Et si nous changions de nom ?

 “J’ai simplement pensé qu’ils [Composition Of Sound] étaient douteux – de douteux Nouveaux Romantiques. Je n’avais pas entendu la musique à ce moment”.
– Daniel Miller, 2001

La première scène de mauvais augure de Composition Of Sound, avec le chanteur de 18 ans Dave Gahan, s’est passée le 14 juin 1980. Le lieu ? Nicholas Comprehensive, Leinster Road, Basildon. L’affiche modeste faite à la main, conçue par le frère de Vince Martin, Rodney, annonçait leur première performance ainsi : “Discothèque avec French Look et Composition Of Sound à Nicholas School, 14 juin, 19h30”.

Vince Clarke : “Fletcher et moi, on avait fait les affiches et on est partis en ville les coller un peu partout”.

Renversant l’affiche de la fête de Deb Danahay, c’est French Look qui a fait la première partie de Composition Of Sound. Les deux groupes avaient une formation exclusivement constituée de synthétiseurs avec Andy Fletcher qui avait laissé sa basse à la maison et qui utilisait alors le bien-aimé Korg 700 de Rob Allen pour jouer ses parties, alors que Martin Gore a encore joué deux fois.

Un an plus tard, le journaliste de Smash Hits Steve Taylor a rapporté : “Gahan se souvient [quand] il est resté dehors devant la salle pour leur première prestation à quatre, la Nicholas School, où Fletcher et Gore ont étudié. Tu a passé environ une demi-heure dehors à essayer de te calmer, dit Fletcher. Tu as bu une dizaine de canettes de bière. Tout ce que Gahan se rappelle, c’est se répéter à lui-même : Je ne veux pas le faire, je ne veux pas le faire”.

Comme Gahan l’a plus tard admis : “C’est beaucoup plus effrayant quand tu te tiens devant les gens pour la première fois qu’on ne se l’imagine. Alors il m’a fallu quelques bonnes années pour que je bouge durant les concerts”.

Vince Clarke se souvient de la prestation à la Nicholas School comme “étant très bien, en fait, parce que c’était le premier concert qu’on ait fait avec Dave, et Dave avait ramené tous ses potes branchés”.

Un de ces potes branchés était Steve Brown : “Quelques uns d’entre nous avaient décidé d’y aller, alors j’étais là à rouler dans Basildon sans aucune idée de où se trouvait ce lycée. J’ai vu ce mec qui semblait y aller, alors je me suis arrêté et je lui ai demandé s’il savait où se trouvait le lycée. Il m’a répondu : Ouais, j’y vais, alors il a sauté dans la bagnole et je lui ai dit : Mon pote Dave joue. Puis, la prochaine fois que j’ai vu ce gars, il était sur scène – c’était Vince Clarke ! Il ne m’a jamais rien dit, mais à l’époque, il était si silencieux”.

À la porte se trouvait l’élève de Nicholas, Robert Skinner, qui, 22 ans plus tard, se rappelle encore bien du concert – mais pas vraiment des prestations : “C’était dans le vestiaire de la partie lycée. Je n’entendais pas trop la musique parce que j’aidais l’amie de ma sœur, Alison Jeffs, qui encaissait l’entrée, dont le prix montait à 50p !”

D’un point de vue du public, l’opinion de Vince de ce qui a plus tard été connu dans le cercle Depeche Mode sous le nom de “débâcle de la Nicholas School” semblait sonner juste, à en juger par le récit de témoin additionnel de Mark Bargrove : “Le lycée, bien que sur un seul campus, était séparé en un bâtiment collège et un bâtiment lycée. Le vestiaire était une grande salle où l’on accrochait les manteaux sur des tringles déplaçables, que l’on mettait sur le côté pour les fêtes, les concerts et les trucs dans le genre. Quant au concert [de Composition Of Sound] lui-même, je suis sûr qu’ils ont joué Ice Machine qui était la face B de Dreaming Of Me [premier single de Depeche Mode en 1981]. Ils ont assez bien été reçus puisqu’ils étaient du coin et que l’endroit était en grande partie rempli par le contingent nouveau romantique du coin”.

Cependant, avec plusieurs egos fragiles qui se bousculaient pour la pole position, les tensions étaient exacerbées.

Robert Marlow : “Je n’arrive absolument pas à comprendre à propos de quoi on se disputait, mais il y avait définitivement une grosse dispute au concert de la Nicholas School. Ils [Composition Of Sound] nous accusaient de gâcher leurs sons [de synthé]”.

Vince Clarke : “Il y avait une petite brouille au concert, parce qu’ils [French Look] estimaient qu’on avait tripoté leurs boutons [de synthé] ou qu’on n’avait pas bien branché leur matos !”

Si un groupe a délibérément cherché à saboter la prestation de l’autre n’a pu être prouvée de façon de façon concluante, puisque ni le résolu Vince Martin ni son Némésis Rob Allen n’est prêt à ouvrir la question du jour. En réalité, il y avait de l’orage dans l’air entre les deux avant le clash “bataille de groupes” du lycée.

Vince Clarke : “Je pense qu’on s’était un peu brouillés avant ça [le concert]. À Basildon, il n’y avait pas beaucoup de joueurs qui pouvaient faire certaines choses. Il n’y avait qu’un batteur à Basildon, alors tous les groupes devaient l’avoir ! Et c’était la même chose avec Martin Gore, Martin avait le synthétiseur, alors on s’accusait tous de l’avoir volé aux groupes des autres. Et Martin, toujours aussi peu engagé, faisait simplement ce que les gens lui disaient de faire”.

Toujours aussi gentleman, Robert Marlow est d’accord avec le jugement de ce dernier de la situation : “Il y avait une sorte de rivalité [entre les deux groupes] – principalement à propos de Martin. Et Martin étant Martin, il était fidèle aux deux parties. Martin a en quelque sorte flotté entre les deux camps pendant un moment, et Vince et moi, on s’est pris le bec et on ne se parlait plus, même si on se voyait tous les jours. Je pense que ça nous a pris deux semaines avant qu’on se reparle, je me rappelle marcher dans la rue, on s’est vus et on a éclaté de rire ! Rétrospectivement, ils avaient plus de choses pour eux dans le sens où Vince recherchait activement des concerts et s’impliquaient réellement, alors à la fin Martin est allé avec eux, même s’il est apparu occasionnellement dans un autre groupe que j’avais, qui s’appelait Film Noir.

Gary Smith : “Robert Allen avait un groupe différent toutes les semaines ! Martin jouait dans les deux groupes [French Look et Composition Of Sound], mais je pense que Vince jouait également dans plus d’un groupe. Il y avait énormément de groupes à Basildon, et ils essayaient toujours de se piquer les talents des uns des autres”.

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S’étant réconciliés, Vince Martin et Rob Allen ont déménagé de leurs foyers parentaux respectifs – dans ce que ce dernier a temporairement nommé un “squat de Basildon, même si c’est insultant envers le gars à qui appartenait cet endroit !”

Leur nouveau propriétaire était l’ancien batteur de No Romance In China, Pete Hobbs. Vince Clarke : “Il avait un studio H.L.M., alors on vivait tous les trois là-bas”.

De telles conditions inconfortables ont certainement rendu Vince, qui était désormais au chômage, plus que déterminé à avancer et à monter.

Robert Marlow : “Vince n’était pas beaucoup là, parce qu’il sortait tous les jours. Je ne retire rien de la force musicale de Martin, mais à cette époque, c’était définitivement la personnalité et le pragmatisme de Vince qui leur a procuré des concerts. Il était tous les jours dans le train pour Londres, à la recherche de concerts. Quant à nous autres dans l’appart, je n’allais pas vraiment à la fac et je restais à la maison à fumer de l’herbe, mais Vince était debout, lavé et dehors – à faire quelque chose”.

Avec Martin Gore et Andy Fletcher toujours engagés dans leurs emplois dans la City; c’était Vince Martin qui avait le plus de temps libre, et, de même, le moins à perdre. Néanmoins, décrocher des concerts en tant que groupe relativement inconnu n’était pas chose aisée. Vince s’est rapidement rendu compte qu’avoir une cassette démo à colporter dans des salles potentielles serait avantageux. Peu après le recrutement de Dave Gahan, Vince a installé la future première session d’enregistrement de Depeche Mode dans un petit studio à Barking dans l’Essex, au nom invraisemblable de Lower Wapping Conker Company !

Quelques 22 ans après l’événement, les souvenirs de Vince Clarke de la session sont assez vagues – d’autant plus qu’il n’a plus de copie de l’enregistrement en question. “J’étais celui qui avait de l’expérience, parce que j’avais été en studio une fois avant. De ce que je me souviens, on a fait quatre chansons dans le studio. Mais aucun d’entre nous savait ce qu’était la réverbération, alors on ne comprenait pas pourquoi ça ne sonnait pas aussi bien que la démo que j’avais faite avant, qui avait de la réverbération dessus, ce qui rendait tout génial”.

Gary Smith a accompagné le groupe dans cette session d’enregistrement et, d’après ce qu’on dit, conserve la seule copie qui existe encore de la démo : “Ils [Composition Of Sound] ont payé 50£ pour une cassette au studio et j’étais la seule personne à avoir une machine capable de copier des cassettes sur cassette à la maison, alors j’ai fait une copie pour chaque membre du groupe, alors à l’origine, il y avait cinq cassettes au total. Quand on parle à Fletch, il pense qu’elles sont toutes parties et se plait à penser que la mienne est la dernière. Il ne l’a pas entendue depuis des années. De toute manière, si tu écoutes la démo, elle est très… brute”.

Quand Stephen Dalton leur a demandé comment pourrait sonner la démo aujourd’hui, Andy Fletcher a répondu : “Je suppose qu’on sonnerait comme des pseudos Cure ou un truc dans le genre ! C’est assez bon”. Ah bon ? “Peut-être”. Clairement, le spectre du groupe gothique contemporain de Robert Smith pendait toujours au-dessus de Composition Of Sound.

Le souvenir de la première visite collective du groupe en studio de Martin Gore est centré sur sa naïveté de l’époque pour diriger son synthétiseur Yamaha CS5 compliqué : “Tu connais ce son qui fait – WAUGH ? Je suis resté coincé sur celui-là pendant des siècles. Et quand on a fait notre première démo, tous les morceaux avaient les mêmes sons [dessus]”.

Peu importe le résultat de cette première session, Vince Martin avait désormais quelque chose censé représenter Composition Of Sound qu’il pouvait faire écouter à des promoteurs potentiels, à la fois pendant ses ballades londoniennes de plus en plus régulières et sur ce que Gary nommait “le circuit local” – à Southend et ses environs. Une autre affiche survivante de Rodney Martin – cette fois avec une police plus futuriste que celle de la Nicholas School la semaine précédente – annonçait un concert de Composition Of Sound au Top Alex le samedi 21 juin 1980. Ce qu’un avion et diverses bicyclettes signifiaient était ouvert à l’interprétation, mais l’affiche a été dûment photocopiée (sûrement par Andy Fletcher au travail) et tapissée dans la ville.

Selon Robert Marlow : “Il n’y avait pas grand chose à Basildon en termes d’endroits où jouer”, fait appuyé par Andy Fletcher. “Comme il n’y avait nulle part où jouer à Basildon, on jouait surtout à Southend. À Southend, il y avait une grande tradition de R& B ainsi qu’une scène soul – le Goldmine et tout ça. Southend était vraiment un super endroit – les Feelgoods, le R&B mélangés avec toute la soul”.

Le désaccord temporaire entre Vince Martin et Rob Allen devait déjà être réglé le 21 juin 1980 puisque ce dernier était indirectement impliqué dans cette première prestation de Composition Of Sound en étant leur éclairagiste : “Le Top Alex se trouvait dans un pub de Southend nommé The Alexandra, expliquait Marlow. Ils avaient une salle à l’étage – Top Alex, tu vois ? J’ai fait les lumières pour ce concert – allumé ou éteint ! Qu’est-ce que tu veux pour cette chanson ? Allumé ou éteint ?”

Le rapport de Steve Taylor dans Smash Hits jette encore plus de lumière sur cette performance particulière : “[Dave] Gahan se souvient de leurs débuts à quatre au Top Alex, pub de Southend qui est normalement un bastion R& B : On a vraiment été bien reçus – ils secouaient la tête au rythme de notre pop”.

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Avec seulement trois monosynthés parfaitement portables et une boîte à rythmes dans les poches, Composition Of Sound voyageaient légers, mettant en pratique la déclaration de Andy Fletcher selon laquelle “tu n’avais pas besoin d’ampli parce que tout ce que tu avais à faire, c’était le brancher [le synthétiseur] sur une sono”. Avec peu ou pas d’argent dans la cagnotte, il n’y avait pas de pieds de clavier de haute qualité pour les garçons débutants de Basildon.

Robert Marlow : “Ils n’utilisaient pas ces pieds en X parce que, je suppose, ils auraient dû les acheter. C’était des chaises qu’ils utilisaient, je pense – des chaises, des tabourets, ou des caisses de bière, avec un bout de tissu jeté dessus. Comme ça, ils faisaient un clin d’œil à l’élégance vestimentaire !”

Composition Of Sound pouvait ne pas avoir de spectacle qui claque, mais ils sont rapidement devenus une combinaison gagnante avec un chanteur qui attire les regards en Dave Gahan et, plus important, une bonne sélection de chansons catchy, principalement écrites par Vince Martin.

Robert Marlow : “L’avantage du fait qu’ils [Composition Of Sound] n’utilisaient que des synthés monophoniques était que tu devais avoir un arrangement synchro si tu voulais avoir ce son. Vince écrivait toutes les chansons. Quand tu les reconsidères aujourd’hui, elles ne cassent pas des briques, sur le plan des paroles ou n’importe, mais c’était de bonnes chansons, ce sont de bonnes chansons. Pour moi, elles sont simplement fantastiques ! La mélodie de fin de Dreaming Of Me va très bien avec l’accord sur lequel elle est basée. Vince passait des heures assis à dire : Okay, Martin, tu fais ça”.

Marlow s’est également montré indulgent envers la technique de clavier de Andy Fletcher – ou plutôt son manque : “Il jouait, bien qu’une grande partie était constituée de notes qui se répétaient constamment. Dans le son général, tu ne remarquais pas vraiment si Fletcher jouait ou pas – c’était un autre avantage des arrangements de Vince”.

Fletcher a plus tard déclaré en mode auto-défense : “Tu n’avais pas à être un grand musicien à cette époque, tu avais juste besoin d’idées décentes. On a commencé avec juste une basse et une guitare à essayer de faire de la musique nouvelle. Tout le monde était jeune, et à cause du punk et de la new wave, tout le monde essayait de faire quelque chose qui soit différent et intéressant. Bien sûr, au moment où les synthétiseurs sont arrivés sur le marché à un prix très abordable, c’était vraiment tout simplement excitant parce que tu avais la possibilité de faire des sons vraiment intéressants à moindre coût”.

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Quand il ne jouait pas ou ne recherchait pas de concert, Vince Martin s’occupait en affûtant ses talents de compositeur et d’arrangeur en préparation des répétitions régulières du groupe, dans le garage des Martin à Mynchens.

Diverses connaissances débarquaient occasionnellement pour y assister, Robert Marlow en faisait partie : “C’était une maison à trois étages, avec un garage au rez-de-chaussée. La mère de Vince n’aimait manifestement pas le bruit. C’était une couturière de talent, et faisait ces imperméables pour les conducteurs de voiture de course. Alors elle était au dernier étage, dans sa salle de couture, et tous ces potes passaient alors elle devait descendre les escaliers à toute vitesse pour leur ouvrir la porte ! On allait dans le garage et il y avait quatre gars debout avec des casques sur les oreilles parce que la mère de Vince avait mis le holà sur le fait qu’ils répètent la journée à déranger les voisins et elle, parce que ça pouvait être très fort.

“Alors tout ce que tu pouvais entendre, c’était leurs doigts qui cliquaient sur leurs claviers et la voix de Gahany qui chuchotait Light switch, man switch… [le début de Dreaming Of Me]. Tu restais assis là pendant un petit moment, puis partais : Okay, Vince, à plus, parce que tu n’entendais rien ! Au début, c’était bien d’y aller – tout le monde traînait là-bas, mais après c’est devenu un peu plus sérieux. Je me souviens d’avoir rajouté un bout à Photographic – Vince cherchait un pont, alors j’ai mis un petit truc là”.

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Malgré l’affirmation d’aujourd’hui de Robert Marlow selon laquelle Vince Martin avait écrit tout le set de Composition Of Sound, dont quelques titres jamais enregistrés comme Reason Man et Tomorrow’s Dance, les concerts de plus en plus populaires du groupe étaient toujours truffés d’une sélection hétéroclite de reprises – dont The Price Of Love des Everly Brothers, I Like It de Gerry & The Pacemakers, Then I Kissed Her des Beach Boys et Mouldy Old Dough de Lieutenant Pigeon, dont beaucoup remontaient aux sorties pré-Gahan du groupe.

Robert Marlow : “L’instrumentale de Martin, Big Muff, était là, ainsi que Ice Machine. Je pense que Dreaming Of Me était jouée différemment de sa version enregistrée plus tard, parce qu’une fois qu’ils ont commencé à ajouter des séquenceurs aux choses, tout est devenu beaucoup plus rangé. Photographic était une de leurs chansons très populaires, je me souviens qu’à l’origine, tout le monde jouait des octaves durant une grande partie de sa durée, mais ça sonnait vraiment bien – vraiment frais et vraiment excitant”.

Une anomalie de Composition Of Sound était Television Set, à propos de laquelle une première brochure du Depeche Mode Information Service disait : “Television Set est une chanson populaire de Depeche Mode mais elle a été écrite par aucun de ses membres”.

Robert Marlow a résolu en partie le mystère : “Il y avait un autre groupe local à l’école au même moment que Norman & The Worms dans lequel Martin a également joué avec deux hippies. Je ne me souviens pas de leurs noms, mais l’un d’entre eux a écrit Television Set. Les paroles de cette chanson étaient très bonnes : Did you see them running to me, babe; did you see the light in their eyes; I’m just a mass of communication; I sell what everyone buys… I’m just a television set (“Les as-tu vu courir à moi, bébé ; as-tu vu la lumière dans leurs yeux ; je ne suis qu’une masse de communication, je vends ce qu’achète tout le monde… je ne suis qu’un téléviseur”). Martin a écrit un riff catchy dessus, alors elle a terminé dans leur set”.

Indifférent à ses mérites, Vince Clarke a veillé à son exclusion de la set list du groupe : “Television Set a été écrite par un ami de Martin, je ne sais pas comment ni pourquoi on l’a eue, mais on l’a jouée. Je pense qu’on a décidé de ne pas l’enregistrer parce qu’on n’allait rien toucher dessus, sinon on l’aurait probablement enregistrée pour le premier album [de Depeche Mode]”.

L’investissement collectif de la cassette démo du groupe à 50£ était payant et une salle au nom fantastique s’est révélée lucrative pour tous les intéressés.

Robert Marlow : “Ils jouaient régulièrement au Crocs de Rayleigh. C’était si cool parce qu’ils avaient un crocodile vivant là-bas ! C’était un véritable endroit des années 1970, taillé pour le disco”.

Vince Clarke se rappelle que Composition Of Sound a fait plusieurs concerts, dans le cadre de la Futurist Night de Crocs : “Le bâtiment est toujours là, ça s’appelle The Pink Toothbrush (“la brosse à dents rose”) aujourd’hui ! C’est un bouge, mais à l’époque, c’était sympa. Ils avaient un crocodile dans un aquarium en cage. Je pense que la SPA l’a récupéré à la fin, mais on jouait régulièrement le samedi soir. On a joué avec Soft Cell une fois là-bas”.

Steve Brown est pour quelque chose dans l’organisation de ces Futurist Nights. En effet, il est probable que son association avec Dave Gahan ait joué un rôle dans l’obtention du premier concert de Composition Of Sound au Crocs le 16 août 1980. “À l’époque, il s’appelait le Glamour Club, et Dave y était un régulier quand j’étais à la porte. Culture Club y a fait leur tout premier concert, pareil pour Soft Cell. Mais Marc Almond n’a pas bien été reçu, et quand il a écrit son autobiographie, il a dit quelque chose du genre : Ils l’appelaient le Glamour Club, mais il y avait plus de glamour dans un œuf frit ! On était tous mortifiés !”

Peut-être que le pauvre accueil de Soft Cell en Essex était dû à l’esprit de clocher, ou peut-être que Composition Of Sound étaient simplement le meilleur des deux groupes ce soir-là. COS ont certainement soulevé un tollé général, bien que Steve Brown reste incapable d’expliquer pourquoi : “Ils ont eu un accueil fantastique, parce que c’était comme si l’un d’entre vous avait fondé un groupe et réussissait bien. Crocs était leur banc d’essai, vraiment – ils savaient qu’ils auraient un bon accueil là-bas. Il était d’une difficulté notoire de plaire au public de Southend, tout le monde se tenait là à dire : Allez, impressionnez moi.

“Quand d’autres groupes ouvraient pour eux, personne ne se préoccupait de les regarder, mais quand Dave rentrait sur scène, tout le monde allait sur la piste de danse et commençait à chanter – toutes les filles savaient exactement ce qui arrivait après et dansaient selon le rythme, ce qui était complètement surréaliste pour les réguliers du club, parce que ce n’était pas ce qui se passait normalement”.

COS a joué au Glamour Club du Crocs cinq fois en tout. Steve Brown a décrit une performance typique : “Dave s’amenait à Crocs avec sa copine [Jo Fox] et elle était toujours devant à prendre des photos. C’était un spectacle bizarre : Dave faisait son roulement de hanches, étreignait son micro, mais avec le temps, il s’est trouvé une image. Vince semblait studieux et réellement impliqué et les autres ne bougeaient pas – en fait, on avait vraiment l’impression qu’avant, Vince avait mis de petites étiquettes sur les synthés qui leur disaient où appuyer et quand !”

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Un soir, regardant des coulisses à Crocs se trouvait personne d’autre que Gary Numan, qui était désormais à l’apogée de sa célébrité synthétique bien trop courte : “Ils [COS] étaient au bord de la piste de danse – pas de scène, pas d’estrade. Je les trouvais excellents, mais je ne leur ai pas parlé à l’époque parce que quelque chose est arrivé et j’ai dû partir. J’avais une idée que Beggars Banquet pourrait être intéressé par eux et je pensais que ça serait cool d’essayer de leur décrocher un contrat. Malheureusement, je ne me souviens pas aujourd’hui si je l’ai mentionné à Beggars, même si je le pense”.

Ironiquement, Beggars Banquet a été l’un des nombreux labels à se montrer froid envers Vince et Dave, lors de l’unique occasion où le duo a colporté la démo du groupe dans Londres pour tenter bravement de s’assurer un contrat d’enregistrement.

Dave Gahan : “Vince et moi, on est allés partout, on est allés voir une douzaine de maisons de disques en une journée. Rough Trade était notre dernier espoir. On a pensé : Ils vont sûrement l’aimer, après tout, ils possèdent des groupes assez mauvais. Mais même eux nous ont refusés. Ils étaient tous en train de taper du pied et on a pensé : C’est le bon. Et ils ont sorti : Eh, c’est bon. Ce n’est tout simplement pas Rough Trade”.

Vince Clarke : “C’était assez excitant. On était tous habillés en futuristes. Les gens les plus sympa, c’était ceux de Rough Trade, ils étaient prêts à écouter la cassette. C’était une époque où on pouvait encore faire ça – tu pouvais rentrer avec ta cassette et demander : Voulez-vous écouter ça ? Alors ils l’écoutent dans leur bureau et disent : Non. Même ça serait sympa aujourd’hui, je ne suppose même pas qu’ils passeraient la porte. De toute manière, Rough Trade a dit : Écoutez, nous ne sommes pas particulièrement intéressés par cela, mais peut-être que ce gars [Daniel Miller] le sera, parce qu’il vient de lancer ce nouveau label [Mute Records]. Et Daniel n’a écouté que cinq secondes et a dit Non !”

Daniel Miller se souvient de cette première présentation éclair : “J’étais dans la boutique Rough Trade [au 137 Blenheim Crescent, Londres W11] et le regretté Scott Piering – qui est devenu connu dans la promotion à la radio et qui a eu un rôle très important dans l’industrie de la musique indépendante – a dit : Daniel, viens voir ces gars, ils pourraient t’intéresser. Et ces horribles petits Nouveaux Romantiques boutonneux – et je détestais à fond les Nouveaux Romantiques à l’époque. J’avais un problème technique avec l’impression d’une pochette de Fad Gadget, je les ai regardés et j’ai pensé : Je n’ai pas besoin d’écouter ce truc maintenant et je suis reparti faire ce que j’avais à faire”.

La réponse de Dave Gahan à la rebuffade de Miller a été typiquement cinglante : “On était chez Rough Trade avec notre cassette et à la fin, ils ont sorti : C’est bien, mais ce n’est pas Rough Trade, bien que je connaisse quelqu’un qui pourrait aimer ça. Et Daniel [Miller] est rentré et il a dit : Qu’est-ce que tu en penses, Dan ? Et il [Daniel] s’est retourné, nous a regardé, a claqué la porte et est parti. Et on a pensé : Connard !”

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Avec leurs performances régulières au Crocs, Composition Of Sound a décroché sans le vouloir une autre résidence.

Gary Smith était présent lorsque cette percée est arrivée : “J’avais un ami dont la mère et le père tenaient un pub à Deptford [Sud Est de Londres] et ils mettaient régulièrement des groupes. Alors Vince et moi, on s’est traînés jusqu’à Deptford avec cette cassette [démo] et on l’a fait écouter. Ils ont écouté la musique et ont dit : Ce n’est pas vraiment ce qui intéresse notre clientèle, mais nous avons un ami qui tient un autre pub qui pourrait être intéressé, voici le numéro, appelez le.

“Quand elle a écrit le nom du Bridgehouse, que l’on connaissait déjà, on ne le croyait pas. Mais c’était une brave femme, alors on a appelé ce gars et il a dit : Ouais, venez je vous en prie. Il leur donnait seulement une chance pour un soir, alors on a ramené autant de gens qu’on pouvait et ils ont eu un grand succès ! Ce gars a dit : Au moins, vous avez rempli la salle, vous pouvez revenir la semaine prochaine !”

Le gars en question était Terry Murphy, promoteur au Bridgehouse dans le quartier londonien de Canning Town. Dans son temps, cette petite salle de 350 personnes était l’une des plus populaires du circuit des pubs londoniens, ayant accueilli auparavant des groupes comme Generation X et les Buzzcocks. La pop synthétique poids plume de Composition Of Sound a été bien reçue par le public judicieux de Murphy grâce, en grande partie, au succès perpétué des tactiques “approprie toi un public” de Dave Gahan.

Une performance au Bridgehouse – le 24 septembre 1980 – a vu COS ouvrir pour The Comsat Angels, originaires de Sheffield. “Ils étaient en fait bien meilleurs que nous, admet Vince Clarke. Quand tu as cet âge, tu dis que tu étais meilleur, mais en fait, ils étaient probablement bien meilleurs. Ils ont fait quelques albums”. Un enregistrement pirate d’une prestation de COS au Bridgehouse du 30 octobre 1980 révélait un côté punky sur des chansons comme Television Set, ce n’indiquait pas nécessairement ce qui allait arriver.

L’animateur radio Robert Elms a été témoin d’un autre concert de COS – dans l’endroit le plus étrange au monde : “Cet endroit se trouvait au-dessus d’un marchand de fruits et légumes ou d’un teinturier, ou d’un truc dans le genre, c’était une salle de 2m50 sur 3, avec environ 10 personnes dedans, avec des coupes de cheveux ridicules et des baggys. Je pensais : Il ne peut pas y avoir un groupe qui joue ici. Et alors ces quatre garçons affreusement jeunes… je veux dire, j’avais 18 ou 19 ans, et ils ressemblaient à mon petit frère ! C’était des écoliers maigrichons, au fond, debout devant des claviers Bontempi ! J’ai pensé : Mon Dieu, c’est vraiment bon, ils vont être terribles, ce qui était ce que tu espérais, parce que c’était comme le sport d’aller voir l’équipe de foot adverse. Et ils ont commencé à jouer, et ils n’étaient pas terribles”.

Deb Mann : “Ils avaient pas mal d’adeptes à l’époque. Au début, il y avait pas mal de goths dans leur public – un genre de personnes à la mode. Et Dave était très à la mode”.

Martin Mann se souvient d’un autre concert du Bridgehouse : “J’étais dans la loge avec eux avant qu’ils montent sur scène. Il y avait un groupe avant eux qui s’appelait Industrial News et c’était vraiment du lourd. Je me souviens d’avoir dit : Ils sont un peu trop indus pour moi – une sorte de groupe punky, heavy-metal. Puis Composition [Of Sound] sont montés sur scène, ce qui était totalement différent. Ils ont démarré la vieille boîte à rythmes, mais elle avait des ratés et s’est arrêté à un moment, et quelqu’un au fond a crié : Remets une pièce dans le bastringue ! Mais ils étaient originaux, je me souviens encore de certaines chansons qu’ils ont jouées mais qui n’ont jamais été enregistrées. À cette époque, ils avaient toujours le gros maquillage, je me souviens de Dave [Gahan] avec ses cheveux hérissés – c’était l’image qu’ils avaient avant d’avoir du succès”.

Robert Marlow: “On se marrait bien pendant ces premiers concerts. Un gars qui s’appelait Laurence Stewart les emmenait dans son gros van Transit blanc. Je me rappelle que, après l’un des concerts au Bridgehouse, beaucoup de personnes se sont hissés à bord du van parce que le Bridgehouse se trouvait au milieu de nulle part dans l’Est londonien. Le groupe venait de jouer ce set joyeux, alors on était tous serrés comme des sardines avec tout le matos et on pouvait juste voir la valise de Vince avec son synthé dedans qui se dirigeait vers le fond du van de Laurence. De toute manière, cette putain de chose est tombée sur la route ! On a arrêté le van et tu aurais dû voir Vince – tout le sang s’était vidé de son visage. On a couru en s’attendant à voir une valise pleine de câbles et de touches brisés, mais ça allait !”

“C’était plus nous qui tombions du van, dit Vince en gloussant, tout en confirmant néanmoins l’anecdote de Marlow. Il [Laurence Stewart] était maçon et avait un Transit, alors quand on avait tous ces concerts londoniens, il nous montait là haut”.

Gary Smith : “Je pense que Paul Redmond était impliqué comme manager pendant un moment. Un de ses amis avait un van, et n’importe qui avec un van était un ami précieux à l’époque – pour transporter le matos !”

Quand on l’interroge sur le soi-disant rôle de manager de Paul Redmond, Vince Clarke répond : “Ah, l’infâme Paul Redmond ! Il était impliqué avec Dave – c’était un pote de Dave, alors il était plus le manager de Dave. Encore une fois, c’était un de ces gars qui allaient au Blitz – je pense qu’il a probablement présenté Dave au Blitz. De toute façon, c’était un maçon et à l’époque, c’était bien payé, alors il pouvait acheter beaucoup de matos – il avait deux synthés quand il jouait dans le groupe de Rob Allen !”

Désormais, le sensiblement facilement manipulé Andy Fletcher était passé à un instrument parfait pour ses parties de basse secondaires. “Il s’était acheté une basse, mais on l’a persuadé de s’acheter un vrai synthé”, déclare Vince Clarke. Dans le cas de Fletcher, ce qui constituait un vrai synthé était le coûteux – 295£ en 1980 – Moog Prodigy, monosynthé costaud non-programmable à deux VCO.

D’autres changements se préparaient dans les rangs. Pour leur apparition du 29 octobre 1980, au premier étage du club de jazz Ronnie Scott’s, dans le quartier londonien de Soho, dans le cadre de la Rock Night de la salle, le nom boiteux de Composition Of Sound a été laissé tomber en faveur d’un remplacement (littéralement) à la mode : Depeche Mode.

Martin Gore : “Le nom Depeche Mode vient de Dave. Il faisait de la haute couture et du présentoir de vitrine à la fac et a utilisé le magazine Dépêche Mode comme référence. Moi, j’aime bien le son de ce nom”.

Dee Dye : “Dave [Gahan] perdait son sang-froid quand les gens prononçaient Day-pech-ay Mode – super nasillement de l’Essex – et insistait sur le fait que c’était Depeche avec un e silencieux. Il a pris le nom d’un magazine de mode [français] qui honorait les rayons de la bibliothèque universitaire”.

Dee Dye a assisté à ce premier showcase à Ronnie Scott’s : “On est allés au concert dans un van avec leur matos. L’ambiance (à Ronnie Scott’s) avant le concert était assez tendue – Dave était anxieux parce qu’il savait qu’il y avait des gens des maisons de disques dans le public, Vince était relax et plus inquiet pour ses électrucs comme il appelait ça. Ils faisaient les cent pas et la bière coulait à flots. De ce que je me souviens, le concert était aussi bon qu’il aurait dû l’être. On a fait nos danses saccadées, poussé des cris et applaudi les chansons, et on a encouragé quelques autres du public à se balancer et à taper du pied. Avoir l’air mal luné était à l’ordre du jour. Après leur set, Dave était assez excité – il avait un bon sentiment en ce qui concernait cette soirée, il disait”.

Vince Clarke : “Les choses commençaient réellement à arriver désormais – une minute on jouait au Crocs, l’autre [minute] on décrochait ces concerts londoniens. Tout a décollé très rapidement !”

Jo Gahan sentait également que la chance tournait en faveur de Depeche Mode : “J’étais avec Dave quand Depeche a commencé à faire leurs premiers concerts au Crocs et au Bridgehouse. C’était des soirées étonnantes, remplies à craquer d’amis admirateurs – une réelle bonne atmosphère. Depeche étaient si cools, si différents. Après quelques concerts, le bruit a commencé à circuler et bientôt beaucoup de nouveaux visages sont apparus dans le public. C’était un peu dommage que leurs potes n’aient pas eu la moindre chance. Mais des gens comme Steve Hill nous emmenaient dans son van, trimbalant le matos de concert en concert”.

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Alors que Dave Gahan étudiait encore au Southend College of Technology, Larry Moore, qui faisait partie du syndicat étudiant, y a organisé une soirée de concerts le 14 novembre 1980 : “En haut de l’affiche, il y avait The Leapers, dont on attendait de grandes choses et qui se retrouvaient régulièrement dans la colonne musicale du Evening Echo [de Basildon]. No. 6 était également à l’affiche quelque part…

“Depeche Mode était troisième à partir du haut, c’était de loin les meilleurs. Après le concert, je distribuais les curry à emporter dans le vestiaire et j’ai demandé à Dave Gahan si, comme ils étaient si bons, ils aimeraient revenir faire un autre concert. Gahan m’a lancé un regard furieux et a dit que oui, mais seulement s’ils étaient en tête d’affiche. Euh, j’ai dit en grognant, pendant que je m’en allais. Vous n’êtes pas aussi bons que ça ! De là, je suis devenu le gars qui les a traités de pas assez bons pour faire la tête d’affiche du Southend College. Je pense que j’avais raison !”

Le même mois, Depeche Mode a reçu sa toute première presse dans le Evening Echo : “Le barda snob pourrait confirmer la Mode – une partie de ces groupes pop futuristes parfumés et efféminés n’arrive pas à la cheville de ces quatre gars de Basildon. C’est Depeche Mode qui pourrait aller loin si quelqu’un mettait ces gars dans la direction d’un tailleur décent”.

Robert Marlow pensait que le journaliste avait raison sur un point : “Le Evening Echo, qui était le torchon du coin, a fait paraître une fois un gros titre excellent : Le barda snob pourrait confirmer la Mode. Ces torchons locaux ont toujours des accroches comme ça – Ce groupe de gars aux visages frais iront loin avec leurs chouettes habits, ou un truc dans le genre, mais on ressemblait tous à des cons ! On était ridicules – tout ce maquillage et ces cheveux. Je me souviens d’une de mes petites amies de l’époque qui disait : Les hommes sont terribles pour se maquiller, parce qu’ils regardent tout droit dans le miroir, ils ne regardent jamais de profil.

“Le fait que Martin et Fletch travaillaient encore me faisait rire. Alors quand ils faisaient leurs premiers concerts sous le nom de Depeche Mode, au Bridgehouse, ou n’importe, ils devaient retirer leurs costumes cravate pour mettre leurs costumes futuristes. Je me souviens d’aller faire des courses avec Fletch quand la fureur à l’époque, c’était porter ces sortes de rythmiques – j’étais assez chanceux, je devais en avoir pour mes études d’art dramatique. De toute façon, on n’en trouvait nulle part à Basildon. Tu aurais dû voir Andy – ce n’est pas des pieds qu’il a mais des péniches ! Alors je me souviens qu’il a dû monter sur scène avec ses chaussettes de foot et une paire de chaussons en peluche !”

Dave Gahan s’est tout aussi rapidement moqué des désastres vestimentaires de ses collègues : “Andy portait ces culottes de golf, ces chaussons et ces chaussettes de foot. C’était si marrant ! Et Martin s’était peint la moitié du visage en blanc. Et Vince ressemblait à un réfugié vietnamien – il s’était bronzé le visage, avait des cheveux noirs et un bandeau !”

Vince Clarke : “Fletcher, Martin et moi, on n’y connaissait rien du tout. C’était Dave le maître du style ! Je me souviens qu’à l’époque les gens ne voulaient porter que des chaussures de karaté – noires, souples et sans lanières. Alors on en avait tous une paire, sauf Fletcher. Il ne trouvait pas sa taille, alors il est monté sur scène avec une paire de chaussons à la fin !”

C’est à ce moment que Vince a décidé de changer de nom de famille. Désormais, on le connaîtra sous le nom de Vince Clarke. On a appris par la suite que c’était une mesure expédiente pour éviter une situation délicate potentielle : “Quand on a eu notre première chronique, j’ai écrit au journal et envoyé une photographie d’une session que Paul Crick avait fait dans mon garage où on était tous habillés en pardessus gris. On a fait l’interview et tout à coup, je me suis rendu compte que si mon nom était imprimé, ça pourrait être un problème parce que je pointais toujours au chômage. Alors j’ai appelé les gens du journal en panique pour leur dire : N’imprimez pas mon vrai nom s’il vous plait”.

Mais pourquoi choisir Clarke ? “À l’époque, l’ami de Dave Gahan, Paul Valentine, était branché par l’Americana des années 1950 et il y avait un gars nommé Dick Clarke [sic] – célèbre animateur des années 1950/60. J’ai pensé : Euh, je ne peux pas m’appeler Dick Clarke [sic], parce que personne ne croira que mon nom est Dick ! Alors j’ai juste changé pour Vince Clarke”. (1)

Des chansons originales, un leader qui attire les regards et un nom distinctif, tout ce que le groupe avait besoin maintenant, c’était un contrat d’enregistrement.

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(1) En fait, l’orthographe correcte de l’inspiration de Vince est Dick Clark – animateur de l’émission télévisée américaine très estimée American Bandstand diffusée depuis 1956. Dans la panique compréhensible d’être découvert, Vince n’a pas eu beaucoup de temps pour vérifier les faits. 

Traduction – 23 mai 2005

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