La Lumière Recule au travers le Sablier

“Après toutes ces années à chanter ces chansons pour Martin, son côté louche fait désormais définitivement partie de moi. Mais ce que je découvre avec Hourglass, c’est que je suis tout autant louche. Et ça me va. Parce que la vérité, c’est que je ne pourrai avoir meilleur modèle pour ma propre vie que les chansons de Martin Gore”.
– Dave Gahan, 2007

S’étant relocalisé avec sa famille dans la ville de Damariscotta en Nouvelle Angleterre, à environ une heure de route au Nord de Portland, dans le Maine, Vince Clarke a fait équipe avec Andy Bell pour le 13ème album studio de Erasure, transformant une maison louée en bord de mer à Falmouth, à quelques minutes au Nord de Portland, en un studio d’enregistrement temporaire. “La raison principale pour laquelle [l’album a été en partie écrit et enregistré dans le Maine] était parce que j’ai le bébé et que je ne pouvais me permettre de voyager au Royaume-Uni pour cette durée”, a expliqué Clarke.

Comme toujours, Gareth Jones s’avèrera essentiel au nouvel enregistrement de Erasure ; quelques jours après avoir fini le remix en son surround 5.1 de Black Celebration de Depeche Mode, il a entrepris le travail de pré-production en août au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Grèce, avec l’Internet jouant un rôle important.

“On a en quelque sorte écrit en trois parties, dit Bell. On a fait toute l’écriture à Portland dans le Maine, et j’ai séjourné là-bas – Vince venait me voir, puis on a en quelque sorte fait des ébauches brutes des chansons sur l’Internet.

L’enregistrement a commencé le 9 octobre avec Jones postant une chronique régulière en ligne avec des images du travail en cours. Les sessions du chant et des chœurs ont été entreprises du 11 au 25 novembre dans un appartement vacant de Hampstead que Jones a estimé convenable en raison de ses plafonds hauts et une grande table, sur laquelle son arsenal portable de matériel d’enregistrement sur ordinateurs pouvait confortablement se loger. Il a été ensuite rejoint pour le mixage au Mute Studio 2 par l’ingénieur du son Jeff Knowler, qui travaillait depuis une pièce adjacente pour accélérer les choses.

Ayant été ralenti par des problèmes d’ordinateur, le 20 décembre, le duo avait 10 chansons de mixées, Miller a uploadé les masters en 24 bit dans le Shirling Sound de New York pour le mastering le 3 janvier 2007.

Clarke a passé une partie des fêtes de fin d’année à terminer une autre chanson commencée à Falmouth, demandant à Bell de faire un chant final le 5 janvier. Diverses petites modifications additionnelles ayant été réalisées, Jones a finalement terminé la production le 24 janvier.

Le premier single des sessions est apparu le 2 avril, quand l’entraînant I Could Fall In Love With You est sorti au Royaume-Uni et en Europe sur les divers formats habituels CD et téléchargement. Une sortie en single DVD prévue pour l’Europe a été annulée, bien que deux clips aient été tournés ; l’original se déroulait dans un supermarché imaginaire inspiré par la culture pop japonaise, dans lequel Bell chante dans un haut-parleur depuis une banquette à l’étage, tandis que Clark travaille en dessous derrière un comptoir de services photographiques, les deux étant les seuls observateurs d’une danse de passion surréaliste qui se déroule brièvement entre deux jeunes collègues. L’alternative de Estelle Rogers montraient divers couples s’embrassant – hétéro, gay, jeunes et vieux – entrecoupés par des images d’une fraction de seconde liées à Erasure, dont un plan de Bell embrassant son compagnon à l’allure très maladive, Paul Hickey.

Selon le communiqué de presse de Mute, “Beaucoup avait changé dans leurs vies personnelles, Clarke était désormais marié avec un fils en bas âge et vivait dans le Maine, tandis que Bell naviguait sa vie au travers la rupture déchirante d’une relation qui avait duré deux décennies”.

En fait, la rupture de Bell d’avec Hickey a influencé le contenu lyrique de I Could Fall In Love With You, avec son co-auteur déclarant, “C’est une de ces chansons à propos de comment j’ai rencontré quelqu’un de nouveau après avoir été dans une relation pendant 21 ans avec mon âme sœur. C’est un peu comme avoir toutes les balles en l’air et essayer de jongler avec tout en même temps – m’assurer que tout le monde va bien, et avec la nouvelle personne, personne, Eh bien, tu dois remplir ce critère, ce critère et ce critère et puis ensuite je pourrais tomber amoureux de toi ! Ce n’est pas vraiment si difficile de sympathiser avec moi”.

Après le succès à la 4ème place des charts britanniques de Breathe, le placement comparatif (21ème place) de I Could Fall In Love With You a dû être une grosse déception pour tous ceux concernés, pourtant Clarke est resté flegmatique. “Ça ne me frustre pas et ça ne m’énerve pas ; je veux dire, au bout du compte, quand tu t’asseois pour écrire un disque, et produit un disque, tu le fais pour toi – donner le meilleur de toi, et la plus grande satisfaction que j’obtiens, c’est quand Andy et moi, on s’asseoit dans une pièce et qu’on en sort quelques heures plus tard avec une chanson vraiment bonne – on ne peut pas se sentir mieux, et toutes les bonnes critiques au monde n’amélioreront pas cette expérience.

“Je pense que si tu est ado, et que tu écoutes de la musique, tu ne vas pas être particulièrement intéressé par la musique faite par des gens de plus de 25 ans – ce n’était certainement pas mon cas, alors je pense que c’est la manière dont est le business, et tant qu’on est dans une situation où on est capables de continuer à écrire et à enregistrer, alors je me sentirais chanceux de pouvoir le faire”.

Quand le Guardian lui a demandé si, musicalement, l’époque d’Erasure était finie, Belle s’est fait l’écho de l’attitude stoïque de Clarke : “Je ne pense pas que tu puisses t’en inquiéter ; je ne pense pas qu’on ait vraiment été aussi tendances que ça… Cet album est pour montrer aux gens que notre pop n’est pas finie. Il dit qu’on peut toujours le faire, qu’on est aussi assez excentriques. On est la version britannique des Sparks – les Gilbert & George de la pop électronique, et on ne joue pas le jeu”.

Light At The End Of The World (1) est sorti le 21 mai – en CD standard 10 titres et édition limitée (avec deux morceaux bonus, Be My Baby et I Don’t Know Why) – coïncidant avec une dédicace à la maison mère de Londres de HMV, où Erasure a également fait un court set (répétant la procédure dans un magasin HMV de Birmingham le lendemain).

Light At The End Of The World est un mélange enivrant de morceaux entraînants et de paroles porteuses d’un message de vie”, a écrit Natalie Idehen de The Observer. “Il fusionne avec succès l’électronica et le disco avec une touche gospel joviale… Le côté années 1980 de l’album rappelle le début de Erasure, il mélange la douleur du cœur brisé avec un fantasme de pop électrique. Pour ceux qui cherchent un peu d’évasion électro, c’est un vainqueur”.

L’album a culminé à quasiment la même place des charts britanniques que Nightbird de 2005 (29ème, comparé à la 27ème de ce dernier), stagnant 20 places plus bas en Allemagne à la 42ème, tout en grimpant 27 places plus haut aux États-Unis à la 127 – très loin des hauteurs élevées d’atteindre cinq albums numéro un consécutifs au Royaume-Uni entre 1988 et 1994.

Le 8 juin, Erasure est parti en tournée dans le cadre des 16 dates nord-américaines True Colors Tour en soutien de la Human Rights Campaign. “Cyndi Lauper est en tête d’affiche, puis c’est nous – ou on passe avant elle, puis Blondie, et puis deux ou trois autres groupes [dont The Gossip et The Dresden Dolls] qui ont en fait moins de 30 ans, pour les mômes”, a sèchement noté Clarke à l’époque. (2)

Après avoir fini au Greek Theatre de Los Angeles le 30 juin – auquel a assisté Martin Gore en personne, qui a été photographié avec Clarke en coulisses – Erasure a commencé ses 42 dates Light At The End Of The World Tour le 6 juillet au Carol Morsani Hall au sein du Tampa Bay Performing Arts Center de Floride, pour coïncider avec Sunday Girl sorti comme prochain single de l’album. “C’est une chanson de type Bacharach avec un gros refrain ; c’est assez démodé, comme Calendar Girl de Neil Sadaka”, a expliqué Bell. Fan de Blondie, Bell a plaisanté, “On a pensé au début, On ne peut pas l’appeler Sunday Girl, mais après j’ai pensé, Euh, on ne peut pas dire, Monday Girl ni Tuesday Girl… ça ne sonne pas bien… Vraiment ça parle d’une fan de disco amie à moi – qui est un homme en fait – mais juste à propre de sortir le weekend. C’est une chanson à propos de quelqu’un qui gêne ton style”. (3)

Sunday Girl n’a pu rassembler qu’une modeste 33ème place dans les charts britanniques et 76ème en Allemagne. Quel dommage étant donné que la chanson représentait la composition d’Erasure la plus entraînante et qui donne le plus envie de danser depuis un moment.

Le Light At The End Of The World Tour est passé au Royaume-Uni et en Europe – la partie britannique se terminant le 25 septembre avec un concert triomphant au Royal Albert Hall, auquel ont assisté des gens comme Paul Hickey et Gareth Jones, qui a pris Clarke en photo avec Mick Martin et un obèse Robert Marlow devant la salle. Le concert a été filmé et enregistré par Live Here Now pour une sortie en DVD plus tard (le 10 mars 2008) sous le nom de Live At The Royal Albert Hall, dont un documentaire “Behind The Scenes With V&A”, qui utilisait certaines images tournées par Jones durant les sessions de l’album.

Un EP neuf titres excellent rapport qualité/prix, Storm Chaser, en CD/téléchargement – par conséquence pas éligible pour entrer dans les charts – avec Storm In A Tea Cup, avec Early Bird, chute de l’album Light… avec Cyndi Lauper au chant, est apparu le 24 septembre.


Au milieu du renouveau d’activités d’Erasure, le cinquième album de Recoil  projet réactivé d’Alan Wilder, subHuman, s’est échappé pratiquement inaperçu le 9 juillet, dans divers formats dont un DVD comprenant un mix additionnel de l’album entier, et également une version 5.1. Wilder a contacté le musicien d’Austin au Texas, Joe Richardson, via l’Internet. “J’ai recherché chanteur/auteur/compositeur blues dans Google et je suis tombé sur Joe, s’est rappelé Wilder. J’ai été immédiatement frappé par son ton vocal distinctif et style épuré. Aussi, l’humeur sombre et le sujet semblait fait sur mesure pour Recoil”. Wilder a donné au bluesman carte blanche totale pour écrire sur tout ce qu’il trouvait approprié.

“Je suis toujours assez sceptique”, a exprimé Wilder via son site web. “Les nouveaux morceaux ne vont pas beaucoup plaire… mais qui sait ? Pour moi, c’est le genre de choses que j’aimerais écouter, mais mes goûts ne semblent évidemment pas être les mêmes que la plupart des gens !”

Ceci dit, il a voulu jouer le jeu aussi loin que sortir une version drastiquement éditée de Prey en single uniquement téléchargeable (bien qu’un 45 tours sortira simultanément suite à la demande) le 25 juin.

À la différence de Depeche Mode ou d’Erasure, il n’y a pas eu de discussion sur une tournée de Recoil. “J’aimais être sur la route avec Depeche Mode, a admis Wilder, mais Recoil est une bête complètement différente. Je ne suis pas complètement contre la performance live, mais ce n’est pas quelque chose qui me stimule – à moins qu’il y avait une sorte de production film artistique/audio financée. Il y a aussi la question de faisabilité : que vas-tu faire ? Engager quelques chanteurs pour tout chanter ? Ou essayer d’avoir tout le monde à un endroit, encore moins dans un bus de tournée pendant trois semaines ? Puis il faut penser à la musique, si Recoil part en live, je veux rendre l’expérience assez différente des disques et ça impliquerait de la programmation compliquée qui prend du temps…

“Je comprends que de nombreux fans apprécient la touche plus personnelle, alors je cherche à faire quelque chose comme une session d’écoute live avec une webcam, [où] les gens pourront me rejoindre pour analyser l’album et poser des questions”.

Ceci est arrivé, avec huit segments de vidéos de la fête d’écoute de subHuman uploadés sur YouTube au 9 juillet. Wilder s’est avéré être un présentateur très capable et divertissant bien que filmé pour une diffusion en direct de part le monde depuis le bureau londonien de EMI, durant laquelle il s’est également occupé des diverses questions envoyées par les fans qui se connectaient. “Vous devez vous souvenir que je viens de passer le weekend à boire excessivement, ayant passé beaucoup de temps au mariage de ma nièce, alors si les choses partent un peu en vrille, désolée”, a-t-il blagué.

Wilder a aussi enregistré un podcast spécial pour coïncider avec la sortie de l’album – discutant le processus d’enregistrement et donnant plus d’aperçu dans les éléments créatifs et conceptuels de l’album, qui pouvait être téléchargé directement à partir de la Mute Station de Mute Records, d’où le fait que la maison de disques présente une séquence irrégulière de transmissions de son quartier général à Londres. “subHuman m’a demandé un an pour le finir – beaucoup de doute de soi-même, de crêpage de chignon, de colères d’ordinateur, a conclu Wilder. J’espère qu’il en valait la peine, et que les gens aimeront les résultats”.

Ces devotees de Depeche souhaitant se rapprocher encore plus ont pu tenter d’obtenir une invitation à la fête de sortie de subHuman tenue le 29 septembre au Retro Music Hall de Prague, où Wilder a passé des heures à rencontrer des fans dans le cadre de cinq jours de promotion à succès. “Les remerciements les plus grands vont à tous les fans qui ont arrêté Alan dans la rue pour demander des autographes, sont allés à la fête, et ont laissé tant de gentils commentaires sur nos pages MySpace”, Hepzibah Sessa, femme de Wilder, a posté sur le site de Recoil. “Je sais qu’Alan apprécie vraiment le fait que tant d’entre vous croient qu’il en vaille toujours la peine d’aller voir Ce mec qui a quitté DM il y a 12 ans”.

Effectivement, poussant un séjour similaire de quatre jours à Moscou, malgré l’incertitude des Wilder sur la réception des visas, à cause des relations diplomatiques entre la Russie et le Royaume-Uni quelque peu tendues à l’époque après la mort suspecte de l’ancien espion Alexander Litvinenko à Londres. Une séance de dédicace chez le disquaire Soyuz de la ville devait à l’origine durer deux heures mais a fini par aller jusqu’à quatre à cause de plus de 1000 fans impressionnants qui ont affronté des températures glaciales à l’extérieur.

Par conséquence, le label russe Gala Records, en conjonction avec le site de fan russe de Depeche Mode (et avec le soutien de Mute Records), a sorti Prey en CD physique, ainsi que des versions cyrilliques de tout le catalogue de Recoil, exclusivement disponible via le site depeche-mode.ru le 25 février 2008 en single CD extra en édition limitée (avec un livret de 28 pages) comprenant la version radio et la version album de Prey – plus des images associées à Allelujah (Reduction), autre chanson de subHuman comprenant la chanteuse Carla Trevaskis.

Malgré des critiques positives, comme l’a prophétisé Wilder, subHuman n’est même pas rentré dans les charts, la responsabilité étant en partie attribuée à l’état actuellement périlleux de EMI.

“J’ai abandonné depuis longtemps l’idée de m’attendre à faire des bénéfices de ce que je fais”, a déclaré Wilder dans une lettre ouverte de façon révélatrice au magazine Side-Line. “On pourrait s’attendre à ce que je sois plein de ressentiment et d’amertume envers ma propre maison de disques, mais ce n’est pas vraiment ça. Mute est la victime dans tout ça. La réalité, c’est que toutes les sociétés souffrent, et s’accrochent du bout des doigts, essayant de trouver des solutions alors qu’on leur tire le tapis sous les pieds… Le foyer de Mute (qui fait aujourd’hui partie de l’immeuble d’EMI) n’est plus que l’ombre de lui-même… Bien sûr, ne peut juste partir. Ça serait comme essayer de mettre en vente ta maison alors que tu n’es que locataire. J’imagine que Daniel Miller est aussi concerné en tant que prochain locataire. Il a un contrat envers EMI en tant que patron du label Mute, et son propre avenir, j’imagine, est incertain. Peut-être est-il las de toute l’affaire, sa vision originale dégradée au point où elle n’est pas réparable.

Au moment où je finirai un autre album, qui sait si j’aurais un contrat ? Ce serait dommage de conclure mon association avec Mute après tant de bonnes années. Beaucoup dépend de l’avenir de Mute/EMI, et, effectivement, toutes les sociétés. Il se pourrait les artistes qui vendent le plus sur Mute soient juste aspirés par la machine EMI et tous les autres restent sur le carreau, y compris le label Mute lui-même. Ça serait un jour très triste en effet”.

Tout n’était pas tout noir dans la perspective de Wilder. L’attente pour le prochain album ne sera pas aussi longue ! Je vais retourner en studio plus tard cette année [2008] – ou c’est le projet, de toute manière, une fois que j’ai fini de promouvoir subHuman et que je prenne quelques semaines de vacances en été, si j’en obtiens ! Je dois baser tout autour des vacances scolaires maintenant, sinon la femme dit, Tu ne vas pas en studio quand les enfants sont à la maison !


Dave Gahan s’adaptait aussi à l’âge mûr et la vie de famille. “Je suis enthousiaste par toutes les choses auxquelles je n’y connaissais rien pendant tellement d’années : être là pour mes gamins, être un meilleur mari, écouter ma femme”, a dit le chanteur de 45 ans à Johnny Davis à The Observer Magazine en octobre 2007.

Un autre journaliste a poétiquement décrit la peau du résident de New York comme “luisante de vitalité d’âge mûr durement gagnée”, tandis que “les tatouages célèbres sont toujours là sur ce corps célèbrement musclé et ferme par le yoga, tout comme les cheveux noirs de geai, aujourd’hui poivre et sel”.

Ironiquement, c’était le style de vie de la Grosse Pomme – avec le genre de tentations inhérentes que Gahan avait désormais abandonnées – qu’il pensait responsable d’une grande partie de cette nouvelle perspective : “Il y a quelque chose chez cette ville qui est un peu comme ma vie ; c’est une chose amour et haine. Il n’y a pas grand chose au milieu. Soit je me bats avec moi-même ou je prends les choses comme elles viennent. Et cette dernière partie semble prendre de plus en plus de place, ce qui est un sentiment génial. Mais New York a définitivement joué un grand rôle là dedans ; ça m’a forcé à participer à la vie de tous les jours”.

Toujours sujet à la discussion de thérapie, Gahan a dit au magazine en ligne au nom bien trouvé de Sentimentalism : “Je crois définitivement dans l’intervention divine, et, la plupart du temps, si je prends le temps de ralentir et de sentir ce qui se passe en moi, ou autour de moi, ces choses te sont données. Ce sont des opportunités, et ce sont des choix, et soit tu les prends, ou tu peux choisir de les ignorer. Je trouve que quand je choisis d’ignorer ces sentiments qui arrivent, et ne les exprime pas d’une certaine manière, je suis piégé. J’ai l’impression d’être coincé. Alors je découvre qu’en écrivant, je suis capable d’une certaine manière de trouver cette voix qui est la mienne”.

D’après certaines informations inspiré par la sérieuse éthique de travail d’un autre artiste de Mute (et accro en voie de rétablissement), Nick Cave, qui adhère résolument à une journée de travail dans son propre studio/bureau, Gahan a installé ses propres 11th Floor Studios dans un espace de travail loué à New York dans les alentours du Greenwich Village, collaborant avec Christian Eigner et Andrew Phillpott.

“On n’avait jamais en fait de projet de faire un album, a révélé Gahan. En mars [2007], moi-même, Christian et Andrew, on a décidé de se réunir dans mon studio de New York et d’écrire ensemble – de manière très cool, on s’est beaucoup amusés et il y avait uun super flot créatif qui se passait. On s’est séparés deux semaines et on s’est retrouvés. Puis, au moment de la troisième session, Daniel Miller est venu écouter et a dit en gros, Vous semblez faire un album les gars, alors on a décidé de continuer et de le produire nous mêmes. Je pense que le rôle moteur a été qu’on était juste libres de faire ce qu’on voulait, et, par conséquent, les choses venaient vraiment facilement”.

Andrew Phillpott : “L’agencement du studio de Dave est simple – une salle des contrôles sympa et grande, une salle de batterie, et un grand espace pour traîner. Je me suis installé dans la salle des contrôles, et Dave et Christian dans l’autre salle. Habituellement, on [commençait] tous des idées soit sur les ordinateurs ou Christian allait dans la salle de batterie ; je prenais la basse et on faisait un bœuf, on enregistrait tout, et puis on [coupait] tous les bons morceaux et on commençait à jouer avec…

“Le processus de structuration [impliquait] Christian et Dave jouant avec des idées de paroles, des arrangements, des clés, etc., puis ils me les [passaient] et je commençais à travailler sur l’instrumentalisation et les sons, et on se passait des idées en va et vient entre les salles, alors on huit semaines, on avait quasiment tout écrit et on était prêts pour le mixage”.

Pour Gahan, qui a filmé les sessions et a petit à petit posté les résultats sur son site, une telle rapidité et flexibilité était la clé de la créativité. Arrive juillet 2007, l’équipe très unie était chez elle. Alors que l’album était pratiquement totalement auto-produit, Gahan a sagement amené de l’aide extérieure sous la forme de Tony “The Hoff” Hoffer (qui avait auparavant travaillé avec Beck et Air) pour s’occuper du mixage.

Bien que la sortie en avance en téléchargement uniquement du morceau Kingdom (pointant une minute de moins que la version album) est sortie le 27 août, bizarrement, il a fallu attendre plus d’un mois avant que le single n’apparaisse officiellement (dans la variété de formats habituels) le 8 octobre. Il a fini au sommet des charts singles Billboard aux États-Unis, tout en atteignant la 5ème place des charts Hot Dance Club Play.

“Le leader de Depeche Mode a passé sa carrière entière à chanter les chansons de son collègue Martin Gore, a proposé Entertainment Weekly, ce qui pourrait expliquer pourquoi le premier single du deuxième album solo de Gahan, écrit sans l’aide de Gore, sonne pratiquement exactement comme une chanson de Depeche Mode. Kingdom explore encore une fois le contraste familier entre les splashs industriels froids et vilains et le chant pop velouteux de Gahan au lieu d’innover. Et alors ? La formule est restée fraîche durant les décennies de carrière de Depeche, et elle fonctionne toujours aussi bien ici”.

Ayant auparavant réalisé des clips pour des gens comme Maximo Park, le clip de Jaron Albertin pour Kingdom était une affaire convenablement sombre, utilisant beaucoup de contre-jours dans divers lieux nocturnes à l’aide de phares de voiture synchronisés, et les dents aiguisées de Gahan. Bien que parfaitement fonctionnel, la chose la plus remarquable à propos de ce clip était possiblement son choix inhabituel pour le dévoiler – via le site web TV du tabloïd suédois Aftonbladet.

L’album, Hourglass, est sorti quinze jours plus tard, rentrant dans le Top 10 en suisse, en France, en Italie et en Allemagne, où il a atteint une impressionnante 2ème place. (4) Gahan semblait presque incrédule quand il a parlé du résultat fini pour un podcast filmé par Mute : “Pour moi, c’est le meilleur disque que je pouvais possiblement faire à cette époque, et il a certainement dépassé tout ce que j’attendais de moi”.

Le retour à un son électronique (contrairement aux guitares grunge de Paper Monsters) a gagné un pouce levé critique, avec certains, comme Garry Mulholland de The Observer faisant remarquer que Gahan était “finalement devenu l’égal d’écriture synth-goth de Martin L. Gore…”

“Martin m’a envoyé récemment un e-mail en disant, Je sais qu’on va te le demander alors dis aux journalistes que j’ai ton album et que c’est mon CD de l’année, a révélé Gahan. Crois-moi, venant de Martin, c’est comme s’arracher les dents. Ça m’a fait un de ces biens !”

Gahan a été assez gracieux de créditer Gore d’avoir inspiré par inadvertance la nature franche de ses propres paroles : “C’est quelque chose que j’ai appris au fils des années de Martin, qui n’est pas la personne la plus ouverte quand on en vient à avoir une relation avec, mais je sais où il veut en venir au travers les chansons qu’il a écrites. C’est là où Martin s’expose, et ça demande beaucoup de courage de faire ça”.

Certainement, une telle réciprocité est de bon augure pour tout avenir collaboratif Depeche Mode pourraient avoir ensemble.


(1) Selon Bell, l’album a été nommé aussi simplement parce que le duo ne trouvait rien d’autre, à part utiliser le titre de travail de l’un des morceaux (Broken Heart). 

(2) À cette époque, Clarke a trouvé le temps de réécrire l’une de ses premières chansons, Let’s Get Together, pour l’inclusion sur le deuxième album du groupe féminin de 9 pré-adolescentes Girl Authority, Road Trip (Zoe Records, 2007), reprenant son contagieux riff de synthé de Just Can’t Get Enough au cours du refrain. 

(3) Un clip accompagnant comprenait des images tournées durant le True Colors Tour, dont un Clarke portant des lunettes et une perruque blonde ressemblant remarquablement à Andy Warhol – tandis que Bell faisait apparemment du play-back assis aux toilettes ! 

(4) Hourglass Remixes, album vinyle avec CD bonus qui recueillait des remixes par des gens comme Juan McClean, Booka Shade, Kap10kurt, Digitalism et Sebastian Leger, est sorti en mars 2008. 

Traduction – 20 janvier 2018

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