Blur | Melody Maker – 25 septembre 1993

“Notre culture est assiégée”

Blur sont en colère, voire furieux, contre l’américanisation continuelle de la culture britannique et la rébellion édulcorée préconditionnée des rockeurs post-MTV. Dans un numéro consacré à la célébration des innombrables genres musicaux britanniques, les frères Stud rencontrent Blur – groupe britannique typique et hérities possibles des Small Faces, des Jam et des Smiths – et les mettent face au sujet constamment risqué du patriotisme et de la “Coca-colonisation” de cette île royale.

“Les gens font des déclarations des plus absurdes sur Nirvana”, dit Dave Rowntree, le batteur de Blur. “Mais qu’est-ce qu’ils ont fait en réalité ? En gros, ils ont transformé le rock américain doux en rock américain un peu plus dur. Et alors ? Ça pourrait dire quelque chose aux maisons de disques qui sont forcées à changer de stratégies marketing, mais est-ce que ça veut dire qu’ils sont dangereux ? Bien sûr que non ! Ce ne sont que des conneries !”.

Nous sommes assis dans un pub de Fulham avec Blur. Pas le chic Fulham de Chelsea, mais le véritable Fulham de maisons mitoyennes douillettes et complaisantes, de laveries automatiques, de plats à emporter et de rues bordées de cônes de chantiers. Nous sommes à cinq minutes à pieds de Stamford Bridge, lieu de prédilection des Headhunters (hooligans de Chelsea) et territoire fertile de la dissémination de la politique d’extrême droite.

Du moins, c’est la manière dont nous voyons Fulham. Blur ont une vision complètement plus optimiste du quartier. Pour eux, Fulham est le foyer de jeunes gens brillants portant des couleurs vives et de supporters de Chelsea qui peuvent discuter de la Toscane avec autant d’enthousiasme que du football. Ce qui est vrai du chanteur de Blur, le supporter de Chelsea Damon Albarn mais probablement moins du mec au bar portant un jeans Pepe et des lions tatoués sur les deux biceps.

Blur sont de retour et fiers d’être britanniques. Ceci, sans être exactement la même chose qu’être fier d’être allemand, est un peu inquiétant. En particulier quand ceux qui vous disent combien ils sont fiers sont quatre mecs bien bâtis habillés en Fred Perry, Sta Prest et Doc Martens, l’uniforme ordinaire quasi-autoparodique du patriote britannique.


Le nouveau look de Blur est à mille lieux des perles, des jeans baggy et des coupes à la Jeanne d’Arc. Mais aussi, ils ont parcouru un long chemin. Il y a trois ans, ils sont arrivés sur scène avec assez d’arrogance exubérante, de rythmes dance et de riffs Sixties à gogo pour impressionner immédiatement, tandis que ceux qui ne les aimaient pas les ont rejetés comme de faux Mancuniens ou, pire, et peut-être à cause de leurs airs de beaux gosses, de Bros du baggy.

Leur première sortie, She’s So High, a été très branchée mais n’a eu qu’un succès modeste. Leur deuxième, la brillamment insidieuse There’s No Other Way, les a propulsés des pages du Melody Maker à celles de Smash Hits. Ils n’ont jamais regardé en arrière. Le problème, c’était qu’ils se sont à peine tourné vers l’avenir. Leur premier album, Leisure, affaire inégale sur laquelle le groupe préfèrerait ne pas s’attarder (Damon : “La musique, ça allait, mais j’ai écrit les paroles cinq minutes avant de les chanter”), a été un échec critique mais un tube dans les charts, grâce au baggy en grande partie. Et puis le baggy est mort.

Cependant, Blur ont réussi à retomber sur leurs pieds en se faisant embrigadés dans The Scene That Celebrates Itself. Cela avait peu à voir avec leur musique – quiconque ayant vu Blur sur scène ne pourrait les accuser de shoegazing – mais beaucoup avec les clubs dans lesquels ils allaient et leurs fréquentations. Les sorties après Leisure ont atteint des places parfaitement respectables dans les charts, mais le groupe n’était pas heureux. Ils se sentaient sans but.

C’est à cette époque que leur consommation d’alcool, toujours quelque chose qui s’apparentait à un hobby, est plutôt devenu un problème. Une preuve documentaire lugubre de cela est fourni par leur vidéo confusément franche, Star Shaped. Il y a des plans d’innombrables gueules de bois, Damon qui vomit, le guitariste Graham Coxon qui crache de la gerbe par les narines et Dave apparemment incapable de nager à moins d’être armé d’une canette de Heineken.


À l’été 1992, Blur, dans un pire état, se sont embarqués sur leur deuxième tournée américaine. Les Amerloques n’ont pas compris pourquoi ils n’étaient ni EMF ou les Mondays et Blur ont commencé à penser que, à moins qu’ils trouvent une raison pour être dans un groupe fissa, il n’y aurait aucun groupe du tout.

À leur retour en Grande-Bretagne, ils ont renvoyé leur manager de longue date, Mike Collins, et fait la tête d’affiche d’un des concerts “Gimme Shelter” dans un tel état d’ébriété extraordinaire que c’était un petit miracle qu’ils pouvaient tenir debout, encore plus jouer. La presse inévitablement procédé à les rayer de la carte.

Puis, en janvier de cette année, accompagnés par Stephen Street (qui avait produit les Smiths et co-écrit Viva Hate de Morrissey), ils ont enregistré Modern Life Is Rubbish.

L’album, principalement écrit aux États-Unis dans un état de “mal du pays causé par l’alcool”, chapardait, citait et détruisait 30 ans de rock britannique (Small Faces, Kinks, Jam, Clash, Smiths, Madness). C’était bizarre. Il est entré dans les charts à la 15ème place, huit en dessous de Leisure, pourtant, selon Blur, il leur a apporté un tout nouveau public (Damon : “Des fans de Blur au lieu de fans de bayy”), un public qui a fait de la performance de Blur à Reading le tube surprise du festival.


Aujourd’hui, alors qu’ils se préparent pour une tournée sponsorisée par le Melody Maker, la sortie de cette vidéo et un nouveau single, Sunday Sunday, nous les retrouvons d’une humeur particulièrement gaie.

De la manière dont Blur le voient, ils ne sont pas simplement de retour, ils remontent la pente. Et maintenant, ils sont à fond sur Nirvana. Non pas, ils expliquent, parce qu’ils détestent la musique, mais parce qu’ils voient Nirvana comme symptomatique d’une Grande-Bretagne qui a peur de se tourner vers elle à la recherche de nouvelles idées. Et nous allons faire de notre mieux pour défendre Nirvana.

“Non, non, non”, dit Damon, reprenant là où Dave s’était arrêté. “Ne me dis pas que Nirvana a changé la face du rock américain. MTV peut-être, mais pas Nirvana. Personne ne devrait se faire des illusions, rien ne se passe aux États-Unis à moins que l’Establishment pense qu’il va en tirer des sous. Si tu veux vraiment l’analyser, jette un œil au clip de Smell Like Teen Spirit – le groupe, beau comme un sou neuf, qui joue au ralenti, avec une belle lumière et le tout en 35 mm, des pompom girls super belles avec Anarchy écrit sur des hauts blancs nickels, leurs nichons qui rebondissent, tous ces mômes extrêmement photogéniques qui pogotent. Arrête ton char, tu vas vraiment avancer que c’est radical ? J’en ai marre des gens qui prennent le contrôle du monde grâce à ces conneries rustres. Et qu’est-ce que ces mecs ont à dire pour ses défendre ? Je suis foutu. Fantastique.

Ce à quoi nous répondons que ce n’est pas tout ce dont Nirvana parle. Ils parlent des droits des femmes, de la Bosnie… et avant d’avoir le temps de finir, Alex James, le bassiste de Blur, geint “C’est chiaaant”.

“De plus”, continue Damon, “c’est tellement évident, tellement impeccablement correct, qui va contredire ça ? Tu entends exactement les mêmes choses sur MTV et CNN tous les soirs. Rien de ça ne nuit au fait qu’ils aient écrit de grandes putains de chansons pop. Juste ne me dis pas qu’il y a quoi que ce soit de radical chez eux”.

“D’accord”, dit Alex. “Être anti-establishment, d’accord, mais ils ont 20 ans de retard”.

“Aussi, avec Nirvana, c’est vraiment difficile de croire quoi que ce soit parce qu’à chaque fois qu’ils ouvrent la bouche ils sont vraiment patriciens”, dit Graham dans un large sourire. “Kurt et Courtney sonnent comme ton oncle et ta tante branchés et embarrassants”.

“Ce qui me fait vraiment chier”, déclare Damon, “c’est que c’est juste un autre groupe qui parle de toujours la même chose. Depuis les 20 putains de dernières années, ça a été ces groupes, ces sempiternels paumés qui chantent la frustration, l’isolement et décident qu’ils vont se détruire. C’est tellement inventé, bordel. Comme Courtney Love disant que Kurt voulait devenir accro à quelque chose mais il ne savait pas si c’était devenir alcoolique ou toxico. Ce sont des conneries que tu dois avoir des complexes pour écrire. C’est de la merde”.

Ce pourrait bien être des inepties, mais Blur n’ont-ils pas écrit à propos de complexes ? Est-ce que le vers “I’ll forget to breather some day” (“J’oublierai de respirer un de ces jours”), extrait de Resigned, n’est pas un tout petit peu névrosé ?

“Je n’ai jamais écrit de chanson comme ça”, se défend Damon. “J’ai écrit à propos de gens comme ça, ce qui est différent”.

Ainsi tu adoptes un personnage.

“Non, je adopte pas de personnage. C’est du voyeurisme. Si j’ai un complexe, c’est que je suis incroyablement voyeuriste. Mes chansons ne parlent pas de moi qui suis paumé parce que je ne le suis pas. Je trouve l’idée de jouer sur les insécurités adolescentes vraiment répréhensible. Madness ou Ray Davies n’ont jamais écrit de chanson sur eux, ils racontaient juste des histoires géniales”.

Peut-être. Mais ne fais-tu pas cela parce que tu n’as pas le courage de confronter tes propres sentiments ?

“Ça n’a rien à voir avec le courage”, répond Damon. “Et tu le sais”.


La plainte de Blur n’est pas nécessairement avec Nirvana, mais surtout que la Grande-Bretagne subisse une flagrante Coca-colonisation et que les Britannique s’éloignent de plus en de leur environnement national, de ses mythologies et iconographies.

Regardez Greenwich, où les coiffeurs se nomment The Cutty Smart et The Clipper (jeux de mots sur des navires), où des serveurs chinois sont forcés à s’habiller en joyeux marins, où tout est censé avoir un côté explicitement nautique. Nous sommes devenus des caricatures superficielles de ce que le reste du monde imagine que nous sommes.

“On dirait juste que tout le monde se focalise sur les États-Unis”, dit Damon. “Et on essaie juste de redresser l’équilibre. C’est comme si la Grande-Bretagne était devenue un camp de vacances rempli de Britanniques mièvres et ordinaires, tous dansant comme des crétins dans une piscine chauffée. C’est comme si les pubs étaient devenus une réplique en plastique de ce qu’ils étaient autrefois, les gens se sont livrés à la destruction délibérée de quelque chose et l’ont remplacée par une version superficielle de ce que c’était d’une quelconque manière.

“Ce n’est pas comme si c’était une sorte de vision moderniste dans laquelle ils essayent de créer une monde meilleur pour tout le monde, c’est comme s’ils cédaient à une certaine idée que les autres, en particulier les Américains, avaient ce que la Grande-Bretagne devrait être. Mais ils n’arrivent pas à comprendre qu’on a une vraie culture si on prenait la peine de la rechercher.

“On a un héritage musical riche, et ça ne commence pas par le rock, il remonte à la période d’après-guerre de Joan Littlewood et Lionel Bart, et juste avant ça le Music Hall”.

“Je trouve vraiment inquiétant que, quand tu recherches les menus détails d’une culture, tu découvres qu’ils ont disparu. Je ne dis pas que tout le monde devrait prendre un faux accent Cockney et commencer à chanter à propos du pub Old Bull And Bush (sujet d’une célèbre chanson de Music Hall), mais je pense vraiment que notre culture est assiégée et qu’on est en train de la perdre. Et comme on est une culture tellement douce et libérale, on dit juste Eh bien, ce n’est pas vraiment grave. Et si c’est grave.

“Je suis reconnaissant envers cette tournée américaine pour nous avoir montré combien on se sentait anglais parce qu’on devait découvrir de quoi on parlait. Aux États-Unis, on promouvait quelque chose qu’on n’aimait pas vraiment (Leisure), on est revenus en Angleterre et on a fait ce concert (“Gimme Shelter”) et on ne pouvait jouer parce qu’on était ronds comme des coings. On avait torpillé nos arrières et on a dû recommencer à la case départ”.

Ce que vous avez fait en vous présentant d’une manière très anglaise. Pourtant, raconter des histoires sur l’Angleterre et sonner très anglais ne semble pas si radical que cela.

“Oh, on revient au radicalisme, hein ?”, demande Damon, faisant tout son possible pour paraître ennuyé. “Eh bien, écoute moi, quand la pop a commencé, c’était une sorte de revanche culturelle.

“C’était comme aligner tous les gens qui aimaient la Toscane, les lithographies de Augustus John et les bons vins et les abattre tous. Mais aujourd’hui, les gens qui aiment les bons vins et les choses de bon goût aiment aussi la pop, ainsi, le radicalisme est beaucoup plus difficile”.

Et le mouvement Riot Grrrl, qui semblait énerver beaucoup de gens.

“Riot Grrrl anti-Establishment ? Anti-musique, peut-être ?”.

“C’est quoi la blague déjà ?” demande Alex. “Il faut combien de Riot Grrrls pour changer une ampoule ? Aucune, parce qu’elles ne vont jamais rien changer !”.

“Il y a trop de livres écrits sur la pop”, raconte Damon. “Trop de South Bank Shows et de Late Shows. Plus que Mozart où n’importe. La pop fait partie de l’Establishment, et quiconque qui prétend le contraire dit des conneries”.

Alors votre attitude, c’est, “Si tu ne peux les battre, rejoins les”.

“Non”, réplique Damon. “Bien sûr que non. On est plus aventureux, on explore des endroits que d’autres n’ont pas eu le cran d’explorer. On se tient contre l’américanisation de ce pays et, si ce n’est pas anti-establishment, c’est certainement différent de ce que la plupart des gens font”.

On pourrait être différent, mais qu’est-ce qui le rend pertinent ?

“Eh bien, tout d’abord l’émotion que Modern Life Is Rubbish a évoquée chez les gens sans une, avec une seule interview de toute l’année. Plus je pense qu’on est l’un des seuls groupes avec la volonté d’être articulé propos de ce pays tel qu’il est en ce moment. Pour moi, des gens comme les Prodigy articulent plus que tous les groupes indés réunis. C’est de la musique faite dans un bungalow au Sud de l’Essex et les masses écoutent ça”.

Beaucoup disent la même chose de Suede et de The Auteurs. En fait, quand on en vient à la Britpop en 1993, ils sont mentionnés avant vous.

“Je ne veux pas rentrer là dedans”, soupire Damon. “Mais l’un d’entre eux n’était pas assez beau et l’autre était trop obsédé par sa propre sexualité, ou plutôt de son manque de sexualité, pour pouvoir articuler quoi que ce soit sur la Grande-Bretagne”.


Cela fait moins d’une heure que nous parlons et Blur ont déjà descendu en flammes Nirvana et les États-Unis et dit que la culture britannique est assiégée. Ajoutez à cela leurs vêtements, ou plutôt leurs fringues (les Fred Perry sont définitivement des fringues) et on pourrait commencer à s’inquiéter que Blur pourraient très facilement attirer le mauvais genre de public.

“Non, je ne m’inquiète pas à ce propos”, dit Damon. “Il n’y a aucune suggestion dans tout ce qu’on a fait qu’on glorifie une Grande-Bretagne blanche. En fait, ce qu’on fait, c’est célébrer la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, qui n’est pas blanche. Il y a même un morceau disco sur notre prochain album. Plutôt, c’est l’establishment rock qui est obsédé par les blancs. Regarde le NME et le Melody Maker : quelle a été la dernière fois où un groupe noir a été en une, voire un groupe dance. C’est le problème – les Britanniques ne veulent admettre qu’ils vivent dans une culture dynamique. De plus, afin d’attirer le genre de public dont tu parles, on devrait être plus voyou, et on est juste trop beaux arts, trop maniéré”.


C’est assez vrai. L’Angleterre de Blur n’est pas l’Angleterre d’aristocrates et de hooligans, les voyous et les aristos de Carter des Jam. Ce n’est pas non plus l’entre-deux fatalement morne de Morrissey. Plutôt, elle est lisse, brillante et cosmopolite, Blow Up de Antonioni croisé avec Jubilee de Jarman croisé avec Mona Lisa de Neil Jordan. Ce pourrait ne pas être plus réel que tout autre vision de ce pays, mais en tant que vision hyper réelle, c’est beaucoup plus excitant.

Néanmoins, il y aura ceux qui maintiennent que peu importe combien Blur peignent leur image habilement, ils sont au bout du compte aussi rustres que le polystyrène qui brille dans les faux pubs Tudor qu’ils méprisent autant. Et aussi rétros que les mods sur la plage de Brighton.

Le producteur Stephen Street n’est pas d’accord.

“Bien que Blur reconnaissent un groupe ou une période, on ne pourrait les confondre avec une de leurs influences”, dit-il. “Et c’est la différence entre eux et un pub qui pousse la nostalgie au point qu’il perde son individualité. Un pub victorien contrefait ressemble assez à un autre. Blur est unique”.

Street estime que le prochain album de Blur, dont les deux tiers ont déjà été écrits et enregistrés, se classera aux côtés des grands albums britanniques de tous les temps – All Mod Cons des Jams, The Queen Is Dead des Smiths et London Calling des Clash. C’est un défi de taille.

Mais Blur paraissent et sonnent juste assez présomptueux pour bien s’en sortir.


Star Shaped, la vidéo, est disponible chez PMI à partir du 11 octobre. Sunday Sunday, le nouveau single de Blur, sort chez Food le 4 octobre. La tournée de Blur sponsorisée par le MM commence le 2 octobre. N’oubliez pas que Blur participeront à des débats spécialement arrangés par le Maker aux concerts de Newcastke, Coventry et Brighton.

Traduction : 24 mai 2021

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