“Les Beatles de l’indé”

“On n’a pas eu à bosser ça, tu vois ? C’était vraiment rapide. Je suis allé chez ma mère et j’ai dit : ‘Putain Maman, je n’arrive pas à y croire, je passe chez Top Of The Pops la semaine prochaine !’ C’était tout simplement incroyable”.
– Vince Clarke, 2001

Le fait que Depeche Mode et Daniel Miller aient attendu jusqu’en mai 1981 – six mois après leur première visite aux Blackwing Studios – pour enregistrer une suite à Dreaming Of Me, suggère que le groupe et le producteur étaient heureux de surfer sur la vague du succès de leur première montée dans les charts indépendants.

Andy Fletcher et Martin Gore étaient tous les deux peu disposés à quitter leurs emplois réguliers dans la City en faveur de s’engager à plein temps et étaient heureux de continuer à vivre avec leurs parents, tout comme l’était, apparemment, Dave Gahan.

“On ne voulait pas rester dans les garages, mais on n’avait jamais pensé que ça arriverait. C’est simplement arrivé ! a dit Andy Fletcher à Sounds (7 novembre 1981). On ne s’est jamais battu et on ne tournait pas depuis des années. Quand on a apporté Dreaming Of Me à notre publiciste [Neil Ferris de Ferret Plugging] et qu’il a dit que c’était génial, on ne le croyait pas vraiment”.

Vince Clarke a célébré l’avancée dans l’enregistrement de Depeche Mode en emménageant dans un studio des autorités locales situé au troisième étage sur le Vange Hill Drive de Basildon. Pourtant, on ne pouvait à peine l’accuser de vivre la grande vie. Dans un courageux effort de tendre ses paiements de la sécurité sociale à leurs limites, Vince était économe par nécessité durant cette période, comme le confirme Andy Fletcher : “Il était au chômage, recevait 30£ et économisait 29,86£. Il mangeait une miche de pain par semaine ! Vince a toujours été l’ambitieux, c’était la locomotive du groupe à l’origine”.

Si on lit entre les lignes, ces chèques de royalties dont ils avaient tant besoin devaient encore arriver. Andy Fletcher : “On n’a pas été payés pour Dreaming Of Me – on n’était payés qu’après. Il n’y avait pas du tout d’avance. Je pense que Vince a eu une petite avance d’édition, et on avait 100£, alors on n’avait pas d’argent, ça ne veut pas dire qu’on n’avait pas du tout d’argent, parce qu’on travaillait. Tout ce qu’on voulait, c’était notre argent de poche et donner 10£ par semaine à nos mères et c’était tout”.

Deb Mann : “Vince était manifestement très canalisé et très ambitieux – c’était son rêve, mais pour les autres, ça arrivait tout simplement, vraiment”.

Robert Marlow : “Vince n’avait pas grand chose à perdre, alors que les deux autres ont suivi en flottant – je pense que Martin et Fletch étaient définitivement des meilleurs amis. Gahan-y était enthousiaste, mais je ne peux pas dire grand chose de lui parce que je ne l’ai jamais vraiment bien connu. Il était toujours distant”.

Vince était loin d’être inoccupé puisque Depeche Mode jouait encore régulièrement, et ils ont fait quelques 15 concerts, principalement dans le Sud Est, durant la période qui a précédé leur prochaine session d’enregistrement. Ces concerts incluaient un retour en tête d’affiche au Southend College of Technology (qu’on avait désormais “conseillé poliment de quitter” à Dave Gahan parce qu’il était souvent absent – ce qui était dû en grande partie à l’agenda grossissant de Depeche Mode) le 2 avril, deux performances triomphales dans des nightclubs sur leur territoire de Basildon, au Sweeneys et au Raquets, les 28 avril et 3 mai et une importante première partie des Psychedelic Furs au Hammersmith Palais le 2 juin.

Le chroniqueur Winston Smith déployait peu d’enthousiasme : “Depeche Mode a ajouté quelques étincelles aux opérations avec une exposition louable de dance music futuramique. Leurs motifs de boîte à rythmes et leurs rengaines de clavier sont répétés bien trop souvent pour leur propre bien et l’attention a inévitablement tendance à être distraite”. Toujours est-il qu’ils ont été beaucoup mieux accueillis que le groupe de première partie, Siam, dont les mouvements du chanteur sur scène ont été rudement traités d’être “similaires à ceux d’un phasme épileptique sous poussière d’ange”.

* * *

En mai, Depeche Mode sont retournés à Blackwing, avec Daniel Miller et plusieurs nouvelles compositions de Vince Clarke.

Daniel Miller : “Vince a vraiment appris rapidement la technologie et était très enthousiaste. Il commençait à poser les morceaux et je l’aidais pour les sons et les trucs dans le genre. Puis Fletch et Martin venaient directement de leurs boulots de la City avec un plat à emporter, Martin descendait jouer sur un jeu et disait : Je dois aller dans le studio ? Okay alors. Et il faisait un petit riff ou un truc.

“Martin était évidemment très musical, tu pouvais l’emmener dans le studio pendant cinq minutes et il te jouait quelque chose qui donnait vie à un morceau, même si ce n’était pas la ligne conductrice. C’est une [histoire] tellement classique, je me souviens de lui avec un chinois à emporter dans une main à jouer du synthé de l’autre – il voulait juste manger et ne faire rien d’autre !”

La dynamique de groupe peu conventionnelle qui reste Depeche Mode commençait déjà à prendre forme. Vince Clarke : “J’étais dans le studio la plupart du temps avec Daniel, je suppose. J’avais écrit les chansons et ils [Andy et Martin] se pointaient tous les deux après le travail. Tout le monde a joué sur le disque, bien que Fletcher n’ait jamais été un excellent joueur de clavier – et ne l’est probablement pas encore, ce n’était pas une affaire de quelqu’un qui prenait le relais en disant : Je vais jouer la basse pour toi. C’était son rôle”.

À cette occasion, les chansons en question étaient New Life et Shout! – la première destinée à devenir le second single de Depeche Mode. Le deuxième morceau – musicalement, un ronronnement de basse simpliste et sinueux et un refrain occasionnellement harmonieux, posé sur un fond de tons percussifs analogiques cliquetants formés sur les synthés séquencés de Miller – serait sa face B. Le journaliste musical Ian Cranna était présent pendant une partie de la session d’enregistrement et a rapporté dans le numéro de juin 1981 de The Face : “Depeche Mode aiment beaucoup rire. Ce soir, dans un petit studio d’enregistrement du Sud de Londres, on rit beaucoup – surtout aux dépens du membre qui ne chante pas, Andrew Fletcher, qui se bat pour trouver et tenir sa note dans l’harmonie à quatre parties que le groupe pose pour leur dernier single, New Life… Avec le cœur, Andy, dit gentiment le producteur Daniel Miller via l’interphone du studio. J’essaye de le faire avec les poumons, répond l’investi Fletcher”.

La problématique harmonie à quatre parties qui apparait vers la fin de New Life rappelle remarquablement la version qui déchire la gorge de Twist And Shout des Beatles. Quant aux possibles parallèles prémédités avec le meilleur de Liverpool, Vince Clarke a répondu : “Probablement. On prenait des trucs de toutes sortes, tu vois ? En studio, tu peux recouvrir et essayer des trucs”. En effet, quand l’une des premiers défenseurs de Mode, Betty Page pour Sounds, l’a interrogé à propos de “ce petit riff de synthé fascinant” qui emaile New Life, Vince a simplement dit que c’était “juste un vieux riff R&B”.

Le nouveau single avait certainement un rythme plus rapide que son prédécesseur. Pour suivre le jugement de Daniel Miller de la prouesse de plus en plus technologique de Vince Clarke, l’arrangement possédait un motif compliqué de lignes mélodiques de synthés sensiblement conduites par un séquenceur qui se battaient pour l’attention dans le mix hautement dansable. “Je pense que Daniel connaissait un peu mieux son matériel à l’époque”, a déclaré Vince Clarke.

Dave Gahan a été typiquement succinct : “On a beaucoup appris depuis Dreaming Of Me, on est allés ici [aux Blackwing Studios] et on a fait un meilleur boulot sur New Life”.

* * *

New Life, avec une pochette noire et blanche efficace qui montrait un individu caché qui sortait d’un œuf par une fermeture éclair (conçue par le plus jeune frère de Vince, Rodney, qui étudiait l’art au Southend College of Technology), est sorti le 13 juin 1981.

Deux jours auparavant, une session de Depeche Mode pour le Richard Skinner Evening Show a été diffusée sur Radio One. Bizarrement, étant donné que c’était leur nouveau single, New Life brillait par son absence. Au lieu de cela, le groupe a interprété des versions live d’une chanson de Vince Clarke, Boys Say GoPhotographic, plus deux compositions de Martin Gore, Tora! Tora! Tora! et une instrumentale, Big Muff (possiblement nommée en référence d’une populaire pédale d’effet de distorsion fabriquée aux États-Unis).

Alors que les contributions de Gore contenaient pratiquement les mêmes ingrédients mélodiques que celles de Clarke, il a plus tard exprimé des craintes : “Je ne les considère pas vraiment comme mes chansons. Ce que j’essayais de faire, c’était m’intégrer à ce que Vince faisait à l’époque”. (1)

Les critiques dans la presse musicale de New Life étaient largement positives : “C’est comme cela que la pop synthétique moderne devrait sonner” s’extasiait Steve Rapid pour Hot Press, Edwin Pouncey de Sounds était plus près de la vérité : “Une excursion qui cogne en tintant en cherchant à tâtons dans le noir l’interrupteur qui allumera, on l’espère, la lumière du succès”.

New Life a percé dans le Top 30 britannique trois semaines après sa sortie, diffusé ironiquement sur Radio One avec Computer Love des pionniers teutons de l’électro Kraftwerk. Dave Gahan a été touché et a classé cette chanson à la mélodie touchante à la troisième place de son “Top 10 de tous les temps” de 1981 pour Smash Hits : “La beauté des disques de Kraftwerk est qu’ils sont si simples et toujours aussi géniaux”.

Le premier couplet de New Life a été loué par personne d’autre que John Foxx comme de l’“électronique jeune et fraîche, un bon moment”. C’était le son des mots plutôt que leur signification encore. “En fait, Clarke est juste l’ultime constructionniste”, a écrit Ian Cranna dans The Face (juin 1981).

Dave Gahan a grimacé quand il a raconté un incident qui impliquait New Life à Smash Hits : “Je me souviens que j’ai traversé Basildon un soir et j’ai vu ces deux filles qui me suivaient. Je savais qu’elles m’avaient reconnu. Et elles ont commencé à chanter, tu vois, (cri aigu) I stand still stepping on a shady street (“Je suis là à marcher dans une rue louche”). Et je commence à marcher un peu plus rapidement, je remonte mon col! Et puis… (gémit) And I watch that man to a stranger (“Et je regarde cet étranger”). Et je pense : Oh non, c’est embarrassant! Est-ce qu’elles comprennent ces paroles ?! Peut-être qu’elles oui et nous non !”

L’ambigüité des paroles primitives de Vince Clarke a été involontairement exposée quand, à la fin de l’année 1981, Smash Hits a publié la distique rimante : “Fused and saw a face before… Like association whore” (“Fusionné et j’ai vu un visage auparavant… Comme la putain de l’association”) (extrait de Dreaming Of Me) comme cela : “Views that saw a face before… Like association hall” (“Des vues qui avaient vu un visage auparavant… Comme le hall de l’association”) – changeant de ce fait dramatiquement leur signification – si effectivement sens il y avait en premier lieu.

Martin Gore : “Je n’avais jamais compris de quoi parlait Vince en écrivant – souvent la grammaire était un mystère pour moi, alors le sens !”

Vince Clarke : “Il n’y avait pas du tout de sens dans les chansons – rien ! C’était des paroles très stupides, tu vois ?”

* * *

Le placement de New Life dans les charts a suffi pour garantir au groupe son premier passage télévisé à Top Of The Pops – l’émission musicale la plus suivie au Royaume Uni sur le plan national – le 16 juillet 1981. Ce même jour, l’Evening Echo de Basildon a fièrement rapporté : “En mai [1981], l’Echo rapportait que Depeche Mode, dont les membres sont originaires de Basildon, était acclamé comme leader du dernier mouvement culte en date, les Nouveaux Romantiques. Cette semaine, plus de deux mois après que nous ayons pronostiqué sa célébrité, le quatuor de la musique synthétique est dans les charts – et y monte rapidement. Et ce soir, il est sur Top Of The Pops à la télé”.

Pendant qu’il se faisait interviewé pour Smash Hits au pub The Highway (Basildon), l’après-midi avant leur première apparition à la télé, Dave Gahan a demandé : “Quand Simon Bates nous présente à Top Of The Pops, il fait spécialement remarquer qu’on vient de Basildon – pourquoi ?”

Martin Gore : “Parce que rien de bon n’est jamais sorti d’ici ?”

Avec New Life qui montait comme un éclair dans les charts indépendants longtemps avant que Dreaming Of Me n’en sorte, dans la même interview pour Smash Hits, Andy Fletcher n’a pu s’empêcher de chanter : On va devenir les Beatles de l’indé !“

“Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit la veille, a admis Martin Gore. On était jeunes – 18 ou 19 ans – et Top Of The Pops, c’était L’ÉMISSION à l’époque. J’étais absolument nerveux. Je n’ai pas vraiment de souvenirs de la prestation, je pense que j’ai regardé par terre et prié que ça soit rapidement fini – et que ça ne se voyait pas trop que je tremblais !”

Dave Gahan : “On n’arrivait pas à croire que ce soit notre disque qui montait dans les charts. C’était une expérience très éprouvante pour les nerfs de le voir se glisser vers le haut chaque semaine. Même l’entendre à la radio nous faisait monter au ciel ! Chaque fois qu’on l’entendait et qu’on n’était pas ensemble, on se téléphonait pour s’assurer qu’on écoutait ! Mais le meilleur, c’était Top Of The Pops. Une fois que tu apparaissais là-bas, tu sentais que tu avais un tube dans les mains. C’est terrifiant d’être devant la caméra en sachant que tous ces gens te regardent”.

Vince Clarke : “On a répété quelques fois, et évidemment, on n’avait jamais fait ça avant, alors je m’assurais que lorsqu’une note retentissait dans les haut-parleurs, ma main appuyait sur la touche. C’était important [pour moi], je pensais que les gens remarqueraient ces conneries – probablement après avoir regardé Top Of The Pops moi-même, je regardais mes doigts, mais tout le monde s’en fout !”

Andy Fletcher : “Je me sentais comme un repoussoir, à appuyer sur un clavier et chanter dans un micro avec un fil qui n’allait nulle part – en plein milieu de tout ça, tu penses : Mon Dieu, qu’est-ce que je suis en train de faire, là comme une andouille devant des millions de personnes ?”

* * *

Tandis que des contemporains à succès financés par des majors comme Duran Duran et Spandau Ballet avaient le droit à des voitures avec chauffeur – Depeche Mode et un petit cercle d’amis – sont arrivés au studio de Top Of The Pops à Londres en transport. Mettant en pratique sa politique auto-imposée de séparer les affaires et la vie privée, Vince Clarke avait interdit à sa petite amie Deb Danahay d’y aller, à sa grande consternation : “Je n’avais pas le droit d’aller à Top Of The Pops parce que Vince ne voulait pas que je le gêne, parce que c’était les affaires. Anne [Swindell] et Jo [Fox] sont allées – tu peux imaginer combien j’étais dégoûtée quand j’ai su ça ? Mais c’est comme ça qu’était Vince – les affaires d’abord”.

“On s’est levés vraiment tôt pour avoir le premier train, se souvient Vince Clarke. On a pris les synthétiseurs dans le train parce que lorsqu’on a perdu nos divers chauffeurs, on a dû prendre le train”.

Andy Fletcher : “On était à Top Of The Pops avec Ian Gillan [l’ancien chanteur de Deep Purple] et des gens dans le même style – des niaiseries rock. On est arrivés par le métro avec nos synthés et tous nos trucs. On descendait à la station Wood Lane et ils disaient : Alors, vous êtes qui, vous ? Et on répondait : On est à Top Of The Pops et ils ne nous croyaient pas ! On avait nos fans qui nous attentaient qui disaient : Ils sont dans le groupe !’ Pendant ce temps, ces limousines s’arrêtaient”.

Deb Danahay raconte un récit amusant de quelqu’un qui se moquait des garçons de Basildon dans le train vers Top Of The Pops : “Dans pas longtemps vous ferez un best of et vous jouerez à Wembley !”

Une autre contradiction apparente était la manière dont s’habillaient Depeche Mode, avec Dave Gahan qui admettait (à Look In) qu’il avait acheté la plupart de ses vêtements chez des brocanteurs : “Je fais aussi mes courses au Kensington Market de Londres et dans des endroits comme ça. Ma petite amie déniche aussi des chemises dont on en veut plus pour moi… Ce n’est pas bien de monter sur scène avec un jean”.

Avec cette pensée à l’esprit, Depeche Mode a atténué son premier penchant pour le lourd maquillage en faveur d’un look motard en cuir pour leur première apparition à Top Of The Pops. C’est sans aucun doute Dave Gahan qui est derrière cela, pourtant, si on lit entre les lignes, il semblait qu’il s’était tourné vers un vieil associé pour l’inspiration.

En se branchant habituellement pour l’émission, le branché de Southend Steve Brown ne pouvait pas en croire ses yeux ce jeudi soir particulier : “On était un groupe de personnes assez extrême et très en vue – je parle de visages blancs et de tout le maquillage là et puis on s’est mis à porter des vêtements tout en cuir, parce que personne ne faisait ça. On était tous habillés comme des reines du cuir, même si on aimait penser qu’on était très macho, c’était plein de harnais et de casquettes en cuir et tout le tralala. Dès qu’on a adopté ce look, alors, eux aussi voilà !

“Dave a en quelque sorte dit : J’espère que ça vous gène pas, les gars, mais où avez-vous trouvé vos casquettes et trucs en cuir, parce qu’on va s’en acheter. On achetait ces trucs dans un petit sex shop dans King’s Road et après tout ce qu’on sait, c’est qu’il y avait Depeche Mode à Top Of The Pops qui portaient des vêtements tout en cuir ! Je ne me suis pas brouillé [avec Dave Gahan] à propos de ça parce qu’il avait demandé la permission, et il n’en avait pas besoin en fait, mais alors on a pensé qu’on ne pouvait plus sortir en portant ça, parce que tout à coup les gens diraient : Pour qui vous vous prenez ? Depeche Mode ?”

Tels sont les caprices de la mode. Et la mode – du moins un manque de look cohérent – deviendra bientôt une source d’irritation constante pour eux, non pas que cela ait immédiatement perturbé Andy Fletcher ou ses collègues : “Après qu’on ait fait Top Of The Pops, j’ai dû aller travailler le lendemain – tout le monde m’a fait une standing ovation !”

Les anciens professeurs du Southend College de Dave étaient tout aussi favorablement impressionnés. “Ils m’ont envoyé un petit message l’autre jour pour me féliciter pour le succès”, il jubilait au NME, peu après avoir quitté les études.

Le moment était également arrivé pour Andy et Martin de quitter la relative sécurité de leurs emplois pour donner à Depeche Mode l’attention que le groupe justifiait désormais. Selon Fletcher, ils étaient confrontés à un “scénario très particulier” : “On a dû donner un préavis d’un mois ! Je pense que c’était quand on a commencé à recevoir notre premier argent [de royalties] et les concerts faisaient rentrer un peu d’argent. C’était amusant – une grande époque”.

* * *

La nouvelle de l’apparition de Depeche Mode à Top Of The Pops a eu un effet instantané sur leur ville natale de Basildon à plus d’un titre, Robert Marlow a déclaré avoir été partagé sur le succès monstre de son meilleur ami : “C’est vraiment difficile d’être à la page parce que même si j’étais vraiment heureux que ça marche bien pour quelqu’un que je connaissais, je ne pouvais m’empêcher de penser : Pourquoi pas moi ? Mais alors on a tous eu nos moments de dégoût de soi, je pensais que je n’avais pas assez essayé”.

Martin Mann : “Aucun d’entre nous ne savait que ça allait décoller comme ça, c’était génial quand Dreaming Of Me est rentré dans les charts mais après est venu New Life et voilà – ils étaient partis !”

Depeche Mode étaient effectivement en route pour quelque part, car les dernières ventes de singles en date étaient soutenues par la sortie d’une version 12” (maxi 33 tours) qui les accompagnait même si ce n’était pas destiné comme un stratagème marketing qui deviendra particulièrement répandu dans les années 1980 et au delà quand d’interminables permutations remix étendues ont inondé le marché.

Vince Clarke : “On a enregistré sur du 7” (45 tours) et Daniel [Miller] l’a transformé en 12”. À cette époque, les 12” n’étaient pas pour se faire du blé – les mixes rallongés ne faisaient même pas partie de notre vocabulaire à l’époque, les 12” étaient destinés à rendre le volume du disque plus fort, parce que sur un single on ne pouvait pas creuser le sillon aussi profondément. Mais plus profond est le sillon, plus fort est le disque, alors [au début] on a fait des 12” pour qu’ils soient joués dans les clubs. Ce qu’on faisait, c’était rajouter ou enlever des trucs – enlever la grosse caisse pendant quelques mesures ou n’importe”.

Un concert typique de cette époque s’ouvrait souvent avec l’instrumentale Big Muff de Martin Gore, et continuait avec Ice MachineThe Price Of LoveDreaming Of MeNew LifeTelevision SetReason ManPhotographicTomorrow’s Dance et Addiction, avant de se refermer avec I Like It de Gerry & The Pacemakers.

Avec Daniel Miller qui suivait le mouvement, il était approprié que le premier concert de Depeche Mode après l’enregistrement de New Life ait lieu au Glamour Club de Crocs à Rayleigh le 27 juin 1981 ce qui s’est avéré être leur apparition d’adieu à la salle de l’Essex qui les avait vus grandir. “On a dû jouer 15 fois à Crocs”, a dit Andy Fletcher à Smash Hits, “et ça nous a donné beaucoup d’encouragement, on n’était plus vraiment nerveux”.

Rob Allen raconte un autre côté de Daniel Miller normalement réservé, ce soir là. Robert Marlow : “Je n’ai jamais été impressionné par le fait que Daniel Miller, qui était The Normal, n’était pas une popstar – c’est un mec complètement normal, je suppose ! Il m’a frappé par sa terrible timidité – c’était aussi terrible avec Vince, mais c’était quelqu’un que je ne connaissais pas qui était terriblement timide. Mais le gars qui tenait le Crocs, qui était un petit filou, ne voulait pas payer Depeche Mode. Ils ont ramené beaucoup de personnes là-bas, alors Daniel l’a apparemment fait passer de l’autre côté du bar ! Je n’arrive pas à me l’imaginer, parce que c’était Dave qui était toujours prêt à donner un coup de griffe à quelqu’un, mais Vince jure que c’est vrai !”

Après 15 spectaculaires semaines de montée dans les charts, New Life a fait son apogée à la 12ème place le 1er août 1981, s’étant échangé à 500 000 exemplaires. Dave Gahan a rapidement loué son producteur :  “Toutes les majors [labels] lui ont dit [à Daniel Miller] qu’il n’allait pas y arriver et il leur prouvé le contraire. Et quant à nous, jusqu’ici les choses sont arrivées comme elles sont arrivées – et dans ce cas, on est heureux de les laisser arriver comme ça.

“On préfère avoir des points [des royalties plus élevées] que de grosses avances et on a ça avec Daniel. Il a prouvé qu’il peut nous avoir ce qu’on veut, il n’y a rien qu’il ne peut pas faire !”

* * *

Le premier concert discret de Depeche Mode en Europe était une apparition solitaire en extérieur au “Parkpop Festival”, tenu dans le Zuiderpark de La Haye le 25 juillet 1981, avec le Daniel Miller sur le terrain qui présidait la balance.

Aux côtés de Miller, un groupe sélectionné d’individus travaillait dur pour faire percer Depeche Mode en dehors de la Grande Bretagne.

Rod Buckle de la société d’édition basée à Londres, Sonet, avait embauché Vince Clarke dès le début – d’où la “petite avance d’édition” du compositeur dont Andy Fletcher avait mentionnée.

Vince Clarke : “Quand Daniel a formé Mute Records, il a reçu ses conseils sur comment fonder des sociétés et faire des contrats à l’étranger via Rod Buckle. Rod s’était en quelque sorte occupé de la licence des Silicon Teens. Puis il a évidemment signé moi-même et Martin [Gore] en tant qu’auteurs individuels, il a fait des contrats d’édition avec nous”.

En assistant Miller à établir divers contrats de licence à l’étranger, Buckle a été indirectement responsable de l’extension de la longévité de New Life bien au delà de l’été 1981.

Un autre catalyseur influent qui deviendra crucial au succès américain de Depeche Mode était la figure de l’industrie musicale de New York, Seymour Stein, fondateur de Sire Records. En 1981, Seymour avait commencé à faire des voyages d’affaire au Royaume Uni dans l’espoir de faire sa prochaine grande découverte. (2) Lors d’une visite, Stein s’est lié d’amitié avec Daniel Miller qu’il utilisait souvent comme testeur d’idées. Inévitablement, Stein a entendu parler de Depeche Mode, a fait le voyage à Basildon pour voir leur concert au club Sweeneys le 28 avril 1981 – et a plus tard régalé tout le monde avec de scandaleux récits de l’industrie musicales d’un monde sensiblement différent durant un fameux repas.

Vince Clarke : “Quand Daniel nous arrangeait différents contrats en Europe, Mute a voulu obtenir un contrat américain, alors Seymour est venu nous voir jouer à Basildon. Il a dit : Au fait, j’aime cette chanson The Price Of Love que vous faites – elle est vraiment bien ! Encore une fois, tout est allé si vite et tout était si excitant. Tout était positif, tu vois ? Il n’y avait rien du tout de négatif”.

Stein était suffisamment impressionné pour conclure un contrat avec Daniel Miller sur le champ. Vince Clarke : “C’est qui le gars qui joue le réalisateur dans Frankenstein Junior ? C’est à lui que ressemble Seymour Stein – Mel Brooks !”

S’étant lancé en solo en décembre 1979 après avoir travailler pour diverses maisons de disques pendant neuf ans – dont une période au département promotion de EMI – en 1981, Neil Ferris, 27 ans, réussissait dans son domaine, avec UB40, The Human League et Heaven 17 parmi ses responsabilités. En s’occupant de l’artiste de Mute Records Fad Gadget, Ferris recevait des appels réguliers de Daniel Miller dans son bureau de Regent’s Park (ou sur son téléphone de voiture), geste qui a invariablement mené Depeche Mode à rejoindre Ferret Plugging.

En tant que groupe pop basé sur le synthé, Depeche Mode étaient entre de bonnes mains, car c’était Ferris qui avait transformé The Human League en une proposition à succès dans les charts singles. “C’est vraiment génial de voir [The] Human League réussir si bien maintenant, a dit Ferris au Record Mirror en 1981. Quand j’ai commencé à travailler sur eux à l’époque de la sortie de Boys And Girls [leur premier single après le départ des membres fondateurs Ian Craig Marsh et Martyn Ware] c’était assez difficile d’intéresser quelqu’un. C’est devenu progressivement plus facile avec chaque single”.

Dans un climat musical aussi modéré, Ferris avait la voie libre pour convaincre les programmateurs radio que Depeche Mode étaient la prochaine sensation pop synthétique.

* * *

Le 22 août 1981, Depeche Mode est apparu dans un documentaire se concentrant sur la scène musicale passée et présente de l’Essex diffusé dans le cadre du magazine hebdomadaire télévisé Twentieth Century Box.

Durant une réunion de préparation avec l’un des réalisateurs, Dave Gahan a blagué : “Vous pouvez filmer ma routine habituelle du samedi matin : prendre un sauna, aller dans un bordel, puis un commando… Nan, ça sera Andy qui se réveille à 6 heures du mat’, qui mange un toast et qui va chercher ses journaux – des voisins ordinaires !”

Il est intéressant de noter que Gahan avait déjà fait une remarque sur l’image du groupe dans la presse. “Si tu relèves les descriptions de l’époque, c’était toujours les gentils garçons de Basildon, a fait remarquer Deb Mann. Mais c’était réellement ce qu’ils étaient. Ils étaient innocents, comme nous tous. Aucun d’entre eux n’avait de groupies parce qu’ils avaient tous des copines, Fletcher était très calme – il n’avait pas du tout de copine. Il était très timide, en fait, Fletcher amenait Rob Andrews comme sorte de conjoint. Martin était très contenu. Le plus tapageur serait Dave, mais même lui ne l’était pas !”

Le segment sur Depeche Mode dans le documentaire d’une demi-heure qui en a résulté commençait par un gros plan sur une partie de Space Invaders jouée par un Dave Gahan vêtu d’un survêtement gris, avant de passer à des plans de tous les quatre membres du groupe habillés en décontracté qui jouaient au bowling, recouverts par la narration d’ouverture : “Depeche Mode montrent comment le Futurisme a changé l’Essex d’aujourd’hui. Ils ne rentrent pas dans le modèle futuriste londonien. Andrew Fletcher travaillait pour une société d’assurance, Martin Gore avait un travail dans une banque londonienne, Vince Clarke a eu pleins d’emplois temporaires et Dave était au collège technique de Southend”.

Le plus intéressant d’un point de vue historique sont les images d’une première performance (le 27 juin 1981) au Crocs, posées sur une bande son frénétique de New Life. On pouvait voir Dave Gahan étreindre son pied de micro comme si sa vie en dépendait alors que les autres faisaient de leur mieux pour introduire tous leurs mouvements – pas facile puisqu’ils étaient cloués au même endroit derrière leurs claviers individuels.

Tout aussi apparente est l’intimité de ce concert au Crocs, avec le groupe qui jouait pratiquement au même niveau d’un public qui ne pouvait compter plus de deux cents supporters débordants de joie.

* * *

Selon toute probabilité, le concert au Crocs a été réservé avant que New Life ne gravisse les charts, pourtant, aux yeux de certains, Depeche Mode étaient une déception en raison de leur échec à tailler leurs performances selon leur nouvelle célébrité.

Dave Gahan a raconté une telle rencontre avec un air d’incrédulité : “Il y avait ce gars qui est venu nous voir l’autre jour et il m’a dit après le concert : Je pense que c’est vraiment mauvais la manière que vous avez d’inviter tous vos amis du public à vous parler et après on est là et vous ne réagissez pas. J’ai répondu : Alors, qu’est-ce que tu veux dire ? Il a rétorqué : Je pense que c’est mauvais d’avoir, genre, tous vos amis dans la logeBah alors, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Dire Allez tout le public dans la loge ! Il pensait qu’on devrait être comme Gary Numan et avoir une attitude et une image hautaine et solitaire. Comme on joue sur des synthétiseurs et tout ça, on est sensés regarder bizarrement les gens et ne pas sourire. Le gars n’aimait pas que je sourisse aux gens !”

Comme Vince Clarke, Dave Gahan restait admirateur de Numan – mais pas nécessairement de son attitude musicale. “Je pense qu’il est très bon, mais comme tant d’autres groupes à synthétiseurs, il a un son morbide. Vince l’appelle B&I, ce qui veut dire Bleak and Industrial (“lugubre et industriel”). On est U.P., ce qui veut dire Ultrapop! – vif, mélodique et enjoué”.

Vince Clarke : “Je pense que le mot pop est vraiment bien, parce que c’est léger et heureux. Je pense que c’est un mot sympa”.

Cette première opinion trouve écho chez des commentateurs extérieurs.

Steve Malins : “[Depeche Mode] étaient le premier groupe électronique adolescent, c’était une sorte de boys band à synthétiseurs, vraiment”.

Paul Morley : “Ils avaient l’air d’avoir 14 ans, mais c’était si moderne. Ils faisaient de la pop la plus intensément mignonne et on avait juste envie de les câliner”.

* * *

Toujours sans le management professionnel pour les guider, les Modes apprenaient les règles du jeu au fur et à mesure. “On n’avait pas vraiment de coût de transport, tout notre matos rentrait dans la voiture [une vieille Renault qui appartenait à Daniel Miller, qui emmenait souvent le groupe à leurs concerts]”. Dave Gahan a dit à Smash Hits : “On n’emploie aucun roadie. Alors si on est payés 250£ pour un concert et que 50£ va à la location de la sono, on peut s’en tirer avec une coquette somme chacun. Tout ce qui nous concerne est indépendant, même la promotion du nouveau disque [New Life], on s’est loués nous-mêmes”.

Mark Ellen de Smash Hits a écrit : “Propulsés de la quasi obscurité aux tubes assez grands en quelques mois, ils [Depeche Mode] ont admis volontiers qu’ils n’avaient pas eu le temps d’ajuster leurs prestations scéniques en conséquence. Une minute, Crocs à Basildon, la suivante le Lyceum Ballroom à Londres – six fois plus grand et impossible de remplir le vaste vide derrière eux. Pas de film, pas de diapo, pas de toile de fond. Cela en dit long sur leur musique qu’ils installent toujours”.

Le collaborateur du Melody Maker, Robert Colbert, partageait les points de vue de Ellen quand il a critiqué l’une des premières performances de Depeche Mode en première partie à The Venue à Victoria (23 juillet 1981) : “Ils ne se sont pas adaptés aux caméras dérangeantes de Top Of The Pops parce que leur single grimpe tant bien que mal dans les charts. Ils n’ont pas appris à terminer les chansons, les arrêtant en tirant sur les reines quand la bande de la batterie arrivait au bout… Mais au moins après jeudi, ils doivent avoir une idée de manier deux balcons de The Venue qui dansent stupidement sur les tables, les chaises et partout où ils pouvaient. Et ils savent sûrement comment faire de la pure pop palpitante et se faire rapidement beaux”.

Bien que New Life avait été un tube assez grand, seul Vince Clarke avait investi dans un meilleur matériel, casquant environ 1800£ pour un Roland Jupiter-4 [JP-4], chose analogique polyphonique programmable plutôt encombrante capable de faire retentir quatre notes simultanément – non pas que cela importait pour Vince qui restait résolument un joueur de la catégorie à un doigt.

Même si ce n’était pas nécessairement le meilleur synthétiseur de l’époque, le JP-4 de 1978 (3) était néanmoins une avancée par rapport au diminutif monosynthé Kawai K100SF que Vince avait financé après un long acharnement un an auparavant. Comparez ce changement de richesse avec celui du clavier de Duran Duran, Nick Rhodes, qui affichait facilement désormais le dernier polysynthé analogique de Roland, le produit vedette, l’imposant Jupiter-8 à huit voix, qui possédait fièrement 16 oscillateurs, 64 mémoires et un gros prix de 4000£ par-dessus le marché.

Le groupe était aussi conscient du besoin d’améliorer leur simple décor de scène, mais, comme Martin Gore l’a déclaré, mettre en pratique le changement était plus facile à dire qu’à faire : “On avait cette idée d’avoir des rails sur scène et on serait sur des plateformes de façon à être déplacés en avant ou en arrière sur scène sans à avoir à effectivement bouger ! On voulait vraiment améliorer notre concert mais on n’a pas eu la chance de se poser pour penser…

“On avait des tas d’idées depuis lors, mais on a fini par en utiliser aucune. Une idée était d’avoir ces majorettes sur scène. Une autre était d’avoir quelqu’un en haut qui dirigeait ces marionnettes grandeur nature. Le truc, c’est que tu ne peux pas avoir des films et des diapos et des trucs comme ça parce que tout a été fait avant et les gens diront : Oh, ce n’est pas aussi bon que The Human League, ou n’importe qui !”

N’importe qui pourrait aussi bien inclure Kraftwerk, qui, cette même année, s’est attaqué au problème perpétuel auquel sont confrontés les groupes à synthétiseurs immobiles en incorporant à la fois des mannequins de vitrine et des diapos synchronisés – grâce à quatre grands écrans chers faits sur commandé au Japon par Sony – dans leur dernier tour de force technologique dernier cri.

Vince Clarke pensait évidemment à l’avenir à cet égard : “On ne veut pas se transformer en Kraftwerk, on ne veut plus utiliser des bandes sur scène, ajoutant, non sans une pointe de sarcasme : On a une section rythmique [une boîte à rythmes] avec un écran qui passe Space Invaders aussi !”

* * *

De retour à Basildon, Deb Danahay tenait un journal dans lequel elle enregistrait au jour le jour le calendrier de plus en plus rempli de Depeche Mode. Avec l’aide de Jo Fox, elle a formé le Depeche Mode Information Service à partir de son foyer parental au 521 Long Riding.

Deb Mann : “Le groupe commençait à recevoir des lettres. Si quelqu’un avait écrit à Vince alors je prenais la lettre et répondait de chez moi et Jo prenait celles de Dave. C’est comme ça que ça marchait. tout était très basique”.

Et pour sûr ! Une première feuille d’information, tapée par Jo Fox, a été envoyée à tous les contacts et racontait la brève histoire de Depeche Mode, littéralement, comme cela : “Depeche Mode était à l’origine un trio qui jouait de la guitare et d’un synthétiseur sous un autre nom jusqu’en juin 1980 quand Dave les a rejoint, le nom a été changé pour Depeche Mode et ils sont passés sur trois synthétiseurs. Une cassette démo a été réalisée avec la nouvelle formation et emmenée à diverses maisons de disques et salles de concerts sans grand succès sauf un concert au Bridgehouse à Londres en septembre en première partie de The Comsat Angels.

“Pendant ce temps, de retour dans l’Essex, un club nommé ‘Crocs’ a été ouvert et on a demandé à Depeche Mode d’y jouer lors de la soirée d’ouverture et par la suite ils y ont joué six fois jusqu’à Noël. Le 12 novembre, un concert a été arrangé au Bridgehouse en première partie de Fad Gadget, c’est là qu’ils ont rencontré Daniel Miller de Mute Records et c’est là que les choses ont vraiment commencé à arriver pour Depeche Mode.

“Un morceau a été enregistré – Photographic – avec l’aide de Daniel pour le Some Bizzare Album qui n’a pas rencontré beaucoup de succès et alors en février 1981 Dreaming Of Me Ice Machine est sorti sur Mute Records, qui a atteint la première place des charts indépendants et la 54ème place des charts britanniques. Le groupe devenait tant recherché qu’Andy et Martin ont commencé à envisager d’abandonner leurs emplois à plein temps.

“Avec le goût du succès à portée de main, ils sont retournés en studio pour enregistrer New Life / Shout sur 7” et 12”. Il est sorti au début du mois de juin, a atteint la 11ème place dans les charts britanniques et est resté à la première place des charts indépendants pendant de nombreuses semaines”.

Pete Swindell a dessiné les premiers t-shirts officiels de Depeche Mode, disponibles en s’adressant à : P. Swindell, 10 Hawksway, Basildon, Essex SS16 5YQ. “C’était très incestueux – d’abord avec des amis de Basildon et puis Daniel [Miller], Eric [Radcliffe] et Rod [Buckle] quand ça a commencé à décoller un peu”, Deb sourit, plus de deux décennies après l’événement.

Le journal de Danahay date la première session photo du groupe, arrangée spécialement pour le fan club au 21 juin. Deb Mann se souvient du photographe, qui travaillait pour un laboratoire photo du coin et qui s’appelait Tim : “C’était le tout premier fan numéro un de Depeche Mode. Il était vraiment excitant d’être impliqué avec tout ça, et il a pris quelques bonnes photos aussi”.

Le lieu de cette première session photo était devant l’appartement de Vince sur le Vange Hill Drive, avec les quatre qui posaient devant la bien-aimée Morris Marina du père de Deb Danahay. Chose révélatrice, on voit Vince Clarke en retrait de ses trois collègues – il ne regarde pas non plus la caméra dans les yeux.

*

(1) Le fait que Depeche Mode ait à plusieurs reprises refusé à la BBC l’opportunité de sortir officiellement cette session d’archive tant demandée en dit long sur le contrôle de qualité minutieux de Depeche Mode. 

(2) Cette même année, Stein a découvert et signé une chanteuse inconnue du nom de Madonna sur Sire Records. 

(3) “En gros, un synthé programmable dans la corne d’un orgue électronique. Le design à simple oscillateur en fait un usage pour les notes fluettes, mais il possède un bon filtre, l’arpeggiator [caractéristique musicale électronique qui rejoue les notes individuelles d’un accord dans une séquence prédéterminée – souvent vers le haut, vers le bas, ou haut/bas] et la possibilité de mémoriser les modifications [sonores] à huit endroits. Polyphonie à quatre voix. Nec plus ultra de l’époque”. Julian Colbeck, Keyfax Omnibus Edition

Traduction – 22 juin 2005

5 Vers l’Ultrapop… ularité < Stripped: Depeche Mode7 L’été du mécontentement