Pas d’avenir ?

“Dave [Gahan] pourrait définitivement commencer une carrière solo avec du succès, mais la question est [si] cela [en] vaudra la peine de risquer l’avenir de Depeche Mode, et Dave le sait”.
– Andy Fletcher, 2004

Tandis que Dave Gahan était occupé en studio et sur scène, ses collègues de Depeche Mode étaient loin d’être inoccupés.

En plus de faire régulièrement la première partie de Client en capacité de DJ, Andy Fletcher a été tout autant récompensé de manière où les éloges s’entassaient à propos du premier album sorti sur son label après sa sortie en août 2003 (soutenu par un second single, Rock And Roll Machine, comprenant des mixes par Fletcher lui-même et le fondateur de Mute Records Daniel Miller) : “Elles nous disent Va te faire foutre, ne me touche pas là à la fin du titre phare Client, mais je suggère que vous en preniez une bonne poignée ; c’est vraiment vachement bon” (DJ, 11 juin 2003) ; “Claviers ornés soulignants, beats mécaniques et chant froid et blasé, Client joue le rétro-électro dans toute sa gloire ; Rock And Roll MachinePrice Of LoveDiary Of An 18-year-Old Boy et Love All Night, pour nommer le meilleur du lot consistant, rappellent parfaitement sur le plan économique et stylistiquement les jours heureux de l’électronica dépouillée des années 1980… plus coupable que de nombreux plaisirs, mais un plaisir néanmoins” (Billboard, 13 septembre 2003). Dommage que de telles louanges n’aient pas réussi à se traduire en plus de ventes substantielles, mais comme l’a maintenu le mentor de Client qui a la tête sur les épaules, “Nous avons confiance que, même si elles ne deviennent pas des superstars, elles peuvent rester assez cool et gagner décemment leur vie dans l’environnement calme des disques d’aujourd’hui”.

Client étaient certainement considérées assez cool pour qu’un extrait de Leipzig apparaisse sur la bande originale d’un épisode de la série américaine à forte audience Les Experts(1) Écrivant pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Andreas Rosenfelder a capté la première tournée allemande de Client au Stadtgarten de Cologne le 3 novembre : “Le boulot d’Andy Fletcher est de chauffer le public et de les refroidir après le concert, ramenant des souvenirs de la servilité originale d’un DJ. Sans cérémonie, ni faders, ni trucs hi-tech, il a simplement passé ses chansons préférées de Tuxedomoon à Kylie, rapportant les qualités d’un bon vieux DJ résident d’une MJC de quartier, plutôt que prétendre être un dieu derrière les platines. La modestie de Fletch virait vers l’auto-démystification et ouvrait la porte à Client pour charmer le public avec leur répertoire, qui n’était naturellement pas gros puisqu’elles tournent pour promouvoir leur premier album. Mais les filles ont même réussi à titiller les fans de Depeche Mode présents dans le public avec leur minimalisme fascinant et époustouflant”.

Comment marcherait Client si Depeche Mode, l’amour non dissimulé de la vie de Fletcher, mettait de l’ordre dans sa vie, en studio et au-delà, restait à être vu. (Un troisième single a été extrait de Client en décembre, mais l’action dans les charts s’est encore une fois avérée compliquée.) Fletcher avait rendu ses objectifs clairs en concluant son discours Popkomm le 16 août : “J’espère être impliqué dans un nouveau CD de Depeche et un deuxième de Client, plus d’autres projets excitants qui pourront croiser mon chemin. Martin commence à écrire en septembre, et, on espère, quand Dave se sera remis de sa tournée, commencer à enregistrer l’année prochaine”.

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En novembre, Martin Gore a confirmé qu’il avait commencé à écrire de nouvelles choses à la fin du mois de septembre : “J’ai fini une chanson, et j’ai des idées pour d’autres. La chanson que j’ai finie est très électronique, mais possède également de la guitare”.

Quant à si oui ou non cette chanson en particulier était destinée à Depeche Mode dépendait apparemment du résultat d’une réunion, qui devait avoir lieu à Londres à la fin du mois entre les trois membres du groupe et Daniel Miller, pour discuter de la possibilité d’un nouvel album de DM. “On ne peut être 100% certain, a avertit Gore. Je ne voudrais pas que ma réponse soit mal interprétée, parce qu’il y a une bonne chance qu’on retravaille ensemble. C’est juste qu’on a besoin de se voir pour discuter de ce qu’on a besoin de faire”.

Pendant ce temps, Gore a tardivement sorti un autre single en quelque sorte extrait de son album Counterfeit² le 17 novembre, au titre qui peut prêter à confusion : LovermanEP2+. Peut-être en réponse à la réaction voilée des États-Unis au single précédent, Stardust, le nouveau single DVD (comprenant des performances de cinq morceaux de Counterfeit² – dont le Loverman de Nick Cave – captées sur la scène de l’Alcatrz à Milan le 30 avril 2003) et le single CD 4 titres qui l’accompagnait n’étaient pas directement sortis aux États-Unis, bien que les fans nord américains pouvaient commander une version NTSC directement sur le site de Mute. Quand on lui a demandé pourquoi il n’avait pas opté pour une sortie DVD en entier, à la One Night In Paris de Depeche Mode, Gore a expliqué, “J’ai joué sept morceaux de Counterfeit² durant  les concerts ; les cinq meilleurs sont sur le DVD. J’ai également joué plusieurs chansons de Depeche Mode, mais je ne voulais pas les mettre sur un DVD solo, même si le DVD se serait bien plus vendu dans ce cas”.

Malgré le contenu du DVD, LovermanEP2+ n’a pas réussi à faire beaucoup d’impact dans les charts, à part en Allemagne (à la 53ème place).

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Pendant ce temps, les fans de Depeche Mode avaient enfin quelque chose de positif à célébrer quand, le 9 septembre, le site web du groupe a formellement annoncé la future sortie en DVD de 101, prévue (initialement) d’arriver dans les bacs britanniques le 20 octobre (avec les États-Unis qui suivaient le lendemain). Les rumeurs concernant la sortie imminente – et tout contenu additionnel – s’étaient répandues comme une traînée de poudre parmi les sites de fans et les forums dédiés à Depeche Mode depuis un moment. Beaucoup espéraient que le concert au Rose Bowl de Pasadena du 18 juin 1988 – le concert légendaire qui, grâce aux poches profondes d’une certaine section d’une jeunesse américaine désenchantée, a effectivement transformé le groupe en groupe alternatif de stade – serait diffusé dans sa gloire intégrale, à l’opposé des différents extraits montés au sein du film façon road trip du réalisateur D.A. Pennebaker, sorti à l’origine en VHS en 1989. Hélas, ce n’était pas prévu, comme l’a expliqué le désormais vétéran de 77 ans dans un communiqué de presse préparé avec son partenaire Chris Hegedus pour le lancement le 24 septembre du micro site 101 (sous-site du site principal de Depeche Mode, dédié à la sortie de 101 en DVD) : “Beaucoup d’entre vous se demandent pourquoi le DVD n’inclut pas le concert du Rosebowl [sic] en entier, et la réponse courte, c’est que nous ne l’avons pas”.

Apparemment, le concert de Pasadena complet n’a pas été capturé sur pellicule, cela pourrait paraître invraisemblable, pourtant on en pouvait douter de la sincérité de l’équipe de production originale quand on en est venus à mettre à jour 101 : “Quand on a approché le groupe au début à propos de sortir 101 en DVD, notre motivation première était de rendre 101 disponible aux fans dans le format le plus à jour, le plus étonnant de manière visuelle et orale que le permettait la technologie. Et en le faisant, nous avons pu protéger la vidéo et l’amener dans le plus haut standard possible avant qu’il ne soit trop tard. Après des mois de laboratoires et de studios, nous avons désormais une nouvelle vidéo belle avec un nouveau mix audio en 5.1 à vous sortir en DVD.

“Nous avons inclus en bonus sur le DVD une émission télé spéciale d’une heure sur le concert au Rosebowl [sic] que nous avons faite en 1989 [sic]. Cette émission est inédite en vidéo, et a eu une distribution télévisée très limitée en Europe. C’était une priorité de préserver et de remasteriser la vidéo puisqu’elle était également en danger de se détériorer étant donné qu’elle avait été à la base masterisée sous un format vidéo analogique durant les jours avant la vidéo numérique. On s’était par inadvertance référé à l’émission comme le concert du Rosebowl [sic] en entier. Ce n’est pas le concert en entier, mais l’émission comprenait deux chansons, Pleasure Little Treasure et Somebody, qui n’étaient pas incluses sur 101. Nous nous excusons pour ce malentendu et nous comprenons la déception de ne pas avoir tout de cette soirée. Cependant, nos carnets sont peu clairs si oui ou non les images existent même des trois chansons manquantes pour compléter la setlist du Rosebowl [sic], mais nous voulons rendre cette émission disponible car elle prenait pratiquement la poussière dans nos archives depuis tant d’années”.

Si cela ne suffisait pas à apaiser le fan hardcore le plus mécontent, alors une plus grande consolation était posée avec l’information que le DVD de 101 allait être une autre version deux disques packagée luxueusement avec encore plus de photos caractéristiques de Anton Corbijn en noir et blanc mises en avant pour la première fois sur les sorties vidéo et album originales de 1989 – comprenant le film original avec commentaire optionnel de la part du groupe sur le premier disque, tout en étoffant le second avec l’émission télévisée susmentionnée avec 12 chansons ; le clip de Everything Counts (live) réalisé par Corbijn – mémorable pour l’image du comptable alors du groupe, Jonathan ‘Baron’ Kessler qui s’exclamait combien le concert du Rose Bowl leur avait rapporté ; des interviews de Dave Gahan, Andy Fletcher, Martin Gore, Daniel Miller, et l’actuel manager du groupe, Kessler ; plus trois reportages “que sont-ils devenus” sur trois des fans américains (Christopher Hardwick, Oliver Chester et Jay Serken) filmés à suivre leurs idoles de part et autre des États-Unis cet été historique, et dont les contributions – passées et présentes – ont été dûment reconnues par le partenariat Pennebaker/Hegedus : “Nous sommes également reconnaissants envers Chris, Oliver et Jay – les mômes du bus à tout jamais – qui nous ont laissés gentiment les filmer en train de faire ce qu’ils font maintenant, et pour nous avoir parlé sur combien ce voyage a changé leurs vies”.

Les membres du groupe se sont rappelés séparément de la manière dont le Music For The Masses Tour aurait changé leurs vies, aussi. Martin Gore : “Cette tournée et ce film [étaient] si importants, surtout pour la perception du groupe. On a toujours été marginaux, surtout aux États-Unis, mais cette tournée de 1988 a été la première fois qu’on a fait de grosses arenas en tête d’affiche – la première fois où le groupe a vraiment décollé”.

Dave Gahan : “Il y avait quelque chose de spécial dans toute cette période. Après ce concert [au Rose Bowl], je me souviens de m’être assis dans la loge et d’avoir juste pleuré. C’était juste si émotionnel”.

Andy Fletcher : “C’était l’une des tournées les plus magnifiques qu’on n’ait jamais faites, et un instant critique pour la musique alternative aux États-Unis. Le [concert au] Rose Bowl, c’était la première fois que la radio alternative remplissait un gros concert aux États-Unis”.

Alan Wilder brillait par son absence. Comme les réalisateurs du DVD l’ont vu, “Tout comme 101 n’est pas un concert filmé, mais un film sur un groupe – Alan, Andy, David et Martin – et un souvenir de cette époque particulière pour eux et leurs fans, nous voulions que le DVD montre le groupe et les fans aujourd’hui. Durant les 15 ans depuis le tournage de 101, beaucoup est arrivé à Depeche Mode – notamment, Alan n’est plus avec eux. Nous voulions inclure Alan dans notre DVD, mais cela a été sa décision de ne pas en faire partie. Ce qui nous était important, c’était de montrer les membres du groupe aujourd’hui, de découvrir ce qu’ils font, et de les faire réfléchir non seulement sur le passé, mais ce qu’ils envisageaient pour leur avenir. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’ils nous ont gracieusement accueillis chez eux pour ce DVD et partagé leurs vies et pensées sincères avec nous à la fois à la caméra et en studio pour le commentaire audio”.

Tandis que la contribution de Wilder manquait énormément, ayant évidemment joué un rôle si fondamental dans la percée de Depeche Mode, son refus d’être interviewé pour le DVD 101 était parfaitement compréhensible étant donné son traitement injuste durant l’EPK de The Singles 86>98 où, dans ses propres mots, il a eu “… 10 ans de… travail dur et dévoué représenté par environ 30 secondes sur 20 minutes…” Pour couronner le tout, ce montage discriminatif a fini par être utilisé sur le double DVD précédent de Depeche Mode, The Videos 86>98+, sorti en 2002. Chat échaudé craint l’eau froide, Wilder fuyait maintenant toute implication directe avec ses anciens collègues.

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Avant l’éventuelle sortie européenne de 101 en DVD le 10 novembre, trois diffusions spéciales du film 101 remasterisé – avec un son surround en 5.1 – ont eu lieu à Londres, Paris et Los Angeles. La plus intéressante était la nommée “A Very Special 101 Evening” tenue le 9 octobre au Prince Charles Theatre de l’Ouest londonien, où les 420 fans qui s’étaient arrachés les billets à 15£ se sont vus offerts le spectacle d’une introduction du non moindre Andy Fletcher de Depeche Mode, suivie par une courte présentation par D.A. Pennebaker et Chris Hegedus, le film en lui-même et finalement une session questions réponses attendues avec impatience avec Fletcher.

Rob Dyer, toujours attentif, était dans le public en préparation pour la livraison de son rapport en ligne obligatoire : “Andy Fletcher est monté sur scène, a pris un micro et a immédiatement dit, Depeche Mode à une période plus heureuse. Cette reconnaissance publique flagrante des conflits internes récents du groupe était une manière honnête et controversée de façon choquante pour ouvrir une session questions réponses, et probablement pas ce que les promoteurs avaient imaginé. Encore plus étonnant, l’énorme mélange des huées fortes et des applaudissements de la part du public en réponse à la déclaration – les huées exprimant probablement leur tristesse à propos des conflits internes et les applaudissements pour le fait qu’il y avait des jours meilleurs toujours dignes d’être célébrer. Dans tous les cas, la déclaration de Fletcher typiquement franche, même si surprenante, a posé une ombre bizarre sur les questions réponses et coloré les questions qui ont suivi”.

Il semblait que l’évaluation écrite de Dyer de la relation houleuse de Fletcher avec le chanteur était en plein dans le mille. “Qui sait ce qu’il va se passer ? a dit Gahan. Tout ce que je sais, c’est que je vais écrire l’année prochaine. Fletch a dit, Martin a changé d’avis sur le fait que c’est quelque chose que vous devez partager, et puis il a rapidement rajouté, Si elles sont assez bonnes. J’étais là, Si elles sont assez bonnes ? Je me suis tout à coup vu en train de jouer à ce jeu typque de, Je n’ai pas besoin de faire ça. Je n’ai pas besoin de faire mes preuves à ces gars. Je ne veux pas rentrer dans une pièce pleine de jugement [et de] ressentiment – ça m’inclut. Ce truc doit être retiré du chemin s’il doit y avoir un autre album de Depeche Mode”.

Poussé par le magazine français D-Side à propos d’inclure Gahan dans le processus de composition, Gore a répondu avec réticence, “C’est dans une zone grise en ce moment. On va devoir voir si nos compositions sont compatibles – si elles peuvent coexister sur le même album. C’est certainement l’une des questions à laquelle on devra répondre avant de considérer un nouvel album de Depeche Mode”.

Dans une conversation avec un site musical allemand, Gahan s’est déchaîné, déclarant qu’il ne voulait pas être jugé par Gore, ni être sa marionnette quand on en venait à l’enregistrement des chansons de Gore ; cependant, si Gore voulait créativement Gahan de la manière dont Gahan avait constamment soutenu les efforts musicaux de Gore, alors Gahan voulait caresser l’idée de retravailler ensemble. Si non, quel était l’intérêt ? Gahan a également répété que c’était son intention d’écrire autant de chansons qu’il le pouvait avec Knox Chandler, Victor Endrizzo, Martyn Lenoble ou Vincent Jones, mais si ces chansons finiront sur un nouvel album de Depeche Mode ou un autre disque solo de David Gahan restait à voir.

Martin Gore a été finalement forcé de répondre, lançant des attaques cinglantes en direction de Gahan, grâce à un autre magazine français (Elergy) : “En ce moment, je ne sais pas vraiment ce que l’avenir nous réserve. Personnellement, c’est de moins en moins [possible] qu’il [y] aura un nouvel album de Depeche Mode. J’ai toujours été optimiste sur la possibilité d’un nouvel album de Depeche Mode ; quand Dave et moi, on a commencé à travailler sur nos projets solos, l’idée était qu’on en parlerait à la fin de l’année, mais maintenant, avec ce que j’entends partout, il implique qu’il ne veut plus faire partie de Depeche Mode – qu’il ne veut plus de mes chansons. Eh bien, s’il ne veut plus le faire, alors il peut faire autre chose”.

Quand la même publication a fait remarquer que certains journalistes sans scrupules pourraient avoir tourné de façon concevable les paroles de Gahan pour s’accorder à leurs propres besoins sensationnalistes, Gore n’était pas convaincu : “Non, c’est général. À chaque fois que Dave parle à la presse, c’est ce qu’il a dit – j’ai lu les interviews. Il ne me parle pas ; il parle aux médias”.

En décembre, la réunion Depeche Mode prévue n’avait pas réussi à se matérialiser – peu surprenant, étant donné la rupture de communication apparente du groupe. Non pas que c’était un phénomène entièrement nouveau ; après tout, Gore avait une fois déclaré que durant les session Ultra traumatiques “… Ça en est arrivé au point où notre manager [Jonathan Kessler] venait tous nous voir individuellement pour prendre notre opinion, puis faisait le tour pour dire à tout le monde ce que pensait tout le monde, puis prenait en quelque sorte une décision avec tout ça !” Seulement maintenant les trois membres des Modes ne pouvaient évidemment même pas s’accorder sur se rencontrer.

Pourtant quand un représentant enthousiaste du site de fan russe de Depeche, Shout! Online, a retrouvé Andy Fletcher à l’Ukraine Hotel de Moscou le 18 décembre, Fletcher, toujours déterminé – en ville pour faire le DJ lors de la fête pour les 50 ans de Playboy – a continué à pousser les projets d’un nouveau projet Depeche Mode à trois voies, déclarant, “On va se réunir quelque part en janvier [2004]. Martin écrit des chansons maintenant. Je suis allé le voir il y a quelques semaines en Californie. L »idée est assez définie – ça [les sessions du nouvel album de Depeche Mode] commence en mars ou avril”.

En effet, Martin Gore a apparemment fait écouter à Fletcher trois des cinq chansons qu’il avait mis en démo jusque là avec Depeche Mode à l’esprit. Pour sa part, Gore est allé jusqu’à nier qu’il avait des projets concrets pour enregistrer un troisième album Counterfeit de reprises : “La prochaine décision importante, c’est si oui ou non il [y aura] un nouvel album de Depeche Mode. J’ai déjà écrit quelques chansons – c’est un processus en cours. Si on fait un nouveau projet Depeche Mode, ces morceaux seront certainement utilisés pour ça, mais si on décide de ne pas faire de nouveau projet Depeche Mode, alors je peux proprement me présenter en sortant ces chansons sur un album solo”.

Janvier 2004 est venu, et toujours aucune nouvelle de Depeche Mode s’étant réunis pour parler d’avancer vers l’enregistrement de leur onzième album studio très discuté.

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Étant donné la véritable possibilité du décès de Depeche Mode, Mute aurait pu plausiblement être accusé de pomper le nom du groupe quand, le 2 février 2004, le double album live 101 a été réédité, avec un son surround remixé en 5.1, sur le format relativement nouveau, le Super Audio CD (SACD). D’autres avançaient que c’était un geste sensé, étant donné que les enregistrements originaux analogiques du Rose Bowl de Pasadena étaient déjà remixés en 5.1 pour être utilisé sur le DVD 101. Mute a loué les vertus du format versatile dans le cadre de son communiqué de presse : “Le double SACD comprend 3 versions distinctes du concert : une version CD remasterisée en stéréo, qui s’écoute sur tous les lecteurs CD, une version SACD remasterisée en stéréo et une version SACD remasterisée en son surround 5.1”. En une semaine, on a alerté Mute d’un défaut et le SACD a été temporairement retiré. (2)

Depeche Mode étaient toujours loin de rejouer ensemble, bien que ce n’était pas parce que Fletcher n’y mettait pas du sien : “J’espère que Dave nous rejoindra plus dans la préparation de notre prochain album collectif. Les fans recevront de la nouvelle musique, et pour lui, ce sera bien plus facile de chanter ses propres chansons. Rien n’influence plus les musiciens que la compétition”.

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Le 9 février, Dave Gahan a sorti A Little Piece, extrait de son DVD Live Monsters à venir (sortie le 1er mars) sous forme de single exclusivement disponible en téléchargement soit sur le site de Mute Records ou celui du chanteur. Comme cela avait été le cas pour Oh L’Amour (Mark Towns Mix) de Erasure, les acheteurs ont également reçu les images de la pochette et du disque en haute résolution, plus une image inédite en haute résolution de Gahan lui-même.

Le 27 février, Gahan a fait un showcase au Virgin Megastore de New York (où les personnes qui avaient pré-commandé Live Monsters ont reçu un livret DVD conçu par Anton Corbijn à faire signer en personne par Gahan) avant d’assister à sa diffusion new yorkaise dans le cadre des événements “One Night Only” de la chaîne de cinémas Regal avec Live Monsters diffusé en simultané dans 30 salles de part et d’autre des États-Unis.

À sa sortie, le DVD réalisé par Fabien Raymond comprenait le concert entier de 15 chansons à l’Olympia de Paris le 5 juin 2003 ; une session acoustique de trois chansons (Dirty Sticky FloorsBitter Apple et Black And Blue Again) diffusée à l’origine en direct sur la radio de San Francisco Channel 104.9 le 17 août ; plus des interviews avec divers membres du groupe, dont, bien sûr, Gahan, qui a conclu de manière révélatrice : “Ces derniers 18 mois, à bien des égards, ont été les plus difficiles que je puisse me souvenir. Avoir foi en la musique, la jouer live avec Knox, Victor, Martyn et Vince a également été des plus gratifiants. Avec le soutien de ma famille et de mes proches, et vous, mes fans, je dois croire que dans ce trou à rats que j’appelle l’industrie musicale, il y a des l’espoir ; si tu essaies d’y croire, le changement arrive. Pour moi, la lutte vaut toujours la peine. À la prochaine !”

Akin Ojumu a rapidement écrit une lecture pessimiste, et une note de 2/5 pour The Observer : “L’homme le plus sombre de la pop divertit un public parisien loyal, arrachant sa chemise et grimaçant comme Iggy Pop”.

Mais derrière chaque Saint Thomas, il y a souvent un croyant, avec James Griffith du Guardian donnant un 4/5 plus charitable : “Le concert – comprenant d’anciennes favorites de Depeche Mode ainsi que de nouvelles chansons – balace dur et longtemps, avec le charisme mélancolique et tatoué de Gahan réduisant les femmes à des cris et les hommes à des beuglements d’adoration demandée”.

Concluant l’une des nombreuses chroniques sur le web du DVD, un journaliste de dvdfuture.com a conclu : “La principale faiblesse, ce sont les propres chansons de Gahan, et je me demande si ce type de DVD n’est pas sorti trop tôt pour lui permettre de se construire un répertoire personnel plus fort”. Ce journaliste n’avait pas tort. Après tout, Depeche Mode eux-mêmes ont attendu 1985 pour sortir leur première vidéo de concert quatre ans après leurs premiers succès.

Cela a amplement été illustré par la sortie opportune de six coffrets Singles le 30 mars, chacun comprenant six singles CD, s’étendant du premier du groupe en 1981 (Dreaming Of Me) à Dream On de 2001 pour “… offrir une vue d’ensemble en profondeur et un aperçu du développement de l’un des groupes les plus innovateurs et influents de Grande Bretagne”, selon l’argumentaire de presse de Mute. Beaucoup de terrain musical (et technologique) a certainement été couvert entre le premier et le 36ème single du groupe. Bizarrement absents étaient les singles suivants de la période Exciter (I Feel LovedFreelove et Goodnight Lovers) probablement parce que leur inclusion aurait déséquilibré les six singles par coffret. Peut-être que cela verra collectivement le jour dans le cadre d’un septième coffret Singles, avec les futurs 40ème, 41ème et 42ème singles de Depeche Mode – assumant que de nouvelles chansons soient éventuellement enregistrées (et des singles sortis par la suite).

Jusqu’alors, cette collection multi-volumes en édition limitée donnait au moins aux fans du groupe ce qu’ils voulaient : plus de produit de Depeche Mode (bien que sorti auparavant). Et pourtant la rumeur courait selon quoi plus allait arriver, dont un album de remixes – encore – sans titre. Selon son site web, les projets alors en cours d’Anton Corbijn incluaient “le DVD de Depeche Mode pour Devotional”.

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Mute n’avait pas encore fini de pomper les premiers pas en solo de Dave Gahan quand Soundtrack To Live Monsters, album entièrement digital comprenant tous les 10 morceaux de Paper Monsters enregistrés live à l’Olympia de Paris a été rendu disponible – au prix de vente de 7£ pour le téléchargement de 10 chansons avec deux choix de pochettes – à partir du 9 mars.

Le label Toast Hawaii d’Andy Fletcher a amélioré ce prix en offrant neuf morceaux de Client disponibles auparavant uniquement en vinyle en singles digitaux, disponibles en téléchargement de manière individuelle avec pochette en haute résolution pour 1£, ou groupés ensemble sous un album de remixes exclusif intitulé Going Down pour 5£. Pour Fletcher, c’était un pas dans la bonne direction : “Les pirates seront toujours là, et c’est un problème pour les artistes et les labels, mais les choses s’améliorent avec les téléchargements légaux et le prix des CD qui descend ; l’industrie du disque qui fait payer 14.99£ pour un CD, c’est vraiment chercher des problèmes”.

Ayant signé un deuxième groupe, Legate X, sur Toast Hawaii en février et annonçant un deuxième album à venir de Client, prévu pour l’été (avec des contributions de Martin Gore en personne), Andy Fletcher était désormais en bonne voir de réaliser les buts futurs qu’il avait mentionnés durant son discours Popkomm durant l’été 2003.

Dave Gahan a finalement mis un accent potentiellement positif sur l’avenir incertain de Depeche Mode avec un message posté sur son site web en mars : “J’écris en ce moment. Je sais que Martin écrit aussi. Avec un peu de chance, on se réunira plus tard dans l’année pour parler de ce qu’on va faire après. Avec un peu de chance, ce sera quelque chose sous le nom de Depeche Mode. On va devoir attendre ce qui va se passer, alors on vous tiendra au courant”.

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(1) En 2004, Client a fait la transition musicale du petit au grand écran avec l’inclusion de Rock And Roll Machine, aux côtés de classiques de groupes tels que les Buzzcocks, le Jams, Sham 69 et Primal Scream, dans le film britannique The Football Factory, l’étude troublante de la violence dans le football par le réalisateur/scénariste Nick Love.

(2) Mute a rapidement publié un autre communiqué de presse : “Les défauts impliquent la sélection des morceaux et l’identification sur les couches SACD. La couche CD n’est pas affectée. Les problèmes ont eu lieu à l’étapde d’écriture et de fabrication de la production et, ainsi, étaient hors de contrôle de Mute. Comme ce sont des défauts de fabrication et d’écriture, tous les disques sont affectés. Les erreurs ont été rectifiées et les disques de remplacement sont en train d’être fabriqués”. 

Traduction – 9 août 2016

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