une d’un groupe de chansons lugubres que le groupe a joué extraites du nouvel album Violator. Nous tourmentant avec la possibilité jusqu’ici vague d’un véritable solo, il a opté à la place de traiter son instrument aux courbes féminines comme un partenaire de danse. Pour la plupart du public bondé plein d’excitation attisée invraisemblablement par le genre portrait robot d’électropop de Depeche Mode, le symbolisme du moment n’a pas dû beaucoup compter”.

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Dans un article publié dans The Guardian (15 novembre) ; Bruce Dessau a reconnu que le synthétiseur “peut ne pas suinter le glamour des instruments en chair et en os” sur scène, mais que son “potentiel créatif est plus grand”.

Martin Gore : “On a toujours placé beaucoup d’importance sur le jeu sur scène, et je pense qu’on a vraiment aidé les gens à se rendre compte que la musique électronique était puissante et fonctionnait dans un environnement live”, a réfléchi le compositeur drôlement calé en 1998. “Et aujourd’hui, il est accepté que des groupes comme les Prodigy fassent de grands concerts”.

Dave Gahan : “On a probablement d’une certaine manière aidé les gens à faire comprendre l’idée qu’elle [la musique électronique] n’était pas de la musique réelle. Ce genre d’étiquette nous a collé pendant un moment – ce n’est pas de la musique réelle, ce qui est débile”.

Quand Dessau l’a persuadé de lister son “Top 10” des thèmes lyriques du moment, Gore a répondu timidement : “Les relations, la domination, l »envie, l’amour, le bien, le mal, l’inceste, le péché, la religion, l’immoralité”.

Les 88 dates du World Violation Tour se sont terminées au NEC de Birmingham le 27 novembre. Le résumé d’Alan Wilder a réglé le compte de l’observation du NME sur ces “gentils garçons [de Depeche Mode]” : “Je ne dirais pas que la tournée a été plus intense que de nombreuses autres fois. On était au sommet, à cause du succès – particulièrement aux États-Unis ; les tickets se vendaient comme des petits pains, et on s’amusait.

“Il y avait beaucoup d’ecstasy qui tournait, mais [je] ne pourrais dire que quelqu’un en a été affecté de manière contraire. Apparemment, Dave prenait de l’héroïne, mais ce n’était pas évident dans ses performances, et il y avait la quantité habituelle d’alcool et de frivolité. C’était une longue tournée, e peut-être y-a-t-il eu une réaction retardée avec les fissures apparaissant plus tard – peut-être quand il nous est venu à l’esprit que les attentes avaient monté, et qu’on devrait essayer de donner suite à Violator”.

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Juste avant de partir sur le World Violation Tour, Dave Gahan s’est terré pendant une journée dans une luxurieuse suite du Kensington Hilton International, pour faire face à une longue queue de journalistes européens.

“Je suis un homme de famille maintenant”, a dit Gahan à Jon Wilde du Melody Maker. “J’aime retourner chez moi et être avec ma femme et mon petit garçon, faire toutes les choses du quotidien comme tout le monde. Ça peut sembler chiant, mais beaucoup ont cette idée que les popstars mènent cette vie de Riley dans laquelle ils font la bringue chaque soir – ce n’est pas le cas, putain !”

Robert Marlow : “Martin appelait de n’importe où il était – souvent bourré, parce qu’il avait toujours un problème avec les vieilles bibines – disant quelque chose comme : On est dans une limousine ; on est à detroit ! C’était habituellement en pleine nuit, et je disais Ah ? Okay. Tu t’amuses ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Et il disait : Tu ne croirais pas ce qu’il se passe ! Et j’étais là, allongé, à devoir travailler dans quelques heures !”

La célébrité avait évidemment ses bonus, mais pour Gahan, à 29 ans, père marié, elle pesait lourdement sur ses épaules. Au moment où la tournée s’est finie, il avait changé de l’individu casanier (comme il se décrivait) en un qui avait quitté sa femme et son enfant à la recherche d’une vie différente, reflétant effectivement le comportement destructeur de son propre père, quelques 25 années douloureuses auparavant.

“Partir ouvre ton esprit”, a-t-il dit à Jennifer Nine de Melody Maker. “J’avais besoin de partir. Je me sentais piégé par tout ce qui m’entourait. La dernière [tournée] était géniale, on a eu beaucoup de succès et Violator a été énorme de part le monde – et j’aurais dû être au sommet du monde, et ce n’était pas le cas. J’avais tout ce que je pouvais possiblement vouloir, mais j’étais vraiment perdu. Je ne pensais même plus que je me connaissais. Et je me sentais comme de la merde parce que je trompais constamment ma femme, et je suis rentré à la maison et j’ai menti, et mon âme avait besoin d’être nettoyée. Je devais comprendre pourquoi”.

Ce n’était pas que son âme qui avait besoin d’être nettoyée. “Après que le [World ViolationTour se soit fini, j’ai passé quelques mois à Londres et c’est là où ma dépendance est partie complètement en vrille”, a dit Gahan à Phil Sutcliffe de Q en 1999.

“J’ai simplement pris un sac et je suis parti louer un endroit à Los Angeles, a-t-il confessé à Nine. « Durant la tournée Violator, je me suis séparé de ma femme. mon année [suivante] a vraiment été passée à faire un examen de conscience et à essayer de trouver ce qui avait mal tourné dans ma vie, et à penser, assez honnêtement, si je voulais revenir faire tout le truc – disques, tournées, célébrité, Depeche Mode – encore une fois. M’arracher de tout avec quoi j’avais grandi et que je connaissais, dont ma femme à l’époque, et mon jeune fils, Jack, aussi… tout ça a été assez douloureux pour moi”.

Avec le recul, l’homme de 39 ans plus mûr et cultivé de 2001 a pu réexaminer l’expérience déchirante avec un plus grand sens de clarté : “[Quitter Jack] a été quelque chose que je regrette grandement. [À l’époque] ça me tourmentait toujours ;  c’était comme si je quittais quelque chose qui faisait vraiment partie de moi, et je voulais vraiment [l’]élever dans ma vie. Je pense que je me suis vraiment senti mal à ce propos pendant un moment – essayant de noyer les sentiments [de culpabilité]. Mais j’ai passé plus de temps à noyer [ces] sentiments qu’à bouger mon cul et faire quelque chose, ce qui aurait été la bonne chose à faire à l’époque, au lieu de juste me plaindre”.

S’étant positionné à plus de 5000 kilomètres de son fils et héritier de cinq ans, Dave a cimenté le geste en se liant à la vive Teresa Conroy qui, selon l’Internet Movie Database, était apparue dans plusieurs films porno hard sous le nom de “Terri” avant d’accompagner le groupe de part et d’autre des États-Unis en tant que liaison avec la presse sur les tournées de 1988 et 1990. Regardant avec le recul ce déménagement américain irréfléchi, Gahan a admis : “Je suis tombé amoureux d’une fille durant ce qui était la tournée Violator, [alors ] voilà, et j’avais toujours voulu [vivre là-bas] – l’idée de m’installer en Californie et d’essayer quelque chose de différent m’est venue”.

“Je m’ennuyais vraiment et j’étais vraiment dans un cocon”, a dit Gahan à Paul Connolly du Times, en 2001. “Je me sentais à l’abri dans ma vie en Angleterre à bien des égards, et je n’aimais pas ça. j’étais là avec une femme aimante, un bébé, une grande maison à la campagne, deux voitures dans l’allée, et y’avait quelque chose qui clochait. Je voulais m’installer en Californie, mais Joanne ne voulait pas”.

L’angoisse de Gahan a été aggravée par la mort prématurée de son père avec qui il était brouillé. “Mon père est décédé en 1990, et après ça, je me suis intéressé à lui et j’ai posé des questions sur lui à ma mère. Je pense qu’il aimait bien boire. Elle n’avait que très peu de photos de lui, mais une d’entre elles le montrait dans un pub; J’ai pensé : Ouais, c’est bien mon vieux.

“Je pense que ce qu’il s’est passé, c’est [que] je ne me faisais pas confiance, ni en propres capacités à juger ce qui était bon pour moi ou pas. J’ai toujours eu des problèmes de confiance, et je ne m’étais pas rendu compte que ça venait probablement du fait que je ne me faisais pas confiance. Je ne dirais pas que ça avait à voir avec la famille ; ça venait juste de moi quand j’étais petit.

“Je ne me sentais jamais vraiment à l’aise quand je vivais en Angleterre – une jolie maison à la campagne, deux voitures dans l’allée ; je ne pensais pas que c’était moi. Alors je pense qu’une grande partie de ça [déménager en Californie] avait à voir avec moi en pleine introspection – rechercher une sorte de pertinence pour moi : pourquoi je suis là ; ce que je fais… ce qu’on fait tous ?

“Je ne dirais pas que j’étais à 100% à l’aise dans chaque [situation] – j’avais définitivement besoin de la famille et d’une stabilité, mais j’avais toujours l’envie de sortir et jouer qui me démangeait. En cours de route – surtout après toutes mes conneries durant la fin des années 1980 et le début des années 1990, j’ai trouvé une manière de garder les deux et de faire les deux”.

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(1) En fait, ce commentaire de fermeture n’était pas aussi étrange qu’il semblait à première lecture, car le motif de batterie menaçant et martelant, au rythme modéré de Clean a plus d’une ressemblance passante à Darkness, interprété par les maîtres du synthé allemands sur la bande originale de 1985 de Legend de Ridley Scott. 

(2) C’était Martin Gore qui chantait Sweetest Perfection et aussi l’auto-proclamée “chanson perverse”, Blue Dress

(3) Cette fois avec cinq mixes différents étalés sur six formats (45 tours, maxi 45 tours et maxi 45 tours en édition limitée ; cassette ; et CD et CD en édition limitée). 

(4) Accompagnés par un 45 tours et une cassette supplémentaires le 24 juillet. 

(5) World In My Eyes a atteint la 17ème place des charts singles britanniques le 29 septembre. En contraste, il a stagné à la 52ème place du Billboard et à la 17ème des charts Modern Rock tracks, pendant une durée de quatre semaines. 

(6) U2 a plus tard incorporé efficacement les films de Corbijn dans leur propre décor scénique de plus en plus élaboré, déclenchant un concert d’accusations de la part des fans ardents de Depeche Mode que les stars irlandaises des stades avaient copié les œuvres du décor scénique du World Violation de Depeche Mode. Alan Wilder : “Corrigez moi si je me trompe, mais je ne pense pas qu’Anton était impliqué dans le design de la scène de U2, alors qu’il était lié de près à la nôtre”. 

Traduction – 23 février 2010

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