Quand quatre est devenu trois

“Ma décision honnête de quitter le groupe est venue durant l’enregistrement de l’album Songs Of Faith And Devotion. Je me rappelle de une ou deux occasions qui sont restées de manière très nette dans ma tête où, durant cet enregistrement – en particulier ces premières sessions – j’ai pensé, ce n’est pas agréable ; je ne veux pas faire ça ; c’est la dernière fois que je veux être dans cette situation”.
– Alan Wilder, 2001

Ayant traversé l’Amérique du Sud sans incident rapporté, la presse s’en est donné à cœur joie quand il a été annoncé que Primal Scream ouvrirait pour Depeche Mode pendant 11 semaines sur la partie nord-américaine de l’Exotic Tour. Étant donné la réputation sulfureuse des rockeurs écossais, ce pourrait être vu comme étant un geste en quelque sorte suicidaire de la part de Depeche Mode étant donné que Gahan ne montrait aucun signe de limitation de sa consommation de drogue. Merci le psy sur la route à 4000$ la semaine !

Martin Gore : “Ça n’a pas vraiment fonctionné, parce que, même si Fletch l’a vu occasionnellement, aucune de nous autres ne l’a fait. Après six semaines, on y a mis fin”.

Alan Wilder : “Dave a fait un gros forcing pour avoir Primal Tap avec nous sur la tournée – je ne vois pas pourquoi ! Je trouvais que c’était probablement une recette pour le désastre, mais je m’en foutais trop pour argumenter. À ce moment-là, je fonçais tête baissée, sur la dernière ligne droite, à juste essayer de survivre jusqu’au dernier concert”.

En effet, on ne pouvait discuter avec le déterminé Gahan qui était désespéré d’avoir les Primals sur l’Exotic Tour : “J’ai insisté ! J’adorais leur attitude et l’album qu’ils avaient fait à l’époque – Give Out But Don’t Give Up. Je voulais qu’on puisse swinguer comme ça, et être aussi cools. C’était mon idée, et Teresa travaillait pour Steve Rennie, qui les manageait à l’époque. Je traînais juste avec eux”.

Phil Sutcliffe de Q a résumé le scénario – et avec le consensus général de la presse : “Pour la dernière tournée américaine, Gahan a réussi à obtenir la première partie de ses âmes sœurs droguées présumées, Primal Scream. Mais, selon des sources de l’intérieur, les Scream ont été si secoués par le niveau d’excès de Depeche Mode que, désormais, ils ont abandonné le pêché avec ferveur et leur prochain album a été enregistré sans contribution de poudre, cachet ou joint”.

Cette observation a été confirmée dans une certaine mesure par Andy Fletcher : “J’étais à l’hôpital durant la tournée avec Primal Scream, mais je pense que c’était probablement une mauvaise nouvelle plus pour les Primals que pour Depeche. Je ne pense même pas qu’ils se soient rendus compte de l’état dans lequel tout le monde était à l’époque. Je pense qu’ils ont été choqués ! La longueur de la tournée a été une erreur”.

Étant donné qu’il était physiquement présent, Wilder était dans une meilleure position pour rendre un jugement plus objectif quant à comment étaient en fait Primal Scream. “Ils puaient un peu – surtout Bobby [Gillespie], a-t-il blagué. Honnêtement, je n’ai pas passé beaucoup de temps avec eux, alors je ne pourrais [parler] de leurs personnalités. Dave et Daryl aimaient faire la fête avec eux le plus, mais ça voulait généralement dire des fêtes organisées à la va-vite dans les chambres d’hôtel. Je préférais sortir traîner après un concert”.

Martin Gore : “La partie [de l’Exotic Tour] sur laquelle on a le plus écrit était celle qu’on a faite avec Primal Scream ; qui n’a duré que trois mois et la tourne elle-même a duré 15 mois. Quand ils n’étaient pas là, je suis sûr qu’on n’était pas des anges, mais ce n’était pas vraiment une orgie ; ce n’était pas complètement incontrôlable tout le temps. On n’aurait pas survécu si ça avait vraiment pris les proportions épiques dont tout le monde parle”.

Andrew Perry du magazine Select a voyagé avec Primal Scream, et a été le témoin de problèmes potentiels dès le début. “Gahan était évidemment émerveillé par eux, mais les Scream étaient en complet désordre dès la minute où ils ont rejoint la tournée en Californie. Ils venaient de finir une tournée de trois semaines en Grande Bretagne, et ils étaient  lessivés. Quand ils ont atterris à San Francisco, ils ont immédiatement rencontré des difficultés à la douane qui présumait qu’ils devaient transporter de la drogue parce qu’ils étaient un groupe rock. Et ce soir-là [le 12 mai], ils devaient jouer [au Cal expo Amphitheater] à Sacramento”.

Primal Scream ont répondu à l’attente pervertie de Gahan, quand même : “On s’est beaucoup amusés, en fait – à bien des occasions. Ils étaient toujours dans ma loge”.

Pas besoin d’être devin pour le comprendre. “C’était excellent”, maintenait Gahan, adoptant un accent glasvégien passable. “On frappait à ma porte avant le concert, et c’est [Andrew] Innes, ou ‘Trob’ [Andrew Young], ou Bobby [Gillespie] : Z’avez-pas un p’tit oinj, M. G ? Je peux pas, ce soir, j’ai été avec mon pote Jack [Daniel’s] toute la journée. J’ai juste besoin d’un p’tit oinj, M. G. Et, bien sûr, je les approvisionnais avec tout ce dont ils avaient besoin. Bobby a vu mon petit jeu, et je pensais voir le sien. Il donne une image géniale de merde torchée, mais c’est un vrai mec pas con du tout. Bobby équilibrait vraiment bien ça ; il savait où s’arrêter. Pas moi. Je ne me rendais pas compte que personne ne jouait vraiment aussi bien à ce jeu. Et les Scream ont prouvé ça”.

À l’époque, Gahan a remarqué : “Le problème, c’est que plus tu te défonçais en leur compagnie, plus ils se calmaient”.

“Ce n’était pas drogué, a dit Bobby Gillespie au Guardian. C’était les plus petites quantités de drogue que j’ai prise de ma vie ! C’était tout simplement chiant”.

Dans l’état des choses à l’époque, moins de quinze jours après son arrivée, le guitariste Throb a réussi à se retrouver derrière les barreaux quand il a failli être condamné pour outrage à la pudeur après avoir nagé nu dans la San Antonio River avec trois roadies. “Ils m’ont menacé d’outrage à la pudeur, a-t-il dit à l’époque. J’ai regretté tout ça le lendemain. Ça devait être l’alcool”. (L’homme de sécurité de Primal Scream, Steve Malloy, n’a pas eu autant de chance ; il a été arrêté pour actes délictueux visant des biens et relâché sous caution.)

Comme l’a rapporté le magazine Select en février 2000 : “Durant la tournée américaine cauchemardesque du groupe en première partie de Depeche Mode en 1994, ils étaient au bout du rouleau et découragés au moment de leur propre concert au minuscule 8 by 6 Club de Baltimore. Duffy est arrivé à la balance complètement soûl, arborant quelques doigts cassés et un panneau autour du cou qui disait, inexplicablement, Pas d’arts martiaux. Des mots ont été échangés et Throb s’est jeté sur Duffy – à essayer d’ouvrir la tête du claviériste avec sa guitare – et pendant une heure ou deux, le groupe avait officiellement splitté”.

En effet, la vie sur la route avec Depeche et les Primals semblait tout sauf ennuyeuse. Perry a rapporté des coulisses des concerts du Jones Beach Amphitheater des 16 et 17 juin : “Gahan était dans un sale état à ce moment-là, avec des vieilles filles rock américaines qui lui pendaient au cou, tout en résilles déchirées et talons aiguilles, incapables même de mettre leur rouge à lèvres correctement. Ils avaient un roadie qui allait chercher les 15, 20 plus belles filles du public pour les emmener backstage, évidemment pour le plaisir des Modes”. Pas de changement ici, alors.

“[Primal] Scream prenaient toujours des boîtes de disques et avaient des platines dans la loge, continuait Perry, alors il y avait tous ces gens qui dansaient, et Dave Gahan assis au milieu de la pièce dans un fauteuil, s’envoyant apparemment des pelletés de cocaïne à une vitesse effroyable.

“Tout à coup, il a semblé se rendre compte que j’étais journaliste, et il m’a montré du doigt et un de ses grands larbins est venu me prendre. J’ai dû m’agenouiller à côté du fauteuil pour qu’il puisse me parler. Il a commencé à marmonner à propos de la manière dont les gens ne le comprenaient pas, mais ensuite, son humeur a changé brusquement et il a dit Je vais te maudire ! et la seule chose dont je me souvienne ensuite, c’est qu’il m’a mordu dans le cou ! Après, il criait et tout le monde le regardait jusqu’à ce qu’il sorte de la pièce en trombe, toujours à brailler qu’il m’a maudit. J’ai présumé qu’il était complètement à l’ouest mais ensuite, sur scène, il était totalement équilibré et professionnel”.

Alan Wilder : “En gros, personne ne se laissait tenter par quoi que ce soit avant les concerts ; je ne connais pas vraiment l’état exact de Dave avant les concerts sur la tournée Songs Of Faith And Devotion, mais il me semblait toujours capable d’assurer le show correctement”.

Alors qu’avait à dire “Dracula Dave” des impressions de Perry ? “Je pensais qu’on s’amusait bien – je parle du concert au Jones Beach [Amphitheater]. Je me souviens d’avoir lu ça, mais je ne me souviens pas vraiment de la faire. Je pense que j’avais une fascination à l’époque pour les vampires, mais je commençais vraiment à passer dans cet endroit où je croyais vraiment ce que je créais. J’aurais pu définitivement être un vampire, dans ma tête ; j’étais fasciné par ça à l’époque. Même le lit dans lequel je dormais, à Los Angeles, était en forme de cercueil –  un énorme lit double, en forme de cercueil ! Toute ma vie était Spinal Tap à l’époque, mais je riais toujours de ça. Quand c’était bien – quand tu atteins ce moment sur la tournée, on s’est vraiment bien amusés”.

* * *

Alan Wilder : “Le mythe qui se développait autour de la tournée Devotional aujourd’hui semble être complètement incontrôlable ; en vérité, ce n’était pas plus rock’n’roll que les autres tournées de Depeche Mode. Tout le monde avait son propre petit monde en tournée qui existait aux côtés d’une performance professionnelle sur scène ; elle était juste plus longue que les autres et par conséquent a été mieux documentée.

“La machine bien huilée voulait dire que, assez souvent, nos chemins ne se croisaient même pas, à part des deux heures sur scène. La plupart des histoires ont un élément de vérité ; tout le monde s’adonnait à ses propres trucs – parfois avec des résultats destructifs, mais tout ça fait partie de la manière privée dont on gère un monde aussi bizarre et irréel. Il y a aussi eu d’autres incidents comme de mauvais vols et des bagarres, ce qui a causé des tensions, mais c’est inévitable quand tu as tant de personnes qui bourlinguent de part le monde pendant 18 [sic] mois”.

Le mauvais vol que mentionnait Wilder a eu lieu le temps d’un weekend de repos de la tournée.

Alan Wilder : “Martin et moi, on était à bord d’un Dallas-Caraïbes quand, au bout de 20 minutes environ, il y a eu un grand boum et je pense que tous les masques à oxygène sont tombés. C’était une sorte de problème de pressurisation. Il y a eu pas mal de panique, et les hôtesses de l’air, les larmes aux yeux dans les bras de chacune, n’inspiraient pas vraiment confiance. Le pilote a dû faire demi-tour et on a passé 20 minutes horrifiques à essayer de revenir à Dallas. Plus tard, on nous a informés de source sûre que si on avait été à notre altitude de croisière, ça aurait été un incident majeur ! On a terminé complètement ronds comme des coings à l’aéroport, finissant par louer un avion privé à grands frais et se réveillant sous le soleil des Caraïbes avec un bon mal de crâne”.

Ayant passé 13 bons moins sur la route sur une période de 15 mois durant les épuisantes tournées Devotional et Exotic, Depeche Mode ont finalement fait leur dernière performance là-bas au Deer Creek Music Center de Indianapolis le 8 juillet ; ayant été vus par pratiquement deux millions de personnes au total.

Alan Wilder : “Malgré tout ça, il y a eu beaucoup de bons moments, aussi. Non seulement c’était la tournée qui a eu le plus de succès avec une partie des meilleurs concerts qu’on n’ait jamais faits, mais, personnellement, je n’arrive pas à voir de quoi [parlaient] toutes ces histoires – j’ai passé un moment génial !”.

Tous ont sans doute passé un moment génial lors d’une autre fête extravagante de fin de tournée au St Andrews Hall, Detroit. Selon Alan Wilder, “[C’]était assez comparable à la réputation qu’avait gagné le groupe – au moins toutes les conditions standards de Depeche Mode étaient remplies : des filles très légèrement vêtues, des danseuses érotiques, Martin habillé en femme”.

Absent avec surprise des festivités, Dave Gahan, qui avait emmené ses singeries de stage-diving à leur extrême en sautant 4 mètres à Indianapolis, atterrissant l’épaule la première contre des sièges qui étaient fixés sur le sol en béton. Encore une fois, il a été emmené à l’hôpital sur un brancard avec deux côtes cassées atrocement douloureuses qui avaient créé une hémorragie interne. Seulement, le chanteur-loque n’a pas ressenti physiquement de la douleur pendant 24 heures étant donné qu’il était soûl à ce moment. Contre le conseil médical, Gahan a choisi de se rétablir à sa manière, se déchargeant du St Vincent Hospital en faveur d’une location d’une petite cabane en Californie du Nord près du Lac Tahoe avec sa femme Teresa, où il est resté sanglé pendant trois semaines.

Non pas que l’Exotic Tour ait été complètement mauvais, tandis que Wilder racontait quelques franches parties de rigolade traditionnelles de fin de tournée : “Jez Webb – le guitar tech – a émergé, à ma grande surprise, du corps du piano durant Somebody, je pense. C’est une farce typique de dernier soir de la tournée, qui est devenu une tradition chez les fraternités rock’n’roll en tournée. On a aussi vu des tour managers transformés en choristes travestis (Andy Franks). D’autres favorites incluent du talc sur les peaux de tambour, Madame Serpillère qui passe avec son balai pour nettoyer la scène durant le meilleur moment de Dave, et des culs nus sur le côté de la scène – oh, comment on a ri”.

Néanmoins, l’adrénaline de la tournée s’était terminée, et quand ce fait a finalement touché Dave Gahan, cela l’a touché de plein fouet. “J’ai vraiment aimé la tournée [Songs Of] Faith And Devotion ; j’ai aimé l’expérience de ces deux [sic] années. J’étais en plein dedans : Je vais le faire putain de merde ! Et personne ne va m’arrêter ! Ça m’a pris deux ans pour en redescendre”.

* * *

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, un associé de Andy Fletcher l’a remmené à The Priory à Roehampton. Bien installé en sécurité dans une chambre privée, Fletcher était apparemment convaincu que Dave Gahan était le diable, prêt à venir le chercher ! Le dit-associé a essayé de le calmer en ouvrant les rideaux sur un horizon assombri tandis qu’un coup de tonnerre solitaire a claqué au-dessus, pratiquement comme pas enchantement. “C’est lui ! C’est Dave !” a crié le bassiste.

Naturellement, le propre souvenir de Fletcher de son hospitalisation a été plus circonspect : “À la maison, je suis allé à l’hôpital pendant quatre semaines. Je me suis rétabli depuis en me mettant au yoga et à la relaxation. Je pense que je suis plus fort maintenant. Avec un peu e chance, il n’y aura pas de rechute”.

Tandis que Fletcher se remettait de sa dernière dépression, Gore organisait des extravagances pour épouser sa compagne, Suzanne Boisvert, à Bricken Hall dans le Hertfordshire le 27 août. L’omniprésent Rick Sky a rapporté un invité disant “Aucun frais n’a été épargné, le champagne a coulé toute la journée”.

Rob Andrews était d’accord : “Oui, c’était très somptueux, avec des cars [organisés] depuis Londres. Ça a duré jusqu’à très tard – aucun frais épargné, c’est bien vrai”.

À ce que l’on dit, Gahan est arrivé en titubant à la réception aux premières heures le lendemain matin, accompagné par divers membres de Primal Scream, avec qui il venait de faire un bœuf au festival de Reading. Détaché du sanctuaire relatif de sa grande vie en tournée – peu importe combien elle avait été clairement folle – les choses semblaient sombres pour le chanteur. “Teresa a décidé qu’elle voulait avoir un bébé, a-t-il dit à Q. Je lui ai dit, Teresa, on est des camés ! Parce que ne nous faisons pas d’illusions, quand tu te dopes, tu ne peux pas chier, pisser, jouir, non. Toutes ces fonctions physiologiques s’en vont. Tu es dans ce corps sans âme ; tu es dans une carcasse. Elle ne l’a pas capté”.

Comme si Andy Fletcher n’avait pas beaucoup à faire, il a subi un revers financier comme actionnaire infortuné dans le désastreux crack du marché de l’assurance de Lloyd’s de Londres. Ayant été introduit chez Lloyd’s par Leon Nahon, associé principal des comptables et conseillers d’affaires de Londres, Levy Gee, Fletcher a été comme on pouvait comprendre plus que mécontent de l’issue de son implication et a demandé à son avocat d’écrire à Nahon en demandant une explication. The Times a rapporté le conseiller d’affaires disant : “On reçoit de la correspondance de beaucoup de gens. Tout le monde qui était chez Lloyd’s et qui a perdu de l’argent tire sur tout ce  qu’il peut”. Fletcher a par la suite tiré un travers légal préjudiciable. “J’ai quasiment tout regagné quand j’ai poursuivi en justice mon comptable précédent, a-t-il déclaré. C’était une vraie escroquerie !”

Malgré ce contretemps financier, Andy et Grainne ont construit une luxueuse résidence secondaire sur une île boisée, sur le Tamise, près de Marlow dans le Buckinghamshire. “On avait vu toutes sortes de propriétés, mais ce n’était que par hasard qu’on a décidé de jeter un œil à ce que les agents immobiliers décrivaient comme une propriété sur une île de la Tamise ayant besoin d’une modernisation extensive.

“En vérité, ce qu’on a trouvé, c’était plus une cabane ayant besoin d’être démolie. Le site, cependant, était parfait. On en est tombés amoureux et on a décidé de l’acheter quasiment immédiatement. On a une des meilleures vues sur la Tamise, et c’est idéal pour pêcher, un de mes hobbies”.

Grainne Fletcher : “Nos idées initiales ont été quelque peu restreintes par les urbanistes. Malheureusement, ils ont insisté pour qu’on [reste] sur un concept à un étage et ne nous autorisaient pas à augmenter la taille du bâtiment qu’on remplaçait de plus de 10%”.

Avec ces restrictions en tête, l’architecte nommé des Fletcher, John Newton, a conçu leur retraite du weekend en un système de construction suédois en bois, lançant un plan à deux niveaux astucieux permettant une expansion future dans les combles : “Le concept initial avait trois chambres, une cuisine ouverte sur l’espace salle à manger-salon, plus deux salles de bain. La deuxième étape a ajouté une suite dans les combles, avec une salle de gym et une galerie”.

Robert Marlow n’a pas pu s’empêcher d’être impressionné : “La maison d’été de Fletch est super sympa – une cabane en rondins sur une île nommée The Rock, sur la Tamise. Je pense qu’il a toujours son bateau ; on sortait sur son bateau. On a passé de très beaux weekends. Il faisait d’excellentes fêtes là-bas”.

Pendant ce temps, Wilder a opté de se détendre, après la tournée en se faisant une virée en voiture tranquille dans les Highlands écossais avec sa nouvelle compagne Hep Sessa. Ce qui était censé être une pause agréable est descendu en expérience cauchemardesque quasi-mortelle, quelques semaines seulement après avoir échappé à son vol dans les Caraïbes. Un mois plus tard, le Melody Maker a repris l’histoire : “Alan Wilder de Depeche mode a échappé de peu à la mort quand un Tornado de la Royal Air Force s’est crashé sur un flanc de coteau près de Locherhead dans le Perthshire, en Écosse le 1er septembre, tuant  les deux soldats aériens [le lieutenant de 31 ans Peter Mosley et son navigateur, Patrick Harrison, de deux ans sont aîné]. Une pluie de débris éparpillés sur la route nationale A85 s’est abattue sur Wilder après que l’avion se soit écrasé à 200 mètres de sa décapotable”.

Wilder a publié une déclaration détaillé avec un récit horrible de la tragédie, que le journal musical a imprimé en entier : “Tandis que j’approchais un virage serré sur la route, le son du Tornado est apparu derrière moi, et tandis que je levais la tête, j’ai vu le dessous de l’avion à pas plus de 15 mètres au dessus de moi. En l’espace d’une seconde, à mon étonnement complet, l’avion s’était écrasé à côté de la route dans le vallon à environ 200 mètres devant. Apparemment, il volait à pratiquement 650 km/h.

“Alors que je faisais une embardée sur un chemin de ferme, j’ai entendu le son de l’impact et vu une énorme explosion dont la fumée et les débris m’ont quasiment englouti.

“Un autre témoin a couru appeler la police tandis que j’ai continué ma route dans le virage vers le site. En même temps, des particules de carbone, etc., ont commencé à pleuvoir sur la décapotable.

“Au bout du virage, des parties des corps des aviateurs décédés étaient clairement visibles sur la routes – des parties d’une ceinture de sécurité avec des boyaux attachés dessus, des bouts sanglants, etc. ; un parachute, des éclats en feu et une forte odeur de carburant.

“Après l’arrivée de la police, j’ai décidé de quitter la scène pour éviter d’être en retard étant donné que de nombreuses autres voitures étaient arrivées, et il n’y avait rien d’autre à faire. Ce n’était seulement à ce moment que je me suis rendu compte quelle chance incroyable j’avais eu. J’aurais sûrement été tué ou, pire, gravement mutilé, si j’avais été 10 secondes devant.

“La chose la plus incroyable, c’est qu’il y avait une chance sur un milliard que ça arrive et que je sois là à ce moment, étant donné les circonstances”.

Plusieurs années plus tard, Wilder était toujours audiblement secoué par le fait d’avoir frôlé la mort de tout près. “Je n’ai pas trouvé la religion ni eu d’expérience qui transforme la vie, mais ça a laissé sa marque. C’était la qualité surréaliste de l’évènement dont je me souviens le plus. La chose qui m’a frappé, c’était qu’une tragédie aussi instantanée soit immédiatement suivie par la banalité de la vie qui continue. Tandis que deux aviateurs décédés étaient étalés sur la route, le soleil brillait, les oiseaux chantaient, et aucune musique ne passait”.

* * *

Sans tenir compte de son jeu avec la mort, comme Gahan avant lui, Alan Wilder avait de sérieux doutes quant à être membre de Depeche Mode et entretenait ces pensées depuis un moment. Le 1er juin 1995 – le jour des 36 ans de Wilder – il avait pris sa décision. Il voulait sortir.

Alan Wilder : “J’ai convoqué une réunion à notre bureau [londonien] pour le dire à Martin et Fletch, et puis j’ai envoyé un fax à Dave à LA, ce qui, après avoir essayé de le joindre plusieurs fois au téléphone, était la seule manière que j’avais de lui dire. Je n’ai pas eu de réponse directe de Dave, mais il nous a envoyé avec Hep [que Alan a épousé en 1995] un énorme bouquet de fleurs quand Paris [Wilder] est née [en 1996]. Je suis sûr qu’il comprend parfaitement pourquoi je suis parti, et il n’a été qu’un parfait gentleman en ce qui concerne toute la situation”.

La réaction des membres du groupe présents à cette réunion londonienne fatidique a été plus immédiate. Comme alan Wilder s’en souvenait : “Martin m’a serré la main et semblait un peu embarrassé, et Fletch s’est mis sur sa défensive et paraissait le prendre plutôt personnellement – je ne comprends pas vraiment pourquoi, puisque je ne dénigrais personne”.

Selon Fletcher, “On venait juste d’avoir une réunion – moi, Martin et lui – et il venait juste de l’annoncer. On a juste dit, Oh, pourquoi ? On ne pouvait pas le persuader de ne pas parler”.

Le même jour, Wilder a publié une déclaration à la presse concernant sa décision de quitter Depeche Mode : “À cause d’un mécontentement progressif des relations internes et les pratiques de travail du groupe, c’est avec tristesse que j’ai décidé de me séparer de Depeche Mode. Ma décision de quitter le groupe n’a pas été facile – particulièrement parce que nos derniers albums ont été une indication du grand potentiel que Depeche Mode réalisait.

“Depuis que j’ai rejoint le groupe en 1982, je me suis continuellement attaché à donner une énergie, un enthousiasme et un engagement totaux à la promotion du succès du groupe, et en dépit d’un déséquilibre consistant dans la distribution de la charge de travail, je l’ai volontiers offert.

“Bien que je crois que le calibre de notre production musicale se soit amélioré, la qualité de notre association s’est détériorée au point où je ne pense plus que la fin justifie les besoins. Je n’ai aucun souhait de dénigrer qui que ce soit – il suffit de dire que les relations sont devenues gravement tendues, de plus en plus frustrantes et, finalement, dans certaines situations, intolérables.

“Étant donné ces circonstances, je n’ai aucune option que de quitter le groupe. Il semble préférable, ainsi, de partir sur un sommet relatif, et comme je conserve un grand enthousiasme et une grande passion pour la musique, je suis excité par la perspective de poursuivre de nouveaux projets.

“Les autres membres du groupe ont mon soutien et mes meilleurs vœux pour tout ce qu’ils vont poursuivre à l’avenir, que ce soir collectivement ou individuellement”.

Vu le statut géographique fragmenté de Depeche Mode, Mute s’est apprêté à publier une déclaration succincte de leur côté : “Nous sommes très attristés de vous informer que Alan Wilder a décidé de quitter Depeche Mode après 13 ans. Le groupe n’a aucun projets de remplacer Alan, et Martin écrit actuellement de nouvelles chansons. Martin, Dave et Fletch ont l’intention de continuer sous le nom de Depeche Mode”.

En réfléchissant plus sur son départ de Depeche, Wilder a déclaré : “Je ne pense pas qu’il [les autres membres du groupe] étaient conscients que ça allait venir, et même s’ils l’étaient, je ne pense pas qu’ils pensaient véritablement que j’allais le faire…

“L’avantage d’une déclaration, c’est que c’est une bonne manière de refermer le débat. Je ne désire pas élaborer plus que ce que j’ai dit dedans ; il suffit de dire que les choses ne sont jamais aussi simples qu’elles le semblent de l’extérieur.

“Ce n’a pas bien été accueilli, mais je voulais essayer de résumer succinctement une partie des raisons de mon départ, plutôt qu’avoir la presse qui spécule et qui tire inévitablement des mauvaises conclusions”.

Fletcher a tiré ses propres conclusions à court terme : “J’ai pensé personnellement qu’il pensait qu’il n’y aurait pas d’autre album de Depeche Mode, et je pense qu’il pensait qu’il aurait sa part d’abord. Et, bien sûr, l’état dans lequel Dave était à l’époque… on pouvait avoir un coup de fil à n’importe quel moment pour nous dire qu’il était mort”.

Wilder a fait allusion à cela en écrivant “On pense généralement que j’ai quitté le groupe à cause des problèmes évidents de Dave, mais [ce] n’est pas le cas ; j’ai pensé, cependant, que DM qui continue dépendait si Dave pouvait s’occuper de lui ou pas, et, à cette époque, les choses étaient assez lugubres”.

Andy Fletcher : “En lisant entre les lignes, je pense qu’il pensait que je serais le premier à partir. Il n’a pas non plus dit de jolies choses sur Martin et moi-même, mais je peux comprendre ça. Il y a de nombreuses personnes avec qui je me suis brouillé durant toutes ces années on dit des choses qu’on ne pense pas vraiment pendant des années à venir”.

“Quand Alan a quitté le groupe, il a insisté pour faire une grande déclaration de presse”, s’est plaint Gore à Keith Cameron du NME en 1997. “L’un de ses points principaux, c’était qu’il pensait que la charge de travail durant les années avait été inéquitablement distribuée. Et si c’était le cas, c’était parce qu’il en décidait ainsi, parce qu’il voulait tout régenter. Si le travail était inéquitablement distribué, c’était parce qu’il l’a choisi”.

Quand on a demandé dans la même interview si Depeche Mode était resté en contact avec Wilder, Fletcher a suggéré qu’ils le voyaient à peine quand il était encore dans le groupe, seulement pour être interrompu en plein vol par Gore : “Je ne pense pas qu’on devrait se lancer dans un match d’insultes avec Alan, parce qu’il faisait intégralement partie du groupe et il avait beaucoup de contribution et beaucoup à dire en ce qui concerne le groupe”.

Mais tout assouplissement apparent de la part de Gore était éphémère quand il a apparemment accusé Wilder d’être “misanthrope”.

Alan Wilder : “Eh bien, il y a probablement un élément de vérité dans [cela], mais misanthrope est peut-être un peu sévère. Je n’ai pas de grande armée de soi-disant amis parce que je n’ai aucune patience avec les imbéciles et aussi je ne manque pas assez confiance en moi pour avoir besoin d’un entourage de lèches-bottes qui chantent mes louanges tout le temps. Je suis très sélectif dans les personnes avec qui je socialise.

“Je suspecte que Martin voulait dire que j’étais cynique et sarcastique, ce qui est, en gros, la vérité. Je reconnais qu’il est facile de se lâcher en interview et de dire des choses qu’on ne veut probablement pas dire. Je comprends aussi comment les journalistes peuvent soit mal comprendre ou délibérément transformer les paroles des gens, alors je ne fais pas attention à tout ce qui a été dit”.

Malgré tout, Fletcher était déterminé à s’exprimer : “On n’a pas eu de conversation avec lui depuis notre réunion, qui a eu lieu il y a aujourd’hui deux ans. Il y a eu quelques petites choses où il a été un peu bizarre à propos d’instruments et de guitares via notre tour manager. Alan n’a jamais été un membre original de Depeche Mode. il est devenu, par notre grâce, un membre à temps plein de Depeche Mode après qu’on l’ait employé en tant que musicien, et il a choisi de partir. Si ça avait été Martin, moi ou Dave qui serait parti, ça aurait été plus grave, parce qu’on est l’esprit original du groupe”.

Dans un état plus sobre, Gahan a commenté le départ de Wilder : “Ce pourrait être présomptueux de moi, [mais] je pense que ce qui est arrivé, c’était que Alan, durant l’enregistrement de Songs Of Faith And Devotion, avait déjà pris sa décision. Je pense qu’il y avait beaucoup de ressentiment, et Alan n’était pas du tout à l’aise avec la manière dont étaient les choses pendant longtemps”.

Il s’est avéré que la présomption de Gahan était en partie correcte.

Alan Wilder : “Les sessions de Songs Of Faith And Devotion de Madrid m’ont fait prendre conscience que je n’aimais pas assez la vie au sein du groupe pour garantir ma fidélité, surtout si on tient compte du fait que je ne trouvais rien de plus que je pouvais atteindre avec. j’avais simplement besoin de changement et je voulais faire quelque chose de différent”.

Martin Gore : “Je ne peux pas dire que j’étais surpris, parce qu’il y a eu des moments durant Songs Of Faith And Devotion [où] il n’était évidemment pas heureux, et durant la tournée, il n’était pas vraiment heureux. Un de ses principaux problèmes, c’est qu’il ne s’entendait pas avec Andy – je suis sûr que c’était l’un des facteurs. C’était difficile pour lui, parce qu’on a toujours été honnête sur le fait qu’Andy n’était pas vraiment musical. Quand on joue sur scène, on lui donne des parties à jouer, mais [elles ne sont] pas exactement difficiles”.

L’estimation de Gore était en partie exacte. “Oui, il y avait des difficultés et des défauts de communication, a admis Wilder. L’état d’esprit de Dave a manifestement aggravé tout à un certain degré, mais je ne dirais pas que c’était un facteur majeur dans ma décision. Toute tension entre Fletch et moi – et il est vrai de dire qu’il y en avait – était grandement immatérielle, puisqu’elle n’avait aucun impact sur les problèmes importants, comme la manière dont étaient faits les albums ou comment ils étaient interprétés”.

Gore a fait remarqué ce qui a provoqué la “tension” entre Fletcher et Wilder : “Alan, à l’époque, pendait qu’il était si impliqué dans la production et l’arrangement. Je pense qu’il trouvait que ce n’était pas bien qu’il gagne autant que Andy, qui, en gros, ne faisait rien en studio. Je pense que c’est devenu un obstacle – il ne me l’a jamais dit, au fait. Il n’est jamais venu me dire ça, mais j’imagine que ça a pu être une des raisons pour lesquelles il n’aimait pas Andy – à part le fait du clash de leurs personnalités”.

Étant donné que tous les albums studios de Depeche Mode sur lesquels Wilder a activement participé – de Construction Time Again de 1983 à Songs Of Faith And Devotion de 1993 – ont été crédités comme produits par le groupe et des gens tels que Daniel Miller, Flood et tout le reste, est-ce que Gore avait touché un point sensible ?

Alan Wilder : “Je ne pense pas que les crédits sur [les disques de Depeche] Mode reflétaient vraiment la vérité sur qui les a produits, mais, honnêtement, à l’époque, je me fichais de me lancer dans de grosses discutions sur tout le sujet. J’étais heureux de faire le travail parce que c’était agréable et c’était quelque chose à laquelle j’étais bon”.

Le nœud de la rupture, selon Wilder, repose ailleurs. “La relation qui n’a jamais vraiment grandi était entre Martin et moi. Je trouvais que c’était lui principalement qui n’estimait pas vraiment l’effort que je mettais, et ça me décevait, parce que généralement on s’entendait bien, et je respectais son talent de compositeur. Je devine que le côté introverti de la nature de Martin a rendu difficile pour lui de montrer son appréciation ou donner des louanges”.

Daniel Miller : “La manière dont Depeche Mode a toujours travaillé est très peu conventionnelle en termes de qui fait quoi. La manière dont ça marche généralement, c’est que Mart écrit les chansons, et il s’impliquera dans le studio aussi, mais il n’aime pas vraiment être en studio. Alan faisait une grande partie du travail sur le terrain en studio, et Fletch, qui ne joue pas vraiment d’un instrument, sera celui qui secoue tout ça de temps en temps en posant des questions difficiles ou n faisant un commentaire, ce qui les fera réfléchir – pas vraiment un catalyseur, [plus] une attitude d’arbitre ou d’homme de la rue ; très pragmatique, un pragmatique : Vous passez trop de temps sur ce morceau ; allez, passez à autre chose. Et ça marchait, vraiment, d’une manière ou d’une autre.

“Tandis que tout faisait partie de la chimie de Depeche Mode, Alan devenait de plus en plus frustré par des choses comme ça et trouvait que peut-être son rôle n’était pas passé apprécié par tout le monde”.

Dave Gahan : “C’est arrivé à un point où c’était comme un travail d’usine. Il y a une photo qui a été prise de nous durant les sessions Songs Of Faith And Devotion quand on était en studio à Madrid ; on est tous juste – de manière non réfléchie – assis ensemble à regarder dans des directions totalement différentes. Ça résumait vraiment tout, en gros”.

Daniel Miller : “Je ne sais pas s’il était justifié dans sa raison de son départ, mais je pense qu’il était justifié dans son ressenti que sa contribution était sous-évaluée par les autres membres du groupe. Il a affreusement travaillé, et je ne sais pas s’ils ont vraiment apprécié ce qu’il a fait”.

Alan Wilder : “Je pense que Dan [Daniel Miller] a senti venir mon départ et était peut-être un peu triste de le voir se réaliser, mais il a été très compréhensif et m’a toujours totalement soutenu”.

Alors est-ce que Wilder n’a jamais regretté sa décision ? “Dans les mots immortels d’une grande dame, Je ne regrette rien. Mon implications avec Depeche a été bonne pour moi ; je me considère privilégié d’avoir vu le monde et gagné tant de récompenses durant le temps que j’ai passé avec le groupe, quelque chose que seuls quelques uns sont assez chanceux d’avoir vécu ou atteint.

“Certaines choses qui ont été dites sont décevantes, mais j’ai aucun problème avec les autres membres du groupe. La vie est trop courte pour garder des rancunes, et ma dignité ne me laisserait jamais avoir recours à des querelles mesquines en public. Les membres du groupe et moi ont résolu toutes les questions légales en suspens…

“Pour la majeure partie, j’ai [aimé]. Il y a évidement des moments chiants comme attendre dans des aéroports, ce qui me rappelle : quand on a demandé à Charlie Watts ce que ça faisait d’être membre des Rolling Stones depuis si longtemps, sa réponse était, En fait, je n’ai passé que cinq ans dans les Rolling stones, et 20 ans à traîner. Ça résume à peu près tout.

* * *

Il se trouvait que Wilder n’était pas le seul à quitter le giron Depeche Mode. Ayant épousé la sœur de l’ex-femme de Dave Gahan, Jo, l’ami proche de longue date,  Daryl Bamonte – qui, au cours des années, est passé de roadie à assistant personnel pour finir co-Tour Manager – a vogué vers de nouvelles aventures en rejoignant son claviériste de frère Perry dans The Cure, comme Tour Manager. Apparemment, Bamonte s’est approché du nouvellement seul Alan Wilder pour rejoindre Robert Smith & co.

Alan Wilder : “C’était plus une demande qu’une question directe. J’ai pensé que c’était une blague au départ, mais je suis sûr qu’ils étaient sérieux. Daryl Bamonte, qui travaillait pour DM et qui travaille désormais au sein de l’organisation Cure, m’a demandé. La dernière chose que j’avais à l’esprit, c’était rejoindre un autre groupe. Je n’ai jamais voulu être dans un groupe pop toute ma vie – ça semble un peu juvénile de se laisser entraîné sur le circuit pop à quasiment 40 ans. Au fur et à mesure que tu vieillis, tu ne veux pas être lié à juste un groupe de gens ou une activité”.

Dans un coup de théâtre encore plus bizarre, Vince Clarke s’est apparemment approché de Martin Gore pour lui demander de reformer la composition originale de Depeche Mode après le départ de Wilder. “Il a en fait suggéré à plusieurs reprises qu’il voulait remplacer Alan et reformer la composition originale, et on a rit de ça les 15 premières fois, a déclaré Gore. Mais à chaque fois qu’on se voyait, il n’arrêtait pas de le dire, et [ça] nous a fait penser : Peut-être qu’il est sérieux”.

Alors est-ce que Vince Clarke était sérieux ? “Je ne sais pas, a continué Gore. Je ne lui ai pas dit effectivement, Ça te dirait de revenir pour un disque ? Je ne sais pas. Peut-être qu’il l’aurait fait. Mais je pense que notre musique [respective] est partie dans des directions tellement différentes. Je ne pense pas que ça aurait marché, de toute manière. Je ne pense pas qu’on soit toujours compatibles”.

Quand on lui a demandé s’il s’était approché de son ancien collègue dans Depeche Mode, Clarke l’a autant admis, mais ne semblait pas sérieux : “J’ai dû blagué là-dessus – probablement lors d’une soirée bien arrosée !”

Mais encore, à l’époque, Clarke a pu ne pas avoir digéré le premier album d’Erasure à échouer, Erasure de 1995, sur lequel le duo déviait de leur formule synthpop entraînante de trois minutes en faveur de morceaux plus longs. Comme le magazine Future Music l’a observé en novembre 1995 : “Là où les albums précédents ont vu peu d’extension de la boîte de trucs sonores de Clarke, avec des morceaux comme Guess I’m Into Feeling, c’est comme s’il avait finalement absorbé ce qui se passe dans le monde de la musique électronique dans les années 1990. ce pourrait être, en partie, dû au fait de travailler avec (entre autres) le collaborateur de Orb, Thomas Fehlman, autant qu’aux voyages dans les textures quasi ambiantes. Ces moments sinueux rendent au début l’album moins cohésif, [mais] au bout du compte, ils se révèlent être les plus satisfaisants. Les jours pop brillants de Sometimes et Blue Savannah sont peut-être partis, mais Erasure gèrent bien leur maturité”.

Malheureusement, les fans plus conservateurs d’Erasure n’ont pas répondu favorablement à de tels changements stylistiques. “On allait faire une sorte de Pink Floyd, Dark Side Of The Moon – Bright Side Of The Sun, s’est moqué Andy Bell. Je pense qu’il y avait une chanson de l’album Erasure [Stay With Me] qui était numéro 14 [sic – 15], ou quelque chose dans le genre”.

Quand on lui a demandé s’il avait considéré rejoindre Erasure après son départ de Depeche Mode, le déconcerté Alan Wilder a lancé : “C’est un peu comme quitter la distribution de The Fast Show pour aller sur Cannon & Ball !”

Traduction – 6 janvier 2013

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