Rêves de fuite ?

“Plus tard l’année prochaine, je suis sûr que nous nous assiérons ensemble pour parler de l’avenir de Depeche Mode. Pour moi, je ne considérerais pas rentrer dans cela créativement à moins que Martin [Gore] adopte également mes idées”.
– Dave Gahan, 2003

Le premier single de Martin Gore, Stardust, venait à peine de laisser sa trace quand Counterfeit² est sorti deux semaines plus tard le 28 avril 2003, entrant dans les charts allemands à la 12ème place. Comme on peut l’attendre d’un album d’obscures reprises de la part d’un compositeur à succès, les chroniques étaient d’une variété mitigée. “Tandis que son collègue Dave Gahan s’est embarqué sur un album solo intensément personnel, Gore penche pour l’option la plus sans conséquences : l’album de reprises”, a écrit Dorian Lynsky du Guardian avant la sortie publique de l’effort de Gahan, donnant au disque une notation sévère de 2/5. “Au cours du processus, il démontre pourquoi Gahan chante la majeure partie du temps. Sur le premier Counterfeit en 1989, Gore a taillé le matériel pour allr avec sa légère voix. Cette fois, il étire sa voix dans des directions dans lesquelles elle ne veut pas aller. Quiconque sonnant comme Gore ne devrait jamais, jamais – même pas pour un pari – reprendre une chanson de Nick Cave, mais il le fait. Gore ne s’attend sûrement pas que cette excursion agréablement du type hobby atteigne au-delà des fans hardcore de Depeche Mode ?”

Le chroniqueur en ligne John Power a fait la même observation en écrivant, “Loverman de Nick Cave prouve sans aucun doute que la seule personne qui peut bien s’en tirer de son truc prêcheur enfer et damnation, c’est Nick Cave… (1) C’est un bon album que les fans des Modes goberont. Le choix des chansons à reprendre n’est jamais évident, et, en général, elles survivent bien à leur traduction en électronica un peu cassé, testament à elles et leur traducteur”.

“Je n’ai aucune grosse idée commerciale sur Counterfeit², a dit Gore à Metro. Je ne suspecte pas qu’il se vendra à beaucoup [d’exemplaires] étant donné que ce n’est pas un son commercial. Je serais surpris si c’est un grand succès”. Ce n’était pas le cas – du moins dans le sens vente à plusieurs millions d’exemplaires de Depeche Mode du terme.

“Je pense qu’il y a certains parallèles entre les reprises que j’ai choisies et les chansons que j’écris, a-t-il réfléchi. C’est très difficile de mettre le doigt sur ce que c’est exactement. J’ai tendance à choisir des chansons qui sont très émotionnelles – peut-être très isolées. J’essaie de capturer les émotions ; c’est ce qui est important pour moi. Je ne pense pas que si j’écrivais des chansons pour moi-même en tant qu’artiste solo, quand Depeche Mode [sera] fini, qu’elles seront très différentes de ce que je fais maintenant au sein du contexte du groupe”.

Le fait que Gore parle de la vie au-delà de Depeche Mode a été répété par un Gahan arrogant mais aigri. “Je ne sais pas si je pourrais retravailler avec DM dans les mêmes circonstances – en fait, je ne pense pas”, a dit le chanteur au magazine allemand Musikexpress”. J’ai besoin d’être entendu ; [j’ai] besoin d’avoir le sentiment que mes idées sont aussi importantes que celles de Martin. Parfois, je suis très en colère contre Martin ; je suis en colère qu’il ne me parle pas. Il y a une atmosphère quasiment artificielle dans le studio quand on travaille ensemble. Je ne lui demanderais jamais, Eh Mart, est-ce qu’on pourrait faire la partie de cette chanson d’une autre manière ? Je sais que sa réponse serait : Eh bien, je ne sais pas. C’est sa réponse tout le temps. Au bout d’un moment, tu arrêtes de tout remettre en question”.

Gahan était encore plus caustique en conversation avec Der Spiegel – “Martin m’a même dit comment chanter certains passages. Je me sentais souvent comme un instrument, juste étant utilisé par [les] autres” – et a souligné l’apathie apparente de Gore pour la production durant une discussion avec avec le tabloïde danois Ekstra Bladet : “Notre producteur sur Exciter, Mark Bell, a dit qu’il ne ferait pas vraiment l’album entier pour nous. Alors j’ai dû lui dire, Si, putain ! Puis il a juste remonté ses manches et a travaillé sur l’ordinateur, et Martin regardait par dessus son épaule et marmonnait, D’accord”.

Assez des soi-disant sessions d’enregistrement harmonieuses d’Exciter. Andy Fletcher était tout autant incertain quant à l’avenir du groupe quand Release Magazine lui a demandé s’il y avait une possibilité d’étendre le catalogue de Toast Hawaii : “Je n’ai aucune vision de devenir Virgin. Je dois être réaliste ; en novembre [2003] le projet Depeche démarre probablement…” Martin Gore a tiré un voile obscur sur l’avenir indéterminé de Depeche Mode en promouvant Counterfeit² avec une série de huit concerts, intitulés de manière quelque peu prétentieuse “A Night With Martin L. Gore”, démarrant à Stockholm le 22 avril.

Accompagné par Andrew Phillpott au PC portable et claviers, plus Peter Gordeno, qui avait joué des claviers sur les deux dernières tournées de Depeche Mode, Gore a interprété six des 11 morceaux de Counterfeit² entrecoupés par Never Turn Your Back On Mother Earth des Sparks (extrait du Counterfeit E.P. de Gore – interprétée auparavant durant sa partie solo en tournant de manière extensive avec Depeche Mode une décennie ou plus avant) et plusieurs de ses compositions préférées de l’extensif répertoire de Depeche Mode, dont Only When I Lose Myself (extrait de The Singles 86>98), Sweetest Perfection (Violator), des versions acoustiques de In Your Room et Walking In My Shoes (Songs Of Faith And Devotion), et The Love Thieves (Ultra), avec A Question Of Lust (Black Celebration) et Shake The Disease (The Singles 81>85) réservés pour les rappels.

Les fans des Modes assistant au concert d’Hambourg le 26 avril ont été gâtés par une interprétation acoustique de Condemnation (extrait de Songs Of Faith And Devotion) en guise d’un rappel bonus, et ceux assistant aux concerts de Paris, Milan, Londres et le premier des deux dates au Mayan à Los Angeles (6 & 7 mai) ont gagné une version acoustique de Home (Ultra). Le public du deuxième concert de LA a eu Enjoy The Silence et le tendre spectacle des filles de Gore, Viva et Ava, contribuant des chants sur Loverman de Nick Cave. (2)

Étant donné la perspective d’une performance rare du compositeur principal de Depeche Mode, les chroniques étaient avec surprise tout aussi rares. Rob Dyer a été témoin de la seule apparition complète de Gore au Royaume-Uni à l’Astoria de Londres le 2 mai. Sa conclusion en ligne était plus accablante que dévote : “Gore est un interprète accompli, mais il est toujours meilleur compositeur de son propre droit, et cette performance n’a fait que souligner cela. On hésite à utiliser l’expression jouisseur qui se fait plaisir, mais tout l’exercice Counterfeit² indique que c’est Gore qui se fait plaisir en public. Parfois, cela marche de manière excellente, mais trop souvent il a du mal à s’engager. Bien que je suis certain que cela aurait été une soirée très différente si Gore avait choisi de ne pas inclure de morceaux de Depeche Mode – ou juste un ou deux – puis je suspecte que j’aurais trouvé tout l’événement bien plus intéressant. Dans l’état des choses, on dirait que Gore aura du mal à se défaire de son passé impressionnant”.

Les concerts de LA ont été inévitablement mieux reçus comme une chronique en ligne hyperbolique s’enthousiasmait : “Les fans ont eu comme cadeau une salle intime où même ceux au balcon pouvaient s’accrocher au souffle de chaque mot de Gore, et avec chaque chanson, chaque mot, les voix dans l’air résonnaient comme une chorale d’église avec [un tel] enthousiasme spécial pour certains morceaux qui semblaient ressembler à un hymne populaire… Que son aventure en tant qu’artiste solo lui apportera un niveau similaire de succès auquel il est habitué ou sera-t-elle sa manière de tuer le temps entre les albums, seul le temps le dira. En fait, Gore peut embrasser l’adulation qu’il doit habituellement partager avec d’autres membres de ses concerts réguliers”.

Tandis que Gore avait volontiers confessé qu’il “… ne voulait pas partir sur une grand tournée mondiale” (et projetait de ne faire “… rien en particulier…” après avoir remplir ses engagements “A Night With Martin L. Gore”), de manière perverse, Dave Gahan prenait des risques en faisant exactement cela en promotion de son album solo – qui devait encore sortir –, Paper Monsters.

Quand le magazine suédois Groove lui a demandé en mai comment il se sentait à propos de la perspective de jouer sans ses collègues pour la première fois, Gahan est à nouveau apparu être en forme battante quand il a répondu, “Tu veux dire sans Martin ? Parce que c’est le seul à jouer live que je puisse voir depuis le départ d’Alan. Fletch ne joue rien. Bous, les reporters, vous ne semblez pas vous rendre compte que DM, c’est juste Martin et moi, et ça a été le cas depuis longtemps. Le groupe de tournée a beaucoup changé, surtout après le départ d’Alan. On a besoin de personnes qui savent jouer, et Fletcher ne sait pas jouer, alors il reste planté là à battre des bras. Je pense qu’il a l’impression qu’il divertit le public, mais j’en suis lassé. Je veux travailler avec des gens qui mettent autant d’énergie que moi sur scène ; c’est ce que j’attends des gens qui sont sur scène avec moi”.

Fletcher s’est à nouveau retrouvé sur la ligne de tir de Gahan quand ce dernier est apparu sur la sellette du “Cash For Questions” du magazine Q. “Est-ce que le clavier de Andrew ‘Fletch’ Fletcher est branché ?” a demandé un interrogateur agaçant. “Oui, il est branché, mais je ne pourrais dire honnêtement ce qu’on en obtient, a grogné Gahan. Tout ce que je sais, c’est que quand il revient à sa place, je regarde partout et rien ne se passe là-bas”. (3)

Une requête inévitable regardant l’avenir de Depeche Mode a été répondue par : “Je suis arrivé à un point où on doit intégrer de nouvelles idées, et elles viennent habituellement d’autres personnes – d’autres musiciens, tout comme quand Alan était encore dans le groupe. Il nous manque vraiment. J’ai l’impression que Exciter était l’album de Martin, mais avec ma voix dessus. Je ne peux même pas penser faire un autre album de DM si je ne peux faire partie de l’écriture. J’ai fait un album maintenant dont je suis vraiment fier. Qui s’intéresse à DM, putain ; j’en ai ras le bol de parler de DM !”

Pourtant Gahan était attiré dans une discussion sur Depeche Mode – le plus souvent de manière dérogatoire – dans pratiquement chaque interview qu’il a donné pour lancer sa carrière solo. “Je me suis rendu compte que si je devais faire quelque chose seul, ce serait sans Depeche Mode, a-t-il dit au journaliste américain Ben Werner. Il y a tellement de règles au sein du groupe – Martin, c’est le compositeur, Dave, c’est le chanteur et l’interprète, et Fletch traîne, encore Martin, même s’ils ne sont pas aussi proches qu’avant, non plus”.

Un Fletcher manifestement offensé a rapidement répondu à ce dernier affront : “Dave a absolument tort en ce qui concerne ce sujet, puisque Martin et moi, on est amis, et, en fait, je pensais que Dave était notre ami aussi. Il a dit de nombreuses choses qui nous ont étonnés tous les deux, mais il a fait ça afin de s’établir en tant qu’artiste solo – dire, Eh, c’est Dave Gahan et c’est mon album solo. On va se retrouver à la fin de l’année [2003], et puis Dave nous dira ce qu’il l’a poussé à dire ces choses Martin ne comprend pas tout le scénario non plus”.

Il n’y a pas de doute que Gore et Fletcher auraient été tous les deux consternés en entendant Gahan se référer à Depeche Mode comme “mon groupe” dans une interview pour une radio “rock alternatif”. “Quand on part en tournée et que je performe”, a dit Gahan à Corey Levitan de Rolling Stone, “je sais que je contribue une grande partie de ce qu’on fait en terme de donner vie aux chansons sur scène, mais ce n’est simplement pas marrant en studio si tu as une idée pour quelque chose et la personne avec qui tu travailles n’a même pas envie de prendre une guitare. Ça semble être une perte de temps pour moi. À moins qu’il soit ouvert à la fois à moi et lui arrivant en studio avec un paquet de chansons et se soutenant chacun, je ne vois pas l’intérêt de continuer et de faire un autre album de Depeche Mode”. Quand Levitan lui a demandé de commenter sur les chances que cela arrive réellement, Gahan a répliqué avec un “tu sais quoi ? À l’instant, je m’en contrefous”.

“Les interviews sont une sorte de thérapie pour [Gahan], a plus tard supposé Fletcher, ce que Dave dit et pense sont deux choses différentes”.

Quand on lui a demandé par coïncidence si Paper Monsters représentait une sorte de thérapie de soi, la réactionde Gahan a été révélatrice : “Toute ma vie est une thérapie. Je me remets toujours en question : Est-ce que c’est assez bon ? Qu’est-ce que je fais ? Est-ce que ça vaut quelque chose ?”.

Quand on en est arrivé à mesurer la réaction de Gore à son travail en dehors de la zone de sécurité de Depeche Mode, Gahan était manifestement nerveux. “Je mentirais si je disais que je m’en fous de ce qu’il pense”, a-t-il confessé à Dave Simpson du Guardian. Cependant, selon Gahan, la reconnaissance de Gore était réservée : “[Martin] m’a appelé et a dit, Je reviens de vacances et j’ai un message selon quoi il y a un album à la poste que je vais aller chercher, mais je t’appelle pour savoir si tu as le numéro d’un chiropracteur ?

Ce manque de reconnaissance a touché Gahan où cela faisait le plus mal : “Je n’ai rien entendu directement, et c’est décevant. On penserait qu’il peut prendre son téléphone ou quelque chose pour me souhaiter bonne chance”.

Au lieu de cela, Gahan a dû gérer un retour peu satisfaisant via un tiers : “J’ai entendu via le téléphone arabe que ce n’était pas ce à quoi il s’attendait. Je ne sais pas ce qu’il pensait que ça sera – peut-être plus lourd ou plus rock ? Martin m’a toujours mépris dans ce sens. Mon genre de rock’n’roll a toujours été les Stones, Stooges, Clash…”

Quand on lui a demandé plus tard ce qu’il pensait de l’aventure solo de Gahan par un journaliste allemand, Gore – l’homme dont Gahan, suivant l’exemple d’Alan Wilder, a dit, “Martin ne jette pas des compliments à la pelle – juste pour lui” – a été succinct dans sa réponse soigneusement formulée : “Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais, mais ça semble intéressant”. Le téléphone arabe avait été correct tout le temps, il semblerait.

Alors que Gahan s’était assuré que Gore reçoive un exemplaire de Paper Monsters, Gore n’a pas rendu la pareille avec Counterfeit²Musikexpress en Allemagne a donné un récit d’un Gahan offensé qui demandait, “Où est ton album ?” Gore a répondu, “J’ai demandé à mon manager de t’en envoyer un”, ce à quoi Gahan a apparemment rétorqué, “Qu’est-ce que tu veux dire, ton manager ? Bouge ton cul, prend un CD, met le dans une enveloppe et envoie le mien, espèce de connard arrogant !”

* * *

La sortie le 2 juin 2003 attendue avec impatience du premier album solo de Gahan a été précédée une semaine auparavant du single Dirty Sticky Floors, “aperçu enivrant de la face cachée sordide du rock”, selon un argumentaire de presse sorti peu avant. Dave Simpson du Guardian a écrit le jour de la sortie du single : “Gahan embroche méticuleusement tout le truc confessionnel glamour/rock star ; sur le premier single, il se décrit comme priant sur le trône de porcelaine”. L’observation perspicace de Simpson a tout naturellement fait mouche chez Gahan qui a observé, “Je me suis rendu compte récemment que j’avais passé plus de temps dans les années 90 dans des toilettes que dans des restaurants, des bars ou des fêtes. Putain, c’est ridicule !”

L’étiquette toilette de Gahan a refait surface une semaine plus tard lors d’une conversation avec Jim Macnie de VH1 : “[Dirty Sticky Floors] parle du côté soi-disant glamour du rock, et finir sur un sol sale et collant soir après soir ; des horribles toilettes d’un club ou – la plupart du temps – le sol sale et collant de mes propres toilettes. Mais je voulais me moquer de tout [ce] côté du rock et m’amuser avec, même si les paroles représentent une vraie part de ma vie à cette époque. Les personnages de l’Homme de Fer Blanc et du Lion étaient deux énormes poupées que j’avais dans mon appartement de Santa Monica. J’avais épuisé tous mes amis, et ces deux poupées me tenaient compagnie. Tous les soirs, elles commençaient à me parler. Je n’ai pas besoin de dire qu’elles n’ont pas fait long feu !”

Lors d’une conversation avec Nick Roberts de Uncut, les poupées du Magicien d’Oz de Gahan ont touché encore plus le fond de la dépravation : “En fait, j’ai fini par tirer sur l’Homme de Fer Blanc, c’était le pire ! C’était comme une poupée de ventriloque flippante, mais c’était de la pure paranoïa. Elles me foutaient les jetons. J’étais seul, à tourner dans mon appartement avec un 38mm chargé glissé dans le dos de mon froque, mon ombre me faisait flipper. J’en ris aujourd’hui, mais c’était vraiment lourd à l’époque… Ce n’était pas ce que ma mère avait à l’esprit quand elle m’a élevé enfant !

“En tout cas [avec] cette chanson, je voulais refléter la stupidité de l’addiction – dire, regarde, c’est là où ça se finit : la cuvette des toilettes devient ta meilleure aie, et tu y passes la majeure partie du temps la tête dedans”. (Le single pourrait aussi référencer la “Blue Room” auto-proclamée de Gahan, salle de bain qui aurait été construite spécifiquement pour la consommation de drogues.)

Heureusement, Gahan avait retrouvé son célèbre sens de l’humour. Un poisson d’avril exclusivité en ligne avec Daniel Barassi déclarait que Gahan abandonnait la musique pour apparaître en beau gosse surfeur dans Alerte à Malibu. “Reuters l’a récupérée et l’a diffusée comme une histoire sérieuse”, a dit un Gahan perplexe au Guardian. “Ça aurait été une toute nouvel carrière”.

Sur le plateau du clip de Dirty Sticky Floors réalisé par Arnie and Kinski, tourné en extérieur sur la place de El Matador State à Malibu en Calirfonie, Barassi a également filmé un Gahan habillé décontracté qui discutait, avec ce “curieux mélange de sons de New York et de voyelles de l’Essex”, de la narration semi-autobiographique du clip pour une utilisation future pour le web : “Il y a trois personnages différents de moi [dans le clip] : il y a Dave le décontracté – c’est moi là ; puis il y a un petit peu de Dave le méchant, et il a une mission de quitter le monde sur ce bateau avec tous ses biens, et Dave le décontracté le regarde d’une manière très aimante – regardant ce gars traverses cette expérience douloureuse… tu sais, Dave le méchant fait de son mieux, mais il n’avance nulle part, et on utilise un bateau pour décrire ce sentiment. Le bateau lourd est une métaphore ; je ne vais jamais dans l’eau en fait. Plus tard, il y a aussi Dave le showman, [qui] sera mis [sur] une sorte de [fond] traité à jouer avec un micro”.

Le clip était inclus sur un DVD et deux CD singles, comprenant un remix dub et vocal de la chanson par Junkie XL (alias le DJ hollandais recherché Tom Holkenburg, qui avait remixé à titre posthume Elvis Presley pour son 30ème numéro un, A Little Less Conversation sous le nom de JXL. (4) Pas habitués à manquer une opportunité marketing, Mute Records a offert aux acheteurs britanniques des trois formats la chance de recevoir un fourreau gratuit dans lequel tiendraient les disques en entrant simplement leur adresse postale en ligne, et ont été rapidement récompensés de leurs efforts quand Dirty Sticky Floors est entré dans les charts singles britanniques à la 18ème place le 2 juin. Évidemment plus de fans de Depeche Mode s’étaient manifestés en soutien de Gahan que ce n’avait été le cas pour la reprise de Stardust par Gore (qui s’était classée avec déception 26 rangs en dessous quelques semaines auparavant). En Allemagne, le premier single de Gahan a eu encore plus de succès, atteignant la 6ème place – indiquant encore une fois la popularité durable de Depeche Mode là-bas.

Les adeptes de la dance ont été attirés avec la sortie le 30 juin de deux maxis 33 tours – l’un comprenant les remixes susmentionnés de Junkie XL, l’autre, Dirty Sticky Floors (Lexicon Avenue Vocal Mix) et Dirty Sticky Floors (Silencer Remix) – s’assurant qu’un Gahan plus adapté aux clubs pouvait être entendu dans les semaines à venir, nourrissant plus d’intérêt pour son album parent.

À ce moment, les exemplaires promos de Paper Monsters étaient déjà digérés dont au moins par un chroniqueur en ligne qui n’était pas entièrement convaincu : “Le premier single est probablement la chanson la plus faible de l’album. Dirty Sticky Floors est un exercice d’imitation de Depeche Mode et est musicalement assez facile ; sur le plan des paroles, elle possède un tournant intéressant puisqu’elle suit la descente de Gahan dans l’addiction et sa fuite subséquente”.

Ce chroniqueur anonyme semblait alors en désaccord avec lui-même, donnant peut-être à Gahan le compliment ultime tout en remettant en question l’avenir de Depeche Mode : “C’est mieux que l’album solo de Gore, et le dernier album de Depeche Mode. Au bout du compte, cet album étend les frontières de ce qu’il aurait pu faire avec le groupe et lâcher sa voix de manière que nous n’aurions pas pensé possible. Même si je ne voudrais pas voir Depeche Mode se séparer, nous devons juste attendre et voir ce que ce garçon de l’Essex a sous le bras”.

Gahan a dit à Uncut qu’il avait té tenté d’appeler son album Essex Boy “pour le kiff”. À la place, il a opté pour un titre plus personnel – une métaphore, en vérité : “Enfant, j’ai passé beaucoup de temps à me demander qui était dans le placard et qui était sous le lit – des pas qui me poursuivaient la nuit, des rêves que j’avais enfant. Je me suis rendu compte que ce qui m’empêche de faire ce que je veux, c’est la peur. Paper Monsters (“Des monstres de papier”) – c’est ce qui m’a toujours arrêté, et ces chansons sont sorties de ça. C’était tous ces monstres qui grandissaient en moi et j’ai dû les relâcher. Puis je me suis rendu compte que c’était juste cette grande feuille de papier symbolique qui m’arrêtait, mais ensuite je me suis rendu compte que je pouvais la traverser et passer de l’autre côté”.

Les paroles de Paper Monsters chroniquaient ce voyage délicat. Bitter Apple touchait un sens pratiquement serein de réveil spirituel : “C’est une chanson à propos d’être amoureux et de vraiment se rendre compte que je ressentais à nouveau de l’amour. Ça n’a pas besoin d’être à propos d’être amoureux d’une autre personne, mais juste ressentir à nouveau l’amour et la beauté de tout”.

De Hold On, ahan s’enthousiasmait de manière ésotérique sur transformer des sentiments nocifs d’être constamment testé : “Je me suis rendu compte que ce n’était pas vraiment des tests, c’était des cadeaux. C’était des chances qui m’étaient données pour peut-être changer quelque chose, peut-être prendre une nouvelle direction. Le message dedans, c’est Tiens bon, tu dois continuer d’avancer et tu dois continuer à croire en tes rêves et tes idées. Je pense, à bien des égards, la chanson parle également de Dieu, et ce qu’est Dieu pour moi – peu importe comment vous voulez appeler cette puissance, cet univers.

Il y a de belles chansons comme Hold On et I Need You… Les paroles disent, Tu auras toujours plus besoin de moi que j’aurais besoin de toi, puis l’accroche fait, J’ai besoin de toi. Les paroles sont assez acerbes. Tout est question de relations, de mon expérience de la vie. Je ne pense pas que j’aurais pu écrire ces chansons il y a 10 ans… I Need You parle en partie d’avoir besoin de la vie plus que je ne veux l’admettre. C’est important pour moi d’apprendre deça, d’apprendre de mes erreurs et de ne pas m’en cacher. Je pense qu’une partie est une pique à Martin”.

Sur Black And Blue Again, un Gahan à l’émotion brute s’est ouvert encore plus : “Je venais de m’engueuler bien comme il faut avec ma femme. Pour moi, c’est comme un match de boxe, et j’ai écrit [ces] paroles comme si je me battais – de retour sur le ring à me battre à nouveau, me battre avec moi-même, à lutter pour être dans une relation, plutôt que dicter comme devrait être une relation… ça a toujours été ma perte. Cette chanson était vraiment dure, mais je voulais vraiment être honnête à ce propos. Je voulais le raconter exactement comme c’était et vraiment admettre à moi-même que je ne suis pas une personne très sympa. Je pensais vraiment ça à l’époque, d’où le titre de la chanson (“couvert de bleus à nouveau”) – juste me frapper. J’y arrive bien mieux que n’importe qui, de toute manière.

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Au grand soulagement de Gahan, la presse musicale britannique a donné une oreille de soutien à Paper Monsters : “Digne, hanté et euro-décadent” (NME) ; “Compagnon intrigant de Songs Of Faith And Devotion de Depeche Mode, enivrant par le lexique de l’addiction et la rédemption ; mélange douloureux et familier de riches textures synthés/cordes/rock et de pulsation basses” (Mojo) ; “Épopée sentimentales, la vulnérabilité de Gahan enveloppé dans une couverture de pianos dégoulinants et d’électronique glougloutante fabriquée par ses sympathiques assistants en studio. Il a enfin trouvé sa voix à lui” (Q).

Pour certains chroniqueurs comme Stephen Dalton de Uncut, il était difficile de résister au contraste entre le premier album de Gahan et le second de Gore. “Les albums solos des deux sommets créatifs jumeaux de Depeche Mode demandent inévitablement la comparaison. Le projet de reprises de Martin Gore… est le plus poli des deux, enveloppant les pages arrières souillées de Nico, Lou Reed et même l’hymne sédatif épique de David Essex, Stardust, de vêtements électro-glam de bon goût. Les réflexions lyriques de Gahan sont inévitablement moins assurées sans son cordon ombilical avec Gore, touchant parfois la pure banalité. Mais cela peut également fonctionner en leur faveur, approfondissant le ton confessionnel de jolies berceuses chatoyantes comme Stay et A Little Piece. Il y a quelques retours glam tambourinants aux premières années de Gahan… mais l’humeur prédominante en est une de libération, de sauvetage émotionnel et de calme après la tempête”.

De l’autre côté de l’Atlantique, Doug Rule, écrivant pour Metro-weekly de Washington, l’a vu différemment : “Depeche Mode a survécu à pratiquement tous les autres groupes de leur époque – certainement plus longtemps que ce à quoi on s’attendait, étant donné surtout que la majeure partie des fans originaux se sont éloignés il y a des années. Aujourd’hui, aussi, les deux leaders de Depeche Mode… se sont éloignés. Chacun a sorti des albums solos… pas aussi similaires qu’on le penserait. Aucun n’égale la puisse du Depeche Mode des débuts, ou n’arrive à la cheville de l’apogée du groupe, Songs Of Faith And Devotion de 1993. En fait, seul l’un des deux est digne d’être écouté en boucle. Il est douloureux de l’admettre, mais Paper Monsters est une déception du début à la fin, marquant un début fâcheux en tant que compositeur pour Gahan qui ne crée pas de sales mélodies collantes comme Gore. Si un autre album du groupe devait effectivement arriver, on ne peut qu’espérer que Gore continue à exercer un contrôle de la composition”.

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Le 9 juin, Paper Monsters est entré dans les charts albums britanniques à la 36ème place. En une semaine, c’est avec déception qu’il avait chuté à la 75ème place, malgré un effort de pousser les ventes par Mute de jumeler les 25 000 premiers exemplaires avec un DVD édition limitée comprenant le clip de Dirty Sticky Floors, des images de versions acoustiques de Hold On et A Little Piece tournées à New York, une galerie photo, plus un documentaire making of de l’album.

Gahan a persévéré avec défi ses projets de tourner de manière extensive, quand même. Le journaliste Ben Werner l’a vu mener la cadence de son groupe dans un studio de répétition du Nord de Hollywood, avec le co-compositeur Knox Chandler à la guitare, le batteur Victor Endrizzo (qui avait joué auparavant avec des artistes tels que Beck, Macy Gray, Avril Lavigne, Willie Nelson et Marianne Faithfull), le claviériste Vincent Jones (qui avait travaillé avec Punk, Bryan Adams et les Cowboy Junkies) et le bassiste Martyn Lenoble (qui, en plus d’avoir décliné une invitation pour rejoindre Metallica pour pouvoir poursuivre ses propres intérêts musicaux, avait tourné avec Porno For Pyros et Janes Addiction).

Werner a été frappé par ce qu’il avait entendu. “Ce qu’on remarque immédiatement dans cette répétition : pas d’ordinateur. À part Vincent Jones qui se caché derrière une petite pile de claviers, rien ne suggère qu’il n’y a rien d’autre qu’un groupe qui veut faire du rock. Et dès que cette pensée arrive, le groupe se lance dans le semi-autobiographique Bottle Living, morceau qui roule des mécaniques à la T-Rex qui dérive en une version rugissante de Personal Jesus, l’un des plus grands tubes de Depeche. Pour une fois, il sonne comme le scandaleux morceau bluesy qu’il aurait toujours dû être… Avec son marcel et son pantalon de survet, Gahan se pavane comme Jagger, fait tourner sauvagement son pied de micro, pousse des cris, beugle et cajole son outil pour jouer plus dur, plus férocement pour finir par les mener à un final à la James Brown. Son batteur scande Dave Ga-han ! Dave Ga-han comme si quelqu’un allait venir le chercher avec une cape drapée. C’est plutôt inattendu – du gros rock transpirant. Ça ne ressemble pas du tout à Depeche Mode”.

“Mon groupe a de la technique” était l’enthousiaste verdict de Gahan. “Je l’ai toujours imaginé plus comme ça. On a fait un peu de ça en studio aussi, mais je savais qu’il fallait monter d’un cran sur scène”.

En plus de jouer Paper Monsters en entier, Gahan et son groupe revisitaient le répertoire des Modes, jouant en plus rock des morceaux tels que Walking In My Shoes (réinterprété de manière acoustique par Gore), I Feel You et la favorite live de longue date Never Let Me Down Again, ces deux derniers en rappel, avec Policy Of Truth et Enjoy The Silence de Violator gardés en réserve pour le rappel. Quand il a subtilement remanié son set pour la troisième partie européenne du Paper Monsters TourStay a été abandonné en faveur de deux chansons additionnelles de Depeche (Useless et Dream On), laissant le chanteur ouvert aux accusations de vouloir faire plaisir au public avec des chansons de Gore plus connues et soi-disant, mieux écrites. “Je chante ces chansons depuis 20 ans, alors je n’ai pas besoin de demander la permission” a répliqué Gahan. “Une chose que j’ai entendue, cependant, c’est que Martin a été surpris que je n’ai pas utilisé de parties originales – samples et tout ça – des disques dans mes versions. Je ne sais pas s’il a dit ça, mais si oui… Occupe-toi de tes oignons, mec !

Pour la défense de Gahan, il n’avait pas encore amassé assez de compositions solo pour tenir une heure et demie sur scène ; après tout, même Depeche Mode avaient étoffé leur set de première tournée britannique avec quelques reprises de choix. Comme a raisonné Gahan, “Je me serais juste fait plaisir de jouer uniquement mes propres chansons”.

La partie européenne du Paper Monsters Tour de 70 dates a démarré à la Volkhaus de Zürich le 5 juin. Derrière la console de mixage se trouvait Maurizio Gennari, ayant récemment terminé la promenade relativement plus courte de Martin Gore. Gahan et son groupe avaient joué dans quatre arenas de l’Est européen (St Petersbourg, Moscou, Kiev et Budapest) et deux triomphales soirées à l’Olympia de Paris (filmées pour la postérité), plus un tas de festivals dont l’Other Stage de Glastonbury, juste avant Sigur Rós, sa source d’inspiration.

Dans un journal en ligne daté du 21 juin, Vincent Jones transmettait l’atmosphère excitante à Kiev – à peine surprenant étant donné la popularité écrasante de Depeche Mode dans les États de l’ancien Bloc de l’Est. “Le concert d’hier était génial – environ 7000 personnes folles de David. De mon point de vue sur scène, j’ai une bonne visions d’eux, et je suis étonné par le nombre de personnes chantant non seulement Dirty Sticky Floors, mais également des morceaux de l’album comme Black And Blue Again [et] Stay”.

La tournée est arrivée à Londres pour deux soirée consécutives au Shepherd’s Bush Empire les 9 et 10 juillet. “Des décennies à jouer dans de vastes stades américains ont laissé une marque indélébile”, a écrit Alexis Petridis du Guardian. “Il n’y a pas d’espoir que [Gahan] réduise sa performance pour s’adapter à la salle plus intime. On suspecte qu’il ne saurait demander son chemin sans déchirer sa chemise, prendre son paquet et faire tourner un micro au-dessus de la tête… Tandis que le public accompagne sur le rappel Enjoy The Silence, Gahan semble prendre le pied de sa vie”.

“Gahan a joué de l’harmonica voilé et lâchait régulièrement la sorte de thérapie du cri primaire qui ferait frémir un filou de pantomime comme Robbie Williams et un groupe d’insolents nu-métal accompagnants dans leurs baskets”, a écrit Gavin Martin pour The Independent. “Le concert était chargé de favorites pour plaire aux fans extraites du livre de chansons de Depeche Mode et si la mission était de livrer un avertissement à ses associés de longue date, il a peut-être réussi. Avec le réénergisé Gahan pour les mener, son groupe a capturé l’angoisse spirituelle de Personal Jesus et les affres de Walk [sic] In My Shoes d’une manière qui échappait à Depeche Mode depuis quelques années… Gahan a prévenu ses intentions futures. Quand Depeche se réunira, l’équilibre des pouvoirs ne sera pas le même”. Les deux critiques ont donné au concert une note cordiale de 4/5.

Parmi le public de l’Empire se trouvaient la mère fière de Gahan et Andy Fletcher, bien que si oui ou non le sujet épineux de Depeche Mode ait été abordé avec Gahan demeure non noté. Fletcher a discuté avec Endrizzo qui a fait allusion à la curieuse dynamique des Modes en déclarant, “J’ai rencontré Fletch au concert, ce qui était cool. C’est marrant, j’ai joué Ultra, et le seul que j’ai rencontré, c’était Dave”. (5)

Autre personne présente au Shepherd’s Bush, Rob Dyer, a mieux résumé le Gahan nouveau style : “C’était un homme bien éloigné du drogué névrosé des Modes de la fin des années 1990 qui était tellement tendu sur scène qu’il éclatait fréquemment en larmes. Pourtant, il y avait toujours la passion, l’entrain, l’engagement et même de bonnes nouvelles chansons. Ce qui est encore mieux, c’est que ce changement ne l’a pas découragé ni n’a sapé son charme de jeune homme”.

Chroniquant la performance de Gahan le 12 juillet au Move Festival de Manchester à Old Trafford, Dave Simpson du Guardian a écrit, “La lumière du jour a donné une rare opportunité d’examiner les merveilleux tatouages de Gahan. Et on doit admirer les sombres préoccupations de quelqu’un qui puisse dire “Bonsoir !” sous un soleil éclatant”.

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Le 18 août, un deuxième single de Gahan, I Need You, est sorti sur une grande variété de formats, dont deux maxi 45 tours orientés club, plus un CD trois pistes, un CD en édition limité et un DVD single, ce dernier comprenant une autre performance acoustique (Black And Blue Again) filmée durant la même session new yorkaise qui apparaissait en partie sur le DVD bonus de Paper Monsters édition limitée sorti plus tôt dans l’année. Encore une fois, les acheteurs des trois formants étaient tentés par des fourreaux ; une semaine plus tard, le single est entré dans les charts singles britanniques à la 27ème place, preuve indéniable que l’intérêt au sein des fans hardcores de Gahan diminuait légèrement.

Comme cela avait été le cas pour le single Stardust de Martin Gore, les Américains ont eu le droit à un maxi CD 6 pistes comprenant pas moins de cinq remixes de I Need You, pourtant le soutien outre-Atlantique n’était pas si ouvert. “Aux États-Unis… la radio a ignoré le disques [Paper Monsters] depuis sa sortie en juin, et les ventes rament, a noté The Arizona Republic. Un nouveau single, le sombre I Need You vient d’arriver à la radio ; [Gahan] espérant qu’il renouvellera l’intérêt pour le disque”. Cela n’a pas été le cas, bien que le single en lui-même a fait une impression sur les charts Club Play du magazine Billboard (cinquième place) tout en honorant les charts Dance Single Sales de la même publication, développement quelque peu paradoxal étant donné que Gahan s’était dépeint sur scène, au moins, d’une manière rock’n’roll plus traditionnelle.

Entre la fin de la première partie (européenne) du Paper Monsters Tour au Civic Hall de Wolverhampton le 12 juillet et s’envoler aux États-Unis pour 23 dates nord-américaines, qui démarrait à Atlanta le 18 juillet, Gahan a signé un contrat de composition avec Universal Music Publishing, qui, selon son site web, n’affectait pas sa relation avec Mute Records ou Depeche Mode. Peu importe le message que cette déclaration ouverte transmettait, Gahan était énergisé sur le plan créatif, comme il l’a confirmé à la Arizona Republic avant de monter sur la scène du Dodge Theater de Phoenix le 22 août : “Mon rêve avec cette [tournée] serait de prendre ces mecs et de continuer à écrire. J’aime à nouveau la musique ; c’est à nouveau un défi”.

L’interrogation attendue “vont-ils / ne vont-ils pas se réunir” à propos de Depeche fournissait une faible lueur d’espoir dans la réplique vague de Gahan : “Je pense qu’il y a toutes les possibilités qu’il y ait un autre disque, mais, en même temps, il n’y a pas de projet pour un autre disque”. De plus, Gahan avait encore de nombreux mois de travail sur la route avant de considérer à s’engager dans n’importe quelle sorte de projet Depeche Mode.

Martin Gore a assisté au premier des deux concerts au Wiltern Theater de LA le 25 août. Gahan : “Il l’a vraiment aimé. C’était très flatteur. Je pense qu’il a été surpris en quelque sorte. Il a aimé la manière dont on joue les chansons de Depeche Mode, ce qui est intéressant. Ça a dû être vraiment difficile pour lui, de rester assis à regarder” – et a confirmé que “on n’a pas parlé de nos projets futurs”.

Quant à jouer dans des clubs et des théâtres, comparés aux standards stades et arénas de Depeche Mode, Gahan est resté philosophique : “C’était un défi – tout le monde est là, dans ta face. Mais je me suis amusé tout le temps… Je crois en ce disque. J’aurais aimé avoir un petit peu plus de passage radio, mais… je sais que je n’ai pas un grand nom. Je voulais juste m’amuser, injecter un peu de fun dans ce que je fais”.

Le 29 octobre, Gahan était de retour en Grande-Bretagne, jouant devant un public à guichets fermé au Carling Hammersmith Apollo de Londres d’une capacité de 3000 personnes. Il y avait exactement deux décennies, il avait joué dans cette salle (alors nommée Hammersmith Odeon) quatre soirs de suite lors du Some Great Reward Tour. Le reclus Alan Wilder s’est aventuré en dehors de sa propriété de l’East Sussex pour soutenir son ancien collègue, rompant trois ans de silence pour parler au magazine Side-Line de divers sujets, dont Gahan. “C’était bon de le voir après et de revoir des gens que je n’avais pas vu depuis longtemps. J’ai aussi rencontré son partenaire, Knox, qui semble être un bon petit gars”.

Quant aux aventures en studio de Gahan, le toujours aussi prudent Wilder a commenté, “Je n’essaie pas de commenter de manière trop spécifique sur les œuvres plus récentes de DM, mais je suis ravi pour David. Je suis sûr que ça doit être super épanouissant d’avoir sorti ses propres compositions de son cœur, et c’est indicatif de son état d’esprit qu’il l’ait fait et l’ai tourné, ce qu’il aime clairement”.

Cela faisait plus de trois ans depuis que la sortie du single CD de septembre 2000 de Jezebel, remixé de la version du quatrième album de Recoil, Liquid, était tombée dans les oreilles d’un sourd, fait qui n’était pas resté inaperçu par Wilder : “Pour moi, écrire et produire des albums est une expérience intense, quelque chose dans quoi je mets toutes mes pensées et ma créativité. Enregistrer Liquid a été probablement la période la plus exténuante que je n’ai passée en studio. Je campais là-bas parfois 20 heures par jour, pendant un an en gros. Naturellement, le reste de ta vie en souffre par conséquence. Franchement, j’ai trouvé ça assez démoralisant quand le disque est finalement sorti de découvrir que certaines promesses marketing n’avaient pas été tenues – par exemple, une campagne internet indépendante a été abandonnée – et les CD n’étaient pas disponibles même chez la plupart des disquaires majeurs des villes majeures durant les semaines qui ont suivi la sortie, malgré des passages radio prometteurs. Pour un artiste, avoir des gens qui écrivent ou téléphonent pour demander pourquoi ils n’arrivent pas à trouver le produit est la chose la plus frustrante.

“Ayant dit ce que j’avais à dire sur être déçu, je peux apprécier combien c’est difficile – surtout dans le climat de télé réalité d’aujourd’hui – d’exposer de la musique plus réfléchie et difficile. La distribution semble être un vrai problème. Il y a très peu de vitrines pour l’avant-garde et je ne suis pas le seul artiste qui souffre à cause de ça”.

Tout en admettant admirablement que “échanger des unités n’est pas nécessairement la raison principale de produire des disques”, la nature démoralisante du business avait donné à Wilder une raison de faire une pause pour réfléchir. Ce devrait être une longue pause. “Je ne suis juste pas prêt, à ce moment, à m’enfermer encore une année pour faire un disque que les gens n’entendront pas – pas tandis que j’ai de jeunes enfants que je veux voir grandir. Je veux profiter de mes enfants, et je veux être là pour eux quand ils ont besoin le plus de leur père. C’est la raison pour laquelle j’ai attendu d’avoir fini de tourner avant d’avoir des enfants.

“Je ne suis pas contre le projet [Recoil] en lui-même. Puisqu’il est si ouvert, il pourrait aller n’importe où, sur le plan musical. La réaction et les critiques ont été bonnes en général – certainement depuis Unsound Methods. Le projet est juste en veille pour le moment”.

Wilder a passé du temps à “voyager (en Europe), revivant des relations avec d’autres membres de la famille Wilder, passant du temps avec mes enfants, passant du temps avec Hep, construisant une nouvelle cour de verre, divertissant des amis, jouant au tennis, marchant, cricket, décorant… appréciant toutes les choses pour lesquelles je ne semblais jamais avoir de temps quand j’étais en studio”.

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En 2003, Vince Clarke était préoccupé par Erasure, tournant deux fois au Royaume-Uni, correspondant à deux entrées dans le Top 20 album avec Other People’s Songs (17ème place en janvier) et Hits! The Very Best Of Erasure (15ème place en octobre). L’intérêt pour ce dernier a été encore plus nourri quand une version remixée de Oh l’Amour est entrée dans les charts à la 14ème place, devenant le 29ème tube consécutif du groupe dans le Top 40. (6)

Un lien a été fait quand Gahan a finalement clôturé le Paper Monsters Tour au club Razzmatazz de Barcelone le 30 novembre avec une interprétation passionnée du classique des Modes écrit par Clarke, Just Can’t Get Enough, chanson que Martin Gore (et Alan Wilder) étaient peu disposés à jouer depuis de nombreuses années.

À la différence de Wilder, le marketing ne s’est pas avéré être un problème pour Gahan. Entre le 27 octobre et le 9 novembre, une émission spéciale de 60 minutes de concert, Music Choice Presents Dave Gahan, filmée à l’Olympia de Paris, a été diffusée sur plus de 100 chaînes câblées de part et autre des États-Unis, coïncidant avec la sortie le 4 novembre de Bottle Living en tant que troisième single extrait de Paper Monsters sous une variété de remixes. Au Royaume-Uni, sa sortie le 27 octobre sous le trio de formats désormais familiers de CD, CD édition limitée et single DVD, plus un mini CD 8 cm collector limité à 6000 exemplaires, avait été réglée pour coïncider parfaitement avec la troisième et dernière partie du Paper Monsters Tour qui commençait à l’Apollo de Manchester.

Le magazine Q avait déjà été impressionné par le morceau quand il a attiré l’attention dessus en l’intégrant à l’une de ses compilations : “[Le] premier album solo de l’ancienne victime de l’héroïne s’attaque à des thèmes comme la paix de l’esprit et, sur ce morceau remarquable, la sobriété avec confiance et aise. Il aurait clairement dû se mettre à son compte il y a des années, mais il était probablement trop occupé à se faire un fix et des tatouages”.

Ces tatouages distinctifs étaient, eux-mêmes, mis en avant dans le clip sans histoire mais friand d’effets spéciaux. Selon son réalisateur, “Les tatouages du clip sont partiellement inspirés par le style Haida (Amérindien) mélangé au style celtique ornemental. Ils sont tout transparents et fracturés… ce qui veut dire qu’on peut voler avec la caméra au-travers ; on voit les fonds ; on voit Dave au-travers comme s’il était derrière eux, alors il y a beaucoup de possibilités pour créer des scènes avec ces tatouages. Les motifs sont choisis pour aller avec l’atmosphère de la chanson : mélancolique, parfois dangereux, cauchemardesque, mais pas trop concret – saisissant juste le sens artistique de la chanson et des paroles. Les oiseaux en 3D qui volent et la grande maison dans laquelle l’écrevisse rampe ont été créés à partir de deux tatouages présents sur le corps de Dave”.

Gahan a fini l’année 2003 ayant satisfait sa soif créative frustrée, à la fois sur scène et sur disque, malgré avoir écoulé moins d’unités qu’habituellement. Pourtant la question brûlante restait non résolue : quel avenir pour Depeche Mode ?

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(1) Un interviewer allemand a rapporté que Cave a écrit à Mute Records par e-mail pour exprimer son appréciation du traitement de Gore de sa chanson. “J’en suis content, bien sûr – parce que j’admire son œuvre”, Gore s’est enthousiasmé.

(2) Selon une source en ligne, au Mayan le 7 mai, durant les moments finaux de In Your Room, Gore a échangé ses propres paroles pour le refrain de Control Freak extrait de l’album Unsound Methods de Recoil, dont l’importance demeure non enregistrée. Est-ce que Gore suggérait subtilement qu’il pensait toujours qu’Alan Wilder était quelqu’un qui aime tout contrôler plusieurs années après son départ de Depeche Mode ? Ou était-ce sa manière de reconnaître enfin les contributions considérables de Wilder après l’événement ?

(3) Quelque peu tardivement, l’édition de octobre 2003 de Musikexpress portait une déclaration de Anne Berning, tête du marketing de Mute Germany, qui a dit que Gahan s’était excusé pour avoir dénigré Fletcher.

(4) Gahan était apparu sur l’album de Roadrunner Records, Radio JXL – A Broadcast From The Computer Hell Cabin aux côtés de sommités comme Gary Numan et Robert Smith des Cure.

(5) Si la frustration de Gahan de l’obstination de Gore envers ses chansons était à prendre pour argent comptant, alors ce côté possessif ne s’étendait apparemment pas à toutes les parties live de percussion de Ultra. Le producteur Tim Simenon aurait mené le jeu à cet égard.

(6) Il est intéressant de noter que le dit single a été annulé après une petite semaine pour être remplacé par l’exclusif single soi-disant digital Oh l’Amour (Mark Towns Mix), première sortie de la sorte par Mute Records, téléchargeable – avec un livret CD et étiquette imprimable en couleurs – sur les sites respectifs du groupe et du label pour 1£ (prêt à être transféré sur un lecteur MP3 portable, comme le iPod d’Apple, créateur de cette tendance. 

Traduction – 13 mars 2016

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